Interview de Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice, à Public Sénat le 24 janvier 2020, sur les avocats et la réforme des retraites, l'affaire du meurtre de Sarah Halimi, la loi bioéthique et les djihadistes français.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Notre invitée politique ce matin, c'est Nicole BELLOUBET. Bonjour.

NICOLE BELLOUBET
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Garde des Sceaux, ministre de la Justice. Merci d'être avec nous ce matin. Interview pendant 20 minutes, en partenariat avec la Presse quotidienne régionale, représentée par Fabrice VEYSSEYRE-REDON, du groupe EBRA.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Bonjour Oriane.

ORIANE MANCINI
Bonjour Fabrice.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Bonjour madame.

NICOLE BELLOUBET
Bonjour.

ORIANE MANCINI
On va commencer, Nicole BELLOUBET, avec la réforme des retraites et cette colère des avocats contre la réforme. Les Barreaux sont en grève. Vous les avez reçus hier, avec le Premier ministre, comment ça s'est passé ?

NICOLE BELLOUBET
D'abord, je ne les ai pas reçus seulement hier. Hier, nous avions une rencontre à Matignon autour du Premier ministre, mais cela venait clôturer d'une part des rencontres nombreuses que j'ai avec eux, à la fois au plan national mais aussi à chaque fois que je me rends dans les juridictions, je rencontre toujours les bâtonniers, et donc cela me permet à la fois de mesurer effectivement qu'il y a un malaise dans cette profession, pour de multiples raisons, et donc j'ai eu l'occasion, et le Premier ministre l'a confirmé hier, de dire que nous étions prêts, que le gouvernement était prêt, que j'étais prête à travailler avec eux sur différents paramètres liés à l'avenir de la profession, ça c'est un point assez large, mais hier, également autour du Premier ministre, nous avons donc évoqué les questions spécifiquement de retraite. Et donc…

ORIANE MANCINI
Et les questions qui fâchent, notamment, on imagine.

NICOLE BELLOUBET
Et donc, évidemment…

ORIANE MANCINI
Notamment cette hausse, doublement de leurs cotisations, qui est prévu, est-ce que vous pourriez revenir là-dessus ?

NICOLE BELLOUBET
Oui, bien sûr, je peux revenir là-dessus. D'abord, il faut préciser que ce que souhaite le gouvernement, et ça fera l'objet du projet de loi qui sera adopté ce matin en Conseil des ministres, c'est d'instaurer un régime universel, qu'on estime plus juste, plus équitable, pour tous les Français. Quand on parle de régime universel, tous les Français doivent l'intégrer, et donc les avocats aussi. Nous avions, avec les avocats, une difficulté, nous avons je crois toujours une difficulté, c'est qu'ils ne souhaitent pas intégrer le régime universel.

ORIANE MANCINI
Et ça, pour vous, ce n'est pas négociable.

NICOLE BELLOUBET
Pour nous, ce n'est pas négociable, parce que c'est contradictoire avec l'idée même de régime universel. En revanche, j'entends les inquiétudes qu'ils peuvent formuler, notamment sur la question de la hausse des cotisations que vous évoquez, de la baisse des pensions. Donc, ce que nous avons fait avec les avocats, c'est que nous avons étudié un certain nombre de cas types, c'est-à-dire l'avocat qui gagne 32 000 € par an, 40 000, 80 000, et nous avons observé qu'elles étaient les incidences de l'entrée dans le régime universel sur la profession d'avocat. Nous observons deux choses. La première c'est que jusqu'en 2029, la hausse des cotisations qui est prévue, puisque leur cotisation est à peu près actuellement de 14%, et qu'à terme ils devront passer à 28%, cette hausse des cotisations est absorbée par différents paramètres, et notamment parce que, et le Premier ministre s'y est engagé, nous allons modifier l'assiette des cotisations hors retraites, faire un abattement de 30% sur ces cotisations, ce qui diminue les cotisations globales, des cotisations sociales globales que paient les avocats. Donc, il y aura effectivement une hausse des cotisations retraite, mais une diminution des cotisations retraite, qui compenseront cette hausse.

ORIANE MANCINI
Pour qu'on soit bien clairs sur ce point, vous discutez avec eux des compensations, mais vous dites : la hausse de cotisations, de 14 à 28%, ça elle aura lieu, ça non plus ce n'est pas négociable ?

