Interview de M. Cédric O, secrétaire d'État au numérique, à Radio Classique le 22 janvier 2020, sur les entreprises du numérique.

Texte intégral

DIMITRI PAVLENKO
Le gouvernement s'affirme donc comme parrain de la French Tech, en octobre, il y avait eu le lancement – rappelez-vous – du Next40, et depuis lundi, ce club s'élargit à 83 autres sociétés innovantes, le French Tech 120. Bonjour Cédric O.

CEDRIC O
Bonjour.

DIMITRI PAVLENKO
Secrétaire d'Etat au Numérique. Alors le Next40 contenait des noms, les sociétés étendard vraiment de la French Tech, j'en donne quelques-unes, OVH, BLABLACAR, DEEZER, DOCTOLIB, maintenant, ce French Tech 120, 83 nouvelles sociétés, certaines sont connues, un BRUT, HEETCH, ou encore QONTO ; QONTO qui a fait l'actu lundi en levant 104 millions, on va en reparler. Tout d'abord, l'enjeu de ce French Tech 120, qu'est-ce que c'est, et quel est le soutien que vous, en tant que représentant du gouvernement, vous allez pouvoir leur apporter, puisque c'est ça, c'est cette idée que le gouvernement soutient la Tech française ?

CEDRIC O
Il y a deux objectifs principaux, le premier, c'est de mettre en valeur ces sociétés, et ce qui est intéressant à travers le French Tech 120, c'est qu'il y a un tiers des entreprises qui ne sont pas à Paris, quand on regarde Next40, c'était seulement 5 entreprises sur 40, et le French Tech 120, c'est un tiers des entreprises, vous avez des entreprises comme UBITRANSPORT à Mâcon, comme AKENEO à Nantes. Vous avez des entreprises dans toute la France. Et ce qui est très intéressant, c'est que ça vient incarner le fait que ces entreprises, ces startups, eh bien, elles créent de la valeur, des emplois et de l'activité sur l'ensemble du territoire et que ce n'est pas uniquement centré à Paris. Il faut savoir que cette année, elles créeront au total 25.000 emplois, c'est-à-dire entre 1 emploi sur 5 et 1 emploi sur 6 en France. Donc ça, c'est la première chose, c'est de mettre en valeur partout en France ces d'entreprises qui réussissent et qui participent du dynamisme des territoires. La deuxième chose, c'est effectivement qu'on veut faire en sorte que ces entreprises, elles puissent se développer encore plus vite, qu'elles puissent être au niveau de la compétition avec leurs compétiteurs étrangers, et donc, on va leur apporter un certain nombre d'aides, dans les relations avec l'administration, de facilitation pour que les choses aillent plus vite, pour que les chefs d'entreprise puissent se centrer sur leur activité, et faire en sorte de leur faciliter la vie pour qu'elles puissent se développer encore plus vite, et puis, créer encore plus d'emplois, créer encore plus de valeurs, mais encore une fois, partout en France. Et ce qui est intéressant par ailleurs, c'est que c'est de plus en plus à tous les niveaux de compétences, historiquement, la French Tech, les startups françaises créent surtout des emplois d'ingénieurs, de chercheurs ou assez qualifiés, et on voit que, de plus en plus, elles vont créer des emplois de commerciaux, des emplois dans des centres d'appels, et donc on tire l'emploi à tous les niveaux de compétence et partout en France.

DIMITRI PAVLENKO
En fait, ce soutien que vous allez leur apporter, c'est le soutien dont rêvent toutes les entreprises finalement Cédric O, faciliter les relations avec l'administration, de l'aide à l'exportation, etc ?

