Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture, à Europe 1 le 05 mai 2020, sur la situation pour le monde de la culture (cinéma, musées, festivals...) suite à la crise sanitaire.

Texte intégral

SONIA MABROUK 
Bonjour Franck RIESTER. 

FRANCK RIESTER  
Bonjour Sonia MABROUK. 

SONIA MABROUK  
Merci d'être avec nous en direct sur Europe 1 et tout d'abord Monsieur le Ministre où étiez-vous, où étiez-vous tous ces jours, ces semaines, où le monde de la culture frappé de plein fouet par l'épidémie appelait et appelle encore à l'aide, où étiez-vous ? 

FRANCK RIESTER 
Au travail, vous savez, le Premier ministre nous a appelé à faire preuve d'humilité combative et c'est ce que j'essaie de mettre en oeuvre en étant au travail avec les équipes du ministère de la Culture que je tiens à saluer qui font un travail exceptionnel et au contact des organisations syndicales, au contact des organisations professionnelles pour prendre les mesures qui s'imposent pour sauver la culture. Vous savez Sonia MABROUK la crise que nous traversons collectivement est terrible, elle est tout particulièrement terrible pour le secteur de la culture et je dois dire que ce qui se joue ici c'est la capacité à notre pays de rester un pays de culture. Tout cet écosystème bâti au fil des années et qui est une richesse exceptionnelle pour notre pays dont on est très fier et qui si important pour nos compatriotes, on l'a vu pendant le confinement et on va le voir avec la sortie de la crise, eh bien   que cet écosystème soit préservé. alors j'ai tout de suite pris des mesures d'urgence importantes en lien avec mes collègues du  gouvernement, pour que ces mesures transversales pour sauver l'économie puissent être accessibles au monde de la culture, l'accès au chômage  partiel, l'accès à un fonds de solidarité pour  notamment les artistes auteurs, la question de la modification des règles d'accès à l'intermittence, on pourra en reparler, si vous souhaitez, pour faire en sorte que les  intermittents ne soient pas pénalisés par cette crise ou pas trop pénalisés. 

SONIA MABROUK 
Parlons-en tout de suite Franck RIESTER. 

FRANCK RIESTER 
L'accès aux l'accès aux prêts garantis par l'Etat. Oui ? 

SONIA MABROUK 
Est-ce qu'il y aura une année blanche pour les intermittents, autrement dit le prolongement de 12 mois des droits à l'assurance chômage ? On vient de l'entendre dans notre journal quelques instants, ils vous interpellent, à question précise, réponse ? 

FRANCK RIESTER 
La réponse c'est que nous avons déjà pris des mesures d'urgence pour que dans la période du confinement, de la crise sanitaire, les intermittents du spectacle, les artistes, les techniciens puissent bénéficier toujours de leurs droits et qu'ils puissent bénéficier du chômage partiel, c'est-à-dire que les employeurs qui les emploient, puissent avoir accès au dispositif de chômage partiel. Et c'est le cas et c'est très important et je le redis aux employeurs, profitez de ce dispositif que met à disposition l'Etat pour rémunérer les intermittents du spectacle qui avaient des spectacles ou des événements culturels prévus. 

SONIA MABROUK 
Monsieur le Ministre, est-ce qu'il sera prolongé, voilà. 

FRANCK RIESTER 
Ensuite il y a bien évidemment l'avenir, oui mais, vous savez, on ne peut pas dire que rien n'est fait par le ministère de la Culture, et pas quand j'ai l'occasion comme je l'ai ce matin et je vous en remercie de réinsister sur déjà tout ce qui a été fait. Ensuite bien évidemment on en est conscient, ce n'est pas suffisant. Ce n'est pas suffisant pour l'avenir parce qu'on voit bien que la crise malheureusement elle va durer et donc il faut avoir des dispositifs d'accompagnement dans la durée, c'est la raison pour laquelle nous travaillons avec les organisations syndicales avec Muriel PENICAUD pour trouver un dispositif qui permet la continuation d'un accompagnement. Est-ce que ça sera une année blanche pour les intermittents… 

SONIA MABROUK 
Blanche pour les intermittents qui je le rappelle vont se retrouver à court terme sans ressources et radiés de Pôle emploi, comment les protéger ? 

FRANCK RIESTER 
Oui, mais on les protège, on les a protégé dans la crise et on veut les protéger après la crise.  

SONIA MABROUK 
Mais elle dure encore. 

FRANCK RIESTER 
Oui elle dure encore et donc aujourd'hui les dispositifs existent et ils sont protégés. Aujourd'hui il y a encore un certain nombre pour autant artistes et de techniciens qui disposent, qui bénéficient ou qui pourraient bénéficier du système de l'intermittence qui y sont exclus et qui bénéficieront d'un fonds professionnalisation en fonds de solidarité sociale qui travaille avec audience aujourd'hui avec les professionnels du secteur et qui leur permettra d'avoir des aides. Et pour ce qui concerne l'avenir nous sommes déterminés, je vous le dis ce matin, nous sommes déterminés à avoir un dispositif qui les protège sur le temps long. 

