Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à LCI le 10 janvier 2020, sur l'évolution des négociations à propos de la réforme des retraites au 37e jour de la grève des transports.

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur LCI, parce qu'on va le voir dans l'interview qui va suivre, le rôle du Parlement, le calendrier, toutes ces questions-là qui semblent un peu abstraites, sont très importantes pour le dénouement de cette crise qui s'enlise. 37e journée de grève aujourd'hui. Une journée de négociation entre syndicats et gouvernement à Matignon, quel est l'enjeu de cette journée, de ce vendredi, Marc FESNEAU ?

MARC FESNEAU
Une journée de négociation et de discussion avec les organisations patronales et syndicales, c'est des bilatérales, c'est-à-dire le Premier ministre, avec chaque organisation syndicale individuellement. L'enjeu de cette discussion et de cette journée c'est de faire en sorte que dans ce dialogue bilatéral on puisse regarder les voies et moyens, à défaut d'un accord, au moins des voies d'un compromis qu'il pourrait y avoir, avec en tout cas les organisations qui ont manifesté depuis le début leur intérêt pour le système universel, et d'avancer sur les points en particulier qui, manifestement aujourd'hui ne font pas l'objet d'un consensus, je pense à la question de l'équilibre budgétaire. Et puis il y a d'autres sujets qui ont été levés à la demande des syndicats, et la porte avait été ouverte par le Premier ministre dès son discours autour au CESE, qui étaient autour de la pénibilité, des mécanismes de transition, et donc l'objectif c'est, sujet par sujet, d'essayer d'éclairer les voies d'un compromis.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais je vous écoute, ce n'est pas la première journée, vous me direz ça veut dire que c'est dialogue social, mais moi je vous dis ce n'est pas la première journée, et vous me dites, quoi, c'est une journée comme les autres ?

MARC FESNEAU
Non, mais c'est une journée d'approfondissement d'un certain nombre de thèmes qui ont été mis sur la table, entre le moment où je vous parle et la semaine dernière il y a un certain nombre d'avancées, en tout cas de discours qui ont été posés. J'ai entendu ce qu'a dit Monsieur BERGER par exemple, en proposant l'objectif d'une conférence du financement, encore faut-il qu'on sache quel est le contenu de cette conférence, quelle est sa gouvernance, quel est son calendrier, et quels sont les objectifs qu'on lui donne, c'est aussi l'objet des rendez-vous qui auront lieu aujourd'hui. J'ai entendu le MEDEF hier dire qu'ils avaient un certain nombre de propositions à faire sur le financement, j'ai entendu un certain nombre de syndicats dire qu'ils avaient aussi des propositions à faire sur le financement, si on peut avancer sur ce chemin-là, qui paraît un chemin important, qui est pour nous un chemin très important, c'est …

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, donc si je vous écoute, ce qui est en jeu, Marc FESNEAU, pour répondre à la question, c'est la méthode, la méthode et ce que sera le contenu de cette conférence.

MARC FESNEAU
Mais la méthode c'est essentiel, je suis d'accord avec vous, c'est la méthode, parce que la méthode est essentielle pour aboutir, à la fin du processus, à un compromis.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous estimez, Marc FESNEAU, avoir fait beaucoup pas déjà pour arriver à ce compromis rapide ? Je vous dis ça, parce que Gérald DARMANIN, ce matin dans Le Figaro, donne une interview assez longue sur cet enjeu, un peu comme s'il était d'ailleurs le messager d'Edouard PHILIPPE dans cette affaire, et voilà ce qu'il dit : “Chacun doit faire un pas, gouvernement et syndicats.” Est-ce que vous, vous avez déjà fait un pas ?

