Interview de M. Laurent Pietraszewski, secrétaire d'État en charge des retraites, à BFMTV le 19 février 2020, sur la conférence de financement de la réforme des retraites, le mode de calcul de la valeur du point et la prise en compte de la pénibilité.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Laurent PIETRASZEWSKI.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être avec nous, vous êtes le secrétaire d'Etat chargé des Retraites. Les débats battent leur plein à l'Assemblée nationale sur cette réforme des retraites, avec une grande inconnue, le coût, le coût de cette réforme, donc le financement, on a quand même l'impression que là-dessus vous naviguez à vue.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Pas du tout, le gouvernement a été très clair et le projet de Jean-Paul DELEVOYE était déjà très clair lors de son rapport du mois de juillet. Nous travaillons à enveloppe constante. Qu'est-ce que cela veut dire ? Ça veut dire que nous avons, nous savons que les 320 milliards que constitue le volume de retrait dans notre pays est important, il est important et il sera préservé. Et nous avons même dit d'ailleurs que s'il y a une dynamique autour du Produit Intérieur Brut puisque vous savez qu'on regarde aussi la part des retraites dans le Produit Intérieur Brut, eh bien le Produit Intérieur Brut va évoluer et donc sans aucun doute le montant consacré aux retraites va évoluer. Je voudrais juste rappeler une chose, Apolline de MALHERBE, sur les 10 dernières années nous avons en France 2 millions de retraités en plus, que les pensions moyennes…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui mais ça vous le savez, vous le saviez déjà au moment de faire le rapport sur les retraites…

LAURENT PIETRASZEWSKI
… ont augmenté de 20 % et que nous sommes toujours au même niveau de part de PIB.

APOLLINE DE MALHERBE
Pourquoi ça continue à évoluer, pourquoi est-ce que vous n'êtes pas véritablement capable de répondre à cette question, même des députés de chez vous, de la République En Marche ont écrit au Premier ministre en lui disant, on ne comprend pas véritablement les contours du financement.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ils n'ont pas tout à fait dit ça. D'abord je viens de vous répondre sur le budget qui est consacré aux retraites. Deuxièmement qu'est-ce que veulent savoir les députés ? D'abord ils s'inquiètent et c'est très bien de l'équilibre global, mais on va dire de l'équilibre de l'écosystème de cette réforme, c'est-à-dire quels impacts à cette réforme, notamment ils posent des questions sur les enseignants. J'ai répondu en commission spéciale sur les enseignants, le travail que mène Jean-Michel BLANQUER avec 500 millions dès 2021 qui vont être consacrés à la rémunération des enseignants, c'est un travail de concertation sur 6 mois. Ça va représenter euros 0,3 et 0,4 % du Produit Intérieur Brut, donc on sait très bien ce que nous faisons, simplement nous donnons du temps à la concertation.

APOLLINE DE MALHERBE
Il n'y a pas que les députés qui s'en inquiètent, il y a aussi Laurent PIETRASZEWSKI, les syndicats, on va revenir dans un instant sur les inquiétudes de Laurent BERGER, mais on l'apprend véritablement à l'instant, la CGT claque la porte de la conférence de financement, quelle est votre réaction ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Moi, je regrette toujours que les partenaires sociaux n'aillent pas au bout des temps, des opportunités qui leur sont offertes. Moi, je me suis battu comme député pour que le dialogue social dans ce pays puisse exister et puisse se transformer, puisse être différent, adapté à la réalité du monde de l'emploi, du monde du travail.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous pouviez vous y attendre, c'est une surprise ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
J'entends cela, vous me le dites, je l'entends, moi je regrette cette posture de la CGT.

