Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'égalité entre les femmes et les hommes, à LCI le 30 janvier 2020, sur la nomination de Roman Polanski aux César, la violence dans le monde du sport et la parité dans les médias.

Texte intégral

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Elizabeth MARTICHOUX, vous recevez Marlène SCHIAPPA.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. La Ministre en charge de l'Egalité hommes-femmes au Gouvernement. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur LCI.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Marlène SCHIAPPA. On va tout de suite aller sur ce sujet dont on a largement parlé ce matin sur LCI, les douze nominations aux César pour le film de POLANSKI, « J'accuse ». Est-ce que par ce vote massif d'une certaine façon les César sont complices de cette culture du viol que vous dénoncez très fréquemment ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors plusieurs choses. D'abord pour être claire, je n'ai pas appelé à la censure du film et je n'appelle toujours pas maintenant à la censure du film « J'accuse » et ce n'est pas le gouvernement qui décide ou qui valide les nominations de l'Académie des César. Maintenant effectivement, je m'interroge sur le message qui est envoyé et effectivement j'ai le sentiment que le cinéma français n'a pas fait sa mue en ce qui concerne la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Vous savez, pendant très longtemps on nous a expliqué que quand un homme était accusé de viol par une femme, le pauvre, il voyait sa carrière brisée et que sa vie était terminée. Là, on voit que manifestement ce n'est absolument pas le cas et qu'en général, ce sont plutôt les femmes qui ont le courage de parler qui voient des portes se fermer dans le cas général.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. Et quand vous dites : « Je m'interroge sur le message », vous répondez quoi à la question ? Le message, qu'est-ce qu'ils envoient dans le fond les professionnels du cinéma comme message à la société ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, c'est une vraie question.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais quel message ?

MARLENE SCHIAPPA
Là dans ces nominations, si on regarde au global, il y a des messages contradictoires. Parce que vous avez à la fois Florence FORESTI qui est maîtresse de cérémonie, qui est marraine de Women Safe, qui a un engagement connu pour les fans ; vous avez Adèle HAENEL qui est proposée ; vous avez le travail de Céline SCIAMMA qui a dix nominations qui porte un message de droits des femmes avec « Portrait d'une jeune fille en feu » etc. Et puis en même temps, vous avez ces douze nominations pour Roman POLANSKI. Alors on nous dit souvent qu'il faut distinguer l'homme de l'oeuvre mais là, c'est à l'homme que l'on propose de remettre des récompenses comme meilleur réalisateur, comme meilleur scénariste donc je ne vois pas de distinction. Quand on voit le film, peut-être que ça peut être son message mais qu'on aille applaudir une personne qui est accusée de viol par plusieurs femmes, je trouve cela choquant.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous envisagez que le soir des César - c'est le 28 février - vous y serez ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne suis pas invitée à ce stade.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et si vous êtes invitée, vous irez ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne sais pas, on verra. La question ne se pose pas comme ça. En tout cas ce qui est certain, c'est que je n'applaudirai pas Roman POLANSKI.

ELIZABETH MARTICHOUX
Voilà, justement. Envisager qu'il puisse être applaudi par une salle entière qui applaudit le film effectivement, l'oeuvre, « J'accuse », ça vous met mal à l'aise.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr. Ça me choque parce que je me demande quel est le message envoyé aux femmes et notamment aux femmes qui vont travailler dans le monde du cinéma.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et le message, c'est quoi ? C'est : « Nous, professionnels du cinéma, on estime que cet homme accusé de viol aux Etats-Unis… »