NICOLE BELLOUBET
Elle aura lieu forcément, puisque c'est la base même du régime universel, c'est-à-dire pour tout le monde les mêmes choses, jusqu'à un certain niveau, il y aura les mêmes règles pour tout le monde. Après, dans chacune des professions ou des branches, chacun pourra s'organiser comme il l'entend, mais il y aura un socle commun. Donc je le redis clairement ici, je le redis clairement, jusqu'en 2029, la hausse des cotisations prévue pour les retraites sera compensée par une baisse des cotisations hors retraites. Et donc le Premier ministre s'est engagé clairement là-dessus.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Les avocats, quand même, Nicole BELLOUBET, campent sur l'idée que c'est une précarisation supplémentaire pour leur profession…

NICOLE BELLOUBET
Je ne vois pas en quoi.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous les rencontrez souvent, vous l'avez évoqué…

NICOLE BELLOUBET
Très. Très.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous évoquez ce malaise de la profession. Il est où le malaise ? Est-ce qu'il y a trop d'avocats en France ?

NICOLE BELLOUBET
Alors, pardonnez-moi, je crois qu'on a deux sujets différents. On a le sujet des retraites, sur lequel il y a des engagements forts du Premier ministre, je parlais des cotisations. Je voudrais juste dire un mot sur les pensions également, puisque…

ORIANE MANCINI
Non mais on va y venir, on a un peu de temps, alors allez-y, allez-y.

NICOLE BELLOUBET
Bon, d'accord, très bien, alors je n'en parle pas.

ORIANE MANCINI
Juste, pour qu'on comprenne bien, sur la hausse, est-ce que vous garantissez que la compensation que vous allez mettre en place, elle va garantir à 100% la hausse des cotisations et qu'ils n'y perdront pas les avocats ?

NICOLE BELLOUBET
Jusqu'en 2029, cela ne changera rien.

ORIANE MANCINI
Et après ?

NICOLE BELLOUBET
Après, il y aura une transition longue qui va s'installer, avec différents mécanismes qui pourront être mis en place. Mais c'est important…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Pour l'instant, rien n'est garanti au-delà de 2029, c'est aussi ça qui alourdit le malaise des avocats.

NICOLE BELLOUBET
Non, mais nous avons le temps de dialoguer, puisque nous avons également précisé hier que les rencontres techniques vont se poursuivre. Donc, tout cela, ce sont des points dont nous discutons. Pour le moment, je le redis, nous avons examiné des cas type, donc, qui sont les cas…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Notamment ceux qui gagnent le moins.

NICOLE BELLOUBET
Ceux qui gagnent le moins, 32 000 €.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Qui est un problème en France pour les avocats.

NICOLE BELLOUBET
Et, pardon, juste sur ces personnes, ce cas type de 32 000 €, nous avons clairement vu qu'il y aurait une hausse des pensions, notamment importantes pour une femme avec 2 enfants. Donc ce sont des cas types. Je mesure, ce sont donc des cas théoriques, mais je veux dire ici que nous avons constaté qu'il y aurait une hausse des pensions avec le régime universel.

ORIANE MANCINI
Mais, est-ce que vous pouvez dire ici clairement qu'aucun avocat ne verra sa pension baisser ?

NICOLE BELLOUBET
Ecoutez, sur les cas types que nous avons étudiés, c'est très clair, c'est très clair. Sur les cas types, 32 000, 40 000, 80 000, c'est très clair. Et donc ça je crois que c'est un point très positif.

ORIANE MANCINI
L'autre question, c'est la question des régimes.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Les régimes et puis surtout l'organisation de cette profession que vous invitez à réformer, à se réformer plus globalement. Je repose ma question : est-ce que vous jugez aujourd'hui qu'il y a trop d'avocats en France ?

NICOLE BELLOUBET
Je considère que c'est l'ensemble de la profession, me semble-t-il, qui doit être analysé, dans les perspectives qu'elles qu'elle offre elle-même à ses membres. Il y a eu... Madame la Présidente du Conseil national des Barreaux a organisé des états généraux de la profession. 40 propositions en sont issues. Moi je pense qu'elles doivent être examinées, parce qu'il me semble que les avocats ont la capacité à diversifier leurs activités. Et en ce sens, je ne suis pas certaine qu'il y ait trop d'avocats, mais je crois qu'il faut diversifier les activités, il faut sans doute peut être retravailler sur les questions d'aide juridictionnelle. Bref, il y a plusieurs champs que nous pouvons investir, et qui me semble-t-il devraient permettre d'offrir à cette profession un avenir plus serein.

ORIANE MANCINI
L'autre question, on le disait, c'est celle de leur réserve. Est-ce que vous dites que les avocats pourront garder leur réserve ?

