Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à CNews le 23 mars 2020, sur le respect des règles de confinement face au coronavirus, les stocks de masques et les tests de dépistage.

Texte intégral

GERARD LECLERC 
Bonjour Sibeth NDIAYE. 

SIBETH NDIAYE 
Bonjour. 

GERARD LECLERC 
La vague est là a dit hier Emmanuel MACRON, 112 morts en 24 heures, au total 674 décès dont un médecin pour la première fois et de plus en plus de voix chez les médecins et chez les politiques, dénoncent un retard à l'allumage du gouvernement, une imprévoyance dit le docteur HAMON, le président de la Fédération nationale des Médecins de France, vous répondez quoi ? Sibeth NDIAYE, est-ce que vous m'entendez ?  

SIBETH NDIAYE 
Oui, là je vous entends. 

GERARD LECLERC 
Vous avez entendu ma question ? 

SIBETH NDIAYE 
Non malheureusement. 

GERARD LECLERC 
Donc rapidement je disais que le président avait dit que la vague est là, il y a effectivement 112 décès en 24 heures, 674 au total, pour la première fois un médecin et puis des voix, des médecins et des politiques qui disent que le gouvernement agit avec toujours un temps de retard, il y a une imprévoyance dit le docteur HAMON, le président de la Fédération nationale des Médecins de France, vous répondez quoi ? 

SIBETH NDIAYE 
Alors je ne peux pas laisser dire ça parce qu'on regarde la chronologie des faits, depuis l'alerte qui a été lancée au mois de décembre par le gouvernement chinois, je regarde ce que nous avons fait et nous avons été, je crois, plutôt en anticipation de ce qui s'est passé parce que, avant même  que l'OMS ne déclare qu'il y avait là une pandémie mondiale ni même une urgence de santé publique internationale nous avons commencé  à réaliser ici en France des points réguliers par le professeur Jérôme SALOMON, dès le 21 janvier le Premier ministre et le 26 janvier, a réuni autour de lui les ministre qui étaient impliqués dans cette crise. Nous avons été le seul pays européen à organiser un rapatriement de nos compatriotes en provenance de Wuhan,  je crois qu'on ne peut pas dire qu'il y a eu un défaut d'anticipation de cette crise  bien au contraire.  

GERARD LECLERC 
Le conseil scientifique va donner son avis sur un renforcement du confinement, à quoi faut-il s'attendre, quelle mesure, quelle prolongation, les Français à première vue semblent le demander si l'on en croit les sondages ? 

SIBETH NDIAYE 
Alors moi, ce que je veux d'abord dire, c'est que toutes les décisions que nous avons prises, on les a étayé scientifiquement, autrement dit nous avons pris l'avis de ce comité scientifique dont la composition est connue, cette composition elle est publique et les avis qu'il rend sont  publics. Nous nous sommes toujours appuyés sur ces avis même si la décision revient in fine au gouvernement et aux politiques, nous allons donc faire aujourd'hui de même. Si nous avons décidé du confinement, c'était à l'appui des  recommandations qui avaient été faites par ce comité scientifique, ce que je veux dire aujourd'hui c'est que l'important c'est de réussir  à faire aujourd'hui respecter les règles du confinement et nous voyons encore aujourd'hui trop de Français malheureusement qui n'ont  pas pris la conscience de ce que représentait ce confinement, des mesures qui devaient en découler, en particulier le  fait de ne pas se retrouver à moins de un mètre de quelqu'un et le fait de mettre en oeuvre ces fameuses mesures barrières.   

GERARD LECLERC 
Plusieurs politiques, des maires également réclament un couvre-feu à 20h00, certains maires l'ont déjà d'ailleurs mis en oeuvre, ce serait une bonne mesure ? 