MARC FESNEAU
Entre le moment où le Premier ministre s'est exprimé et le jour où nous sommes, aujourd'hui, 10 janvier, le gouvernement, dans le cadre des dialogues qu'il a eus avec les syndicats, il a fait un certain nombre de pas. D'abord dans l'expression du Premier ministre, je vous rappelle que la génération qui devait être concernée c'était plutôt la génération 66, ou celles des années 60, puis on a dit on comprend qu'il y ait besoin d'un mécanisme de transition, c'est plutôt la génération 75. Il y avait des questions qui étaient posées autour de la pénibilité, on a essayé d'y apporter un certain nombre de réponses. Donc, progressivement nous avons fait des pas. Le Premier ministre a indiqué, concernant ce que disait Laurent BERGER sur la question du financement, que nous étions prêts à ouvrir le dialogue et que la question de la conférence du financement nous paraissait une bonne question en termes de méthode, donc nous avons fait un certain nombre de pas. J'entends aussi, d'ailleurs, qu'un certain nombre de syndicats ont fait des pas, parce que, au fond, moi j'entendais Laurent BERGER au début de l'automne, il disait “la question du financement elle est seconde”, pour ne pas dire secondaire, manifestement elle est suffisamment centrale pour qu'on ait besoin d'en faire une conférence du financement, et tout ça n'est compromettant pour personne. Le fait qu'on fasse des pas, quand on est dans un processus de dialogue, de discussion, n'est compromettant pour personne, parce que c'est au service de l'intérêt général.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et surtout au service de ce qu'a demandé aussi le président pour en sortir. Alors, ce qu'on lit aussi dans l'interview de Gérald DARMANIN, dans Le Figaro, c'est que, Banco pour la conférence de financement, ça, de toute façon le Premier ministre l'avait dit lui-même déjà, mais pas selon le calendrier présenté, proposé par Laurent BERGER. Laurent Berger dimanche soir sur France 2 il a dit entre juin et septembre, ça veut dire une fin de la conférence en septembre. Vous, vous dites quoi ?

MARC FESNEAU
Gérald DARMANIN a rappelé très simplement les choses. Cette réforme c'est un tout, il n'y a pas de question paramétrique et de question systémique, un système il tient parce que ses paramètres tiennent, parce que son équilibre financier est assuré, et c'est bien parce qu'il y a un défaut d'équilibre financier que nous en sommes là aujourd'hui. Et donc, la nécessité pour nous c'est que, dans cette conférence du financement, et dans le calendrier qui est celui du temps parlementaire, on ait les éléments qui permettent de rassurer, non pas le gouvernement, mais de rassurer les Français sur le fait que le système de financement, rien n'a été laissé sous la table, et tous les éléments du financement sont posés sur la table.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous ne voulez pas, d'une part on vote la réforme et ensuite on discute financement…

MARC FESNEAU
On ne peut pas dire voilà la réforme, et quant au financement on en parlera un autre jour, oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
On peut faire tout en même temps ? Vous pouvez à la fois, et on va parler ensuite de votre calendrier parlementaire, mais à la fois mettre le texte au programme du Parlement et puis organiser la conférence de financement ?

MARC FESNEAU
Bien entendu parce que, évidemment, c'est un processus qui est normal et qui est classique, on peut mettre des garde-fous dans un certain nombre de d'éléments de loi, mais on ne peut pas de sortir de cette séquence législative, qui va s'ouvrir à partir de l'examen du texte en Conseil des ministres, on ne peut pas sortir sans avoir des assurances sur le financement du système.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et pratiquement c'est possible de le faire en même temps ?

MARC FESNEAU
Oui, pratiquement c'est possible de le faire. Si c'est possible pour juillet, c'est peut-être possible pour, voyez, on n'est pas très éloigné de pas de temps, après il peut y avoir des clauses de revoyure, des rendez-vous, mais je veux dire on n'est pas très éloigné de calendrier, me semble-t-il.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ça voudrait dire que cette conférence de financement elle débuterait à peu près au même moment que l'examen au Parlement, le 17 février.

MARC FESNEAU
On verra, puisque c'est les éléments de la discussion qu'il y aura aujourd'hui, en termes de méthode…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais c'est votre souhait, c'est le souhait du gouvernement.

MARC FESNEAU
Oui, bien sûr, c'est le souhait du gouvernement. On ne part pas de rien. Si j'entends bien ce que disent les organisations syndicales, ils ont des propositions, nous avons, nous, nos propositions aussi, donc on ne part pas de rien dans une discussion sur le financement du système de retraite, et fort heureusement, et donc, ne partant pas de rien on peut avoir un processus qui soit compatible avec le temps législatif et parlementaire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ce qu'on comprend c'est que, vous demandez, à la CFDT, d'accepter que les deux “piliers”, les deux gros éléments de la réforme, c'est-à-dire la réforme systémique et la recherche de l'équilibre financier, soient discutés parallèlement, alors que lui, Laurent BERGER, ne voulait pas que ce soit lié ?