APOLLINE DE MALHERBE
Ils vous avaient prévenu, est-ce qu'ils vous avaient prévenu Laurent PIETRASZEWSKI ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je n'ai pas eu d'appel préalable à ce départ. Vous savez c'est Jean-Jacques MARETTE qui anime et pilote cette conférence pour l'équilibre et le financement de retraites, ce n'est pas Laurent PIETRASZEWSKI, ni le gouvernement parce que justement nous voulons qu'il y ait un temps pour les partenaires sociaux. Et cela se déroule…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce qu'elle a encore un sens…

LAURENT PIETRASZEWSKI
… parce que c'est un lieu neutre.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'elle a encore un sens cette conférence de financement, si l'un des membres, notamment la CGT claque la porte, est-ce qu'on continue quand même ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Bien sûr qu'on continue, bien sûr qu'on continue, mais vous savez il n'y a pas que la CGT dans le paysage français.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui sauf qu'attention justement il n'y a pas que la CGT, mais les autres commencent à émettre des doutes aussi et notamment Laurent BERGER qui est quand même le seul sur lequel vous avez pu espérer à un moment compter, il a mené un véritable bras de fer avec vous en parlant d'une ligne rouge qui avait été franchie, finalement il a obtenu de participer, de pouvoir décider avec d'autres partenaires sociaux de la question du financement, c'est donc l'objet de cette fameuse conférence de financement qui se fait quand même en quelque sorte en lui tendant la main et lui-même Laurent BERGER de la CFDT, il dit depuis dimanche qu'il estime qu'on ne connaît toujours pas le financement de la réforme, que ça entraîne de la confusion et que si on ne sait pas le financement de la réforme, c'est-à-dire qu'on ne sait pas de combien en a besoin, que donc on ne peut pas véritablement mener cette réforme et cette commission du financement. Ça veut dire qu'après la CGT, il y a quand même une menace que la CFDT elle-même vous claque entre les doigts.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Reprenons les choses dans l'ordre, Apolline de MALHERBE, parce que vous nous avez dressé un portrait un peu triste de cette conférence d'équilibre et de financement.

APOLLINE DE MALHERBE
Moi, je ne suis pas là pour dire que c'est triste ou que c'est joyeux, mais enfin c'est en tout cas pas franchement bien engagé.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Regardons les choses objectivement, nous avons des informations qui sont extrêmement claires, des tendances qui sont celles du COR, du Conseil d'Orientation des Retraites, je le rappelle où tous les partenaires sociaux sont représentés, donc l'ensemble des projections budgétaires et financières du COR ne sont pas contestées, sont faites par des spécialistes qui connaissent bien le sujet. Donc est-ce que nous avons…

APOLLINE DE MALHERBE
Ils sont quand même un peu contestés, si on est tout-à-fait honnête.

LAURENT PIETRASZEWSKI
On est très honnête, moi, je suis très honnête.

APOLLINE DE MALHERBE
Chacun a une lecture un peu comme il a envie d'en faire.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ecoutez, moi j'en ai une lecture très simple parce que j'étais membre du Conseil d'Orientation des Retraites et je pense que de nous deux au moins exceptionnellement sur ce sujet, là, pour le coup…

APOLLINE DE MALHERBE
Après je vous l'accorde, je ne suis pas membre du COR.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je pense que, j'ai une petite idée du mode de fonctionnement du Conseil d'Orientation des Retraites. Mais ce que je veux dire là, c'est qu'il y a une réalité qui est décrite par le Conseil d'Orientation des Retraites. Nous voyons quoi ? Que notre système actuel, il présente un déficit, un déficit tous les ans, quelle est la demande du gouvernement, que nous repartions sur des bases saines, que notre système de retraite soit à l'équilibre au moment de débuter et nous avons même accepté que ce ne soit pas forcément 2025, mais que ça puisse être en 2027 pour laisser le temps aux partenaires sociaux de construire cet équilibre. Donc est-ce que nous avons des informations précises sur la situation des systèmes de retraite français ? La réponse est oui. Est-ce que ces systèmes sont en déficit ? La réponse est oui. Est-ce que nous avons plusieurs scénarii qui ont été regardé par le Conseil d'Orientation des Retraites ? La réponse est oui. C'est vraisemblablement autour de 12 milliards de déficit en 2025 et c'est une fourchette entre 7 et 17 milliards. Les choses sont claires.