SONIA MABROUK 
Mais lequel Monsieur le Ministre, vous ne savez pas encore, vous ne pouvez pas nous dire ce matin s'il y aura une année blanche qui est essentielle pour les intermittents ? 

FRANCK RIESTER 
Non, je ne peux pas vous le dire ce matin, vous comprenez bien que ça nécessite des évaluations, ça nécessite des discussions, ça nécessite de ensuite le partager avec mes collègues du  gouvernement, la détermination qui est la mienne,  c'est que oui il y a des dispositifs sur le temps long, sur plusieurs mois pour permettre  d'accompagner cette  richesse  humaine et créative que sont les artistes et les techniciens qui sont dans le régime des intermittents. 

SONIA MABROUK 
Oui mais est-ce que ça restera une richesse longtemps, il y a urgence ? 

FRANCK RIESTER  
Mais c'est tout l'enjeu, vous avez raison, écoutez, vous savez Sonia MABROUK, il faut juger sur les actes, les actes c'est quoi, c'est que pendant l a crise… 

SONIA MABROUK 
Mais c'est ce que le monde de la culture fait avec vous, monsieur le Ministre. 

FRANCK RIESTER 
Eh ben justement le monde de la culture peut voir que les mesures qui ont été prises pour la préserver pendant la période de la crise sanitaire sont fortes et puissantes comme ça n'existe que dans très peu de pays. Et aujourd'hui les intermittents n'auraient pas pu avoir leurs droits, si nous n'avions pas pris les décisions fortes que nous avons prises.  

SONIA MABROUK 
Alors avançons, oui ? 

FRANCK RIESTER 
Pour autant bien évidemment je vous le dis, je suis convaincu qu'il faut que ces mesures perdurent le temps de la perturbation de leurs activités par le la crise du Covid-19, je ne peux pas vous dire plus aujourd'hui que ça, mais la détermination est évidemment totale parce que c'est la clé pour l'avenir de la culture de notre pays. 

SONIA MABROUK 
Franck RIESTER, concernant les salles de spectacles et de cinéma, si on ne connaît pas encore la date de réouverture, vous pouvez nous dire si ce sera une réouverture nationale ou alors adaptée en fonction des territoires et donc de la carte de circulation du virus.   

FRANCK RIESTER 
Alors là aussi nous travaillons avec les organisations syndicales et professionnelles. 

SONIA MABROUK 
Ça, on a compris que vous travaillez. 

FRANCK RIESTER 
Oui. 

SONIA MABROUK  
Mais quelles décisions, vous avez raison mais on attend aussi le concret. 

FRANCK RIESTER 
Sonia MABROUK, j'essaie de vous le dire, la volonté des fédérations du cinéma français, c'est que l'ouverture se passe en même temps partout en France. Le problème, vous l'avez compris, c'est que le virus, il ne circule pas de la même façon partout en France et donc nous avons besoin avec eux de continuer à discuter pour savoir si il serait malgré tout possible d'avoir des ouvertures dans des zones  où le virus circule moins ou s'ils préfèrent vraiment ouvrir en même temps partout en France. En tout état de cause il y a besoin d'un délai, ils nous disent qu'il y a au moins 4 semaines de délai entre le moment où la décision de réouverture sera prise et le moment où effectivement l'ouverture sera effective et c'est ce que nous sommes en train de voir avec eux, ce qui est certain c'est que nous avons la volonté que les salles de cinéma rouvrent, bien sûr en respectant la sécurité pour les spectateurs. 

SONIA MABROUK 
Et les préconisations qui sont contenues notamment dans le rapport du professeur BRICAIRE, distance entre les sièges, port du masque, etc. 

FRANCK RIESTER  
Alors c'est ça qui est actuellement discuté au sein de la Fédération Professionnelle, de la branche professionnelle des salles de cinéma, en lien entre les organisations professionnelles, les organisations syndicales, en lien bien évidemment avec le ministère de la culture et le ministère de la Santé. 

SONIA MABROUK 
Que des discussions. 

FRANCK RIESTER 
Mais oui, oui je sais, mais vous savez c'est difficile, ce n'est pas des sujets simples et c'est des sujets qui mettent en jeu à la fois la santé de nos compatriotes et l'avenir économique de ces acteurs de la culture. Donc nous voulons rouvrir le plus rapidement possible, mais nous ne le ferons pas sans prendre en compte la réalité sanitaire, la réalité de l'évolution de l'épidémie et sans tenir compte aussi des besoins financiers des salles de cinéma pour rouvrir. Nous travaillons aussi pour qu'il puisse y avoir un accompagnement à cette réouverture, pour inciter nos compatriotes à revenir dans les salles de cinéma. Nous travaillons par exemple sur la question de la fête du cinéma à la rentrée, nous travaillons sur des dispositifs d'accompagnement financier pour nos compatriotes pour qu'ils viennent d'avantage au cinéma demain, mais vous comprenez bien qu'aujourd'hui le déconfinement est progressif et on espère que le plus rapidement possible ces salles de cinéma réouvriront. 