SIBETH NDIAYE 
Ecoutez, je crois qu'il faut regarder au cas par cas en fonction des villes, on a des endroits où manifestement les règles ne sont pas respectées, je pense au début de semaine dernière, à ce que nous avons vu sur les plages, à ce que nous avons vu dans les parcs, il y a des mesures qui ont été prises. On a fermé toutes les plages de l'arc méditerranéen, sur la façade atlantique également, en Bretagne de la même manière et donc je pense qu'il fallait laisser un peu de temps aux Français pour s'habituer, c'est bien normal, c'est une situation inédite qu'on est en train de vivre actuellement.  Et là on constate dans certaines villes, à certains endroits que ça a du mal à être respecté ce confinement, nous ne voyons aucun inconvénient à aller plus loin, c'est d'ailleurs dans ce cadre-là qu'il y a eu un couvre-feu à Nice par exemple en accord avec le préfet au niveau local.   

GERARD LECLERC 
Eric CIOTTI propose d'envoyer l'armée dans les quartiers populaires pour faire respecter le confinement.  

 SIBETH NDIAYE 
Eh bien écoutez dans ce cas-là, envoyons également l'armée dans le centre-ville de Versailles, envoyons également l'armée dans Paris, là où on voit qu'à certains endroits il y a eu des faits de non-respect du confinement.  Je ne crois pas qu'il faille être dans la stigmatisation de tel ou tel quartier ou de telle ou telle population, il faut que de manière générale on regarde précisément si les mesures que nous avons préconisé, les mesures que nous avons imposé, qui sont, il faut le dire, des mesures qui sont très restrictives de la liberté de déplacement, qui sont des mesures inédites en temps de paix pour notre pays, ces mesures-là sont déjà très fortes, il faut qu'elles soient respectés. Moi j'appelle tous nos concitoyens à compter, à compter chaque jour en dehors de leur cellule familiale, en dehors de leur appartement ou de leur maison avec combien de personnes ils rentrent en contact. Et c'est parce que nous aurons cette discipline individuelle que collectivement nous réussirons à faire reculer l'épidémie.   

GERARD LECLERC 
Les transports publics doivent continuer ? 

SIBETH NDIAYE 
Je pense que c'est important parce que derrière les transports publics au fond quelle est la question qui se pose, la question qui se pose c'est celle de la continuité de la vie économique. Il ne s'agit pas de gagner un point de PIB de si ou de là, nous savons d'ores et déjà que notre pays connaîtra une croissance négative en 2020.  Nous savons d'ores et déjà que le déficit public sera d'au moins 3,9% et je ne crois pas quand on regarde les mesures qui ont été prises par le gouvernement en matière, en matière budgétaire que nous soyons là en train de compter les litres d'eau pour savoir éteindre l'incendie. En revanche nous avons besoin que des gens travaillent dans des usines d'emballage parce que, qui dit emballages, dit briques de lait, qui dit briques de lait, dit capacité à nourrir notre population. Nous avons également besoin que les soignants puissent accéder aux hôpitaux, que les médecins puissent accéder à leur lieu de travail sans cela et donc au fond sans transports publics de manière minimale nous ne pouvons pas aider ceux qui sont en première ligne sur le front de la guerre sanitaire. 

GERARD LECLERC
 Ce confinement, il va être prolongé, on a une idée de combien de temps il faudrait 15 jours, un mois ? 

SIBETH NDIAYE 
Nous avons toujours dit et c'était le sens de l'intervention du président de la République, que ce confinement serait d'une durée minimale de 15 jours et nous avons toujours considéré qu'il serait possible de l'étendre. J'ai même moi-même dit que ce serait fortement probable, nous attendons comme nous l'avons toujours fait d'avoir un avis du Conseil scientifique cet avis interviendra aujourd'hui et nous en tirerons évidemment bien entendu toutes les conséquences.   

GERARD LECLERC 
Alors les masques, Olivier VERAN s'est expliqué sur le manque de stocks qu'il y avait, il a promis 250 millions de masques commandés. Alors très précisément quand les aura-t-on et pour qui seront-ils ces masques, pour tout le monde, uniquement pour certaines professions et dans ce cas-là lesquelles ?