APOLLINE DE MALHERBE
Je vous rappelais quand même un instant que la CGT annonce donc quelle claque la porte de la conférence de financement, je vous repose ma question, est-ce que vous n'avez pas le sentiment qu'il y a un état d'alerte au minimum que vous signale Laurent BERGER lorsqu'il dit attention, je ne suis pas complètement sûr qu'on ait toutes les cartes en main sur le financement, est-ce que vous n'entendez pas chez lui la menace éventuellement lui aussi de faire comme la CGT et de quitter la conférence de financement ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je ne crois pas que les syndicats réformistes et vous parliez tout à l'heure de Laurent BERGER de la CFDT, vous avez raison, il n'y a pas de contestation sur le fait que la CFDT soit le syndicat d'ailleurs le plus important en France.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est le syndicat numéro un.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Et qu'il soit un syndicat réformiste, mais il n'y a pas que la CFDT, il y a aussi l'UNSA, il y a aussi la CFTC.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais le MEDEF aussi dit ses inquiétudes par exemple, il fait partie aussi des partenaires qui sont dans cette conférence de financement.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Que va-t-il se passer dans cette conférence de financement, qu'a dit Jean-Jacques MARETTE lors de l'installation de cette conférence le 30 janvier dernier par le Premier ministre ? Il y a un temps, celui que vous évoquez en fait on y arrive, on a besoin, ils ont besoin les partenaires sociaux de se mettre d'accord sur effectivement quels sont les besoins de financement. Ils vont s'appuyer sur ce qu'a fait le COR, mais ils vont pouvoir en discuter entre eux et il ne faut pas nier le besoin qu'il y ait pour les partenaires sociaux de discuter ensemble de ces éléments. Eh bien ils ont besoin de ce temps-là et je crois qu'on est dans des expressions qui parlent de ce temps-là.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'êtes donc pas inquiet ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Mais je n'ai pas à être inquiet, moi je me bats pour qu'il y ait une démocratie sociale, vivante, forte et actualisée, donc je les aiderai à chaque fois que c'est nécessaire.

APOLLINE DE MALHERBE
Laurent PIETRASZEWSKI, cette conférence de financement si donc elle se poursuit comme vous l'espérez, elle se terminera quand et quand est-ce que vous attendez les résultats de cette conférence de financement ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Vous savez il y a deux groupes de travail qui ont été organisés par Jean-Jacques MARETTE, un groupe qui va travailler sur l'équilibre notamment au moment du lancement du système universel de retraite, donc comment fait-on pour être à l'équilibre en 2027 et puis il y a un groupe qui va travailler sur les recommandations, sur les le pilotage, les outils de pilotage qui seront à la main de la gouvernance. Donc c'est deux groupes de travail.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais on comprend bien qu'il y a une certaine urgence puisque parallèlement à cette réforme elle est déjà en ce moment même en discussion à l'Assemblée, donc forcément les résultats de cette conférence vont devoir à un moment ou un autre être intégrés dans ce plan de réformes, donc c'est quand ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
C'est vrai démocratie politique et démocratie sociale se parlent. Je termine juste, il y a ces deux groupes de travail, ils ont trois séquences de travail et il y a une plénière le 6 avril, voilà pour être très précis sur votre question préalable. Alors votre question-là, les deux démocraties se parlent, la démocratie politique…

APOLLINE DE MALHERBE
Elles ne sont pas exactement dans le même timing.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Eh bien il faut que chacune fasse de la place à l'autre, c'est ça aussi un pays moderne, c'est un pays où oui il se passe des choses dans la démocratie sociale. D'ailleurs on a démarré cette interview par cela, vous m'avez interpellé sur le sujet. Vous voulez savoir si le représentant de l'exécutif a un avis sur le sujet, il vous dit, il croit à la démocratie sociale, il pense qu'il faut que cette démocratie sociale s'exprime, qu'elle est du temps. Le temps, je viens de vous donner le cadre du temps, mais c'est vrai que ce temps ne peut pas être infini parce qu'il faut aussi que la démocratie sociale puisse dialoguer avec la démocratie politique et nous avons besoin, c'est pour ça que nous avons une partie…d'avoir leur retour.