MARLENE SCHIAPPA
Le message, c'est : « Les victimes de violences sexistes et sexuelles, ça ne nous intéresse pas. Nous ne nous posons pas la question de savoir ce que Valentine MONNIER par exemple, la photographe qui indiquait qu'elle avait été victime de viol de la part de Roman POLANSKI, nous ne nous posons pas la question de savoir ce qu'elle peut ressentir. » Et au-delà de Roman POLANSKI, le symbole qui est fort. Vous savez, Me Too ça a commencé avec le cinéma. Ça a commencé avec une enquête de Ronan FARROW sur Harvey WEINSTEIN et par le cinéma, on a pu libérer la parole et l'écoute de la société vis-à-vis des femmes. Il ne faudrait pas que le cinéma fasse faire trois pas en arrière à ce combat.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous me permettez une question de fond quand même.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Puisqu'il y a eu beaucoup de réflexion sur le rapport entre la justice, le tribunal de l'opinion etc. Vous lisez Valentine MONNIER, moi aussi, et effectivement on la croit quand on la lit. Mais on peut dire aussi que c'est une opinion et qu'une opinion, ça n'est pas la justice. La culpabilité, elle ne s'établit pas sur la base d'agrégats d'opinions individuelles ou collectives. Donc est-ce que là, il n'y a pas une confusion ? La justice, c'est elle qui dit le droit.

MARLENE SCHIAPPA
Vous avez tout à fait raison et ça, je le dis sans cesse. La justice ne se fait pas sur les réseaux sociaux. Elle ne se fait pas dans les médias et moi je ne suis pas juge. C'est pour ça que je ne rentre pas dans le fond des affaires. Il ne m'appartient pas d'absoudre ou de déclamer un jugement. Néanmoins en ce qui concerne Roman POLANSKI, il y a quand même plusieurs femmes qui ont parlé. Il a lui-même dit qu'il s'était rendu coupable d'un certain nombre de faits en disant qu'il ne les qualifiait pas de viol. Mais enfin, il ne me semble pas que droguer une jeune fille de treize ans ou quatorze ans afin d'avoir des rapports sexuels avec elle non consentis manifestement, puisqu'à cet âge-là ça pose quand même problème, il ne me semble pas que ce soit quelque chose de formidable et c'est un euphémisme. Et pour finir, je dirai que s'il doit rester une seule personne en France qui doit dire : « Je crois les femmes qui parlent et qui disent qu'elles ont été victimes de viol », cette personne ça ne peut être que la Secrétaire d'Etat chargée de ce sujet.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. La fonction fait l'homme et la femme d'une certaine façon. Vous dites que c'est votre rôle.

MARLENE SCHIAPPA
Aussi et inversement. C'est mon combat depuis plus de quinze ans de lutter contre la culture du viol et contre l'impunité notamment des puissants.

ELIZABETH MARTICHOUX
Une dernière question sur ce sujet. Il y en a certains qui font depuis hier le parallèle entre POLANSKI et Ladj Ly. Ladj Ly qui a fait de la prison pour séquestration, enlèvement. Il a payé sa dette à la société ; POLANSKI, ce n'est pas le cas ? C'est-à-dire quelle est la différence dans le fond. Quelle est la différence ? Vous comprenez ce que je veux dire ?

MARLENE SCHIAPPA
Je comprends très bien. Il n'y en a pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y en a pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Non.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y a pas de différence entre Ladj Ly… Mais pourtant, il y en a une. Vous ne vous êtes pas… Personne ne s'élève contre le fait que Ladj Ly a eu onze condamnations… Heu, onze nominations aux César.

MARLENE SCHIAPPA
Alors si. Moi j'ai dit que j'étais assez surprise du fait qu'on porte aux nues quelqu'un qui manifestement avait eu un comportement de la sorte. Alors après Alain TERZIAN, président de l'Académie des César, nous dit que les César ne font pas de morale. Il ne s'agit pas de morale, il s'agit de droit et, en l'espèce en ce qui concerne les violences contre les femmes, il s'agit de respect des femmes. Donc par-delà le bien et le mal, NIETZSCHE disait : « Il n'y a pas de phénomènes moraux, il n'y a qu'une interprétation morale des phénomènes. » Je suis très attachée à cette citation parce qu'elle dit beaucoup de ce qu'on veut mettre derrière le mot de morale. Il ne s'agit pas de morale, on fait comme si c'était fun et libertin de violer des femmes ou d'abuser sexuellement de jeunes femmes. Il y a encore quelques semaines, tout le monde était derrière Adèle HAENEL en disant : « Bravo, c'est formidable. Quel courage ! Plus jamais ça etc. » Et là finalement, ça dépend. En fait la question, c'est si le violeur ou l'agresseur présumé est puissant, célèbre qu'il est génial et qu'il fait des films formidables, eh bien dans ces cas-là il y a une forme de tolérance. Donc moi je dis que ça ne peut pas être le cas, et d'ailleurs le Ministre de la Culture Franck RIESTER l'a dit aussi très clairement. Il a dit qu'il ne pouvait pas y avoir d'impunité et que le génie n'excusait pas le fait d'être auteur de violences sexistes ou sexuelles. Les cinéastes sont des justiciables comme les autres, ni plus ni moins.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Donc vous seriez choquée que Roman POLANSKI, le soir du 28 février, soit effectivement récompensé et applaudi par une salle tout entière.