CEDRIC O
Tout à fait, alors, il est vrai que là, on commence par tester un certain nombre de relations entre l'administration, ça peut être les URSSAF, ça peut être l'accompagnement pour se coter en Bourse, ça peut être des discussions avec les impôts…

DIMITRI PAVLENKO
Elles vont essuyer les plâtres un peu ces entreprises aussi…

CEDRIC O
Enfin, plutôt, elles vont bénéficier d'un accompagnement particulier, ce qui est certain, c'est que dans l'esprit de la loi sur le droit à l'erreur et de nouvelles relations avec les administrations qui a été portée au Parlement en 2018, de mémoire, on veut faire en sorte que cette relation entre les entreprises et l'administration, cette relation de confiance, qui ne passe pas que par le contrôle, elle se développe pour toutes les entreprises, et j'espère que ce qu'on aura pu tester avec les startups françaises, on pourra le déployer dans les années qui viennent avec l'ensemble des entreprises françaises.

DIMITRI PAVLENKO
Alors c'est 123 sociétés, elles ne sont pas 120, elles sont 123. Est-ce qu'en fait, ce French Tech 120, il a vocation, entre guillemets, à faire tourner, à ce que certaines sociétés, une fois devenues…, que vous jugerez suffisamment matures, sortent de ces dispositifs d'aide pour laisser la place à de nouvelles entreprises, Cédric O ?

CEDRIC O
Eh bien, le classement, c'est comme l'index du CAC40, c'est-à-dire qu'il va tourner, et chaque année, on mettra à jour à la fois le Next40 et les French Tech 120, il y a des entreprises… je pense qu'il faut assumer très clairement le fait qu'il y a des entreprises qui vont exploser, devenir des championnes, il y a des entreprises qui vont se faire racheter, il y a des entreprises qui vont mourir ou avoir des difficultés, c'est le lot de cette économie-là, mais on a bon espoir que dans le lot, il y en ait un certain nombre qui fassent de vrais champions demain et qui créent beaucoup d'emplois et beaucoup de valeurs en France…

DIMITRI PAVLENKO
Alors, en parallèle de la création de ce French Tech 120, vous avez pris deux dispositifs – deux dispositions – qui sont alors d'ordre vraiment technique, mais qui sont fondamentales, très importantes, pensez-vous, pour, là, cette fois-ci, l'attractivité française, deux dispositifs, alors je vais vous laisser nous les commenter, mais je donne leurs noms pour qu'on voit un peu la technicité du sujet, c'est les avantages liés aux bons de souscription de parts de créateurs d'entreprises, on comprend les stock-options. Qu'est-ce que vous allez faire là-dessus ?

CEDRIC O
Alors, en fait, on fait deux choses, d'abord, c'est qu'on introduit une mesure technique qui permet de mieux partager la valeur dans ces entreprises entre les dirigeants et les salariés, et donc on modifie la valeur à laquelle elles sont exercées, ce qui permet de mieux partager la valeur, c'est la première chose, et la deuxième chose, c'est qu'on a ouvert ces BSPCE, qui sont, en gros, effectivement, des stock-options réservées aux startups, à des entreprises qui ne gagnent pas d'argent, aux startups qui sont des filiales d'entreprises étrangères, et on a également – j'en profite pour en parler – on a ouvert le French Tech Visa, qui est un visa spécifique aux startups, qui permet d'aller extrêmement vite pour faire venir des talents de l'étranger, on l'a ouvert aux entreprises technologiques étrangères. Quel est le but de ces deux annonces, c'est que la bataille pour la technologie mondiale, la bataille pour l'économie mondiale, aujourd'hui, est de plus en plus une bataille pour l'intelligence humaine et les talents, et nous voulons faire en sorte que la France, qui est devenue de plus en plus attractive, attire les meilleurs talents du monde entier. Et donc on facilite l'arrivée de ces talents, on facilite le fait que la valeur puisse se partager et qu'ils puissent trouver des modes de rémunération qui sont équivalents à ceux qu'ils voient à l'étranger, parce que quand un talent vient, d'abord, c'est du temps gagné pour l'écosystème, ce sont des entreprises plus performantes qui exportent mieux. Et puis, c'est de la valeur quelque part…