MARC FESNEAU
Pardon Madame MARTICHOUX, le système… ce qui fait système…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, mais répondez à ma question…

MARC FESNEAU
Oui, je vais y répondre, bien sûr…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous demandez à la CFDT de faire cette concession-là ?

MARC FESNEAU
Mais ce n'est pas une question de concession, c'est une question de bon sens. Le système, il pose à la fois sur les bases générales et il pose aussi sur la question du financement, s'il n'y a pas de financement assuré, le système ne tient pas. La question financière elle fait partie du système, si je peux me permettre. Et puis par ailleurs, je voudrais juste dire un mot sur la question du financement et la question de l'âge pivot, qui a mobilisé beaucoup les attentions. Depuis le 1er janvier 2020 la loi Touraine, la loi Touraine elle n'a pas été votée par ce gouvernement, elle a été votée par les socialistes, qu'est-ce qu'elle prévoit ? Elle prévoit un allongement de la durée de cotisation pour passer de 166 trimestres à 172. Au fond, on est en train de découvrir que, parmi les outils qui sont à disposition pour financer le système de retraite il y a un allongement de la durée de cotisation, que la question du temps de travail doit être posée. Nous l'avons posée avec ce que nous avons proposé autour de l'âge pivot, mais, au fond, si nous ne faisions rien, de toute façon les trimestres cotisés seront plus nombreux demain qu'ils ne le sont aujourd'hui. Donc je trouve que venir nous faire le reproche de parler de, je n'ai pas dit que vous le faisiez, mais un certain nombre d'organisations syndicales nous disent “en fait vous proposez mesure au travers de la question du temps de travail et des trimestres”, c'est déjà dans le texte aujourd'hui…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, enfin…

MARC FESNEAU
Oui, mais c'est important pour ceux qui nous écoutent parce que, on veut nous faire croire que c'est une nouveauté. Au fond, depuis des années, les réformes qui se sont produites ont été des réformes qui ont regardé le temps de travail dans sa globalité.

ELIZABETH MARTICHOUX
On essaye de comprendre, grâce à vous ce matin, où en sont les uns et les autres dans ce rapport de force, 37e jour de grève Marc FESNEAU. Question : est-ce que cette concession de la CFDT - j'appelle ça concession, mais c'est vrai que jusque-là ils ne voulaient pas que les deux parties soient liées - est-ce que cette concession de la CFDT serait suffisante pour que le gouvernement envisage de gommer l'âge pivot aujourd'hui inscrit dans le projet de loi ?

MARC FESNEAU
Mais la question se pose de façon assez simple. Si jamais nous avons la garantie que, au bout du processus législatif, nous aurons les termes d'un équilibre financier du système de retraite, après nos verrons…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas la question que je vous posais.

MARC FESNEAU
Attendez, laissez-moi finir…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas la question que je vous pose !

MARC FESNEAU
J'essaye de finir ma réponse, j'ai bien compris votre question ; après nous verrons dans les éléments du texte. Le texte il a été déposé au Conseil d'État, il a été transmis aux organisations qui doivent être saisies cette nuit. Nous avons toutes voies et moyens, dans le cadre du dialogue qui se noue aujourd'hui sur cette question du financement, de modifier et de faire évoluer le texte au gré de ce que pourra être la conférence du financement, mais, on ne lâche pas…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors ça c'est important, ça veut dire que ça dépend… ce que vous avez envoyé au Conseil d'État et aux…

MARC FESNEAU
Il est conforme à ce qu'a dit le Premier ministre au CESE.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et à la Sécurité sociale, il est conforme, d'accord.

MARC FESNEAU
Personne n'est surpris.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas irréversible, vous pouvez envoyer un correctif…

MARC FESNEAU
Une lettre rectificative.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça s'appelle une lettre rectificative ?

MARC FESNEAU
Il y a deux moyens pour le faire, avant le Conseil des ministres c'est une lettre rectificative au Conseil d'État pour dire voilà les modifications, issues éventuellement du dialogue qui se poursuit aujourd'hui, et puis il y a une deuxième voie qui est assez simple aussi, enfin pardon, je suis ministre des Relations avec le Parlement, c'est la voie des amendements, amendements gouvernementaux ou amendements parlementaires.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que pour trouver le compromis, rapide, demandé par le gouvernement, par Emmanuel MACRON pardon, il ne serait pas quand même plus utile, pour vous, pour les Français, qui subissent la grève, de faire ce rectificatif avant le 24 janvier, jour du Conseil des ministres ?

