Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État aux transports, à BFM TV le 28 février 2020, sur la préparation à l'épidémie de coronavirus dans les transports et l'avenir des petites lignes de la SNCF.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Baptiste DJEBBARI, bonjour.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes secrétaire d'État aux Transports. "Une épidémie qui arrive, l'épidémie coronavirus arrive, il faudra l'affronter au mieux", c'est le président de la République qui a dit cela, vous étiez avec lui à Naples, en Italie, hier soir, vous n'êtes pas confiné !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, pour l'instant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le président non plus, de la République, n'est pas confiné ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non plus, je vous le confirme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord. Non, je vous dis ça parce que, là je suis très sérieux, il y a deux zones, apparemment, qui posent problème, dans l'Oise, la zone de Crépy-en-Valois et de la base du Creil, et puis près d'Annecy. Est-ce qu'on se dirige vers ce qui s'est passé déjà en Italie, c'est-à-dire un confinement d'une commune, d'une zone entière ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord on a une stratégie qui consiste effectivement à essayer de cartographier les zones où le virus circule, et une fois qu'on a cartographié ces zones, c'est-à-dire remonté les contacts des uns et des autres, on est en capacité de traiter ces patients pour éviter la propagation du virus, la propagation incontrôlée du virus, et donc le stade épidémique. C'est ce que nous allons faire, et pour cela nous avons mobilisé le système de santé, nous avons des tests de détection qui sont extrêmement précis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça je comprends très bien, mais par exemple à Annecy, c'est BFM TV qui donnait l'information ce matin, il y avait 6 cas, 4 cas hier soir, il y a 6 ce matin, dans cette commune proche d'Annecy, donc est-ce qu'il ne serait pas temps, justement, de confiner ces zones ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Pour répondre à votre question, je prends un exemple, les Contamines-Montjoies il y a 15 jours. Nous avons eu le cas, dans ce village montagnard, d'enfants, d'une famille touchée avec 6 cas de coronavirus, nous avons décidé de confiner ces familles, de les dépister, de fermer l'école pendant quelques jours, de manière à lever le doute et à pouvoir traiter ceux qui avaient besoin d'être traités, et s'assurer que le virus ne se propageait pas. Il est tout à fait possible que nous rentrions, à l'avenir, dans des confinements, dans des mesures, qui permettent d'éviter cette propagation épidémique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc confiner, c'est envisagé, confiner une commune, confiner une zone.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Le Premier ministre l'a dit hier. Aujourd'hui, et je veux être très serein sur le sujet, nous tentons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, soyez très serein, mais très informatif.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Très serein, et très déterminé, absolument…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on a besoin.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord, effectivement, nous informons en toute transparence de l'état, heure par heure, jour par jour, de l'évolution de ce coronavirus. Deuxièmement, nous prenons toutes les mesures, aujourd'hui, nous y reviendrons, il y a des mesures effectivement qui visent à protéger les autres, à se protéger soi-même, nous essayons de circonscrire ce virus à des zones de manière à pouvoir les traiter efficacement, et si demain nous sommes en phase épidémique, c'est le système sanitaire, le système français, qui prendra le relais. Les épidémies on les connaît, la grippe chaque année frappe, malheureusement, plusieurs milliers de personnes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc un confinement d'une commune est envisageable, pourquoi pas, ou une zone.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'une manière générale, le Premier ministre l'a dit hier, la situation est très évolutive, et l'État, le gouvernement, n'hésitera pas à prendre des mesures adaptées, mais toujours éclairé de l'avis des scientifiques, qui recommandent, depuis plusieurs semaines, les meilleures méthodes pour éviter la propagation du virus en l'état, et si demain nous sommes en phase épidémique, alors le système de santé est prêt, vous savez que nous avons pré-alertés une centaine d'hôpitaux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il est prêt, mais il est débordé le système… il n'est pas débordé aujourd'hui par l'épidémie, ou par le coronavirus, que les choses soient très claires, mais j'ai entendu le neurologue qui a interpellé le président de la République hier, à la Pitié-Salpêtrière, il était clair, nous sommes au bout, nous sommes au bout, disait-il.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais le neurologue, qui effectivement est un neurologue…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je parle du personnel !