Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État aux transports, à RTL le 21 février 2020, sur le plan de sauvetage des petites lignes de la SNCF.

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour Jean-Baptiste DJEBBARI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
Vous étiez hier dans les Vosges, puis à Orléans, pour donner le top départ du plan de sauvetage des petites lignes de trains, c'est un plan qui va se dérouler région par région, ça commence dans le Grand-Est et dans le Centre-Val de Loire. Jean-Baptiste DJEBBARI, est-ce que vous pouvez dire ce matin, clairement, combien de lignes vont être sauvées et combien de lignes vont fermer ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça va dépendre essentiellement du nombre de régions avec lesquelles nous allons réussir à signer ces accords, mais je veux dire que les lignes, un certain nombre de petites lignes sont déjà fermées. Je prends l'exemple de la ligne Epinal- Saint-Dié, hier, qui a été construite après la Première Guerre mondiale, et dont les rails datent toujours de 1927, c'est une ligne qui a été fermée fin 2018, qui rouvrira début 2022, et qui a fait l'objet de beaucoup d'études, de beaucoup…

ALBA VENTURA
Il faut dire que le président s'était pas mal impliqué !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais je crois que c'était nécessaire, effectivement, qu'à un moment on arrive à sortir…

ALBA VENTURA
Oui, mais le président il ne peut pas être sur toutes les petites lignes…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est vrai.

ALBA VENTURA
Vous savez que 60% de ce réseau de petites lignes est menacé, il y a 2% de voyageurs, on se dit ils n'ont pas de baguette magique, ils ne vont pas, soit rouvrir, soit conserver toutes les petites lignes.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais vous savez, il fallait en quelque sorte rompre ce cercle vicieux, qui consistait effectivement à ne pas entretenir ces lignes, à ce que la vétusté s'accroisse, et finalement à ce que les passagers viennent moins et qu'on justifie, en quelque sorte, leur abandon. Donc nous avons rompu ce cercle vicieux, nous avons remis un peu de l'ordre dans la maison des petites lignes, avec un réengagement de l'État sur les lignes les plus circulées, avec la capacité, pour les régions, de reprendre à leur compte, en gestion, les lignes les plus circulées, d'ailleurs d'expérimenter des choses nouvelles, du train plus léger, du train à hydrogène, et puis il y a un certain nombre de petites lignes qui restent cofinancées par l'État et les régions, et moi je me réjouis qu'on ait pu signer hier, effectivement, avec Grand-Est et Centre-Val de Loire, les premières conventions qui donnent un avenir, ou qui dessinent un avenir positif pour ces petites lignes.

ALBA VENTURA
Mais que deux régions pour l'instant, ça veut dire que les autres régions ne jouent pas le jeu ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, ça veut dire que ce sont les deux régions qui étaient les plus prêtes, avec lesquelles nous avons signé, nous discutons avec l'ensemble des régions, et moi je souhaite que, évidemment, la plupart des régions arrivent à trouver le bon point d'équilibre avec nous de manière à ce que nous puissions signer plus d'accords, évidemment.

ALBA VENTURA
Qui va payer ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est partagé entre l'État, je le disais, l'État qui reprend les lignes les plus circulées, et puis les régions qui cofinancent les lignes, avec l'État intermédiaire, et qui reprennent, quand elles le souhaitent, à leur compte les lignes dites capillaires, les lignes d'intérêt local comme on dit, et donc c'est bien un cofinancement, au sens général, entre l'État et les régions.

ALBA VENTURA
D'accord. Vous parlez de trains légers.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, je parle de trains légers parce que…

ALBA VENTURA
C'est un nouveau projet ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas ce sont des trains qui roulent dans d'autres pays européens, nous avons, sur nos lignes, des voies qui sont dimensionnées, en général, pour accueillir des trains lourds, les trains se sont beaucoup massifiés au fil du temps, et sur des lignes qui sont peu circulées aujourd'hui vous avez besoin de voies qui finalement supportent des poids moins lourds, qui donc coûtent moins cher à la régénération, et vous pouvez faire rouler des trains qui coûtent moins cher à l'achat et coûtent moins cher en exploitation. C'est donc la filière du train léger que nous allons lancer, avec des constructeurs ferroviaires qui y sont prêts, qui d'ailleurs parfois les vendent à l'étranger, et donc je ne vois pas pourquoi nous n'en bénéficierions pas en France.

ALBA VENTURA
On est bien d'accord qu'il y a aussi des petites lignes qui vont fermer au détriment de couloirs de bus, ça, ça va exister ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, il y a parfois des souhaits, d'acteurs locaux, de préserver l'emprise ferroviaire, mais d'y retirer les rails pour faire rouler, ce qu'on appelle les bus à haut niveau de service, sur ces emprises dédiées, quand vraiment les trafics sont faibles et quand il n'y a pas d'alternative, ni ferroviaire, ni routière. Donc il y a des projets, de territoires, qui sont menés, moi je pense que cette logique elle est ascendante, elle vient des territoires, et quand vous avez une coalition locale, pour mener ce type de projet, alors il est tout à fait envisageable que l'État les accompagne.