MARLENE SCHIAPPA
Je serais indignée de voir une salle entière debout en train d'applaudir une personne accusée de viols, sans aucune pensée et sans aucune empathie et sans aucun sentiment humain pour les femmes qui voient cette scène et qui ont été violées - pas forcément par Roman POLANSKI mais par d'autres - et qui parlent. Il y en a encore d'autres, des sportives aujourd'hui qui expliquent ce qu'elles ont vécu et je me demande ce que ça fera à ces téléspectatrices de voir cette scène.

ELIZABETH MARTICHOUX
Puisqu'on parle de violences faites aux femmes, Marlène SCHIAPPA, ce témoignage de la patineuse Sarah ABITBOL qui accuse dans un livre de viol son entraîneur à l'âge de quinze ans. Il n'y a pas un sport, dans le fond, susceptible d'échapper à la culture du viol justement ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr. Mais c'est toute une société qui est empreinte de cette culture du viol qu'on dénonce avec plusieurs personnes depuis un moment, et là on voit qu'il y a aussi un phénomène d'emprise. Vous savez, hier nous avons fait rentrer dans la loi avec les députés le terme d'emprise, justement pour mieux caractériser ce phénomène. Et ce que racontent les sportifs, c'est finalement une emprise très forte de beaucoup d'entraîneurs et un système qui se serait mis en place dans lequel on a des entraîneurs qui décident de qui elles voient, ce qu'elles font, à quelle heure elles dorment, parfois qui les hébergent et qui, dans certains cas, abus d'elles ou les violent comme ce que raconte Sarah ABITBOL avec beaucoup de courage et d'ailleurs…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous permettez qu'on l'écoute quelques instants ?

MARLENE SCHIAPPA
Avec plaisir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle était sur France Inter il y a quelques minutes.

SARAH ABITBOL, CHAMPIONNE DE PATINAGE ARTISTIQUE – document France Inter
Lors des étirements, et on se regardait toutes bizarrement, il se couchait sur nous et il en profitait. Il restait très longtemps sur nous, les jambes écartées derrière notre dos, et c'était vraiment très, très désagréable et très choquant.

LEA SALAME
Oui, mais personne n'ose rien dire.

SARAH ABITBOL
Personne n'ose rien dire. Un entraîneur c'est quelqu'un d'influence, c'est quelqu'un qui a une emprise sur vous, c'est quelqu'un qui vous demande de faire des sauts, des pirouettes. Vous l'écoutez, vous l'admirez et donc pour vous, ça vous paraît normal.

ELIZABETH MARTICHOUX
L'emprise, c'est exactement ce que vous disiez. Ce sont des gourous donc personne n'ose rien dire. Ni les victimes ni ceux qui savent.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement. Il y a une forme de laisser faire parce qu'il y a des gens qui savent. Et d'ailleurs Sarah ABITBOL, pour les extraits que j'ai lus de son livre « Un si long silence » que je lirai d'ailleurs et qui sera en librairie, elle explique très bien d'abord ce phénomène. Le fait qu'il y ait une forme d'accord tacite ou de laisser faire en tout cas dans l'entourage, et ensuite elle explique très bien aussi les traumas que ça peut causer aux victimes. Elle explique qu'elle ne retourne pas dans un parking sans être traumatisée parce qu'elle a aussi été agressée…

ELIZABETH MARTICHOUX
Marlène SCHIAPPA, justement pour desserrer cet étau de l'emprise dans le monde du sport.