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et pas épidémiologiste, faisait référence au statut de l'hôpital en France, et les difficultés de l'hôpital en France, vous le savez, viennent de loin, je crois que le gouvernement, comme sur d'autres sujets, y apporte des réponses extrêmement structurelles, et donc son discours n'avait rien à voir, en tant que tel, avec le coronavirus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai, c'est vrai, mais est-ce qu'on a les moyens, la question que se posent les Français, est-ce qu'on a les moyens en personnel, dans les hôpitaux, de répondre à une épidémie massive, je ne sais pas, 10 000, 50 000, 100 000 cas de coronavirus ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je vais vous dire. D'abord on a un système de santé centralisé, et c'est une chance, quand on voit, par exemple en Italie, qui ont des systèmes de santé décentralisés, régionalisés, il y a parfois quelques frottements entre les décisions, nous avons un système de santé centralisé, avec des professionnels extraordinairement compétents. nous avons un réseau de centres hospitaliers qui sont prêts, il y a effectivement aujourd'hui une épidémie de grippe qui se termine, et celle du coronavirus qui possiblement arrive, il y a des plans, il y a des plans blancs, qui sont par exemple déployés dans l'Oise, qui permettent de faire venir du renfort, de déprogrammer des opérations qui sont non essentielles, et donc… d'ailleurs, nous avons déjà alerté, en cas de crise majeure, crise terroriste, ce type de plan - qui permettent de répondre, d'avoir un surcroît de renforts, et de répondre de façon efficace à la demande qui peut être effectivement assez massive. Donc je le dis, le système de santé, et je le dis avec beaucoup d'humilité, le gouvernement est prêt à faire face, et le système de santé français est très robuste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, Jean-Baptiste DJEBBARI, j'ai une question toute simple, on peut voyager par train de Paris à Milan, ou de Milan à Paris, sans problème aujourd'hui.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors pourquoi les contrôleurs français s'arrêtent à Modane ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Parce qu'il y a eu un accord local entre la SNCF locale et l'entreprise italienne, pour qu'il y ait un relais de contrôleurs, de manière… c'est un accord local…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils s'arrêtent à Modane, pourquoi ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ils s'arrêtent à Modane…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par crainte du coronavirus ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
A Modane, parce qu'il y a eu effectivement une alerte d'un certain nombre d'agents, et la SNCF locale et l'entreprise italienne locale, jugeant que c'était mieux pour les personnels d'opérer le transfert à Modane, l'a opéré ainsi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que pour le contrôleur c'est dangereux de dépasser Modane, mais pas pour le client.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, ce n'est pas que c'est dangereux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je suis un peu…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est du confort psychologique, il faut être honnête sur le sujet, mais si localement il y a eu, quelque part, accord pour que les contrôleurs italiens montent dans le train à Modane et poursuivent le trajet en Italie, écoutez, moi ça me va, mais je vous le dis, sur le plan épidémiologique, sur le plan de la raison médicale, tout ce qui consiste à protéger aujourd'hui les Français, les résidents en France, c'est bien connu, quand vous voulez vous protéger, vous êtes porteur d'un symptôme, le masque est utile, mais c'est seulement dans ce cas-là que le masque est utile. Et puis, vous savez, le virus se propage aujourd'hui essentiellement par les mains, beaucoup plus d'ailleurs que par les contacts oraux, et donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez serré la main de tous vos collègues Italiens hier soir ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
On est souvent ceux qui donnent les bons conseils et qui ne les appliquent pas beaucoup, mais effectivement, il faut, je crois, et nous l'appliquerons à nous-mêmes, il faut se prémunir de ce que nous avons l'habitude de faire, de nous embrasser, nous serrer la main, ce sont des mesures toutes simples, de se laver les mains régulièrement, et ce sont des mesures qui sont extrêmement efficaces en termes de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais un routier par exemple, je vais prendre des cas concrets, un routier qui fait Milan-Paris, Paris-Milan, régulièrement, que doit-il faire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Un routier, qui n'est pas porteur de symptômes lui-même, n'a pas besoin de porter de masque, un routier qui ne circule pas dans des zones où c'est particulièrement concentré, comme ces villages en quarantaine, n'est, a priori, pas obligé de se mettre en quarantaine volontaire, pour le dire comme ça, donc la vie doit se dérouler normalement, simplement il y a des règles et des recommandations de bon sens, éviter effectivement d'aller dans les zones, notamment les villes en quarantaine en Italie, qui sont particulièrement touchées, se prémunir, soit, c'est-à-dire se protéger, soit quand on est porteur, éventuellement de symptômes, avec l'usage d'un masque, et puis se protéger soi tout le temps, en se lavant les mains et en faisant appel à des consignes de bon