NICOLE BELLOUBET
Mais ça fait longtemps que nous le disons. Cela fait longtemps que nous disons que les avocats pourront garder leur réserve.

ORIANE MANCINI
Et que cette réserve ne servira pas à renflouer le régime général ?

NICOLE BELLOUBET
Elle servira à traiter la manière dont les avocats veulent organiser leur système de solidarité, puisque, je le redis devant vous, le régime universel c'est un tronc commun, c'est un socle commun, le même pour tous les Français, qu'au-delà de ce socle commun, chaque profession peut évidemment s'organiser.

ORIANE MANCINI
Donc vous avez été claire sur ce que vous avez hier aux avocats. Comment ils ont réagi ?

NICOLE BELLOUBET
Alors, que je crois avoir vu un tweet de Madame la Présidente et un communiqué, qui à la fois prend acte de ces réunions techniques, de ce qu'elles ont apporté…

ORIANE MANCINI
Mais hier à Matignon, au-delà du Tweet, hier à Matignon, qu'est-ce qu'ils vous ont dit, comment ils ont réagi quand vous leur avez présenté ça ?

NICOLE BELLOUBET
Alors, deux choses Je n'ai pu assister qu'à une partie de la réunion, puisque j'étais ensuite au Sénat sur des questions liées à la loi bioéthique.

ORIANE MANCINI
On va en parler.

NICOLE BELLOUBET
Dans la partie de la réunion à laquelle j'ai assisté, et j'ai évidemment été mise au courant de la suite, clairement nous avons remis sur la table les propositions, dont j'ai parlé devant vous, des propositions concrètes, puisque les cas types sont très concrets. Ces cas types sont très concrets. Donc, nous les avons réexposés, le Premier ministre a expliqué que pour lui il y avait le régime universel pour tous les Français, et nous avons rouvert la possibilité de nouvelles réunions techniques, et la possibilité d'un travail global sur l'avenir de la profession.

ORIANE MANCINI
Il y aura une nouvelle réunion le 2 février, est-ce que vous dites : d'ici là, il faut que les avocats arrêtent leur mouvement ?

NICOLE BELLOUBET
Moi, je considère qu'à partir du moment, d'une part, où nous disons que le régime universel doit intégrer tous les Français, et d'autre part, où nous faisons des propositions extrêmement concrètes, que nous allons évidemment diffuser, eh bien il faut effectivement plutôt travailler sur la mise en oeuvre, sur les questionnements qui se posent, sur la gestion de la Caisse des avocats. Il faut plutôt travailler là-dessus, que continuer la grève, qui pénalise les juridictions évidemment, les avocats eux-mêmes, c'est certain, et puis également les justiciables français qui ont besoin de la justice.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Autre réaction ce matin, enfin hier soir, c'est celle d'un certain nombre de syndicats de magistrats, aux propos du président de la République hier, devant la Communauté juive française, un commentaire du président sur une décision de justice qui concerne le meurtre de Sarah HALIMI, cette sexagénaire juive, assassinée à Paris en 2017. Le présumé responsable a été déclaré pénalement irresponsable par la justice française, le président néanmoins hier déclare qu'il y a un besoin de procès. Est-ce que c'est une ingérence du président ? En tout cas c'est perçu comme ça par…

NICOLE BELLOUBET
Le président a dit clairement dans le même temps qu'il était évidemment garant de l'indépendance de la justice et qu'il n'avait pas à s'immiscer dans ce processus.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Il le fait, de fait.

NICOLE BELLOUBET
Ce que je voudrais dire, c'est deux choses, trois même. Cette affaire du meurtre de Sarah HALIMI est une affaire qui a choqué la République, vraiment, et donc moi je comprends parfaitement l'émotion de tous par rapport à ce meurtre. Deuxième élément, la cour d'appel a rendu un arrêt qui a effectivement reconnu l'irresponsabilité pénale de la personne, du meurtrier…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Une procédure est en cours, madame.