MARC FESNEAU
C'est toujours mieux… enfin, plus rapidement nous pouvons trouver…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que le souhaitez Marc FESNEAU ?

MARC FESNEAU
Evidemment que nous le souhaitons.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que c'est souhaitable ?

MARC FESNEAU
Evidemment que c'est souhaitable. Enfin, nous sommes en situation de responsabilité et nous sommes responsables, pour le coup, et donc la situation ne saurait perdurer pour nous. Après, reconnaissons aussi que, dans ce mouvement de grève il y a un certain nombre d'organisations syndicales, qui depuis le début ont dit qu'elles étaient d'accord avec les objectifs, la philosophie du projet de loi de réforme, qui sera présenté, et puis il y a un certain nombre d'organisations syndicales qui sont structurellement opposées au système de retraite par points, et c'est plutôt elles qui bloquent aujourd'hui le pays. Et donc, il y a aussi quelque chose de l'ordre d'une responsabilité collective pour faire en sorte que nous en sortions.

ELIZABETH MARTICHOUX
En toute hypothèse, vous m'entendez bien, en toute hypothèse, le gouvernement pourrait renoncer à l'âge pivot avant le 24 janvier ?

MARC FESNEAU
En toute hypothèse le gouvernement il est prêt à toutes les ouvertures dès lors que nous garantissons l'équilibre du système, et le Premier ministre l'a dit…

ELIZABETH MARTICHOUX
Des ouvertures, jusqu'au retrait de l'âge pivot. Les Français ne sont pas idiots, ils vous écoutent, ils veulent comprendre.

MARC FESNEAU
Mais l'âge pivot, Madame MARTICHOUX, l'âge pivot n'est pas un totem, disons les choses très clairement, c'est, comme l'a très bien rappelé Gérald DARMANIN, ce qui nous paraît être le système le plus crédible, mais peut-être que les organisations syndicales ont d'autres choses à proposer, en tout cas le système le plus crédible…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas un totem, c'est le point de crispation.

MARC FESNEAU
Oui, c'est le point de crispation, mais ce n'est pas un totem pour nous. Je rappelle que le Premier ministre, au CESE, avait dit “je suis prêt à sortir de l'âge pivot si nous avons d'autres solutions”, je ne peux pas vous dire autrement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, d'ici à fin 2020 ou 2021, là on parle du 24 janvier Marc FESNEAU, on parle d'une crise qui dure depuis 36 jours.

MARC FESNEAU
Mais, Madame MARTICHOUX, je comprends très bien ce que vous dites, comprenez aussi très bien ce que j'essaye de vous dire, c'est-à-dire que, il y a besoin d'un équilibre au système, s'il y a des alternatives qui sont proposées nous les prendrons, je ne peux pas vous le dire mieux, c'est très clair.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, donc vous dites la même chose que moi dans des termes différents. La conférence de financement, Marc FESNEAU, vous souhaitez qu'elle soit conclusive, enfin qu'elle conclut, qu'elle arrive à des résultats positifs si possible, avant quelle date ?

MARC FESNEAU
Alors, moi je trouve que ce serait une mauvaise manière faite aux organisations syndicales que de leur mettre la pression et un oukase de calendrier qui soit trop court. D'ici le 24 janvier, en tout cas aujourd'hui, l'intérêt pour nous c'est que nous ayons, nous tombions d'accord, nous tombions d'accord avec un certain nombre d'organisations syndicales sur la méthode, parce que la méthode ça permet de fixer un calendrier, mais c'est aussi ce qui permet aussi de fixer le cadre qui est donné à cette conférence du financement. Après, comme l'a rappelé Gérald DARMANIN, et d'autres ministres en charge de ces dossiers, la question c'est, dans le processus législatif il faut que nous ayons des éléments de réponse avant la fin du processus législatif. Je vais vous donner un autre exemple. Quand il y a eu la réforme de la SNCF, comment nous avons procédé ? nous avons procédé en mettant des éléments fixes, des objectifs de la réforme, et au gré des négociations, qu'il y a eu avec un certain nombre de syndicats, et nous avons trouvé, avec des syndicats, des accords, nous avons inscrit en dur ce qui était l'aboutissement du processus de négociation, dans le processus législatif, c'est-à-dire qu'on n'a pas procrastiné, ni reporté à plus tard ce que devaient être les décisions du processus législatif, mais on s'est adapté à la discussion, à la négociation. Alors, on ne peut pas nous reprocher à la fois de ne pas tenir compte des syndicats et de dire après mais comment vous allez faire dans le processus législatif.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, 17 février, arrivée du texte, si tout se passe bien…

