Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'État auprès du ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 24 avril 2020, sur le confinement et la préparation du déconfinement.

Texte intégral

SONIA MABROUK
Bonjour Laurent NUNEZ.

LAURENT NUNEZ
Bonjour.

SONIA MABROUK
Merci d'être avec nous en direct sur Europe 1. Hypothèses, revirements, sur le déconfinement, cette première question pour aller droit au but, de quoi êtes-vous sûr ce matin pour le 11 mai ?

LAURENT NUNEZ
Ce dont je suis sûr, Sonia MABROUK, c'est que, comme l'ensemble des ministères, ici au ministère de l'Intérieur, nous travaillons au plan de déconfinement, donc nous travaillons sur des pistes de réflexion, sur des hypothèses de travail, bien sûr sur le champ qui est le nôtre, au ministère de l'Intérieur. Vous savez que depuis le début du confinement les frontières ont été fermées, à la fois les frontières intraeuropéennes et puis les frontières extérieures de l'Union européenne, donc nous travaillons bien sûr sur ces sujets, nous y réfléchissons, comme nous travaillons, puisque nous sommes, avec Christophe CASTANER, au ministère de l'Intérieur, sur l'accompagnement général de ce plan de déconfinement puisque le ministère de l'Intérieur est aussi un ministère d'exécution et qui accompagne un certain nombre de mesures. Donc voilà, nous sommes en train de réfléchir ardemment, comme l'ensemble de nos collègues du gouvernement, sur le plan de déconfinement, et le 11 mai s'ouvrira cette nouvelle étape qui se mettra en oeuvre de manière progressive, comme cela a été rappelé.

SONIA MABROUK
Mais, en attendant, Laurent NUNEZ, je pourrais vous poser beaucoup de questions justement sur les détails. Ces informations qui filtrent ainsi au gré des discussions entre le président et les maires, ou autres, nous plonge dans la perplexité, est-ce que vous n'êtes pas en train justement d'augmenter cette inquiétude ?

LAURENT NUNEZ
Non. A partir du moment où la démarche dans laquelle le gouvernement s'est engagé, est une démarche, qui est aussi une démarche qui se veut une démarche de concertation, forcément il y a un certain nombre de pistes de réflexion qui sont ensuite divulguées, c'est bien normal, puisqu'il y a des échanges qui ont lieu avec des élus locaux, donc c'est normal…

SONIA MABROUK
Ce ne sont que des pistes à l'heure actuelle ?

LAURENT NUNEZ
Ce ne sont que des pistes de réflexion, des hypothèses de travail, voilà. Il y a quelque chose qui a été dit de manière assez claire, c'est que le déconfinement il y aura un cadrage national qui sera donné, et puis sa déclinaison aura lieu ensuite dans les territoires, et le président de la République l'a rappelé clairement, en faisant appel à l'intelligence des territoires, et en s'appuyant, évidemment, au plan local, sur le couple préfet/élus locaux, et notamment, parmi les élus locaux, bien évidemment les maires, donc voilà, un cadrage général, une application territoriale…

SONIA MABROUK
Un cadrage général, peut-être une question, Laurent NUNEZ, qui vous concerne en priorité, c'est la sécurité, ce sont aussi les déplacements, est-ce que vous, vous êtes favorable à leur interdiction entre les régions, ces déplacements ?

LAURENT NUNEZ
Non, la question ne se pose pas, je n'ai pas à être favorable ou pas favorable, il y a des pistes de réflexion en cours, d'ailleurs, parmi lesquelles a pu être dit clairement que, vous savez, le virus n'avait pas de frontières au niveau international, il n'en a pas au niveau non plus infranational, donc encore une fois cette question ne se pose pas, elle est à l'étude, plutôt, et voilà, il faut être très prudent sur ce que l'on avance. Simplement, ce que je peux vous dire, c'est qu'il y aura une adaptation du plan de déconfinement aux spécificités locales, parmi lesquelles, bien évidemment, l'état d'avancement du virus en fonction des régions.

SONIA MABROUK
En fonction de quels critères ?

LAURENT NUNEZ
Notamment le développement, en fonction des régions, de l'état du virus, ça peut être un critère, voilà. Je suis désolé, je sais que l'exercice est compliqué, mais je peux difficilement vous en dire plus, nous y réfléchissons ardemment.

SONIA MABROUK
Laurent NUNEZ, en attendant, le confinement n'est pas terminé, c'est important de le rappeler, est-ce que vous maintenez vos consignes de confinement allégé, des consignes plus conciliantes dans les quartiers sensibles ?