APOLLINE DE MALHERBE
Et s'ils ont besoin de plus de temps, est-ce que vous seriez prêt à le leur accorder ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ecoutez, vous savez avant de savoir si on a besoin de plus de temps…

APOLLINE DE MALHERBE
On sent que pour l'instant ça patine quand même un petit peu, on peut anticiper qu'ils auront besoin de plus de temps.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Faisons l'hypothèse que ça va bien se passer aussi, Apolline de MALHERBE. Vous avez sans doute vous aussi en fine observatrice…

APOLLINE DE MALHERBE
La question c'est effectivement comment est-ce qu'on voir la bouteille, à moitié vide ou à moitié pleine.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Non, moi je ne suis pas uniquement un optimiste convaincu, mais c'est vrai que je suis optimiste, mais je regarde les choses se faire. C'est normal que dans le dialogue social, il y ait des prises de position préalable, enfin vous le voyez bien vous-même en observant la vie sociale, la vie politique.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est quoi, c'est politique quand la CGT dit, on claque la porte ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
La CGT fait ce qu'elle souhaite, moi je ne peux pas parler au nom de la CGT. Moi, je regrette qu'un grand syndicat représentatif français claque la porte de ce type de dialogue, parce que c'est un dialogue où je crois que la CGT a sa place, voilà c'est clair. Maintenant elle souhaite partir, elle souhaite partir, ceux qui sont là ont du travail.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça aura un impact évidemment sur le timing aussi des débats à l'Assemblée, on y reviendra dans un instant, mais il y a aussi un autre point sur lequel il y a au minimum une certaine confusion, c'est la question de la valeur du point. On avait compris dans les discours du Premier ministre que la valeur du point, elle n'allait non pas être indexée sur l'inflation, mais sur les salaires, que ça nous permettait d'être sûr que ça augmenterait plus vite que l'inflation et puis finalement on nous parle d'un nouvel indice qui sera un indice sur les revenus globaux des Français. Et hier sur Public Sénat vous avez voulu éclaircir les choses, je vous cite, le mode de calcul du Point, il est clair, la valeur du point évoluera a minima sur celle de l'inflation, sa valeur est sécurisée pour arriver très vite à un index qui sera cet indicateur en 2042, celui du revenu moyen d'activités par tête, le revenu moyen d'activité par tête, il sera composé à 7/10ème du revenu moyen des salariés, de celui des fonctionnaires à hauteur de 20 % et de celui des indépendants à hauteur de 10 %, c'est un indicateur composite sur les trois constituantes existant déjà, moi je n'ai pas compris.

LAURENT PIETRASZEWSKI
C'est dommage parce que vous m'aviez bien écouté, donc ça veut dire que je n'ai pas été assez pédagogue hier sur Public Sénat, mais j'avais le temps peut-être de m'exprimer…

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous l'avez en tout cas aujourd'hui, expliquez-nous.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Alors pourquoi est-ce que j'explique que l'indicateur du revenu moyen par tête sera composite ? Parce que la société française est composite. Il y a 70 % des actifs qui sont les salariés, il y a 20 % des actifs qui sont des fonctionnaires et 10 % qui sont les indépendants et les professions libérales.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire que si ça avait été uniquement sur les salaires, on ne prenait pas en compte une partie des revenus des Français, ça c'est la décision de base.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Tout-à-fait. E donc quand je regarde la composition de la population des actifs en France, eh bien je vois qu'il y a 70 % de salariés, donc il y a tout lieu de penser que l'indicateur du revenu moyen, il y aura 70 % du poids sur les salariés, 20 % du poids sur les fonctionnaires et que 10 % du poids sur les indépendants et professions libérales.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que cet indice que vous créez donc de toutes pièces puisque jusqu'à présent il n'existait pas, est-ce que l'INSEE est prêt ? Pourquoi cette date de 2042 ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Parce qu'il faut que les choses progressivement.