SONIA MABROUK 
Certains avant même rouvrir dès le 11 mai au même titre que les médiathèques et les bibliothèques, les petits musées sont autorisés justement à rouvrir, mais c'est quoi un petit musée, est-ce que c'est en fonction de la taille, de la fréquentation ? Je vous donne un exemple, je sais que le Louvre et Versailles vont attendre, mais la maison de Monet à Giverny, pourra-t-elle ouvrir le 11 mai ou encore le musée Paul Valéry à Sète, qu'en est-il ? 

FRANCK RIESTER 
Alors l'idée c'est que, on dit petits musées, c'est des musées qui de par leur jauge et de par surtout le rayonnement de celles et ceux qui viendront dans ces musées ou dans ses monuments, parce qu'il n'y a pas que les musées, il y aussi les monuments historiques qui sont concernés, ne soit pas un rayonnement qui fasse venir des gens de trop loin, on veut essayer de limiter les déplacements comme vous l'avez compris. Et donc les petits musées et les monuments qui de par leur type de fréquentation n'impliquent pas des déplacements importants en dehors d'un bassin en dehors du département pourront, s'ils respectent les conditions sanitaires, ouvrir à partir du 11 mai et donc les deux sites dont vous avez parlé, s'ils respectent les préconisations, les recommandations sanitaires pourraient ouvrir progressivement à partir du 11 mai. Mais là c'est aux propriétaires de ces sites de voir s'y sont en capacité de respecter ses préconisations sanitaires et s'ils correspondent aux critères dont je viens de vous parler. 

SONIA MABROUK 
Monsieur le Ministre de la Culture, autre exemple sur les petits festivals d'été vos propos ont semé la confusion, là encore qu'est-ce qu'un petit festival et continuons sur l'exemple concret, je pense aux animations locales, aux petits festivals qui rythment par exemple les communes bretonnes, chaque été vous le savez il y a les lundis musicaux, les mardis de Morgat, les mercredis d'Arradon, les jeudis du port de Brest, est-ce que tous ces animations pourront se tenir ? 

FRANCK RIESTER 
Le président de la République avait dit dans son intervention que les grands festivals et les grands rassemblements ne pourraient pas être tenus avant le 15 juillet, le Premier ministre a confirmé ça et même a précisé que tous les rassemblements, tous les événements culturels de plus de 5000 personnes qui nécessitent une autorisation en préfecture ne pourraient recommencer avant le 31 août. Pour autant j'ai dit qu'effectivement, si ce n'était, pour les événements culturels de taille plus petite qui nécessitent pas ces ouvertures enfin ces autorisations préfectorales, il faudra regarder dans l'avenir et nous regarderons cela fin mai, avant vous savez… 

SONIA MABROUK 
Vous allez donc travailler avant de donner la réponse. 

FRANCK RIESTER 
L'étape du 2 juin, nous regarderons de quelle manière ces événements culturels de plus petite taille peuvent réouvrir ou peuvent se tenir dans les territoires d'ici à fin août. La volonté, elle quelle est notre volonté ? Notre volonté, c'est de remettre les artistes devant leur public, de refaire en sorte que ce foisonnement … 

SONIA MABROUK
 Mais leur urgence c'est de vivre et même de survivre, Monsieur le Ministre. 

FRANCK RIESTER 
Puisse recommencer, justement pour vivre, justement pour la rémunération et surtout peut être avant peut-être encore la question de la rémunération, c'est qu'ils puissent se produire, qu'ils puissent retourner devant leur public. Pour autant on ne peut pas faire n'importe comment, on doit le faire en respectant des règles sanitaires, ces règles sanitaires pour l'instant il est trop tôt pour dire exactement lesquelles elles seront et si oui… 

SONIA MABROUK
 Mais on les connaît, on les connaît Monsieur le Ministre les règles sanitaires, les conditions depuis le début de la crise.   

FRANCK RIESTER 
Oui on les connaît, mais on ne connaît pas encore la notre capacité à autoriser des rassemblements plus importants que 10 personnes pour veiller à limiter la circulation de l'épidémie. C'est pour ça que le Premier ministre a été très clair, pour l'instant il n'est pas possible d'organiser des rassemblements de plus de 10 personnes avant fin mai et nous prendrons la décision fin mai de voir si oui ou non pour ré-autoriser des rassemblements plus importants en respectant les conditions sanitaires et qui pourraient s'appliquer notamment aux petits festivals… 

SONIA MABROUK 
On va conclure, Franck RIESTER. 

FRANCK RIESTER
 … qui ne sont pas des festivals qui nécessitent une autorisation préfectorale de rassemblement comme les grands rassemblements de plus de 5000 personnes et qui pourront avoir l'accord des collectivités territoriales, des organisateurs et des préfets dans les territoires. 

 SONIA MABROUK 
Franck RIESTER, on va conclure, merci d'avoir répondu à mes questions. 


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 mai 2020