MARLENE SCHIAPPA
On fait beaucoup de choses. D'abord, on a beaucoup parlé de libération de la parole mais je crois qu'il faut faciliter l'accès à la plainte, parce que c'est très difficile quand vous avez quinze ans ou seize ans d'aller déposer une plainte contre une personne chez laquelle vous vivez par exemple. C'est pour ça qu'on a lancé une plateforme qui s'appelle arretonslesviolences.gouv.fr et qui permet vingt-quatre heures sur quatre, sept jours sur sept de manière anonyme de parler avec des policiers et des gendarmes formés spécifiquement pour cela.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors ça c'est général, c'est très important.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est pour effectivement aider aux plaintes en général. Je vous parle vraiment du sport parce qu'est-ce que vous vous attendez à ce qu'il y ait d'autres libérations de la parole dans ce domaine ?

MARLENE SCHIAPPA
Probablement. Et d'ailleurs j'appelle les femmes, les jeunes filles ou les jeunes garçons d'ailleurs qui auraient été victimes de ces faits à parler également, soit publiquement s'ils le souhaitent, soit en déposant plainte. Ça peut se faire de manière préparée derrière un écran sur la plateforme que j'ai citée.

ELIZABETH MARTICHOUX
La plateforme, vous avez des chiffres déjà de ce qu'elle produit ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui. On a plusieurs milliers de signalements parce que souvent c'est plus facile que d'aller dans un commissariat, de vous connecter et de parler dans un premier temps de manière anonyme et d'être accompagné par des policiers et des gendarmes qui ont été formés pour cela, pour repérer le trauma, la sidération.

ELIZABETH MARTICHOUX
Plusieurs milliers pour l'instant, ce n'est pas plus précis que ça.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement. Oui, tout à fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Et donc est-ce que la parité… Est-ce qu'il peut y avoir, est-ce que vous pouvez imposer au monde du sport une forme de parité qui ferait qu'effectivement il y aurait plus de femmes au contact de ces sportifs, qui souvent sont isolés par nature parce qu'elles s'entraînent énormément etc ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr. Alors moi j'ai eu des propos, parce qu'on a lancé avec la Ministre des Sports et le CSA, l'opération « Sport féminin toujours ». Et à cette occasion, le CSA a donné un objectif de 20 % de sport féminin à la télévision et j'ai lancé un appel en disant : « Ecoutez, les femmes c'est 52 % de la population. Est-ce qu'on pourrait se mettre d'accord sur 50 %, ce qui ferait déjà un compromis ? » C'est un appel en forme d'ironie parce que l'objectif actuel, c'est celui de 20 %, mais si on regarde après tout, pourquoi est-ce qu'on n'irait pas vers des objectifs plus forts de 50 % ? Et j'ai aussi dénoncé une forme de présomption d'incompétence qui est donnée aux femmes dès lors qu'on parle de sport, que ce soit moi, la Ministre des Sports, n'importe quelle autre femme. A quelques exceptions près, il y a toujours un procès en incompétence. Vous ne pouvez pas vous y connaître en foot, vous êtes des femmes. Un homme qui parle d'un transfert quel que soit cet homme, on va partir du principe que c'est un vrai fan de foot et il sait de quoi il parle. Une femme qui fait une remarque sur un transfert de joueur, la première réaction c'est très souvent du scepticisme voire du cyber-harcèlement sur les réseaux sociaux sur beaucoup de journalistes femmes sportives.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc ? C'est culturel, ça. Les prendre au sérieux autant que les hommes.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, c'est culturel. Donc j'ai lancé un appel. Je voudrais que chacun s'interroge là-dessus, notamment ceux qui tiennent les émissions sportives. On voit d'ailleurs qu'il y a une vraie progression dans le monde du sport. L'Equipe a fait sa Une sur les violences sexuelles, avait fait sa Une précédemment sur les règles des femmes sportives, donc on voit qu'il y a une vraie évolution. Donc je suis assez enthousiaste sur cette trajectoire positive.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et la presse d'ailleurs est quand même très aussi volontariste et efficace dans le domaine de la dénonciation des violences faites aux femmes.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument. Il faut le saluer.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un mot de la jeune Mila menacée de mort, déscolarisée après qu'elle a insulté l'islam dans des termes très crus. Une question très simple : est-ce que cette jeune ado, malgré ses maladresses, malgré ses outrances dans l'expression, avait le droit de dire ce qu'elle a dit ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je voudrais dire que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui ou non ?