sens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Baptiste DJEBBARI, la SNCF, la RATP, sont en alerte là…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autour du coronavirus, ça veut dire quoi ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça veut dire que, d'abord il y a information, des voyageurs, des clients, partout, alors c'est vrai dans les gares internationales, dans les gares transfrontalières, c'est vrai dans les ports, c'est vrai dans les aéroports. Ensuite, la RATP, la SNCF, AIR FRANCE, ont des stocks de masques, qui possiblement demain sont disponibles pour leurs agents, ceux qui en font la demande, donc elles ont des stocks et elles en reconstituent quand cela est nécessaire. et puis on a ce qu'on appelle des plans de continuité, qui sont prévus dans les organisations des entreprises, qui sont des plans qui permettent de réduire, quand on est face à une épidémie un peu massive, de réduire le plan de transport, de manière à satisfaire les besoins essentiels, ça c'est la phase très très ultime…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Réduire les plans de transport ça veut dire quoi ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, ça veut dire que quand vous êtes dans une phase très aiguë…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire fermer des lignes, ça veut dire fermer des aéroports, fermer des ports, fermer des gares, je ne sais pas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il faut toujours prévoir le pire dans le monde des transports…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le pire, oui, non, non…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et le pire n'est jamais certain, et par ailleurs, je le dis, nous avons chaque année, encore une fois, des épisodes de grippe, les transports fonctionnent normalement, donc… mais oui, évidemment, nous nous prémunissons du pire, et dans les plans de continuité, tels qu'ils existent, nous "hypothétisons" tout ce qui peut arriver.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La France doit-elle fermer des liaisons ferroviaires, ou aériennes, ou maritimes, avec l'Italie tiens, avec l'Italie ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais ça revient un petit peu au sujet de fermeture des frontières…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, fermeture de frontières.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Le virus ne circule pas comme ça, vous le savez très bien, et ce que nous faisons, nous avons mis en place des…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de fermeture des frontières ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, parce que simplement ça ne correspond pas au mode de circulation des virus. Ce que nous faisons en revanche, et depuis plusieurs semaines, c'est que nous avons mis des équipes sanitaires à Roissy, qui traitent, jusqu'à présent, essentiellement les vols qui reviennent de zones rouges ou de zones orange, et notamment de zones orange, c'est-à-dire Hong-Kong, la Chine, hors le foyer originel, de manière à porter assistance aux gens qui en auraient besoin, à Roissy, et par exemple, hier, nous avons eu un vol qui arrivait de Lisbonne, avec des passagers qui avaient embarqué à Ténériffe, nous avons eu intervention de cette équipe pour dépister 6 personnes sur ce vol, donc nous sommes très réactifs et nous essayons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dépister 6 personnes ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Six personnes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et alors ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Qui présentaient certains symptômes, aucun n'a été déclaré positif, mais par mesure de prévention nous avons des équipes mobiles qui répondent aux interpellations des services sanitaires, quand elles existent, à condition…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, beaucoup disent pourquoi est-ce que des portails thermiques ne soient pas installés dans les aéroports ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
J'en parlais à mon homologue italienne hier, qui… l'Italie avait décidé de mettre en place ces portails thermiques, donc prise de température automatique, ça n'a pas très bien marché, ce n'est pas d'ailleurs recommandé par l'OMS, simplement parce que vous pouvez être porteur du virus et ne pas encore avoir les signes de température, vous pouvez avoir pris un antalgique et ne pas déclarer de température, donc c'est réputé comme étant un système assez inefficace. Alors, c'est souvent un confort psychologique, mais dans les faits ça a peu d'efficacité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que vous ont dit justement, parce que l'Italie a l'expérience, plus que nous là maintenant, de ce coronavirus, que vous ont dit vos collègues italiens hier soir ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ils nous ont dit un peu ce qu'on se disait au début l'entretien, c'est-à-dire un, confinement quand c'est possible pour éviter la propagation, deux, ils ont les mêmes sujets que nous, les lits hospitaliers, les cas "réanimatoires", et donc préparer le système de santé de manière à ce qu'il soit robuste et parfaitement en capacité d'accueillir les patients italiens. Et dans le secteur du transport, nous avons partagé un peu les bonnes pratiques, et finalement nous faisons sensiblement les mêmes choses, de l'information, nous prenons des mesures d'hygiène supplémentaires, typiquement par exemple les barres de métro sont désinfectées de façon beaucoup plus régulière, des mesures de précaution, de bon sens, et finalement nous sommes assez alignés sur les mesures que nous avons prises de part et d'autre des Alpes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les entreprises de transport qui pourraient être touchées, les premières, par cette crise du coronavirus, seront aidées par l'État ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Economiquement vous parlez ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Economiquement.