LAURENT NUNEZ
Non. Alors d'abord, le confinement il donne lieu à un contrôle qui est rigoureux, qui est effectué par les gendarmes, par les policiers, par les policiers municipaux également, qui sont associés à ce contrôle, il a lieu sur l'ensemble du territoire national. Le confinement il est respecté par la très grande majorité de nos concitoyens, en partie bien sûr grâce au dispositif de contrôles qui a été mis en place, près de 16 millions de contrôles, un peu plus de 900.000 verbalisations, et ces contrôles ils ont lieu partout, partout sur le territoire de la République, il n'y a jamais eu de consignes... je termine parce que c'est important…

SONIA MABROUK
La crainte d'un embrassement n'a pas donné lieu, de votre part, à de telles consignes, pour ne pas raviver des tensions existantes ?

LAURENT NUNEZ
Non, il n'y a jamais eu de consignes d'allégement des contrôles, sur n'importe quel territoire de la République, y compris dans les quartiers sur lesquels, tous les jours, des contrôles de confinement ont lieu, c'est vrai à Marseille, que je connais bien, que je suis de près en tant qu'ancien préfet de police de cette ville, c'est le cas en Seine-Saint-Denis, qui est un département sur lequel j'ai également travaillé, je suis ça de très près, il y a des contrôles, au quotidien, qui sont effectués partout, y compris dans les quartiers, et d'ailleurs je voyais hier qu'à nouveau des moyens aériens avaient été engagés, notamment à Marseille, pour repérer des groupes d'individus qui ne respectent pas le confinement, de manière à ce que les effectifs, au sol, puissent aller procéder au contrôle. Donc nous intervenons dans tous les territoires.

SONIA MABROUK
Et pourtant, les syndicats de police dénoncent, dans certaines zones, à l'occasion des récentes tensions dans les banlieues, une impunité, une haine antiflics et une haine anti-France décomplexée.

LAURENT NUNEZ
Il ne faut pas mélanger…

SONIA MABROUK
Ce n'est pas nouveau ?

LAURENT NUNEZ
Non, les syndicats de police le savent très bien, il ne faut pas mélanger le contrôle de confinement et des phénomènes de violence urbaine qui peuvent se dérouler, ça c'est autre chose, c'est autre chose, ce n'est pas du tout la même chose. Effectivement, en ce moment, il y a un certain nombre de phénomènes de violences urbaines, en fait quand je dis en ce moment, c'est depuis 5 nuits, il y a des phénomènes dits de violences urbaines, et non pas d'émeutes urbaines, comme j'ai pu entendre le dire Monsieur Eric CIOTTI, ce ne sont pas des émeutes urbaines, ce sont des violences urbaines. Violences urbaines, c'est quoi ? c'est quand des individus, en nombre extrêmement limité, dans certains quartiers, chaque nuit, pour l'instant, c'est une dizaine, une quinzaine de quartiers qui sont concernés, ce sont des individus qui peuvent à réagir à l'occasion d'une interpellation en prenant à partie les effectifs, ce sont des individus qui peuvent tendre des guet-apens aux policiers en allumant des poubelles et en attendant l'intervention pour les caillasser…

SONIA MABROUK
Oui, voilà pour la définition sémantique, mais, Laurent NUNEZ, on a l'impression qu'il y a une volonté, au sein du ministère de l'Intérieur, de relativiser, de minimiser les violences, quand le ministre de l'Intérieur a évoqué des violences sans gravité, exceptionnelles, alors que les policiers, que vous avez évidemment, que vous voyez tous les jours, et que nous avons en ligne, dénoncent quand même des manquements graves à l'ordre et au respect de l'autorité.

