Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, à RFI le 23 mars 2020, sur le confinement et l'hébergement des sans domicile fixe pendant la période de confinement mise en place pour faire face à l'épidémie de Covid-19.

Texte intégral

FREDERIC RIVIERE
Nous sommes en ligne avec le ministre chargé de la Ville et du logement en France. Julien DENORMANDIE, bonjour.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

FREDERIC RIVIERE
Et merci de répondre à nos questions. Le conseil scientifique doit d'abord se réunir à nouveau aujourd'hui pour décider d'une éventuelle prolongation du confinement, à cela s'est ajoutée une d'une décision du Conseil d'Etat hier, qui examinait la requête déposée par plusieurs syndicats de professionnels de santé, la plus haute juridiction administrative demande au gouvernement de revoir sa première copie en ce qui concerne les règles de confinement, elle juge que certaines mesures sont encore trop laxistes, notamment la pratique individuelle du sport ou encore la tenue des marchés ouverts. Quel est d'abord votre sentiment, d'une part, sur la prolongation possible du confinement et sur cet avis du Conseil d'Etat ?

JULIEN DENORMANDIE
Ecoutez, moi, ma première réaction, c'est d'abord de le dire et de le répéter, il faut respecter les règles qui ont d'ores et déjà été mises en place, parce que, pourquoi on parle d'un renforcement de ces règles, parce qu'au final, aujourd'hui, on observe que les règles existantes ne sont pas suffisamment respectées, et donc la première chose à dire, c'est : toutes ces consignes sanitaires, lorsque le gouvernement les prend, il ne les prend pas pour se faire plaisir, il les prend en demandant un sacrifice aux Français, mais il les prend pour protéger les Français, pour que si on les applique, on puisse sortir le plus vite possible de ce confinement, pour que si on les applique, on puisse protéger le plus possible celles et ceux qu'on aime, alors, après, votre question est : est-ce qu'il faut aller plus loin ? Probablement qu'il faudra aller plus loin, on le fera au regard des avis des différents conseils scientifiques que vous avez rappelés. Et vous savez, le gouvernement n'a jamais eu la main qui tremble s'agissant de cette protection des Français, donc s'il faut aller plus loin parce que les scientifiques disent qu'il faut aller plus loin, je n'ai aucun doute sur le fait que le gouvernement le fera.

FREDERIC RIVIERE
Alors vous êtes ministre chargé de la Ville et du logement, vous avez donc dans vos attributions un dossier particulièrement sensible en cette période de pandémie, qui est le sort des sans domicile fixe en France, les chiffres sont très difficiles à établir, une enquête de l'INSEE, il y a déjà plusieurs années, relevait qu'il y avait au moins 141.000 personnes qui n'avaient pas de domicile fixe, vous avez annoncé 2.000 chambres d'hôtel en plus de ce qui existe déjà pour les accueillir dans cette période très particulière ; aujourd'hui, combien de personnes sans domicile fixe peuvent-elles être accueillies dans notre pays en cette période de pandémie ?

JULIEN DENORMANDIE
Hier soir, c'est plus de 157.000 personnes que le réseau d'hébergement que je gère a accueillies, je dis bien 157.000, ce chiffre est énorme, il est tellement grand qu'on ne se rend même plus compte de ce que cela représente, 157.000 personnes, c'est plus grand que la ville de Brest, c'est pour dire à quel point ce système, il est d'une très grande ampleur, et malheureusement, en dépit de toute ces places qui sont déjà ouvertes, il reste des personnes à la rue, et moi, mon objectif, la politique de ce gouvernement, c'est de les mettre à l'abri le plus vite possible et pour le plus grand nombre possible d'entre eux. Et donc depuis maintenant le début du confinement, on a beaucoup travaillé avec les associations, les collectivités, pour ouvrir un maximum de places, on a notamment mobilisé des hôteliers pour utiliser les places d'hôtel vacantes et depuis moins d'une semaine, c'est plus de 2.000 places d'hôtel qu'on a d'ores et déjà ouverte, et on va continuer à le faire avec encore plus d'intensité dans les prochains jours.

FREDERIC RIVIERE
Où se trouvent ces places d'hôtel qui ont été dégagées pour accueillir ces sans domicile fixe, est-ce qu'il y a des zones particulières en France ?

JULIEN DENORMANDIE
Elles sont réparties un peu partout sur le territoire national, mais évidemment, on a des zones sous tension, je pense à l'Ile-de-France, je pense au Nord de la France, et je pense au Sud-est de la France, et donc effectivement, il y a des zones sur lesquelles on a une attention qui est encore plus forte, et donc beaucoup de places ont par exemple ouvert en Ile-de-France, nous avons réquisitionné un certain nombre d'hôtels, je prends un exemple, l'hôtel Kellermann à Paris, que certains connaissent, que nous avons réquisitionné, qui ont permis dès ce week-end, d'ouvrir 170 chambres parmi un total de plusieurs milliers de chambres aujourd'hui ouvertes.

