Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à France info le 10 mars 2020, sur les mesures à prendre dans le cas de l'épidémie du Coronavirus.

Texte intégral

LORRAIN SENECHAL

Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
D'abord comment va votre collègue de la Culture, Franck RIESTER, qui est positif au coronavirus ?

OLIVIER VERAN
Je n'ai pas embêté Franck RIESTER ce matin, mais j'ai pris de ses nouvelles hier soir, on a même échangé des textos tard, il m'a confirmé qu'il avait reçu un appel de l'Agence régionale de santé pour mener ce qu'on appelle « l'enquête cas contacts », c'est-à-dire déterminer son agenda et les personnes avec qui il a pu être en contact rapproché…

LORRAIN SENECHAL
Et un ministre ça serre beaucoup de mains.

OLIVIER VERAN
Ce qui veut dire que le circuit fonctionne très bien. Un ministre ne serre plus beaucoup de mains quand on dit qu'en France il ne faut plus serrer beaucoup de mains, et il a su appliquer évidemment les bons gestes barrière, et son état de santé n'est pas inquiétant du tout, il me l'a dit encore hier, il est chez lui, il n'est pas hospitalisé.

LORRAIN SENECHAL
En tout cas il y a quelque chose du symbole avec le gouvernement touché pour la première fois par ce coronavirus, c'est le symbole aussi d'une épidémie qui est en train de progresser en France. On va faire justement le point avec Solenne LE HEN, notre spécialiste santé à France Info, bonjour Solenne. Où en est le coronavirus aujourd'hui en France ?

SOLENNE LE HEN
Eh bien on en est toujours au stade 2, stade 2 renforcé de la lutte contre le coronavirus, bientôt le stade 3, ça voudra dire qu'on est au niveau de l'épidémie, et puis que le virus circulera sur tout le territoire en France. Alors, vous nous dites, le gouvernement nous dit, depuis plusieurs jours, que le stade 3 ça ne va pas tout changer parce que vous avez pris des mesures graduellement, une réponse proportionnée vous dites justement, par exemple la fermeture d'écoles dans certaines zones de contamination, ou alors cette mesure pour les EHPAD où on va visiter son aîné seulement une personne à la fois, bref, vous nous dites aussi que la vie au stade 3 ne s'arrêtera pas, la vie économique va continuer, on va cohabiter avec le virus. Ce qui m'amène, vous me voyez venir, à l'Italie, l'Italie aujourd'hui se réveille complètement paralysée, sous cloche, complètement confinée, on dit que l'Italie a environ une semaine, dix jours d'avance sur nous, sur l'épidémie, est-ce que vous nous garantissez que d'ici une semaine, dix jours, quinze jours en France, on ne sera pas nous aussi sous cloche, complètement paralysés ?

OLIVIER VERAN
Ce que je peux vous garantir c'est que nous continuons à faire ce que nous faisons depuis plusieurs semaines, nous anticipons, nous adaptons, et nous regardons ce qui se passe à l'étranger, nous consultons énormément les experts, les blouses blanches, les épidémiologistes, les hygiénistes, je réunirai aujourd'hui autour de moi un comité d'experts justement pour travailler sur ces questions, y compris d'ailleurs sur les questions éthiques, parce que quand on demande à des gens d'arrêter des activités, de réduire leurs déplacements, ça emporte des questionnements éthiques, et c'est normal, j'ai déjà saisi, d'ailleurs, le Conseil consultatif national d'éthique sur ces questions, que nous sommes capables d'adapter notre réponse. Le principe, je le rappelle, c'est le freinage, le freinage, repousser le moment où l'épidémie apparaît dans notre pays, faire en sorte que l'épidémie soit la plus courte possible, et qu'elle soit la plus petite possible, c'est-à-dire qu'on ait le minimum de malades en même temps, pour ne pas saturer notre système de santé, c'est la situation telle qu'elle est vécue par l'Italie aujourd'hui, et les décisions que l'Italie prend sur une partie de son territoire, sont clairement liées à la saturation de ses urgences, à sa saturation de ses réanimations, c'est un territoire italien très particulier, avec une population âgée, isolée, où les formes graves sont plus nombreuses qu'ailleurs, on ne peut pas comparer toutes les situations. Mais, nous prenons des réponses graduées, adaptées, à chaque territoire, dans une zone, dès aujourd'hui, où le virus circule beaucoup, nous conseillons aux personnes qui sont fragiles, âgées, de ne pas sortir, nous conseiller aux personnes qui le peuvent de faire du télétravail pour ne pas se déplacer en dehors des zones où le virus circule beaucoup, nous fermons les écoles, nous fermons les crèches, nous avons arrêté tous les rassemblements collectifs, sur une durée de plusieurs semaines. La différence avec l'Italie c'est que nous n'empêchons pas la vie sociale, économique, démocratique, lorsqu'elle est possible, de continuer, parce que si vous fermez tout, et si vous dites aux gens « n'allez plus travailler », vous paralysez aussi les hôpitaux, vous paralysez aussi la médecine de ville, vous perdez 30, 40 % des soignants, dont nous avons particulièrement besoin lorsque le nombre de malades augmente dans le territoire. Donc, encore une fois, je ne peux pas vous dire, a priori, et de façon définitive, si dans une semaine nous serons amenés ou non à prendre d'autres décisions, nous faisons en sorte de ne pas être dans la situation de devoir prendre ce type de décisions.