APOLLINE DE MALHERBE
Là c'est très progressif quand même.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Oui c'est progressif mais c'est la logique de ce que nous avons proposé, à 17 ans de la retraite, nous ne sommes pas éventuellement concernés par le nouveau dispositif, donc il y a ces 17 ans qui sont la plupart du temps entre 15 et 20 ans, qui sont la période de transition. Vous savez que c'est extrêmement important pour tous ceux qui vont voir le point, dont vous parliez tout à l'heure, augmenter plus fort que l'inflation.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais comment on fait pour se projeter pour avoir une idée quand même un peu concrète de sa retraite si on ne sait pas ce que ça vaut, ce que c'est le point en sonnant et trébuchant ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
C'est la gouvernance qui va faire la proposition. Jean-Paul DELEVOYE…

APOLLINE DE MALHERBE
Franchement, moi je veux bien, la gouvernance mais enfin pour les Français qui nous écoutent, comment ils font pour savoir qu'ils ont dans le portefeuille ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Alors c'est très simple, Jean Paul DELEVOYE a fait des propositions en disant qu'on pouvait partir sur une base qui était de dire, 10 euros de cotisations donne un point. Il a posé le rendement, si vous voulez la performance de ces points à hauteur de 5,5 %, c'est ces hypothèses de départ. Nous avons évolué, nous avons entendu le besoin des partenaires sociaux d'être fortement représentés dans la gouvernance de la Caisse nationale de retraite universelle, donc nous avons posé et c'est dans le projet de loi que je porte le fait que cette gouvernance où les partenaires sociaux seront très bien représentés, qui ressemble si vous voulez à l'Agirc-Arrco qui le régime complémentaire des salariés aujourd'hui, eh bien que ces partenaires sociaux puissent faire des propositions. Donc à la fois le gouvernement répond « ok banco, nous comprenons que les partenaires sociaux ont tout leur rôle là-dedans, nous leur donnons de la place dans la gouvernance » et en même temps on ne peut pas me reprocher, écoutez, vous n'avez pas donné l'information, je la laisse aux partenaires sociaux. Et après le gouvernement prendra…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous leur renvoyez la balle. Sur la méthode de ce débat qui a commencé à l'Assemblée nationale, on le sait, ça a commencé par une commission spéciale, laquelle a été empêchée et en tout cas de votre point de vue de pouvoir mener à bien ses travaux du fait d'un nombre trop important d'amendements qui ont été déposés par la France insoumise, qui assume tout à fait cette véritable stratégie d'inondation de la Commission, ils prévoient de faire la même chose, pas seulement eux d'ailleurs mais tous les groupes d'opposition pour le débat, est-ce que ça vous inquiète sur la capacité ou non à tenir vos délais ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Moi, ce qui m'inquiète c'est l'image que l'on donne aux français dans l'hémicycle. Si quelque chose doit m'inquiéter, c'est cela. Les Français, nous sommes dans une démocratie représentative, nous avons des députés et je l'ai été jusqu'il y a très peu de temps, qui représentent leurs concitoyens. Ils ont donc une responsabilité forte, celle d'enrichir la loi, de la construire, le gouvernement …

APOLLINE DE MALHERBE
Là vous avez l'impression que ce n'est pas tout-à-fait ça l'objectif ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Moi je viens pour débattre, je suis parfaitement disponible pour entendre que tel point ou tel autre de mon projet de loi mérite d'être amélioré. Et d'ailleurs je l'entends quand le député Thierry MICHEL me dit, Laurent, il faut revoir la retraite progressive pour les travailleurs en situation de handicap. Il faut que tu puisses leur permettre de partir en retrait progressif des 55 ans, car il faut maintenir dans l'emploi les travailleurs handicapés.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça fait partie des points sur lesquels vous avez évolué ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Bien sûr. Quand on m'interpelle, quand je travaille avec Marlène SCHIAPPA, avec Christelle DUBOS, avec Sibeth pour réfléchir sur l'organisation des flexibilités…