NICOLE BELLOUBET
La cour d'appel a reconnu l'irresponsabilité pénale, puisqu'elle s'est appuyée sur des expertises, sur six expertises, qui sur sept, précisaient qu'au moment des faits, la personne on était pénalement irresponsable. Comme vous le dites justement, et c'est le troisième point, il y a un pourvoi qui est en cours devant la Cour de cassation. Donc je suis certaine, et est d'ailleurs ce que le président de la République a dit, je suis certaine que la Cour de cassation saura apporter toutes les réponses nécessaires par rapport à ces questions d'appréciation de la responsabilité pénale, qui effectivement sont des questions toujours complexes et toujours délicates, et qui sont appréciées au moment des faits ; Peut-être un dernier point, pour préciser que la décision de la Cour d'appel, elle a été rendue après une audience publique et contradictoire, où toutes les parties ont pu s'exprimer. Donc ce n'est pas le procès, au sens classique du terme, mais c'est une audience publique et contradictoire, et c'est une évolution qui résulte d'une loi de 2008. Donc voilà. En tout cas, actuellement, il y a un pourvoi devant la Cour de cassation, je n'en dirai pas davantage.

ORIANE MANCINI
Allez, on va passer à la loi bioéthique, puisqu'elle a été examinée devant le Sénat, vous le disiez, vous y étiez hier, le Sénat qui a voté notamment la PMA pour toutes, en limitant le remboursement aux seules PMA médicales. Est-ce que le gouvernement va revenir sur ce point dans le texte, une fois que le texte reviendra à l'Assemblée nationale ?

NICOLE BELLOUBET
Oui, clairement. Clairement, parce que ma collègue Agnès BUZYN l'a parfaitement dit, on ne peut pas ouvrir un droit nouveau tout en le fermant à moitié. Donc il est important je crois, qu'à partir du moment où on offre à toutes les femmes, la possibilité d'avoir recours à la procréation médicalement assistée, il convient évidemment de le lier avec la procédure de remboursement par la Sécurité sociale. C'est important, parce que sinon cela voudrait dire qu'au fond cette technique ne sera réservée qu'aux personnes qui en ont les moyens. Cela n'empêchera pas que d'autres femmes continuent à se rendre à l'étranger et ce n'est pas ce que nous voulons. Nous voulons sécuriser médicalement cette PMA, pour celles qui souhaiteraient y avoir recours. Donc la réponse est oui à votre question.

ORIANE MANCINI
Autre sujet, c'est des questions de filiation, ce dont vous vous occupez particulièrement dans ce texte. Le Sénat a adopté un amendement, c'était au tout début de la discussion sur ce texte, amendement inscrivant dans le Code civil que nul n'a de droit à l'enfant. Est-ce que le Sénat a eu raison de préciser ça ?

NICOLE BELLOUBET
C'est évident, je ne l'aurais pas précisé, et c'est la raison pour laquelle j'avais fait valoir un avis défavorable du gouvernement. Je ne l'aurais pas écrit, parce que quand c'est figé dans la loi, cela peut donner lieu... D'abord il faut en mesurer l'implication, qu'est-ce que cela veut dire concrètement. Qu'est-ce que cela veut dire concrètement : « nul n'a de droit à l'enfant » ? A partir du moment, encore une fois, où on ouvre la PMA à des couples de femmes. Donc, moi je ne l'aurais pas écrit dans la loi. Ce que signifie…

ORIANE MANCINI
Mais, est-ce que vous allez le laisser, maintenant que le Sénat l'a inscrit, est-ce que vous allez le laisser ?

NICOLE BELLOUBET
Nous reverrons au moment de la navette parlementaire. Je ne suis pas favorable, à titre personnel, à laisser cela dans la loi, dans la mesure où c'est quelque chose qui est déjà complètement acquis dans notre jurisprudence, par le Conseil Constitutionnel, par le Conseil d'Etat. Je ne sais pas quelle est la plus-value de cette disposition dans la loi. Et donc, encore une fois, sur le fond, c'est absolument exact. Nul n'a de droit à l'enfant, l'enfant n'est pas un objet de droit, c'est un sujet de droit, et donc vraiment je crois qu'il faut être clair là-dessus, mais je ne sais pas si une disposition législative est pertinente.

ORIANE MANCINI
Sur les questions de filiation, la question se pose notamment sur les enfants nés de GPA à l'étranger. Le Sénat a interdit hier la transcription complète dans l'état civil français, d'un acte de naissance étranger, d'un enfant français né de GPA, et qui mentionne donc comme mère une femme autre que celle qui a accouché, ou deux pères. Est-ce que pour vous c'est bien que le Sénat ait voté ça ? Quelle est votre position sur ce sujet ?

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous restez opposée à la gestation pour autrui ?