LORRAIN SENECHAL
Une question de Renaud DELY.

RENAUD DELY
Olivier VERAN, vous rappeliez la stratégie, votre stratégie, celle du gouvernement, qui consiste à freiner l'extension de cette épidémie, mais selon les modèles dont vous disposez, les prévisions, les hypothèses, quel est le rythme que ça peut prendre, est-ce que vous avez une idée du moment où cette épidémie pourrait atteindre son pic, est-ce que c'est une question de semaines, une question de mois, et à quel moment évidemment la redescente, ensuite, pourrait s'effectuer ?

OLIVIER VERAN
Nous comparons les… c'est pour ça que je considère qu'aujourd'hui ce qui est important, le plus important n'est pas forcément le nombre a proprement parlé de nouveaux malades en France, ce qui est important c'est l'évolution, c'est le tendanciel. C'est comment est-ce qu'évolue la courbe, est-ce que nous avons une croissance rapide du nombre de cas, ou une croissance lente ? C'est le nombre de cas graves, est-ce qu'il y a beaucoup de formes graves en France ou pas ? Le nombre de décès aussi, est une donnée qui est importante. Je crois que le comptage quotidien, à un moment donné, devra prendre une autre forme, parce qu'il n'apporte pas forcément le niveau d'information adéquat.

LORRAIN SENECHAL
Mais la courbe pour l'instant…

OLIVIER VERAN
C'est la tendance.

LORRAIN SENECHAL
Elle est comment cette tendance ?

OLIVIER VERAN
Si on regarde la tendance, il y a eu une centaine de nouveaux cas par jour ce week-end, un petit peu plus hier, on est aujourd'hui dans une courbe qui n'est pas – attention, sous réserve, beaucoup de réserve, parce que nous faisons des dépistages…

LORRAIN SENECHAL
Ça peut changer d'un jour à l'autre.

OLIVIER VERAN
Bien sûr, ça peut changer d'un jour à l'autre – nous ne sommes pas dans la situation italienne, par contre, quand on se compare on se rend compte qu'on est précisément dans la situation allemande, quasiment pareil que la situation des Anglais, donc il y a beaucoup de pays européens, beaucoup de pays frontaliers, je travaille beaucoup avec l'Europe, c'est important qu'on soit capable de converger, le président de la République, d'ailleurs, réunira les chefs d'Etat européens en visioconférence aujourd'hui sur ces questions, et on se rend compte qu'il y a une évolution qui est à peu près parallèle. Donc, je ne peux pas vous dire précisément à quel moment on serait en épidémie, ce que je peux vous dire c'est que toute l'action que je mène, toute l'action que nous menons avec mes collègues ministres, avec Jean-Michel BLANQUER pour l'école, par exemple, c'est de faire en sorte que cette épidémie soit la plus tardive possible et la plus faible possible pour ne pas saturer notre système de soins.

LORRAIN SENECHAL
Vous nous dites, Olivier VERAN, qu'Emmanuel MACRON s'entretient donc tout à l'heure avec ses homologues européens, quelle peut être la réponse européenne à apporter face à cette crise ?