APOLLINE DE MALHERBE
Sibeth NDIAYE.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Oui pardon, pour l'organisation et la façon dont on répartit les droits pour les mères, pour les mamans quand nous sanctuarisons la moitié des droits familiaux vers les mamans et nous faisons bien cela parce que nous écoutons, nous écoutons les associations…

APOLLINE DE MALHERBE
Parce qu'il y avait effectivement un doute sur la capacité ou non, quand un couple notamment est séparé ou quand l'homme gagne plus, ce qui est quand même souvent le cas encore que la femme, eh bien que ce pourcentage des revenus aille plutôt sur l'homme. Mais il y a une autre question sur laquelle on se demande si vous allez évoluer, enfin surtout Laurent BERGER, c'est la question de la pénibilité. Ça reste un point de désaccord entre lui et vous, est-ce que vous êtes prêt à avancer sur ce qu'il vous demande, sur la reconnaissance d'un certain nombre de nouveaux critères ou de critères qui avaient été retirés sur la pénibilité ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Apolline de MALHERBE, vous aimez ce sujet mais vous avez raison c'est un sujet qui est important pour les Français.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui c'est un sujet qui je pense est très important.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je me souviens de notre première interview, on en avait déjà parlé.

APOLLINE DE MALHERBE
Parce que ce n'est pas seulement une question comme on pourrait imaginer qui concernerait uniquement une profession, mais en fait cette question de la pénibilité, de la manipulation des charges lourdes, elle est présente à peu près dans tous les métiers, notamment dans des métiers comme les aides-soignantes qui sont à la pointe de cette demande.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Allez, on y va, je vous réponds, redisons les choses. Les critères dits posturaux n'ont pas été exclu, ils ont été transférés, je l'ai déjà dit, mais au titre du tableau des accidents du travail, maladies professionnelles et que lorsqu'il y a une incapacité à partir de 10 % qui reconnue par un médecin, eh bien ceux qui ont été victimes de par leur travail de moments difficiles, eh bien peuvent partir à 60 ans, à 60 ans au taux plein et ça sera encore le cas demain.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous accepteriez que les branches puissent en discuter ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
La réalité, c'est que la réparation, elle existe toujours, elle existera et heureusement encore demain. On peut faire mieux que de la réparation, on ne peut faire de la prévention, c'est l'objet de ce qu'a annoncé Muriel PENICAUD et ce qu'a dit clairement le Premier ministre jeudi dernier, nous allons mobiliser un fonds de prévention à hauteur de 100 millions d'euros, autour et je réponds à votre question, autour de ce qui sera négocié dans les branches. Les branches devront identifier les métiers sur lesquels il y a la pénibilité et ceux que vous venez de citer, sans aucun doute. Ce fonds de prévention aura une responsabilité, c'est d'agir massivement pour éviter que justement le travail ait des conséquences sur la santé, ça c'est un premier point, prévention. Deuxième point, c'est réorientation professionnelle. Il y a quelque chose, c'est presque passé sous silence, mais c'est pour ça que vous m'invitez, je vais le dire.

APOLLINE DE MALHERBE
On veut comprendre, on veut savoir ce qui se passe.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Nous avons acté avec les partenaires sociaux que les salariés français, mais aussi les fonctionnaires, tous ceux qui sont exposés à de la pénibilité pourront bénéficier d'un congé de reconversion de 6 mois indemnisés, l'accès à une formation jusqu'à 12.000 euros pour se reconvertir, parce que l'ambition qu'on doit avoir ensemble dans une société, certes c'est de réparer lorsque le travail a des conséquences sur la santé, il n'y a pas de débat, je crois qu'il y a un large consensus sur cela et les dispositifs existent, mais c'est aussi de proposer à ceux qui sont exposés d'avoir une autre activité professionnelle et pour cela de se former et d'être assuré.