FREDERIC RIVIERE
Et ces chambres que vous avez réquisitionnées, est-ce que vous l'avez fait en vous fondant sur un confinement de 2 semaines ou sur une durée plus longue ?

JULIEN DENORMANDIE
Sur une durée plus longue, sur une durée de… sur le temps de la crise sanitaire, c'est-à-dire que moi, mon objectif est de mettre à l'abri celles et ceux qui vivent à la rue, pas uniquement pendant la période de confinement, pendant toute cette période de la crise sanitaire. Et si possible d'ailleurs pendant toute l'année, c'est ça mon travail, c'est ça mon objectif, et c'est ça qui fait que j'ai aujourd'hui plus de 157.000 personnes qui dorment dans les dispositifs que nous gérons, Etat avec les associations et les collectivités.

FREDERIC RIVIERE
Alors vous parlez d'un partenariat avec les hôteliers, on a aussi vu dans la presse qu'un espace a été dégagé au sein du Palais des festivals à Cannes, donc dans le sud de la France, pour accueillir 50 personnes à la rue, est-ce qu'il y a d'autres initiatives du même genre en France avec des bailleurs privés, est-ce que vous êtes en contact avec des acteurs qui ne soient pas publics ou hors du secteur de l'hôtellerie d'ailleurs, pour dégager aussi des places pour ces personnes sans domicile fixe ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, bien entendu, vous savez, on fait feu de tout bois, si j'ose dire, c'est-à-dire qu'on regarde, on identifie un maximum de sites pouvant être ouverts, il y a cette initiative à Canne, que vous avez rappelée, que je salue, il y a d'autres initiatives qui ont d'ores et déjà eu lieu ou qui sont en cours d'ouverture, je pense à des propriétaires, à des bailleurs privés qui ont répondu à mon appel et qui me proposent différents sites à ouvrir ; l'enjeu pour nous, pour tout ce secteur de l'hébergement d'urgence, c'est également de faire face à l'enjeu du personnel, ce sont des associations formidables qui gèrent ces centres, ces associations, comme beaucoup d'autres entités aujourd'hui, elles doivent faire face à des enjeux de personnels, parce que beaucoup d'entre eux ne peuvent plus se rendre sur le lieu de travail, et donc, on est aujourd'hui avec ces associations dans un processus pour essayer de consolider les personnels déjà exerçant dans ces centres, et puis, de pouvoir apporter de nouvelles forces vives venant les aider, des bénévoles, des éducateurs spécialisés, toutes personnes qui aujourd'hui sont désireuses d'aider, et notamment de pouvoir accompagner les personnes les plus fragiles, c'est un enjeu important pour moi.

FREDERIC RIVIERE
Alors, ce qu'on est en train d'évoquer depuis quelques minutes, ce sont des places pour des sans domicile fixe qui ne présentent pas de symptômes du coronavirus, vous avez aussi annoncé que des centres spécialisés pour celles et ceux qui souffrent de la maladie vont être ouverts notamment à Toulouse, dans la capitale à Paris,, ou encore dans le Nord, que sont ces centres précisément, vous souhaiteriez passer à 500 places pour des SDF atteints du coronavirus à la fin de la semaine, que sont ces centres, et qui sont les équipes médicales qui sont présentes ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors qu'on soit très clair, ce sont des centres pour des sans domicile fixe qui sont affectés par le coronavirus mais qui ne nécessitent pas d'être hospitalisés, évidemment, lorsque vous êtes un sans domicile fixe et que vous devez être hospitalisé, vous êtes hospitalisé. Mais pour beaucoup de nos concitoyens qui sont atteints du Covid-19, heureusement pour beaucoup d'entre eux, les symptômes sont tels que vous n'avez pas besoin d'être hospitalisé, mais on vous demande d'être totalement confiné chez vous, à la question, c'est quand vous êtes sans domicile fixe et que vous êtes dans ce cas de figure, vous ne pouvez pas être confiné chez vous, par définition, et donc on ouvre des structures dédiées…

FREDERIC RIVIERE
D'où ces centres que vous êtes obligé d'ouvrir, que vous ouvrez, enfin, je suis obligé de vous couper, Julien DENORMANDIE, à cause de nos timings un peu particuliers, merci beaucoup d'avoir été avec nous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 mars 2020