OLIVIER VERAN
J'étais à Bruxelles la semaine dernière, avec les 27 ministres de la Santé de l'Union européenne, d'abord il y a un vrai travail de conviction, je le dis ici, et de prise de conscience, européenne, qu'il y a un risque épidémique.

RENAUD DELY
Encore aujourd'hui ?

OLIVIER VERAN
Encore aujourd'hui.

RENAUD DELY
Il y a encore aujourd'hui des chefs d'Etat ou des chefs de gouvernement qui ne sont pas convaincus de ce risque ?

OLIVIER VERAN
Encore aujourd'hui. Vous savez, les inégalités de santé sont criantes en Europe, je rappelle que la mortalité varie de 10 ans d'un pays à l'autre, on partage la même monnaie mais on n'a pas la même espérance de vie, même la mortalité infantile varie d'un facteur 1 à 6 d'un pays à l'autre, qui partagent pourtant la même monnaie. Nous ne sommes pas au même niveau de préparation, nous n'avons pas le même nombre de professionnels de santé et donc…

LORRAIN SENECHAL
Ce sont surtout les pays de l'Est, les Pays du Sud, qui sont…

OLIVIER VERAN
Et donc nous n'avons pas les mêmes systèmes d'alerte et nous n'avons pas la même histoire.

LORRAIN SENECHAL
Qui sont moins vigilants ?

OLIVIER VERAN
Peu importe. Ce qui est important, ce qui me semble fondamental, c'est que l'ensemble des pays prennent – et je crois que la réunion de Bruxelles, pour cette raison-là notamment, était indispensable, et qu'elle a permis de faire beaucoup avancer les choses, beaucoup avancer les choses…

LORRAIN SENECHAL
La réunion d'hier.

OLIVIER VERAN
La réunion de Bruxelles de… pardon, je suis un peu perdu dans les dates, les jours s'enchaînent…

LORRAIN SENECHAL
En tout cas le fait que l'Europe se parle c'est important parce que ça évite que chaque pays soit un peu dans son couloir.

OLIVIER VERAN
C'est très important.

LORRAIN SENECHAL
On continue de parler, Olivier VERAN, et de faire le point sur la situation du coronavirus en France, en Europe également, dans un tout petit instant, d'abord un coup d'oeil sur le fil info à 8h40.

LORRAIN SENECHAL
Olivier VERAN, le ministre de la Santé, est l'invité exceptionnel de France Info ce matin. Et avec nous en studio, Solenne LE HEN, spécialiste des questions de santé pour France info, et qui a une question pour vous.

SOLENNE LE HEN
On va parler justement de la médecine de ville, vers qui, eh bien, le système de santé va se tourner désormais. Vous recevez ce soir les médecins libéraux, ils vont vous dire qu'ils n'ont pas assez de masques. Vous avez pourtant déstocké dix millions, puis, quinze millions de masques chirurgicaux, visiblement, ça ne suffit pas, les stocks s'amenuisent, qu'est-ce que vous leur répondez ?

OLIVIER VERAN
Je leur réponds que je comprends, que nous travaillons, que nous voulons leur faire une proposition pour leur donner de la visibilité, de la lisibilité. Je veux leur dire que je fais le maximum au quotidien avec une équipe fortement dimensionnée pour acheter des masques partout où c'est possible d'en acheter, parfois avec un certain succès. Je leur dis qu'il a été prévu, après la crise de la grippe H1N1, qu'il n'y ait pas de stocks de masques FFP2, les masques qui protègent de la tuberculose, etc, mais que ces masques ne sont pas indispensables en médecine de ville, qu'il faut par contre disposer de masques chirurgicaux pour se protéger et protéger les patients, et que nous sommes en train d'avoir une répartition des masques, nous avons un plan pour pouvoir tenir dans la durée, parce que nous ne voulons pas, comme nous avons une part d'inconnue sur la période de la durée de cette épidémie, nous sommes obligés de tout planifier et de tout organiser, que je fais le maximum, que je ne néglige pas du tout cette question. Et je leur ferai des propositions extrêmement précises…

RENAUD DELY
Aujourd'hui, il y a encore une pénurie de masques… ?