NICOLE BELLOUBET
Totalement. Totalement. C'est très clair, il y a un article dans le Code civil qui interdit la gestation pour autrui. Nous sommes là-dessus d'une très grande clarté. A l'Assemblée nationale, d'ailleurs, j'avais eu le casier de demander une deuxième délibération, sur un amendement qui avait été voté un peu, dans des conditions un peu complexes, pour bien réaffirmer que le gouvernement est opposé à la GPA, parce que c'est contraire aux principes éthiques qui sont des principes fondamentaux dans le droit français. En revanche, là aussi il faut être très clair, les enfants nés de GPA ne doivent pas subir les choix, nés de GPA à l'étranger, ne doivent pas subir les choix qui ont été faits par leurs parents, et nous disons très clairement, et la Cour européenne des droits de l'homme le dit, qu'il faut donner à ces enfants le droit à une vie familiale normale, et donc un état civil. Donc nous sommes totalement opposés à la GPA réalisée en France, et nous disons qu'il faut donner aux enfants un état civil. C'est lié d'ailleurs à la réalité des situations. Et cet état civil…

ORIANE MANCINI
Mais concrètement, qu'est-ce qu'on fait ? Parce qu'on pense à cette décision de la Cour de cassation, qui a validé la transcription à l'état-civil d'enfants français nés par GPA aux Etats-Unis, sans imposer la mère d'intention. Alors qu'est-ce qu'on fait pour ces enfants ? Est-ce que c'est si clair que ça ?

NICOLE BELLOUBET
Très concrètement, nous, nous sommes, le gouvernement est favorable à l'état du droit antérieur à la décision de la Cour de cassation du 18 décembre dernier. Je m'explique. Nous considérons que le père biologique peut voir sa filiation transcrite à l'état civil, en cas d'une GPA faites à l'étranger, le père biologique peut voir sa filiation directement transcrite à l'état civil. Mais qu'en revanche, le père ou la mère d'intention, doivent passer par l'adoption. Parce que cela permet un contrôle du juge français, sur la manière dont la filiation avec la mère porteuse a été coupée, et dont réellement il doit y avoir une adoption. Nous sommes vraiment très attentifs à cela, au contrôle du juge français. Et c'est…

ORIANE MANCINI
Mais dans ces cas-là, pourquoi ne pas soutenir l'amendement du Sénat d'hier ?

NICOLE BELLOUBET
Parce que nous estimons, je soutiens le principe de l'amendement du Sénat, mais pas son écriture, qui me semble trop restrictive et qui me semble ne pas permettre un certain nombre de situations dans lesquelles il faudrait effectivement intervenir. Je ne sais pas si je suis claire. Donc je soutiens l'objectif de l'amendement…

ORIANE MANCINI
Non, parce que, est-ce que l'amendement du Sénat il ne permet pas de mettre fin à cette ambiguïté qui a été soulevée par la Cour de cassation finalement ?

NICOLE BELLOUBET
L'amendement qui a été proposé par le gouvernement, que j'ai proposé, me semble permettre d'y mettre fin, plus clairement, en englobant toutes les situations qui sont concernées par cela. Et donc c'est la raison pour laquelle je souhaite plutôt que l'Assemblée nationale…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Soutenir la vôtre, que la leur.

NICOLE BELLOUBET
Voilà, je souhaite plutôt... Voyez-vous, je suis favorable au principe de ce travail législatif, pour rétablir l'état du droit antérieur à la jurisprudence dernière de la Cour de cassation, mais dans l'écriture proposée par le gouvernement, qui me semble plus adaptée techniquement.

ORIANE MANCINI
Allez, on va parler d'un autre sujet pour finir, on va parler de radicalisation, des djihadistes, de cette dernière actualité. Un homme fiché S pour radicalisation, et sa compagne, placés en garde à vue hier après la découverte d'engins explosifs artisanaux dans un immeuble d'Epinal. C'est dans les Vosges. Est-ce que vous avez plus d'informations sur ce sujet ?

NICOLE BELLOUBET
Non, vous savez toutes les informations. Ce que je veux simplement dire sur cette question, c'est qu'on voit bien que les services de renseignements font un travail tout à fait sérieux, soutenu, qui nous permet, qui permet aux forces de l'ordre d'intervenir par des moyens tout à fait adaptés…

ORIANE MANCINI
... une menace très élevée, on a vu son coup de filet anti-terroriste à Brest en début de semaine.

NICOLE BELLOUBET
Mais ça, nous le savons. Nous savons que la menace endogène est effectivement forte, et c'est la raison pour laquelle chacun à notre place, le ministre de l'Intérieur par des mesures administratives, les services de renseignements, moi-même, enfin moi-même, l''autorité judiciaires, par les mesures de contrôles judiciaires, nous sommes tous extrêmement attentifs à ce qui se passe.