MARLENE SCHIAPPA
Je voudrais dire que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui ou non ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas oui ou non.

ELIZABETH MARTICHOUX
Eh bien, si.

MARLENE SCHIAPPA
Non. Ce que je voudrais dire avant tout, parce que je crois qu'à force de trop simplifier le débat on finit par être caricaturale et à ne pas pouvoir parler un petit peu de fond. Et sur ce sujet-là, je voudrais dire que rien ne justifie jamais de menaces de mort ou de harcèlement vis-à-vis d'une femme, d'une jeune fille en l'occurrence, ou de qui que ce soit au demeurant. Elle a critiqué l'islam, la religion de l'islam dans des termes très virulents. Je crois qu'il y a une enquête ouverte donc nous verrons ce que dira le droit. En tout cas en France, on peut critiquer les religions. C'est même plutôt souhaitable et salutaire. Et on ne doit pas craindre d'être menacé de mort parce qu'on a critiqué ou qu'on s'est moqué d'une religion.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'elle a le droit de dire ce qu'elle a dit dans la mesure où effectivement, comme vous le rappelez, elle n'a pas insulté les croyants, elle a insulté une religion ? Est-ce qu'elle a le droit de le dire ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais moi ce que je vous dis, c'est qu'il y a une enquête qui est ouverte.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais donc, vous n'êtes pas sûre qu'elle ait le droit alors qu'effectivement la justice établit le fait…

MARLENE SCHIAPPA
En fait, moi je trouve ça très problématique. Quand une personne est harcelée et menacée de mort, le débat se déporte sur « est-ce qu'elle a le droit ? » Vous savez, moi j'ai contacté la famille.

ELIZABETH MARTICHOUX
Justement, parce que les menaces de mort elles sont liées au fait qu'on lui dénie ce droit.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr. Mais quel que soit ce qu'elle dit, il n'est pas possible de la menacer de mort. Je voudrais vous dire quelque chose d'important. Moi j'ai contacté la famille de Mila, ce qu'ils m'ont demandé c'est 1 : qu'il n'y ait pas de récupération politique ; c'est pour ça que je suis prudente sur les termes que j'emploie parce que je respecte avant tout la volonté de cette jeune femme. Et 2 : qu'on cesse de diffuser ses vidéos et sa photo dans lesquelles elle est reconnaissable. Donc je me fais le relais de la demande de la famille. Il y a quand même derrière une jeune fille de seize ans qui est menacée de mort, je le rappelle. Moi, je me suis assurée auprès de la préfecture que toutes les mesures soient bien prises pour sa protection. Et bien sûr, elle a le droit et nous avons toutes et tous le droit de critiquer quelque religion que ce soit.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ah ! Parce que Nicole BELLOUBET hier matin sur Europe 1 a défini l'insulte à la religion comme une atteinte à la liberté de conscience. C'est une boulette ?

MARLENE SCHIAPPA
Elle est revenue elle-même sur ses propos. J'étais à l'Assemblée nationale avec elle pour défendre la loi contre les violences conjugales hier, nous en avons parlé. Elle a dit elle-même que c'était une maladresse, qu'elle avait eu une phrase un peu rapide dans une réponse et que ce n'était pas le sens de sa pensée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Marlène SCHIAPPA, Emmanuel MACRON a tapé du poing sur la table hier. Il a obtenu que les deux ministres qui étaient candidats à Biarritz sur des listes différentes, Jean-Baptiste LEMOYNE et Didier GUILLAUME, renoncent à cette ambition électorale. Le chef a cheffé.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Tant mieux ? Tant mieux ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, moi je me réjouis parce que ce sont deux excellents ministres, Didier GUILLAUME sur l'agriculture, on travaille beaucoup sur la mise en place du congé maternité pour les femmes agricultrices sur lesquelles on avait commencé à travailler avec Stéphane TRAVERT et donc il est très engagé sur les femmes agricultrices sur lesquelles on a beaucoup de progrès qui ont été faits par ce gouvernement et qui vont continuer à être faits. Et Jean-Baptiste LEMOYNE, on travaille ensemble sur la diplomatie féministe de la France donc je suis très heureuse que ces deux collègues restent au gouvernement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et très heureuse que le président ait fait le ménage, non ? Parce qu'on lui reproche un manque d'autorité dans la gestion des hommes et des femmes.