OLIVIER VERAN
Aujourd'hui, il n'y a pas une pénurie de masques, aujourd'hui, nous avons un stock d'Etat de masques où il reste encore plusieurs dizaines de millions de masques, et fort heureusement d'ailleurs, et nous avons – je vous le rappelle – été le seul pays au monde à avoir fait une réquisition complète de tous les stocks de masques et de tous les sites de production de masques, et nous sommes capables d'avoir une gestion et un pilotage par l'Etat de tous ces masques dans la durée. Mais, pardon, on s'est rendu compte que lorsqu'on déstockait massivement des millions de masques, eh bien, il y a des gens qui allaient chercher des masques qui n'en avaient pas besoin, donc ensuite, j'ai pris un arrêté qui interdit la vente de masques pour toute personne qui ne relève pas d'une prescription ou qui n'est pas un professionnel de santé. Et donc on a, à nouveau, déstocké des masques, et on équipe en même temps les hôpitaux, et on équipe en même temps les EHPAD, pour protéger les personnes âgées, et on équipe en même temps les Agences Régionales de Santé…

LORRAIN SENECHAL
Ça fait beaucoup de monde à équiper…

OLIVIER VERAN
Ça fait une logistique qui est importante. Donc il peut y avoir ça et là des endroits où les pharmacies n'ont plus de stocks, on est amené à les renouveler, ce que je voudrais dire aussi, pardon, c'est qu'on priorise toujours les endroits dans lesquels le virus circule activement, donc les départements dans lesquels on envoie les masques en premier recours, lorsqu'on déstocke au niveau national, c'est ça, donc personne n'est amené…

LORRAIN SENECHAL
Donc c'est l'Oise, le Haut-Rhin, la Haute-Savoie, la Corse pour l'instant et le Morbihan…

OLIVIER VERAN
Des territoires dans lesquels le virus circule, que vous avez cités.

OLIVIER VERAN
Solenne LE HEN.

SOLENNE LE HEN
Alors, une question très concrète, vous nous dites qu'on va basculer vers un système qui va être plus orienté vers la médecine libérale, vers les médecins de famille, on ne va plus hospitaliser systématiquement les malades dont les cas peu graves vont être gérés par les médecins de famille, comment ça va se passer très concrètement, si, demain, je ne me sens pas bien, je sens que c'est simplement une griffe, ce n'est pas très grave, est-ce que je vais voir mon médecin de famille au risque de contaminer toute la salle d'attente, voire mon médecin ?

OLIVIER VERAN
Alors, il y a plusieurs situations, Solenne LE HEN, qui répondent aux critères que j'appelle la différenciation et la progressivité, vous avez des territoires dans lesquels il n'y a pas de virus, en France, il y a des endroits dans lesquels, il n'y a pas de virus, là, si vous considérez que vous avez un risque d'être malade, vous avez été en contact avec une personne malade, vous présentez des symptômes fébriles, une toux, vous composez encore le 15 pour qu'on vienne vous chercher, pour surtout éviter que sur votre parcours qui vous amènerait à l'hôpital ou en médecine de ville ou en salle d'attente, vous contaminiez d'autres personnes et que vous lanciez une épidémie là où elle n'a pas lieu. Il y a des endroits où le virus circule activement, comme l'Oise par exemple, où on a considéré qu'à ce stade, il n'était plus nécessaire d'hospitaliser systématiquement tout le monde, puisque l'hospitalisation systématique avait pour enjeu d'isoler les patients pour éviter qu'ils contaminent l'entourage, donc là, on leur dit : vous pouvez rester à la maison, sauf si votre état de santé nécessite que vous soyez hospitalisé, c'est le cas d'environ 15 à 20 % des patients, 80 % – je le redis – des gens qui sont positifs au coronavirus ne font pas ou font peu de symptômes, pour rassurer quand même, et je redis aussi que nous n'avons pas de forme grave identifiée chez les enfants, il n'y a pas de sur-risque chez les femmes enceintes, etc, qui sont quand même des nouvelles importantes…

LORRAIN SENECHAL
Donc il y a toujours cette idée d'éviter que les hôpitaux soient en tension, là où il n'y a pas de cas ?