ORIANE MANCINI
Un mot sur la question des djihadistes français arrêtés en Syrie et en Irak, c'est une question qui se pose, instabilité de la situation en Irak, vous, vous dites : s'il n'est plus possible de les juger sur place, je ne vois pas d'autre solution que de rapatrier ces gens en France. Est-ce que c'est votre position personnelle ou est-ce que ça va devenir la position du gouvernement ?

NICOLE BELLOUBET
La position du gouvernement n'a pas changé, c'est-à-dire que, un, les combattants qui sont partis sur les terrains de combats en Syrie ou en Irak, doivent être détenus sur place et jugés sur place. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Jean-Yves LE DRIAN, avec d'autres Etats européens, a appuyé en Irak la mise en place de juridictions qui pourraient permettre de juger ces combattants. Et je crois que c'est cela qui est la position importante et essentielle. Je me dis en même temps que pour la sécurité de nos concitoyens, si la situation venait à changer, il faudrait se réinterroger, s'interroger sur la manière dont on peut prendre en charge ces combattants. Parce que pour la sécurité de nos concitoyens, je préfère que ces gens-là ne soient pas disséminés sur le territoire et reviennent en catimini en France. Et donc c'est…

ORIANE MANCINI
Mais du coup, pour qu'on soit bien clair sur vos déclarations, à cette déclaration faite la semaine dernière, vous dites « à l'heure actuelle, il faut les juger sur place ».

NICOLE BELLOUBET
Ah ben très clairement. A l'heure actuelle il faut les juger sur place, mais il faut en même temps avoir l'intelligence des situations, et si les situations localement bougent, moi ce qui m'importe c'est la sécurité de nos concitoyens, et à la dissémination je préfère, ce que nous faisons déjà quand des Français reviennent par la Turquie, par le protocole Cazeneuve, nous les judiciarisons, de manière systématique. Ils sont placés en détention provisoire, ils sont jugés, ils sont pris en charge.

ORIANE MANCINI
Allez, rapidement, sur les municipales.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Alors oui, deux scrutins à venir, les municipales, déjà, est-ce que vous serez candidate ?

NICOLE BELLOUBET
Non.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Du tout. Vous avez hésité ?

NICOLE BELLOUBET
Non. Non non, je le dis très clairement depuis longtemps, moi je suis vraiment très investie dans…

ORIANE MANCINI
Mais vous vous engagerez dans la campagne, néanmoins ?

NICOLE BELLOUBET
Mais bien sûr, mais ça c'est normal, évidemment. Nous sommes à la disposition…

ORIANE MANCINI
Sous quelle forme, du coup, vous allez vous engager ?

NICOLE BELLOUBET
On va aller au soutien des candidats sur les différents territoires. Je trouve que c'est très important de faire valoir ce que nous pouvons apporter dans les villes. Donc là il n'y a pas de doute, un engagement très puissant, mais à titre personnel, je ne serai pas candidate.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Et sur la présidentielle, un petit mot. Cette semaine…

NICOLE BELLOUBET
Si je suis candidate ?

ORIANE MANCINI
Ah ben si vous nous le dites !

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Si vous nous le dites…

NICOLE BELLOUBET
Je ne vous le dis pas.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
En revanche, Ségolène ROYAL, elle, sera candidate. Elle se pose la question, à la socialiste de coeur que vous êtes, et que vous êtes restée, qu'est-ce que vous pensez de cette candidature ?

NICOLE BELLOUBET
Je pense qu'il faudra des candidats pour les différents partis politiques, et je pense que l'offre politique républicaine est une offre qui est tout à fait respectable.

ORIANE MANCINI
Allez, dernier mot sur votre avenir personnel, pour finir. Est-ce que vous serez candidate aux régionales ? On parle de vous dans la région Occitanie normalement.

NICOLE BELLOUBET
Alors, écoutez, j'entends tout cela. Je vous le dis très sincèrement, pour le moment on a l'échéance électorale des municipales, les ministres sont forcément intéressés par toutes les élections, donc je suis intéressée par toutes les élections, même si je ne suis pas candidate moi-même. Donc oui, un intérêt très fort aux élections, mais franchement, ma priorité actuellement c'est plutôt les lois dont nous avons parlé, c'est plutôt la mise en place du système de retraite, et c'est tous les projets que porte le ministère de la Justice.

ORIANE MANCINI
Très bien. Merci beaucoup Nicole BELLOUBET. Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 janvier 2020