MARLENE SCHIAPPA
Non, je crois que c'est mal le connaître.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est tardif, non ? Mieux vaut tard que jamais.

MARLENE SCHIAPPA
Je ne sais pas si c'est tardif. Je n'ai pas connaissance des échanges privés qui ont eu lieu entre les ministres et le président de la République. En tout cas, je crois que c'est assez positif en fait que les deux ministres renoncent, et puis je crois qu'on peut le saluer parce qu'ils avaient probablement tous les deux des envies, des ambitions et des envies, et ils décident de renoncer aux enjeux personnels qu'ils avaient de s'engager dans cette campagne au profit du collectif. Donc je pense qu'on peut saluer cette attitude tout simplement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce renoncement, une bonne image de la politique. Vous êtes membre du Bureau exécutif de la République En Marche, est-ce que l'exclusion de Cédric VILLANI hier soir, est un échec pour vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, ce n'est pas une exclusion, simplement, à la demande de Stanislas GUERIN, le Bureau exécutif a acté le fait que Cédric VILLANI n'était plus membre de la République En Marche…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, on n'a pas le temps de jouer sur les mots, mais…

MARLENE SCHIAPPA
Non, c'est deux choses différentes, c'est-à-dire... il a annoncé lui-même en faisant un duplex de nuit devant l'Elysée, qu'il considérait qu'il n'était pas lié avec le parti politique de la République En Marche, donc nous prenons acte du fait qu'il n'est plus membre de la République En Marche.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quand vous l'avez attendu d'ailleurs faire ce duplex, comme vous dites vous-même dimanche dernier, il venait de sortir d'un rendez-vous avec Emmanuel MACRON, il lui a opposé en direct une fin de non-recevoir. C'était indélicat, inélégant ? Qu'est-ce que vous avez pensé de cette sortie ?

MARLENE SCHIAPPA
Je n'ai pas d'avis à avoir sur les images des uns et des autres. Vous savez, moi je peux être assez rebelle sur le fond et sur des prises de position, mais dans la forme, je suis assez respectueuse des rôles des uns et des autres, notamment du symbole de l'Elysée, au-delà de la personne du président de la République, quels que soient les présidents j'ai toujours été respectueuse de l'Elysée, des institutions, de la fonction du président de la République. Je n'aurais pas procédé de la sorte, mais après chacun fait ses choix.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, il l'a fait et donc il est exclu vous dites, enfin, peu importe, le résultat est là. Un petit mot sur ses soutiens, puisque je disais tout à l'heure, rien de ce qui intéresse le parti et les Marcheurs ne vous est indifférent. Par exemple Hugues RENSON, qui a rallié Cédric VILLANI, qui est député, qui est évidemment membre de votre parti aussi. Il faut l'exclure ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Nous verrons. Nous verrons qui prend quelles décisions et quelles déclarations. Il y a des députés comme Jean-Michel FAUVERGUE, qui soutenaient dans un premier temps cette candidature dissidente, qui ensuite ont déclaré finalement que ce n'était pas une bonne idée et que c'était une erreur de maintenir cette candidature. Donc moi je souhaite que chacun puisse rejoindre le Rassemblement proposé par Benjamin GRIVEAUX, Benjamin GRIVEAUX qui n'est pas au Bureau exécutif, a toujours dit que lui personnellement il souhaitait un rassemblement et qu'il gardait la main tendue pour que chacune et chacun s'engage dans la campagne de Benjamin GRIVEAUX à Paris. Et donc nous verrons les choix des uns et des autres.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc la porte est ouverte à Hugues RENSON et tous les soutiens au groupe, à l'Assemblée et…

MARLENE SCHIAPPA
La porte est plus qu'ouverte à tout le monde. En démocratie, on propose un projet, on essaie de convaincre, et nous souhaitons que chacun soit convaincu et puisse prendre part à ce projet, évidemment, d'où que viennent les uns et les autres. Vous savez, il y a des gens qui quittent le Parti socialiste pour nous rejoindre, des gens qui quittent les Républicains pour nous rejoindre, des partis comme le MoDem, UDI, AGIR, nous ont rejoints, les Radicaux, dans cette campagne, donc les parts sont grandes ouvertes et il faut qu'ensemble on puisse donner un nouveau souffle à Paris, et ça, ça se fera collectivement.