OLIVIER VERAN
Voilà, bien sûr…

LORRAIN SENECHAL
On appelle le 15, parce qu'il y a de la place dans les hôpitaux…

OLIVIER VERAN
Et puis, où ça fait sens d'un point de vue médical, ou votre état de santé requière que vous soyez à l'hôpital pour vous surveiller au cas où vous fassiez des complications respiratoires, on vous hospitalise, ou votre état de santé, c'est celui d'un rhume ou d'une grippe, auquel cas, on vous propose de rester à la maison avec de la surveillance, ça, c'est là où le virus circule activement, et à un stade où le virus serait en épidémie nationale, nous n'aurions vocation qu'à hospitaliser les formes graves à l'échelle nationale…

SOLENNE LE HEN
Mais question très concrète, mon arrêt de travail, qui va me le fournir ? C'est l'hôpital, c'est mon médecin ?

OLIVIER VERAN
Alors, j'ai signé par exemple, de manière à limiter les déplacements, et de manière à ce que tout le monde sur tout le territoire puisse avoir accès à un médecin dans les délais, j'ai quand même signé un décret qui assouplit considérablement la télémédecine, ça veut dire que demain…

SOLENNE LE HEN
Mais la télémédecine, vous le savez comme moi, les médecins aujourd'hui en télémédecine délivrent des arrêts de travail très courts, un, deux ou trois jours. Là, on parle d'un virus, il faut une semaine, dix jours, quinze jours pour en guérir…

OLIVIER VERAN
Non, mais attendez, on est en situation… à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles, et je le dis, transitoires, j'ai autorisé à ce qu'un patient qui ne peut pas aller voir son médecin ou qui estime que ce n'est pas prudent d'y aller, puisse contacter de préférence un médecin indiqué par l'Assurance-maladie, mais s'il n'en trouve pas, de préférence un médecin traitant dans son territoire, et s'il n'en trouve pas, un autre médecin, et qu'il puisse même, par Face Time ou par WhatsApp, contacter le médecin, qui est capable de lui faire ses ordonnances, son arrêt de travail, le médecin sera rémunéré comme si ça avait été une consultation…

LORRAIN SENECHAL
Et y compris des arrêts de travail d'une dizaine de jours…

OLIVIER VERAN
Je veux dire, là, en termes d'accessibilité aux soins, ça veut dire que vous êtes au fin fond de la Creuse, vous êtes au fin fond de la Lozère, pardon pour ces deux très beaux départements qui sont souvent montrés en exemple, mais c'est là on a le moins de médecins, vous pouvez avoir accès depuis chez vous avec votre téléphone à une consultation médicale et recevoir un arrêt de travail, donc on est en train d'organiser les choses, de planifier les choses, de la même manière que j'ai adopté un décret par anticipation, pour ne pas se retrouver au pied du mur si le mur devait se rapprocher, qui permet de déplafonner le temps de travail des soignants à l'hôpital, de manière à ce qu'on ne soit pas en carence d'effectifs et de soignants. Et je les remercie pour ça, parce qu'il y a une compréhension de la part du monde de la santé qui est admirable…

LORRAIN SENECHAL
Et pour garder les enfants, Olivier VERAN…

RENAUD DELY
Justement, une question très concrète, Olivier VERAN, pour les personnes justement chez lesquelles le virus est détecté, qui sont amenées à être confinées chez elles, quelles recommandations vous leur faites, quand ces personnes ne vivent pas seules évidemment, qu'elles ont une famille, un compagnon, une compagne, des enfants…

OLIVIER VERAN
Porter un masque des enfants…

RENAUD DELY
En permanence ?

SOLENNE LE HEN
Et même pour les personnes à risque ?

RENAUD DELY
Plus de contacts avec les gens de la famille…

OLIVIER VERAN
Alors, vous avez les personnes à qui on conseille de porter un masque, j'ai demandé aux sociétés savantes, expertes, comme d'habitude, ce n'est pas le ministre dans son bureau qui signe un arrêté en disant : tiens, je vais faire ça, c'est : j'ai demandé aux sociétés françaises, par maladie, la société française de maladies infectieuses, de santé publique, la société française d'hygiène hospitalière, etc, etc, je leur ai demandé de faire la liste exhaustive de toutes les personnes qui, dans notre pays, présentent des fragilités suffisamment importantes pour qu'il faille des mesures supplémentaires de sécurité pour ne pas qu'elles n'attrapent le coronavirus, parce que vous savez que les formes graves touchent surtout les personnes très âgées et qui sont porteuses de plusieurs maladies graves chroniques. Et donc cette liste de personnes…