LAURENT NUNEZ
Alors, d'abord, je vais vous dire, je ne minimise absolument pas ces événements, qui sont des événements très graves, ce que je vous dis c'est qu'ils concernent un nombre limité de personnes, qu'il n'y en n'a pas énormément chaque nuit, mais c'est absolument intolérable néanmoins, et les policiers, et les gendarmes aussi, puisque les gendarmes mobiles interviennent également dans les quartiers, les policiers savent très bien que nous demandons des interventions avec extrêmement de fermeté, donc il y a des interventions immédiates chaque fois que ces violences urbaines se produisent, c'était encore le cas cette nuit, la nuit dernière, il y a des interventions systématiques pour disperser les groupes, d'une part, et d'autre part procéder à des interpellations. Au cours de ces 5 dernières nuits nous avons quand même eu, je tiens à le rappeler, une cinquantaine d'interpellations, et donc je veux saluer évidemment la détermination et l'engagement de nos policiers dans ces territoires, et évidemment des gendarmes mobiles quand ils sont engagés, mais nous réagissons avec extrêmement de fermeté. Il ne s'agit pas de relativiser le phénomène, je vous décris une situation objective, nous avons des phénomènes de violences urbaines, qui demeurent de basse intensité. Je pèse mes mots, je sais de quoi je parle, vous savez j'ai un peu d'expérience sur le sujet, une quinzaine d'années passées au contact des policiers dans les quartiers, sur de nombreux territoires, et donc je crois parler juste sur le sujet, je parle de phénomènes de basse intensité, qui néanmoins sont très graves, et doivent appeler la réponse qui est apportée, qui est une réponse de fermeté.

SONIA MABROUK
Parce qu'il est évident, en vous écoutant, qu'il vaut mieux défendre les policiers que de trouver des excuses aux fauteurs de troubles.

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, on n'a pas d'excuse à trouver aux fauteurs de troubles, à partir du moment où une minorité de personnes, et j'insiste, dans ces quartiers ce sont une minorité de personnes, la très grande majorité des habitants sont très contents de voir les policiers, ils demandent beaucoup plus de sécurité, à partir du moment où une minorité de personnes commettent des exactions, comme des jets de projectiles sur les forces de l'ordre, parfois des jets de cocktails-Molotov et des prises à partie de nos effectifs, c'est effectivement très grave, et n'importe quel citoyen de la République défend les policiers dans ce genre de circonstances.

SONIA MABROUK
Laurent NUNEZ, dans ce contexte de confinement se pose aussi la question plus largement des cultes et de leur pratique, le mois de Ramadan démarre aujourd'hui dans des conditions inédites, bien sûr on imagine que les rassemblements, les prières dans les lieux de culte sont interdites.

LAURENT NUNEZ
Oui, je confirme effectivement que pendant la période du confinement les lieux de culte ne sont pas forcément fermés, mais il ne peut pas y avoir d'offices, il ne peut pas y avoir de célébrations, à une exception près qui est celle des funérailles et à condition de réunir moins d'une vingtaine de personnes. Donc évidemment ça impacte très directement, pour répondre à votre question, le Ramadan, où nous avons travaillé, avec le ministre de l'Intérieur, évidemment avec les responsables du culte, et notamment le CFCM, ou le recteur de la Grande Mosquée de Paris, nous avons travaillé sur ces sujets, des messages ont été passés, bien évidemment aux fidèles, pour leur rappeler ces conditions…

SONIA MABROUK
Avec des consignes particulières, Laurent NUNEZ ?

LAURENT NUNEZ
Oui, avec des consignes qui sont le rappel du fait que donc, et c'est une décision qui a été prise par les autorités musulmanes, les mosquées seront fermées, donc voilà, le Ramadan il se déroulera à domicile, en famille, dans le cadre du confinement. Nous savons que c'est un sacrifice important qui est demandé, mais c'est important pour le respect de la sécurité sanitaire de nos concitoyens, et je crois que ça a été parfaitement compris comme tel, mais c'est vrai évidemment d'autres religions, puisque vous savez que les offices ne se tiennent plus dans les églises…

SONIA MABROUK
Oui, l'Eglise catholique a vu ses rites bousculés, d'ailleurs les catholiques veulent aussi retourner à la messe, en respectant les règles sanitaires, vous leur dites ce n'est pas possible, en tous cas à partir du 11 mai, ce n'est pas du tout prévu pour l'heure ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, pour l'instant ce n'est pas possible, évidemment jusqu'à cette date pour les raisons que j'ai rappelées, d'ailleurs il y a un texte réglementaire qui le précise, et vous savez que le président de la République a rencontré les responsables des cultes, il y a une discussion qui s'est engagée sur ce sujet, et que d'ores et déjà il est établi évidemment qu'à partir du 11 mai les lieux de culte ne rouvriront pas et que la question sera examinée, aussi en fonction des enjeux sanitaires, dans le courant du mois de juin, et nous verrons à quel moment pourront se dérouler de nouveau, de nouveau, des rassemblements religieux, des offices religieux.

SONIA MABROUK
A suivre donc, merci Laurent NUNEZ d'avoir répondu à mes questions.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 avril 2020