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors d'abord elles sont aidées sur le plan sanitaire, y compris par l'Union européenne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais économiquement ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Economiquement il y aura effectivement un sujet, vous savez que, par exemple sur le transport aérien, le manque à gagner sur le début d'année c'est 30 milliards d'euros, que le groupe AIR FRANCE-KLM annonce des pertes de 150 à 200 millions d'euros, il faudra faire évidemment l'analyse précise de tout cela quand la crise se terminera. Nous sortons d'une grève, notamment dans les ports, qui a été très dure et nous avons déjà un bilan économique, des pertes qui ont été enregistrées à ce moment-là, nous avons évidemment le sujet de la SNCF, qui publie ses comptes aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, les résultats seront en baisse ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Les résultats seront en baisse. Nous avions fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En baisse de combien, on sera où ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Nous avions fait 11 premiers mois plutôt très satisfaisants, et effectivement la grève de décembre a très largement plombé les comptes, pour le dire très directement. La perte imputable, stricto sensu à la grève, est autour de 600 millions d'euros, donc c'est tout à fait considérable. Et puis en dehors du coût financier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors le résultat sur l'année sera en baisse de combien ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
La SNCF publiera ses comptes, il y a un conseil d'administration tout à l'heure, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, d'accord…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il sera en baisse, de plusieurs centaines de millions d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plusieurs centaines de millions d'euros de baisse ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Donc c'est important…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne va pas atteindre le milliard quand même ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais il y a d'abord un coût financier qui est important…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Entre 5 et 600 millions d'euros quoi, si j'ai bien compris, c'est à peu près ça.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Un peu moins que ça, pour le résultat net, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un peu moins, 400 millions…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Voilà, vous aimez bien faire des hypothèses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais vous allez me donner les résultats, Jean-Baptiste DJEBBARI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, je vais laisser le conseil d'administration se dérouler, vous savez que nous avons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non mais d'accord, mais enfin…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est cet ordre de grandeur-là, absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est 300 millions d'euros, par-là.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est de cet ordre de grandeur-là, absolument, et, au-delà du coût financier, il y a un coût en image pour la SNCF du fait des grèves de décembre et de janvier, alors que la SNCF entre en concurrence, et puis quelque part il y a, j'ai eu l'occasion de le dire, mais une forme d'encoche à la confiance qu'ont fait les Français en reprenant 35 milliards de dette. Et moi j'ai demandé à Jean-Pierre FARANDOU de nous présenter un plan qui satisfasse les exigences que nous avons posées dans la loi 2018…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, parce que ce sont les Français qui payent la dette de la SNCF.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bien sûr que ce sont les Français qui payent, et donc la SNCF doit continuer à fournir un bon service aux Français, nous avons en plus des plans ambitieux, nous en reparlerons peut-être, des petites lignes pour lesquelles nous voulons dessiner un avenir positif…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais en parler.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais oui, la trajectoire financière doit être tenue, parce que c'est l'argent des Français et que les Français ont le droit d'avoir confiance dans la SNCF, qui s'est engagée sur la voie de son assainissement financier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, les petites lignes, parlons-en, 9 000 kilomètres à peu près en France ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