SOLENNE LE HEN
Mais quand on vit avec elles…

OLIVIER VERAN
Et donc ces personnes-là seront amenées à réduire leurs déplacements évidemment, voire, quand le virus circule, à rester chez elles, ce qui veut dire qu'il nous faut penser à des solidarités pour faire en sorte que ces personnes ne soient pas seules chez elles, parce que, parfois, leur famille ne pourra plus venir les voir pendant quelques jours, et qu'il faut donc qu'on ait un réseau associatif, un réseau citoyen, qu'on réoriente les services à domicile…

LORRAIN SENECHAL
En fait, c'est du cas par cas…

OLIVIER VERAN
Merci.

RENAUD DELY
Dormir systématiquement seule par exemple dans sa chambre ? Une personne qui est aujourd'hui contaminée ne doit jamais dormir dans la même chambre que quelqu'un d'autre ?

OLIVIER VERAN
Oui, il peut arriver que nous conseillions aux personnes qui sont fragiles de rester à l'écart, ce qu'on appelle une quatorzaine, chez soi, ça existe. On l'a fait, vous savez, avec des gens qui sont rentrés de voyage et qui n'ont contaminé personne.

SOLENNE LE HEN
Mais des gens qui sont malades, comment ils cohabitent avec les non-malades à la maison ? Est-ce qu'on partage le même lit, est-ce qu'on partage les mêmes repas ?

OLIVIER VERAN
Non, on se protège d'un certain nombre de contacts. Tous ces conseils sont apportés à la personne lorsqu'un diagnostic lui est fait, et lorsqu'il y a des personnes qui sont notamment fragiles qui peuvent vivre à côté. Donc ne vous inquiétez pas pour ça, mais encore une fois, ce qu'il faut que les gens comprennent, c'est qu'on ne va pas juste donner des consignes d'isolement, de la même façon qu'on ne va pas fermer des écoles en disant : débrouillez-vous, gardez vos enfants…

LORRAIN SENECHAL
Puisque vous parlez justement…

OLIVIER VERAN
La question, c'est : organisez-vous, on va vous aider à vous organiser de manière à ce qu'un parent puisse garder peut-être 3 ou 4 enfants, évidemment, pas toute la classe, sinon, la fermeture de l'école perd son sens, mais un parent peut garder 3 ou 4 enfants et permettre aux autres parents d'aller travailler, surtout si les parents sont soignants et qu'on en a besoin pour soigner les malades…

LORRAIN SENECHAL
Et est-ce que les parents, s'ils n'ont pas d'autre solution, peuvent avoir un arrêt de l'assurance-maladie pour garder les enfants alors qu'ils ne sont pas malades ?

OLIVIER VERAN
C'est le cas, j'ai déjà signé cet arrêté, qui fait que si vous ne pouvez pas aller travailler parce que vos enfants sont exclus de l'école pour raisons sanitaires, eh bien, vous êtes indemnisé par des indemnités journalières jusqu'à 20 jours, c'est-à-dire qu'on couvre bien au-delà de la période de quatorzaine, vous savez, la quatorzaine, c'est 14 jours où on vous demande de rester chez vous ; on donne jusqu'à 20 jours d'indemnités journalières, sans jour de carence. Donc vous savez, c'est aussi le moment de le rappeler, la solidarité nationale dans notre pays, elle est belle, le système de Sécurité sociale, la protection sociale, elle fonctionne, allez voir outre-Atlantique comment ça se passe, les gens qui sont confinés, on peut parfois leur facturer 3.000 ou 4.000 dollars la journée, on les confine et on les fait payer. Allez voir comment se passe la réalisation des tests à l'étranger. Je dis ça parce que souvent, on est critique vis-à-vis – et exigeant, et c'est normal d'être exigeant – vis-à-vis de notre système sanitaire, je peux vous dire que quand je suis en contact, et je le suis beaucoup, avec les ministres du monde entier de la Santé, notre système, il est extrêmement envié, extrêmement regardé.

LORRAIN SENECHAL
C'est un crash test pour notre système de santé disait la semaine dernière un médecin reçu à l'Elysée, on va voir avec vous effectivement si le système de santé peut tenir. Olivier VERAN, invité du 08:30 de France-Info.