 SIBETH NDIAYE 
Depuis le début nous recherchons des masques, dès que nous avons eu connaissance de cette épidémie en Chine, nous nous sommes posé la question de la meilleure manière de protéger nos concitoyens. Je le redis et je sais que ça devient un peu lassant peut-être à force de l'entendre pour les journalistes, mais la meilleure manière de se protéger, c'est de se tenir à plus d'un mètre des gens qui sont autour de nous, la meilleure manière de se protéger, c'est de se laver les mains, de respecter ces fameuses mesures  barrières. Dans certaines circonstances, les masques sont utiles, ils sont recommandés quand il s'agit d'être dans une situation de soins, quand on est médecin, infirmière libérale, aide-soignante en EPHAD, quand on est au contact de populations fragiles, oui il faut se protéger soi-même et il faut protéger les autres mais, il faut aussi savoir utiliser ces masques. Et je l'ai dit, j'ai été parfois moquée sur les réseaux sociaux quand j'ai dit que je ne savais pas utiliser les masques, mais je vous pose les questions à vous, savez-vous comment on retire un masque selon le protocole, avez-vous regardé comment on retirait des gants correctement ? On voit bien là qu'il ne s'agit pas lorsqu'on est dans une population, une société qui n'a pas l'habitude de porter des masques contrairement à certaines sociétés asiatiques de faire tout et n'importe quoi, il faut protéger en première ligne nos soignants, c'est ce que nous avons souhaité faire, et évidement nous avons un ordre de priorité parce que sans soignant capable de nous soigner, nous ne pouvons pas protéger le reste de la population. Et donc ce que nous avons fait depuis le début, c'est chercher des masques, malheureusement figurez-vous que tout le monde en cherche au même moment, donc il y a une tension mondiale sur la production de masques, d'autant plus que c'est en Chine, l'épicentre initial de cette épidémie qu'il y a la plus grosse production de masques. Nous faisons notre maximum, nous cherchons tout azimut, nous cherchons même à convertir des industries françaises pour qu'elles puissent fabriquer des masques de bonne qualité qui protègent également, qui répondent à un certain nombre de normes minimales pour être efficaces, et donc c'est dans cette direction-là que nous continuons à aller. Et dès lors qu'il sera possible d'avoir une production suffisante, nous serons aussi en capacité peut-être d'étendre les personnes à qui nous devons donner des masques. Mais je veux le redire, quand on est dans une situation où on est caissier, caissière dans un supermarché, la mesure de protection qui vaut, qui fonctionne, c'est par exemple d'être à un mètre de distance du client, c'est aussi d'avoir par exemple une vitre en plexiglas qui vous protège.  

GERARD LECLERC 
La gestion des tests, on ne comprend pas pourquoi en France ils sont réservés seulement aux personnes âgées, aux populations fragiles, aux femmes enceintes, alors que des pays comme l'Allemagne, eh bien généralise bien davantage ces tests.   

SIBETH NDIAYE 
Nous avons en tous points suivis les recommandations de l'OMS et les recommandations de la Commission européenne. Au premier stade de l'épidémie, rappelez-vous on parle du cluster de l'Oise, on parle du cluster des Contamines Montjoie, nous avons systématiquement retracé l'ensemble des cas contact et testé ces cas contact à partir des cas ou du cas qui était avéré. L'objectif à ce moment-là, c'était de remonter les chaînes de contamination, d'avoir des enquêtes de santé publique qui étaient précises, qui étaient exhaustives et qui permettaient de contenir l'épidémie. Et quand on regarde le résultat, que ce soit dans l'Oise, que ce soit en Haute-Savoie, nous avons systématiquement réussi à contenir l'épidémie là où il y avait des foyers importants. L'OMS a modifié ses recommandations, nous avons reçu de nouvelles recommandations et c'est la raison pour  laquelle le ministre de la Santé, Olivier VERAN a indiqué que nous allions augmenter progressivement notre capacité de tests et que dès  lors qu'il n'y aurait plus de confinement, il faudrait regarder comment nous pouvions encore élargir le type de population auquel ces  tests s'adresse.   

GERARD LECLERC 
le rapatriement, 115 000 Français sont toujours en attente d'un avion bloqué à l'étranger au Sénégal, aux Philippines, au Maroc, pourquoi ça ne va pas plus vite, pourquoi on ne les rapatrie pas rapidement et surtout qu'est-ce qu'on va en faire quand ils arriveront en France ? 