9 000, sur les 28 000 du réseau, souvent non électrifiées, et puis un réseau très vétuste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un réseau très vétuste. Alors, l'avenir de ces petites lignes, est-ce que des petites lignes seront fermées, est-ce que vous vous engagez ce matin à nous dire aucune petite ligne, pas 1 kilomètre, sur ces 9 000, ne sera fermée ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je peux vous dire exactement où nous en sommes dans les discussions avec les régions. Donc 9 000 kilomètres de petites lignes, nous avons vu toutes les régions, c'est le préfet PHILIZOT qui a fait ce travail pendant des mois et des mois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je sais.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et nous avons signé avec deux régions, Centre-Val de Loire et Grand-Est, jeudi dernier, un plan qui vise un peu à remettre de l'ordre dans la maison ferroviaire, les lignes les plus circulées sont reprises par l'État, par SNCF Réseau, les lignes les moins circulées sont déléguées aux régions, si elles en font la demande, et les régions pourront tester du train plus léger, toutes les voies des expérimentations qui feront en sorte que demain la régénération sera plus économe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus de trains, des bus à la place ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais, souvent, les élus veulent des solutions ferroviaires, et vous savez, les trains légers, ça roule partout ailleurs en Europe, partout dans le monde, ça ne roule pas chez nous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est quoi un train léger, expliquez.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Un train léger c'est par exemple ce qui roule au Pays-de-Galle ou en Corée, ce sont des trains qui pèsent moins lourds, qui emportent un peu moins de voyageurs, environ 80 à 100 voyageurs versus 200 voyageurs dans un TER classique, et qui pèsent moins lourds à l'essieu, et donc pesant moins lourds à l'essieu, qui sont moins chers à l'acquisition, moins chers à l'exploitation, qui sollicitent moins les voies, et du coup qui permettent de faire de la régénération économe, au total ça fait entre 30 à 40% d'économies pour des petites lignes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais deux régions seulement. Je vous repose la question, est-ce qu'il n'y aura pas une seule fermeture ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien je vous le dis, dans les discussions que nous avons aujourd'hui avec les régions, il n'y a pas d'hypothèses de fermetures de lignes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais si une région décide de fermer, qu'est-ce que vous faites ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien si une région décide de fermer, d'abord les régions organisent la mobilité, c'est leur compétence…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est leur compétence.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et donc l'État accompagnera…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'État interviendra ou pas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je le dis aujourd'hui, chacun doit être dans sa compétence. Sur le réseau très structurant, l'État régénère massivement, sur les lignes les moins circulées, les régions, parfois, font valoir leur demande, et très souvent, et c'est la très grande majorité des cas, elles veulent des solutions ferroviaires, mais notamment avec des trains plus légers, moins chers à l'exploitation et moins chers en maintenance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et alors qui paiera l'entretien du réseau ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est une bonne question, parce qu'on dit souvent effectivement que les régions aujourd'hui financent 60% et l'État 40% avec SNCF Réseau, ce qui est vrai en investissement, mais quand vous regardez la maintenance et l'exploitation, l'action conjuguée de l'État et de SNCF Réseau c'est quasiment 80%. Donc l'État et la SNCF sont très engagés et resteront très très engagés à l'entretien de l'ensemble du réseau, et notamment des petites lignes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça veut dire que vous allez faire un effort financier. Le montant ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Au total la régénération des petites lignes c'est 6,4 milliards d'euros…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous les avez ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Nous avons déjà engagé, depuis 2018…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne les avez pas.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Nous avons déjà engagé, en 2018, 1,2 milliard d'euros, c'est inédit, enfin je veux dire il faut se rappeler que pour l'ensemble du système ferroviaire en 2012, avant Brétigny, c'était 1 milliard d'euros de régénération, donc l'effort est considérable, et c'est la raison pour laquelle nous avons décidé de mener ces plans avec les régions, moi je salue Centre-Val de Loire et Grand-Est qui ont fait un effort considérable, Grand-Est 1 milliard d'euros, le volume, donc c'est tout à fait considérable. L'État prend ses responsabilités, finance le réseau le plus circulant, les régions prennent leurs responsabilités, et offrent des services nouveaux aux usagers, c'est ça, c'est ce pacte de confiance-là que nous voulons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les premiers trains étrangers circuleront quand sur le réseau français ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, les appels d'offres sont maintenant en cours de constitution, donc en 2021 il est possible, même très probable…