ALBA VENTURA
Il y a une région qui pose particulièrement des problèmes parce qu'il y a énormément, je ne sais pas, de petites lignes à restaurer, qui sont dans des états déplorables ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a des régions effectivement qui ont des gros enjeux, avec des gros volumes financiers, je pense à Nouvelle Aquitaine, je pense à Occitanie, mais par exemple la région Grand-Est hier, le pacte, le protocole que nous avons signé, porte sur 1 milliard d'euros, voyez, c'est tout à fait considérable, 1 milliard d'euros sur environ 6,5 milliards d'euros potentiels pour ces pactes. Donc, les discussions avancent, au fil de l'eau, avec les différentes régions, et, oui, il y a des enjeux considérables dans certains endroits du territoire.

ALBA VENTURA
C'est le moyen que vous avez trouvé, Jean-Baptiste DJEBBARI, pour essayer de rafistoler les liens avec la France rurale et la France des Gilets jaunes qui se considère abandonnée ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous savez, moi, le rapport Philizot, qui a quelque part permis de faire le constat et de chiffrer précisément les coûts…

ALBA VENTURA
Rapport sur les petites lignes, du préfet PHILIZOT.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Un rapport sur les petites lignes, je l'avais demandé comme député, au moment du Pacte ferroviaire…

ALBA VENTURA
Personne ne l'a jamais vu ce rapport.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Si, si, il est public depuis hier…

ALBA VENTURA
Neuf pages. 9 000 kilomètres de réseau de petites lignes, 9 pages.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais vous savez, ce qui compte, alors évidemment le rapport est important, mais ce qui compte c'est le plan d'action. Moi j'avais demandé, arrivé au ministère, que le préfet PHILIZOT reparte en tour de France, continue ses discussions avec les régions, et que nous n'en soyons plus à un rapport mais bien à un plan d'action, c'est ce que nous avons débuté aujourd'hui.

ALBA VENTURA
Jean-Baptiste DJEBBARI, les grèves contre les retraites ont coûté 1 milliard d'euros à la SNCF, comment l'entreprise SNCF va récupérer ce milliard ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord, ça a coûté effectivement en euros sonnants et trébuchant, ça coûte en image à la SNCF, au moment où elle rentre en concurrence, notamment sur les réseaux TER. C'est quelque part aussi une petite encoche à la confiance que les Français font à la SNCF, puisque vous savez que nous avons reprises 35 milliards de dette, et donc oui, il y a des défis qui sont considérables pour la SNCF.

ALBA VENTURA
Alors, on va supprimer des postes, supprimer le transport de marchandises ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, il n'y a pas de suppressions de postes ; c'est un bon sujet le fret ferroviaire, moi je pense qu'il y a tout à fait un avenir, notamment dans sa dimension écologique, pour le fret ferroviaire, mais pas comme il est géré actuellement, et sur tous ces sujets, le fret ferroviaire, les petites lignes, l'externalisation, le dialogue social, j'ai des discussions de haut niveau avec Jean-Pierre FARANDOU, et je crois qu'il a aussi des propositions à nous faire, non seulement pour tenir la trajectoire financière de la SNCF, je le rappelle, 35 milliards d'euros, et ce n'est pas rien en dette, ce que l'État a repris…

ALBA VENTURA
Quand ça ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Dans les semaines qui viennent, nous discutons quasiment quotidiennement avec Jean-Pierre FARANDOU, donc je vous assure que ces discussions sont soutenues et sérieuses.

ALBA VENTURA
Où en sont les négociations sur les retraites d'ailleurs, à la SNCF et à la RATP ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a eu une journée de mobilisation hier, une journée de mobilisation nationale, vous savez que…

ALBA VENTURA
Faible mobilisation d'ailleurs.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
La plus faible, je crois, depuis le 5 décembre. Nous avons proposé, dans le projet de loi qui est discuté actuellement, péniblement discuté à l'Assemblée nationale, nous avons inscrit en dur les garanties pour les cheminots, à la fois de la SNCF et de la RATP, donc nous tenons l'engagement politique, que j'ai pris devant les syndicats évidemment.

ALBA VENTURA
Est-ce qu'il y aura un étalement des jours de grève pour les grévistes ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, il n'y a pas eu d'étalement des jours de grève, il y a eu, au cas par cas, le traitement des urgences sociales, vous aviez des gens effectivement qui étaient en difficulté, et, évidemment, les DRH de ces grandes entreprises publiques ont entendu l'appel de détresse de certains.