LORRAIN SENECHAL
Olivier VERAN, ministre de la Santé, invité exceptionnel de France Info ce matin. Je parlais du crash test que serait le coronavirus pour le système de santé français, ce sont des mots prononcés par le président du comité national d'éthique, Jean-François DELFRAISSY qui était reçu à l'Elysée, il y a quelques jours.

JEAN-FRANÇOIS DELFRAISSY
Cette crise est une forme de crash test entre guillemets pour le système de soins, est-ce que ce système hospitalier français à la fois très cohérent mais fatigué vous le savez depuis plusieurs mois, est-il prêt à encaisser ce choc que va être un certain nombre de malades graves ?

LORRAIN SENECHAL
Est-ce que le système hospitalier français peut supporter une telle crise ?

OLIVIER VERAN
A la métaphore automobile, je préférerais filer la métaphore aéronautique et dire que lorsque vous êtes passagers d'un avion et qu'il y a un risque de zone de turbulences, il est normal que le capitaine vous prévienne, que vous puissiez vous attacher. Mais pour autant vous pouvez traverser les turbulences même quand elles sont fortes, vous pouvez avoir peur quand vous êtes passager, vous savez qu'à l'arrivée il n'y a pas de raison que l'avion se crashe et que le capitaine va vous poser à bord, va vous poser et que le personnel sera hyper compétent dans l'avion et sera là pour vous.

LORRAIN SENECHAL
Et le personnel, il est compétent aujourd'hui alors même qu'il est en grève parfois dans les services d'urgence depuis un an, cette crise, elle n'intervient pas à un moment qui est idéal non plus.

OLIVIER VERAN
D'abord dire aux soignants qui travaillent dans les hôpitaux qu'on se souviendra en sincérité de l'effort qui est le leur, de la contribution formidable qui est la leur à la santé des Français, à la sécurité des Français.

RENAUD DELY
Qu'est-ce que ça veut dire, on s'en souviendra, comment ça se traduira concrètement, des primes, des mesures spécifiques pour ces personnels ?

OLIVIER VERAN
J'ai continué sur la lignée de ma prédécesseur Agnès BUZYN qui avait lancé beaucoup de chantiers hospitaliers. Il y a une reprise de dette sur la question hospitalière, on va reprendre un milliard de dettes, 10 milliards de dettes mais ça va faire un milliard d'euros supplémentaires environ, j'attends les chiffres précis pour l'hôpital.

RENAUD DELY
Mais là la situation est exceptionnelle, est-ce qu'elle nécessite des mesures exceptionnelles pour les personnels hospitaliers aujourd'hui ?

OLIVIER VERAN
J'ai annoncé 260 millions de dégel, c'est-à-dire 260 millions d'euros que les hôpitaux n'avaient pas dépensé en 2019, que je leur rends en 2020, là. Je leur ai annoncé déjà la semaine dernière. L'hôpital sera soutenu, l'hôpital sera accompagné, nous y mettons des moyens, la question du coût et de qui paie de toute façon ce sera une affaire qui concerne les pouvoirs publics, ce ne sont pas les hôpitaux qui seront amenés à payer pour les dépenses supplémentaires qui pourraient être liées à une épidémie et une situation sanitaire exceptionnelle. Ce que je veux dire, c'est que nous avons des soignants exceptionnels, il faut le dire, les gens me le disent donc je le dis à la radio, mais nous avons des soignants exceptionnels. Nous avons des gens qui sont capables de revenir bosser le week-end quand on les appelle, de revenir travailler la nuit quand on les appelle, de faire des heures supplémentaires quand ils voient qu'on a besoin d'eux et qui ne rentrent pas et qui ne quittent pas leur service. On a des aides-soignants qui ne se posent pas la question de savoir si c'est droit de retrait ou pas droit de retrait, c'est leur mission, c'est leur vocation de soigner les gens y compris surtout quand ça va mal ou quand c'est difficile dans le pays et dans le système de soins. Donc ça, je dirais, c'est la base, c'est solide et ça nous permet de regarder droit devant nous. Ensuite, ça nous impose la possibilité d'une épidémie dont l'ampleur reste à déterminer, nous impose d'être en permanence en train de vérifier, d'anticiper, est-ce qu'on a assez de lits de soins intensifs ou de réanimation ? Si on avait des cas graves, des formes graves, comment est-ce qu'on fait, comment est-ce qu'on organise ? A nouveau quand je vous dis qu'on anticipe, j'ai déjà déclenché le plan blanc, c'est-à-dire qu'on a à ce stade 1.000 malades en France et alors qu'on est sorti de l'épidémie grippale quasiment, j'ai déclenché le plan blanc, pourquoi ? Pour dire aux hôpitaux de première ligne, ceux qui vont recevoir les malades demain, attention libérez de la place, préparez-vous à accueillir des malades…

