Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en réponse à une question sur la crise migratoire et les relations avec la Turquie, au Sénat le 4 mars 2020.

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Circonstance : Question d'actualité au Sénat

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J'ai avec le sénateur del Picchia une conversation ininterrompue depuis plusieurs années sur la question turque. Je vais compléter mes propos puisque vous me permettez de le faire.

Nous avons, avec la Turquie, plusieurs sujets de contentieux lourds, y compris récents, plusieurs sujets d'irritation, le dernier étant le non-respect de l'accord de 2016 avec l'Union européenne qui se produit sous nos yeux.

Mais il y a eu récemment la question du nord-est syrien, où finalement l'initiative turque a remis en cause notre manière d'appréhender la sécurité dans cette région de la Syrie. Il y a toujours les actions turques en Méditerranée orientale, où nos engagements sont opposés. Il y a, en Libye, les actions que vous connaissez, les ruptures de l'embargo décidé par les Nations unies par l'armée turque qui achemine en Libye des forces syriennes, ce que l'on appelle des proxys, qui viennent d'ailleurs souvent de la région d'Idlib, j'en ai parlé tout à l'heure. Et puis, sur l'OTAN, j'en parlerai dans un instant, l'ambiguïté demeure. Nous avons, sur la question des libertés, des divergences majeures. Et puis l'instrumentalisation des migrants n'est pas acceptable.

Mais nous sommes dans la même alliance. Voilà le sujet. Et donc, je pense, Monsieur le Sénateur, qu'il nous faudra avoir rapidement avec la Turquie une grande explication, lourde, franche, publique, pour savoir de quel côté est l'un, de quel côté est l'autre et là où nos intérêts sont communs ; et dire tout cela, fortement, sinon on ne s'en sortira pas.

Et je rejoins votre propos d'ouverture lors de votre question. Nous devons avoir avec ce pays une discussion exigeante. L'actualité nous l'impose. Cela n'empêche pas les discussions avec le président Poutine que le président Macron a eues et va avoir dans les heures qui viennent. Mais cet impératif-là me paraît essentiel. Parce que nous avons quand même un point commun : la lutte contre le terrorisme.

Je n'ai pas eu le temps de dire tout à l'heure que, dans la zone d'Idlib, vous avez beaucoup de groupes terroristes, y compris Daech, y compris des combattants étrangers, y compris des Français combattants étrangers.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 mars 2020

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