APOLLINE DE MALHERBE
Encore un mot sur les délais, je le disais, avec cette obstruction, ou en tout cas avec ces inondations d'amendements, est-ce que vous allez pouvoir tenir les délais, vous avez toujours l'objectif de faire le vote en première lecture avant les municipales ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Oui, nous avons l'objectif de faire…

APOLLINE DE MALHERBE
Tenable ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Là où nous nous sommes engagés, c'est-à-dire de faire le débat. Vous savez, moi je suis venu pour débattre, je l'ai dit tout à l'heure, avec les députés, j'y consacre du temps, j'y ai consacré 75 heures en commission spéciale, matin, midi et nuit, sur les dix derniers jours.

APOLLINE DE MALHERBE
Au moment où on se parle vous vous dites c'est tenable ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ecoutez, oui c'est tenable. Je crois que la question c'est celle du choix des oppositions. Vous savez, les oppositions elles ne sont pas monolithiques, il y a deux groupes, disons les choses, la France Insoumise, et GDR, le Parti communiste, qui ont une tactique d'opposition, qui disent « écoutez, nous, nous préférons discuter pendant 3 heures du titre, et de la virgule du titre, que de discuter du fond », eh bien écoutez, moi je préfère discuter du fond.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes secrétaire d'Etat rattaché au ministre de la Santé et des Solidarités, vous êtes content de votre nouveau ministre ?

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je suis content de mon nouveau ministre, bien sûr. J'étais très content de travailler avec Agnès BUZYN…

APOLLINE DE MALHERBE
Nouveau ministre, c'est Olivier VERAN bien sûr.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Oui, j'entends bien, mais je voudrais vous dire un mot sur Agnès BUZYN, parce qu'Agnès BUZYN était une grande ministre, et elle sera une excellente maire de Paris. Agnès BUZYN c'est la candidate de l'apaisement, c'est une femme qui apaise, c'est une femme qui écoute, c'est une femme qui a de la compétence…

APOLLINE DE MALHERBE
On ne peut pas franchement dire que le monde hospitalier soit très apaisé Laurent PIETRASZEWSKI !

LAURENT PIETRASZEWSKI
Je vais vous répondre, et je crois que ses qualités, naturelles et personnelles, vont faire merveille dans cette campagne et qu'elle réussira là où elle doit réussir, c'est-à-dire être maire de Paris.

APOLLINE DE MALHERBE
On ne peut pas dire qu'il ait réussi à apaiser le monde hospitalier, pardon, mais… la réalité est sidérante.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Apolline de MALHERBE, j'ai un hôpital sur ma circonscription, à Armentières, qui est en difficulté, vous croyez qu'il est en difficulté depuis juin 2007 (sic) ? Il est en difficulté depuis plus de 10 ans, parce que depuis plus de 10 ans il a des difficultés récurrentes pour équilibrer ses financements. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans un système qui aujourd'hui est une tarification à l'activité, qui l'a conduit dans une impasse financière. Le gouvernement, sous la conduite d'Agnès BUZYN, dans ce ministère des Solidarités et de la Santé, a transformé cela, sous la conduite d'Agnès BUZYN nous avons décidé une reprise de la dette des hôpitaux, à hauteur de 10 milliards, pour leur libérer de l'investissement et leur permettre d'investir aujourd'hui.

APOLLINE DE MALHERBE
Que les problèmes des hôpitaux ne datent pas d'hier, c'est une évidence, vous avez bien raison, mais cela dit, force est de constater qu'elle n'a pas réussi à les apaiser.

LAURENT PIETRASZEWSKI
Ecoutez, ça c'est votre avis, moi en tout cas j'entends qu'elle était à son écoute, à l'écoute de l'hôpital, des personnels hospitaliers, et qu'elle a proposé des réponses. Quant à Olivier VERAN, puisque c'était votre question, vous savez, on se connaît bien, on a travaillé plus de 2 ans ensemble, moi j'étais le coordinateur politique de la commission des Affaires sociales et lui était rapporteur du PLFSS…

APOLLINE DE MALHERBE
Et il en vient du monde hospitalier…

LAURENT PIETRASZEWSKI
Loi de financement de la Sécu.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci Laurent PIETRASZEWSKI d'être venu avec nous sur RMC et BFM TV, secrétaire d'Etat chargé des retraites.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 février 2020