JEAN-JACQUES BOURDIN
2021, l'année prochaine, il y aura des trains étrangers qui circuleront…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument, notamment dans les premières régions qui ont lancé des appels d'offres…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire Provence-Alpes-Côte-d'Azur, je crois…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les premières régions, dès l'année prochaine donc ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La concurrence.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et moi je crois que ce sera très positif, y compris pour la SNCF, quand on regarde ce qui s'est passé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et, dites-moi, il y aura peut-être moins de flou sur la politique tarifaire avec les trains étrangers, je vous dis ça parce que…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
J'ai lu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez lu 60 Millions de consommateurs, moi aussi, mais dites-moi, même si j'achète mon billet 4 mois avant, je vais payer un tarif complet sur certaines lignes, pas toutes.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, alors j'ai lu l'étude précisément, je suis assez en désaccord avec cette étude, et je suis parfaitement capable d'être critique avec la SNCF quand c'est nécessaire, mais je suis assez en désaccord avec l'étude, pour la raison que, d'abord quand vous achetez 2 mois à l'avance, en moyenne, le tarif est diminué de 20%, et puis surtout la SNCF, récemment, a fait un effort considérable sur le prix des TGV, et quand vous regardez aujourd'hui la tarification des TGV, qui, est vrai, n'est pas une tarification fixe, mais qui correspond à la logique offre/ demande, quand vous regardez le tarif des TGV, vous avez 1 TGV sur 4 qui est vendu à moins de 40 euros, et vous avez 1 billet Ouigo sur 2 vendu à moins de 25 euros. Donc, la politique des petits prix à la SNCF c'est une réalité, et c'est une réalité en plus souhaitable, parce que le TGV, notamment le Ouigo, est un TGV populaire, et je crois que la SNCF doit continuer cette politique en faveur des petits prix et elle le fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, je termine avec la réforme des retraites. Dites-moi, les cheminots sont des privilégiés, non ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Pourquoi les cheminots sont des privilégiés ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, je vous dis ça parce que les roulants, par exemple, c'est la génération 1985 qui appliquera la réforme.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais vous savez qu'on a appliqué la même règle pour tout le monde. Nous avons dit que pour ceux qui étaient…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Pour tout le monde, que pour ceux qui étaient à 17 ans de la retraite, 17 ans et moins, ils n'étaient pas concernés par la réforme. Comme les cheminots, aujourd'hui, mais c'est amené à augmenter, partent en moyenne à 53,5 ans, 17 ans, ça faisait effectivement la génération 85, et progressivement l'âge de départ des cheminots, comme partout en France, va augmenter, c'est déjà une réalité d'ailleurs, c'est les effets de la loi Touraine, ce n'est pas la nôtre, et puis les cheminots entrent pleinement dans le régime universel de la même façon que l'ensemble des Français, simplement nous avons voulu clarifier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sauf qu'un cheminot embauché en 2019 pourra partir à la retraite à 58 ans.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, et graduellement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un cheminot.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais graduellement, vous le savez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pas un salarié lambda.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Aujourd'hui c'est 53,5 ans, et graduellement, jusqu'à à peu près 2037, 2038, l'âge augmente pour rejoindre ce qui est pratiqué assez classiquement dans les entreprises de transport. L'idée c'était bien de traiter chaque métier de façon identique. Je prends toujours ce même exemple, je suis désolé, je parle souvent du comptable de la SNCF…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un accompagnement, quoi, en quelque sorte.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas c'est une transition longue, mais c'était voulu, et nous avons entendu cet appel des syndicats, qui d'ailleurs pour certains disaient nous ne sommes pas contre le régime universel, mais nous voulons du temps, et donc nous accompagnons la transition. Je prends un exemple simple pour finir sur le sujet. Un comptable de la SNCF aujourd'hui peut partir à 57 ans, dans le privé 62 ans, eh bien demain tout le monde sera aligné sur le même âge de départ à la retraite, à métier identique, conditions de départ…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça c'est un sédentaire.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Un sédentaire, conditions de départ identiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, merci Jean-Baptiste DJEBBARI. Vous êtes sur RMC et sur BFM TV, bien sûr, merci.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 février 2020