MARC FESNEAU
A l'Assemblée nationale, enfin il sera examiné en commission avant, débat public au 17 février.

ELIZABETH MARTICHOUX
A partir du 24 janvier. 17 février il arrive dans l'hémicycle, ensuite il y a un vote en première lecture, avant les municipales…

MARC FESNEAU
Avant les municipales.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est mieux pour vous, politiquement ce n'est pas plus bête !

MARC FESNEAU
Je ne sais pas si c'est mieux, en tout cas nous assumons, nous l'avons fait sur des tas d'autres textes, nous assumons notre volonté réformatrice, et donc nous assumons y compris d'autres processus électoraux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ensuite il ira au Sénat, il y a les navettes, etc., la conclusion, enfin le vote définitif, vous le prévoyez ?

MARC FESNEAU
Avant la trêve estivale, c'est aussi simple que ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. La conférence de financement, vous souhaitez qu'elle conclue quand, fin juillet, ou fin avril ?

MARC FESNEAU
Si je vous dis que c'est dans le cadre du processus législatif, c'est dans le cadre du processus législatif.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ça peut jusqu'à fin juillet ?

MARC FESNEAU
Le processus législatif il court jusque juin, juillet, mais on peut, au fur et à mesure, avoir, dans le texte, des éléments fixes et puis des éléments qui soient l'issue de la conférence du financement. Enfin, à qui ressemblerait-t-on si nous disions, on met dans le texte, et si vous n'avez pas fini en mars on restera sur la position qui était la nôtre ? C'est exactement l'inverse qu'on dit depuis le début. S'il y a des éléments, comment dirais-je, qui viennent améliorer, ou qui viennent pondérer tel ou tel élément de la réforme, on est prêt à les inscrire dans le texte. La navette parlementaire elle sert à ça, le débat parlementaire il sert à ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais comme les débats ils auront lieu jusqu'à fin juillet, jusqu'au vote définitif…

MARC FESNEAU
On est plutôt sur un calendrier, un pas de temps fin juin/début juillet, c'est plutôt ça le pas de temps.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce que vous appelez un pas de temps c'est ?

MARC FESNEAU
C'est le pas de temps entre le moment où le texte…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, traduisez…

MARC FESNEAU
Le pas de temps c'est le moment où le texte est déposé, examiné en Conseil des ministres, et le moment où il est définitivement voté, on est plutôt sur ce calendrier de 6 mois environ.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, et la conférence de financement, elle, elle sera plus courte.

MARC FESNEAU
Si je vous dis qu'il faut qu'elle soit compatible avec cette temporalité-là, c'est qu'il faut qu'elle soit dans cette temporalité-là, c'est aussi simple que ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc il faut des éléments, déjà, pour le vote en première lecture. Gérard LARCHER, président du Sénat, c'est quand même un homme qui pèse dans le débat public, hier il a formulé une demande très claire à l'occasion de la présentation de ses vœux, on l'écoute.

GERARD LARCHER, PRESIDENT LR DU SENAT
Je demande, par conséquent, au gouvernement d'attendre les résultats, qu'ils soient positifs ou négatifs, de la conférence de financement, avant de saisir le Parlement d'un projet de loi. Je sais que ce n'est pas la position de tous les partenaires sociaux, y compris ceux avec qui j'ai un dialogue.

ELIZABETH MARTICHOUX
Voilà. On retient évidemment l'essentiel, “je demande officiellement au gouvernement d'attendre la fin de la conférence de financement pour le début de la discussion parlementaire.”

MARC FESNEAU
Et j'entends la phrase du président LARCHER qui est de dire je sais que ce n'est pas la position des partenaires sociaux, et ce n'est pas la position du gouvernement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que vous lui répondez ? Vous êtes le ministre chargé des relations.