LORRAIN SENECHAL
Le plan blanc, ça veut dire que des médecins reviennent de leurs congés, ça veut dire…

OLIVIER VERAN
Pas que ça, c'est aussi réorganiser les réanimations, libérer de la place en soins intensifs et réanimation, on pourrait en avoir besoin demain, ça pourrait aller vite, on ne sait pas dans l'hypothèse où ça pourrait arriver, organisez-vous avec les autres établissements de santé, réduisez les activités…

LORRAIN SENECHAL
On repousse les opérations qu'on peut repousser…

OLIVIER VERAN
Réduisez les activités programmées lorsqu'on peut les déplacer, voilà il y a des choses que l'on peut faire un peu plus tard.

SOLENNE LE HEN
On a assez de machines à entuber, en Italie on en manque ?

OLIVIER VERAN
La question du « assez », c'est-à-dire que jusqu'ici nous n'avons jamais été pris à défaut en termes de matériels disponibles pour les hôpitaux et pour les malades, jamais. On a déjà eu des épidémies, mais vous dire « assez » ce serait considéré que je sais par avance combien nous aurons de malades et quand ? Encore une fois un virus est un phénomène naturel, un virus ne respecte pas les frontières humaines, un virus circule de personne à personne, on peut faire barrage au virus lorsqu'on adopte les bons comportements, les mesures barrières, on peut anticiper, on doit anticiper, on a une obligation de moyen pour anticiper toute hypothèse vis-à-vis de ce virus, mais il y a une part qui nous échappe. Solenne, c'est une part qui est la part épidémiologique, à savoir est-ce que la croissance virale va être rapide, est-ce qu'elle va être demain, …

LORRAIN SENECHAL
Question rapide, réponse rapide de Renaud DELY.

RENAUD DELY
Olivier VERAN, très précisément Olivier VERAN sur la question du gel « hydrolique », on a constaté une pénurie dans le pays, hydro alcoolique pardon, une pénurie de ce produit de base, est-ce qu'aujourd'hui les pharmacies ont été dotées de gel hydro alcoolique ?

LORRAIN SENECHAL
Réponse très rapide Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Exemple de pragmatisme, les pharmaciens m'ont dit, on sait faire du gel hydro alcoolique, on n'a pas besoin d'attendre que les industriels produisent ce gel, si on en manque on sait faire, on sait fabriquer, mais on n'a pas le droit aujourd'hui.

LORRAIN SENECHAL
Et ils disent aussi que les matières premières sont de plus en plus onéreuses.

OLIVIER VERAN
J'ai signé… les matières premières pour le gel hydro alcoolique, non, on n'a pas de carence de ça garantie, les pharmaciens m'ont dit, on n'a pas le droit de le faire aujourd'hui, permettez-nous de le faire, j'ai signé sans la soirée.

RENAUD DELY
Ils savent tous le faire.

OLIVIER VERAN
Les pharmacies qui ont envie ont la possibilité aujourd'hui de produire et la Fédération des pharmacies me dit, on est capable de produire deux millions de doses par jour, deux millions de doses. J'en ai une dans ma poche de dose, je peux vous dire que je l'utilise toute la journée et elle me fait déjà trois semaines. Donc on a largement de quoi produire, il n'y a pas de barrage. J'ai libéré la télémédecine, j'ai libéré le gel hydro alcoolique, j'ai déplafonné les heures supplémentaires, on est capable de faire des tests en ville, on est en train de se préparer, toutes les mesures qui peuvent être prises le sont par anticipation et pas en réaction, et ça je crois que c'est fondamental quand on fait face à un risque épidémique.

LORRAIN SENECHAL
On se prépare nous dit ce matin donc Olivier VERAN, ministre de la Santé, invité exceptionnel de France Info, merci beaucoup et bonne journée à vous.

OLIVIER VERAN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 mars 2020