SIBETH NDIAYE 
Alors vous aurez noté d'abord qu'on parle non pas de l'intégralité de nos ressortissants français à l'étranger, puisqu'en tout nous avons entre 3 millions et 3,5 millions de Français qui résident à l'étranger, on parle à qui on recommande plutôt de respecter les consignes sanitaires du pays dans lequel ils résident parfois depuis de très nombreuses années. Nous avons en revanche des Français qui sont en court séjour, des séjours touristiques, des séjours à caractère professionnel et à ceux-là nous disons de rentrer vite. Nous avons un travail très intense qui est réalisé avec AIR FRANCE pour pouvoir opérer des vols depuis la France en direction des pays où ils sont bloqués. Il y a la cellule de crise du Quai d'Orsay qui a été activée et qui permet dans les pays où nous avons des ressortissants en court séjour de les rapatrier progressivement. Il s'agit donc pour eux de s'organiser, d'être en lien avec les ambassades et les consulats sur place, pour pouvoir acheter des billets d'avion sur les compagnies qui opèrent ses vols au départ de l'étranger et au retour vers la France.  

GERARD LECLERC 
Bruno RETAILLEAU et d'autres, des médecins, des politiques demandent, est-ce qu'on généralise sans attendre le traitement à base, avec la chloroquine, vous répondez quoi,  vous êtes d'accord, vous en pensez quoi ? 

SIBETH NDIAYE 
Ecoutez, moi j'ai une formation scientifique de base, et on m'a toujours appris qu'une expérience pour être valide devait pouvoir être répliquée à l'infini. Aujourd'hui nous avons une expérience qui est un test clinique, qui a été mené à Marseille dans le service du professeur Didier RAOULT, qui est très prometteuse, mais nous n'avons pas aujourd'hui tous les tenants et les aboutissants de cette expérience, c'est le cas pour la chloroquine, c'est le cas pour d'autres médicaments, d'autres protocoles  thérapeutiques. Il faut calmement réussir à aller au bout de ces essais cliniques avant d'avoir une généralisation parce que, que dirions-nous si d'aventure nous découvrions que certes la chloroquine était efficace, mais qu'elle avait des effets indésirables, des effets secondaires massifs, importants qui font pencher du mauvais côté la balance entre les bénéfices et les risques ? Moi, je pose la question et donc je dis que dans le moment où nous sommes, dans une guerre sanitaire, il ne faut pas aggraver les choses par des décisions précipitées, mais nous avons aussi su réagir très rapidement et dès lors que pour le cadre de la chloroquine le professeur Didier RAOULT a demandé l'autorisation de mener un essai clinique, elle lui a été accordée dans les 24 heures.  

GERARD LECLERC 
D'un mot Damien ABAD annonce la création d'une commission d'enquête à l'automne pour identifier les éventuelles défaillances et dysfonctionnements, ça vous inquiète ? 

SIBETH NDIAYE 
Non, ça ne m'inquiète pas parce que je crois que nous avons avec beaucoup de professionnalisme, beaucoup de détermination et de gravité regardé cette crise en face y compris à un moment donné où on avait des gens sur les plateaux de télévision, dans les radios qui disaient, mais au fond il s'agit d'une grosse grippe. Nous avons pris nos responsabilités et quand on est un gouvernant dans un état démocratique auquel je tiens particulièrement, c'est normal qu'on puisse rendre des comptes. Et donc c'est normal qu'il y ait des commissions d'enquête parlementaires qui interrogent le processus de cette crise, nous serons évidemment prêts à y répondre, ça fait partie du jeu démocratique. Et je voudrais rajouter une dernière chose, quand nous avons mis dans la loi d'urgence qui a été adoptée ce week-end, l'état d'urgence sanitaire, c'est bien parce que nous considérions que toutes les mesures que nous prenions d'un point de vue sanitaire, comme d'un point de vue de restriction des libertés publiques, nécessitaient un contrôle du Parlement et c'est avec cette volonté-là que nous avons mis en place cet état d'urgence sanitaire dans notre droit.

 GERARD LECLERC 
Merci Sibeth NDIAYE, bonne journée et bonne semaine.  

SIBETH NDIAYE 
Merci à vous. 


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 mars 2020