MARC FESNEAU
Moi j'entends la voix du président LARCHER avec lequel j'ai de très bonnes relations, et c'est une voix éminente, il est dans l'opposition, tout le monde le sait, et d'ailleurs c'est bien son droit, nous ne partageons pas son sentiment. On a trop attendu, sur ces questions de retraite, pour ne pas dire on en reparlera, parce qu'au fond, l'idée c'est, on en en reparle encore un peu plus tard si possible. Non.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous voulez dire que lui il veut faire traîner les choses…

MARC FESNEAU
Je ne sais pas s'il veut faire traîner les choses…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas très bon pour vous ?

MARC FESNEAU
Je ne fais pas de procès d'intention au président LARCHER.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous connaissez son habileté politique.

MARC FESNEAU
Je mesure tout à fait son habileté politique, mais je ne lui fais pas de procès d'intention sur ce sujet-là, je dis simplement que les partenaires sociaux, le gouvernement, souhaitons que nous emmenions cette réforme des retraites sans de nouveau délayer et prendre du temps plus qu'il n'en faut, et donc il y a un désaccord avec le président LARCHER, mais ce n'est pas très grave.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais, finalement, Marc FESNEAU, c'est très très pertinent ce que demande le président du Sénat, parce que, vous demandez un peu aux parlementaires de voter une loi les yeux bandées…

MARC FESNEAU
Mais pas du tout.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sans savoir ce qu'elle va coûter et sans savoir comment elle sera financée.

MARC FESNEAU
Mais non, ce qui aboutirait à demander aux parlementaires de voter une loi les yeux bandés c'est de leur dire vous votez la loi et le financement on en parlera plus tard. Or, je vous dis…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, lui dit, “vous parlez financement et après vous votez la loi”, ça s'entend.

MARC FESNEAU
Non, mais on peut… puisque je vous dis que les éléments du financement doivent être partie prenante de la loi finalement votée, ça sera clair pour les parlementaires, et aussi important, ça sera clair pour les Français, pour qu'ils sachent comment est leur nouveau système, et comment il est financé, et ça c'est une question de responsabilité, de lucidité, et de vérité qu'on doit aux Français, parce que depuis des années on leur a dit “c'est la dernière loi sur les retraites, c'est financé pour toujours”, et tous les 3 ou 4 ans on dit “ah, au fait, on a oublié de vous dire, il y a encore un sujet de déficit et donc il faudra, ou travailler plus longtemps, ou on n'arrive pas à résoudre un certain nombre de sujets.”

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc on peut voter une loi, discuter une loi, en même temps qu'on discute le financement ?

MARC FESNEAU
Mais c'est un processus démocratique normal quand dans le même temps il y a des voies de négociations. On ne peut pas… ça voudrait dire, sinon, qu'on arrive au Parlement avec quelque chose qui est tout à fait ficelé, qu'il ne faut pas toucher. C'est dénier, d'une certaine façon parlementaire, le droit de discuter sur des éléments budgétaires ou des éléments… la structure d'une réforme, je trouve que, en tout cas comme ministre des Relations avec le Parlement, je trouve qu'il y aura quelque chose d'assez malsain, et donc que les choses se fassent concomitamment ne me gêne pas et me paraît assez logique au fond.

ELIZABETH MARTICHOUX
Voilà la réponse à Gérard LARCHER. S'il y avait un compromis rapide, la grève s'arrêterait ?

MARC FESNEAU
Mais je n'en suis pas certain, parce qu'au fond ceux qui sont les plus arc-boutés sur la grève, et qui mènent ce mouvement de façon répétitive depuis 37 jours…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est-à-dire ?

MARC FESNEAU
C'est la CGT, c'est FO, qui disent, au fond j'entendais le responsable de FO hier, “le système actuel il nous convient. Il faut l'améliorer un peu mais le système actuel il nous convient”, et qui sont structurellement opposés. Je regrette qu'ils soient sur cette position-là, parce que je considère, nous considérons que le système actuel il est injuste. Il est injuste entre les 42 régimes, il est injuste entre ceux qui ont des carrières hachées et ceux qui n'en ont pas, il est injuste pour les femmes, et donc c'est un système qui ne nous convient pas, mais qui ne convient pas de la majorité des Français. Quand vous pensez que 25% des Français sont obligés de travailler, plutôt des Françaises, sont obligées de travailler jusqu'à 67 ans, si ça, ça satisfait monsieur MARTINEZ…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça s'arrêterait ou pas ?