DIMITRI PAVLENKO
Je donne un exemple, un ingénieur danois, si une filiale de FACEBOOK, qui travaille en France, veut le recruter, lui, il va se dire : oui, d'accord, je vais aller chez FACEBOOK, mais après, si je veux circuler, si je veux changer de boîte, est-ce que rester en France, ça vaudra le coup, c'est ça en fait ce que vous souhaitez, c'est que l'écosystème France, au-delà des noms des grandes entreprises, notamment américaines, l'écosystème France…

CEDRIC O
Puisse bénéficier effectivement de ces talents étrangers. Ce qu'on voit, c'est souvent par exemple un chercheur star, qu'il soit nigérian, indien, il va peut-être hésiter dans un premier temps à aller dans une startup française, et il va se dire : moi, je vais préférer aller chez FACEBOOK ou DELIVEROO en France, parce qu'il y a plus la sécurité de l'emploi, et une fois qu'il sera en France, à ce moment-là, il va commencer à regarder autour de lui, découvrir les startups, découvrir que c'est extrêmement vivant et qu'il y a des opportunités extraordinaires, et donc dans ce cas-là, il pourra venir nourrir l'écosystème français. Et je pense que c'est extrêmement important, c'est la force des écosystèmes américains ou anglais, c'est que, là-bas, vous avez entre 30 et 40% de la main-d'oeuvre qui est étrangère, nous, on veut faire la même chose, et puis, on pense que, par ailleurs, il y a une très, très forte tension sur le recrutement des talents et des gens très qualifiés en France, et que ça permet de descendre cette tension, et ça bénéficie aux entreprises françaises également.

DIMITRI PAVLENKO
Cédric O, secrétaire d'Etat au Numérique, on a eu les chiffres des levées de fonds pour l'année dernière, alors c'est pas mal, 5 milliards en France, 736 sociétés qui en ont profité, c'est pas mal, mais c'est vrai que quand on se compare par exemple aux Anglais, à 5 milliards, les Anglais font 11,4 milliards, et en termes de levées de fonds, les grosses levées de fonds, la plus importante en France l'an dernier, c'était MEERO, qui levait 205 millions, MEERO, ça ne figure même pas dans le top 10 des premières des levées de fonds européennes, Cédric O. On a en France – vous le savez, vous – ce problème sur ce qu'on appelle le Gross Equity, ces gros tours de table, qui permettent aux sociétés vraiment de gagner en stature et d'aller conquérir l'international.

CEDRIC O
Oui, c'est tout l'ambition qu'on a, d'abord, d'être l'écosystème leader, donc de rattraper les Allemands et les Anglais, et il faut faire grossir nos entreprises. Alors si on regarde ce qui s'est passé dans les deux dernières années, nous accélérons extrêmement vite, c'est-à-dire que les montants levés, c'était 5 milliards l'année dernière, il y a trois ans, c'était de 2,5 milliards. Donc on a doublé en deux ans, et le nombre de très grosses levées, c'est-à-dire d'entreprises qui lèvent plus de 50 millions d'euros, a doublé autour de la vingtaine l'année dernière. Donc on accélère…

DIMITRI PAVLENKO
Il y en a déjà deux, là, pour janvier, on a eu QONTO, ECOVADIS, 200 millions quand même…

CEDRIC O
Exactement, on accélère. Et ce qui est intéressant, c'est qu'on accélère plus vite que les Anglais et les Allemands. Donc moi, j'ai bon espoir, d'abord, qu'on dépasse les Allemands réellement cette année, puisque la différence se fait sur deux levées, deux levées à 500 millions d'euros, et que dans les années qui viennent, on rattrape les Anglais ; je pense qu'aujourd'hui, notre écosystème est celui qui est le plus vivant, qui se développe le plus vite, mais il faut rattraper ceux qui sont devant, parce que le but, ce n'est pas d'être second, le but, c'est de faire en sorte qu'on soit l'écosystème leader, pour une raison simple, c'est que c'est la seule manière d'avoir la technologie, les emplois et la souveraineté ici et pas ailleurs.

DIMITRI PAVLENKO
Merci Cédric O, le secrétaire d'Etat au Numérique, avec nous ce matin sur Radio Classique.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 janvier 2020