ALBA VENTURA
Jean-Baptiste DJEBBARI, sur le plan purement politique, on voit bien qu'en raison de l'obstruction des dizaines de milliers d'amendements, l'examen du texte n'avance pas. Richard FERRAND, le président de l'Assemblée, a dit qu'à ce rythme-là il faudrait 150 jours en siégeant du lundi au dimanche soir. Jean-Luc MELENCHON dit c'est à nous de tenir la tranchée. C'est la guerre, c'est la guerre au Parlement ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je note que Jean-Luc MELENCHON, après avoir hurlé au régime autoritaire, fait la démonstration, par l'absurde, du caractère démocratique, très démocratique, de notre Assemblée, il pratique une forme de détournement du droit d'amendement, il "impossibilise", ce faisant, le débat politique, et moi je trouve dommage, et donc…

ALBA VENTURA
Et donc, 49.3, vous allez passer avec cette arme constitutionnelle ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et donc, d'abord pointons les responsabilités. J'ai regardé hier, pendant 2 heures, le débat parlementaire à l'Assemblée nationale, c'est catastrophique, disons-le, c'est rappel au règlement sur rappel au règlement, c'est, invectives personnelles, ce n'est pas au niveau d'un débat parlementaire que doivent mener les députés de la nation.

ALBA VENTURA
Qu'est-ce que vous pouvez faire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et donc je dis que la majorité…

ALBA VENTURA
49.3.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
La majorité présidentielle est extrêmement mobilisée, il y avait plus de 200 députés hier dans l'hémicycle, peut-être 150 de la majorité, et que les députés de la majorité ne se situent pas dans cette hypothèse constitutionnelle-là pour l'instant.

ALBA VENTURA
Les députés, mais Olivier VERAN, le nouveau ministre de la Santé, ne l'a pas exclu, et ça devient une option, visiblement, du côté du gouvernement.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien ce n'est pas…

ALBA VENTURA
Le 49.3, je rappelle juste que c'est une manière de faire passer un texte sans vote, un moyen constitutionnel.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument, c'est un outil à la disposition du gouvernement, ça a été voulu par le Général de GAULLE justement pour éviter ce genre de situation.

ALBA VENTURA
C'est nécessaire pour vous, c'est utile ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous avez une majorité, ou un Parlement qui est dans l'impossibilité de travailler, donc moi je me situe dans la dynamique qui est celle de la majorité présidentielle, d'aller jusqu'au bout de ce qu'il est possible de faire dans le débat parlementaire, mais je le dis, la détermination à voter ce texte, du gouvernement, elle est totale, et donc le texte sera voté. Je me situe, pour l'instant, dans la dynamique positive d'un débat retrouvé, je l'espère dans les jours qui viennent, à l'Assemblée nationale.

ALBA VENTURA
Donc vous verrez, en temps voulu, si cette option est possible.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Comme vous dites.

ALBA VENTURA
Dans les suites de l'affaire Griveaux on a assisté, Jean-Baptiste DJEBBARI, à un échange à distance peu glorieux entre le ministre de l'Intérieur, Christophe CASTANER, et le patron du PS Olivier FAURE. Le ministre n'a pas apprécié, dit-il, les leçons de morale du socialiste, qu'il connaît bien, explique-t-il, pour l'avoir accompagné dans ses divorces et ses séparations. On attend autre chose, non, d'un ministre de l'Intérieur ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais je note qu'Olivier FAURE… Alors, d'abord, Christophe CASTANER a, je crois, regretté ses propos s'ils ont pu toucher Olivier FAURE, mais je me rappelle qu'il y a encore 1 an Olivier FAURE tenait des propos peu à même à l'égard de Christophe CASTANER, qu'il y a quelques jours il a référé Jean-Yves LE DRIAN et Olivier DUSSOPT comme un club d'alcooliques anonymes…

ALBA VENTURA
Et donc c'est un jeu de remettre des sous dans la machine ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais je remarque quand même qu'il s'offusque très rapidement quand il est concerné par des propos et qu'il a quelque peu de mal à modérer les siens. Donc, ainsi va la vie politique, moi je trouve que c'est effectivement…

ALBA VENTURA
La vie publique, la vie politique, mérite mieux, non, que de se répondre comme ça, comme dans une cour de récré.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je crois. D'abord je pense que, c'est évidemment incomparable avec ce qui s'est passé dans l'affaire Griveaux, puisque là on a vraiment assisté, quelque part, à la destruction de l'intime pour des motifs politiciens, et c'est évidemment très dangereux pour la démocratie, mais effectivement je pense que la vie politique doit être de bonne tenue.

ALBA VENTURA
Une toute petite dernière question, ça concerne l'aviation. Cette année 2019 aura vu deux compagnies aériennes faire faillite, XL AIRWAYS et AIGLE AZUR, où en est le reclassement des salariés ? Plus de 1 500 salariés pour les deux compagnies, je crois.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, il y a une cellule de reclassement, effectivement, qui fait oeuvre, il y a des phénomènes d'aspiration dans d'autres compagnies aériennes, puisque le trafic aérien reste très positif, très croissant, et donc il y a un certain nombre de pilotes, de personnels navigants commerciaux, qui ont retrouvé du travail chez EASYJET, chez AIR FRANCE, ça met un petit peu de temps à se résorber, mais il y a aujourd'hui des passerelles qui sont quand même facilitées et une dynamique de l'emploi dans…

ALBA VENTURA
Mais combien de personnes sont encore… ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je n'ai pas les chiffres là exactement en tête, mais je pourrai revenir à votre micro vous en faire le détail précis si vous le souhaitez.

ALBA VENTURA
Merci beaucoup Jean-Baptiste DJEBBARI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 février 2020