ELIZABETH MARTICHOUX
On attend vos lumières. Edouard PHILIPPE peut-il être tête de liste au Havre ? Gagner la mairie du Havre et rester à Matignon ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, je disais tout à l'heure, je suis respectueuse des responsabilités des uns et des autres, ce n'est pas la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité femmes-hommes qui donne les règles de présentation à son Premier ministre.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'avez pas d'avis, vous, qui encore une fois être très active au sein d‘En Marche, qui êtes très concernée par les…

MARLENE SCHIAPPA
Oui, mais moi, en tant que secrétaire d'Etat, je n'ai pas à donner les autorisations de présentation de candidature au Premier ministre…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, c'est sur le principe. Est-ce qu'on peut gagner une mairie et rester à Matignon ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, on a reproché depuis 2 ans et demi à ce gouvernement d'être déconnecté, de ne pas être assez politique, de ne pas être assez ancré, de ne pas aller au contact des électeurs, et là nous avons des ministres, donc peut-être, je ne sais pas, le Premier ministre qui se présenterait à des élections, et on nous dit maintenant : c'est trop compliqué de se présenter à des élections en étant ministre. Le gouvernement François HOLLANDE, sous le précédent quinquennat, il y avait plus d'une dizaine de ministres qui étaient candidats aux élections municipales, je trouve ça plutôt sain, et d'ailleurs c'est une leçon d'humilité les municipales, vous savez, parce que là on n'est pas Madame la Ministre ou Monsieur le Premier ministre, on est au quotidien, au contact des gens, ils montent leur logement, leurs problèmes, le ramassage des déchets, la scolarité des enfants, les travaux, la circulation, et donc on est vraiment dans la vraie vie quotidienne.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, enfin il y a une règle qui a été édictée, et puis elle était en tête du projet de loi de réforme des institutions qui a été un peu mis pour l'instant au placard, c'est qu'on ne peut pas être à la tête d'un exécutif et être ministre.

MARLENE SCHIAPPA
Ah oui, tout à fait, mais ça, la porte-parole du gouvernement l'a rappelé, Sibeth NDIAYE, elle a rappelé qu'on ne peut pas être maire et ministre.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et elle l'a rappelé, donc est-ce qu'on peut gagner le Havre et rester à Matignon ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais ça, je ne sais pas, ce sera à Edouard PHILIPPE de répondre à cette question. Pour l'instant, je ne sais même pas s'il est candidat au Havre, il ne s'est pas déclaré, à ma connaissance en tout cas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous le souhaitez ? Ce serait bien, vous l'avez dit d'une certaine façon, c'est bien qu'on s'engage.

MARLENE SCHIAPPA
Je trouve ça bien de se frotter aux élections, mais je ne veux pas donner de leçon politique à Edouard PHILIPPE, vous m'en garderez bien.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous qui êtes 2ème sur la liste du XIVème arrondissement, soutient de Benjamin GRIVEAUX…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, avec Eric AZIERE en tête.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça va être dur.

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, je vous mentirais en vous disant que les sondages nous donnent gagnants. Nous sommes des challengers, mais on est très enthousiaste et convaincu, on va tous les jours, enfin en tout cas, moi j'y vais le week-end, et la tête de liste Eric AZIERE et tous les colistiers vont tous les jours présenter le projet. Pour l'instant on a un accueil intéressé et enthousiasme, mais je crois que les gens ne sont pas pleinement encore rentrés dans la campagne municipale, me semble-t-il.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous l'avez dit, il faut beaucoup d'humilité.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci Marlène SCHIAPPA d'avoir été ce matin sur LCI.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 février 2020 
 

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