MARC FESNEAU
Mais oui... Eh bien on verra, après c'est la responsabilité non seulement des organisations syndicales, et moi je fais confiance aussi à l'esprit de responsabilité des salariés, en particulier des entreprises concernées, SNCF et RATP. Je vois d'ailleurs qu'il y a quand même un début d'amélioration et en disant ça, je pense aussi à ceux qui…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il faut être modeste.

MARC FESNEAU
Oui…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est encore très perturbé.

MARC FESNEAU
Laissez-moi finir ma phrase, en disant ça, je pense à ceux qui tous les matins sont en galère pour accéder à leur travail ou pour tout simplement se mouvoir. Mais je fais confiance aussi à l'esprit de responsabilité. A chaque fois qu'on a quelque chose autour d'une réforme des retraites, il y a des mouvements qui sont assez compliqués, assez rudes, mais moi je pense que la raison l'emportera parce que notre réforme est juste, et quand une réforme est juste, la raison l'emporte.

ELIZABETH MARTICHOUX
Encore un petit mot, rien à voir. A Paris, votre collègue Marlène SCHIAPPA a annoncé qu'elle se présente à Paris. Il faut sauver le soldat GRIVEAUX manifestement.

MARC FESNEAU
Non mais, que des collègues viennent soutenir un candidat, ce n'est pas une question de sauver, je crois que Marlène SCHIAPPA réfléchissait depuis longtemps à la question de s'investir sur Paris…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle avait plutôt dit qu'elle ne voulait pas revenir à un Conseil municipal qu'elle avait connu au Mans, c'était plutôt ça, donc là, tout d'un coup…

MARC FESNEAU
Moi je n'avais pas, pardonnez-moi, je n'avais pas entendu ça de sa part. Qu'elle ait envie de se lancer dans la bataille de Paris, notre exigence à nous c'est de faire en sorte qu'il y ait une alternance qui soit proposée, c'est bien ça l'essentiel.

ELIZABETH MARTICHOUX
Marlène SCHIAPPA, Stanislas GUERINI le patron de la République En Marche qui vient en soutien de Benjamin GRIVEAUX, il sera sur la liste. On parle d'Agnès BUZYN ce matin qui pourrait aussi se présenter à Paris. Ce serait une bonne idée ?

MARC FESNEAU
Mais vous ne trouvez pas... Oui, moi je pense que tous ceux qui pourront apporter leur contribution à un projet pour les Parisiens, et tous ceux qui pourront apporter une contribution à une alternance à Paris, et c'est une bonne nouvelle, et que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Quoi qu'on pense du candidat, pardon, ça donne le sentiment qu'il ne peut pas s'en sortir tout seul.

MARC FESNEAU
Mais ce n'est pas le sujet. La bataille de Paris, la bataille électorale de Paris, soyons raisonnables, la bataille électorale de Paris elle mérite que tous ceux qui ont envie qu'il y ait une alternative, une alternance de proposée, s'y engagent, et donc tous ceux qui s'y engagent, je trouve que c'est une bonne nouvelle.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dernière question, le MoDem à Paris, je n'ai pas compris, il soutient qui ? Quel candidat ?

MARC FESNEAU
Le MoDem est en discussion, il apportera par la voix de Marielle de SARNEZ les éléments de sa réponse, dans les temps qui vont venir maintenant rapidement. Nous, notre exigence, notre souhait c'est qu'à Paris s'offre une alternative à la gouvernance, au projet, et la façon dont Paris a été gouvernée depuis une douzaine d'années par Anne HIDALGO.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous ne tranchez pas entre VILLANI et GRIVEAUX pour l'instant.

MARC FESNEAU
Non mais on tranchera avec l'exigence pour nous qu'on assure l'alternance, c'est ça la ligne qui sera la nôtre, donc voilà c'est simple et c'est assez clair.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et on le saura quand ?

MARC FESNEAU
Là, dans les jours qui viennent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup, Marc FESNEAU d'avoir été ce matin sur LCI.

MARC FESNEAU
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 janvier 2020