Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, à CNews le 5 juin 2020, sur l'accompagnement des PME dans la transition écologique, le plan Vélo et l'usine Lubrizol.

Texte intégral

GERARD LECLERC 
Bonjour Elisabeth BORNE. 

ELISABETH BORNE 
Bonjour. 

GERARD LECLERC 
Vous lancez, avec la BPI et l'ADEME, un plan de soutien à la transition écologique de 250 millions pour les PME et les TPE, alors quelle est la philosophie de ce plan, et concrètement, quel type de mesures ? 

ELISABETH BORNE 
Alors l'objectif c'est d'accélérer la transition écologique des TPE et des PME, et puis le message c'est de dire, qu'au moment où on affronte une crise majeure, une crise économique majeure, la transition écologique ce n'est pas une contrainte, c'est une opportunité, et je pense qu'il y a beaucoup de PME qui l'ont déjà compris. Voyez, j'étais hier dans une PME qui fabrique du pain d'épices depuis plus de 200 ans, et qui a investi pour faire des économies sur ses matières premières, sur son énergie, et les résultats sont là, à la fois écologiques et économiques. Donc l'objectif c'est d'amplifier ce mouvement. 

GERARD LECLERC 
Avec quel type de mesures ? 

ELISABETH BORNE 
Avec notamment un accompagnement pour un diagnostic, pour trouver effectivement les économies qu'on peut faire, avec aussi des soutiens financiers, pour investir par exemple dans des nouvelles machines qui vous permettent d'économiser l'énergie, et puis aussi avec un accompagnement pour accélérer le virage écologique de ces PME, au bénéfice à la fois de la compétitivité de ces entreprises, et puis de leur attractivité en tant qu'employeurs. 

GERARD LECLERC 
Avec l'idée que ce plan ne s'adresse pas aux entreprises qui travaillent dans le secteur environnemental, pour aller vite, mais à toutes les PME, c'est bien ça l'idée ? 

ELISABETH BORNE 
C'est bien ça l'idée, parce que la transition écologique ça concerne tout le monde, si on veut atteindre notre objectif de neutralité carbone en 2050, ça doit concerner tous les secteurs économiques, et je vous dis, hier j'étais avec une PME qui fabrique du pain d'épices, il y en a qui font des pièces métalliques, on a des ciments bas carbone,, et c'est tous ces secteurs qui peuvent s'engager dans la transition écologique, c'est leur intérêt aussi, au plan économique, et puis, je le redis, leur attractivité aussi en tant qu'employeurs. 

GERARD LECLERC 
Alors, vous savez justement que la grande crainte des écologistes c'est que la relance de l'économie, à laquelle travaille le gouvernement, eh bien se fasse sans l'écologie, que l'écologie passe un peu à la trappe. "Relancer l'économie sans sauver l'humanité et le climat serait une faute criminelle" dit Yannick JADOT, il n'a pas un peu raison, ce risque n'existe pas ? 

ELISABETH BORNE 
Ecoutez, moi je dis à tous ceux qui pensent que, effectivement, l'écologie serait sacrifiée dans la crise, je leur dis d'ouvrir les yeux et de regarder ce que nous faisons. Et puis je leur pose une question, est-ce qu'ils ont souvenir, dans l'histoire de notre pays, qu'on ait à ce point mis l'écologie au cœur de notre action en période de crise ? 

GERARD LECLERC 
Par exemple, donnez des exemples. 

ELISABETH BORNE 
Eh bien vous voyez, par exemple, quand on sauve AIR FRANCE, ça s'accompagne d'exigences de réduction drastique de ses vols au profit du train sur les trajets à moins de 2 heures en train, quand on sauve de l'industrie automobile, on accélère sur les voitures électriques, ou est-ce qu'ils ont souvenir d'un gouvernement qui fait autant pour le vélo, donc chaque semaine on présente un plan pour sauver un secteur, et dans le même temps on accélère sa transition écologique. 

GERARD LECLERC 
Et dans le prochain plan de relance, qui sera présenté donc pour la rentrée, l'écologie sera présente également ? 

ELISABETH BORNE 
Mais, évidemment, l'écologie pour moi, vous savez, c'est la meilleure solution en sortie de crise, ça permet effectivement d'améliorer les performances de nos entreprises, ça permet de créer massivement des emplois, par exemple dans la rénovation des bâtiments, par exemple dans la réparation, je le redis, on est en train, on aura accompagné la réparation d'1 million de vélos d'ici la fin de l'année, évidemment c'est des emplois. Et puis quand on transforme notre production d'électricité avec des énergies renouvelables, là encore j'étais dans un lycée qui forme des jeunes sur la maintenance des éoliennes, vous savez, dans ce secteur on va augmenter de 50%, en moins de 10 ans, les emplois, on va passer de 150 000 à 240 000 emplois dans les énergies renouvelables, donc c'est une source majeure de création d'emplois, et c'est bien mon objectif, on peut à la fois sauver notre économie, sauver nos emplois, et évidemment sauver la planète. 

GERARD LECLERC 
Alors, vous avez évoqué le vélo, on assiste à une véritable explosion de l'utilisation du vélo, 87% disent les associations, depuis le confinement et le déconfinement, est-ce que vous soutenez ce mouvement, cette tendance, est-ce que vous l'encouragez ? Alors vous avez présenté un plan vélo il y a un peu plus d'un mois, vous étiez venue d'ailleurs ici, ça marche, ça fonctionne ? 

ELISABETH BORNE 
Ecoutez, ça marche au-delà de ce qu'on a imaginé, et au-delà de ce que les associations, avec qui je travaille très étroitement, imaginaient, puisqu'on pensait au départ accompagner la réparation de 300 000 vélos, vous savez qu'on prend en charge 50 euros sur la réparation d'un vélo, il y a des millions de vélos dans les caves, dans les garages, eh bien c'est l'occasion de les sortir, de se mettre au vélo, c'est non seulement, comme ça l'est depuis toujours, bon pour la santé, bon pour la planète, mais en plus ça permet de respecter naturellement les gestes barrières, il y a un véritable engouement. Les collectivités se sont saisies du sujet en créant 1 000 kilomètres de pistes cyclables temporaires…

 GERARD LECLERC 
Vous les encouragez ? 

ELISABETH BORNE
 Evidemment, on les encourage, on va les accompagner financièrement pour qu'elles maintiennent ces pistes, on soutient la réparation du vélo, on accompagne, on prend en charge 60% du coût sur les places de stationnement vélos, donc voilà, c'est un succès formidable, et je suis certaine qu'on sera à 1 million de vélos réparés d'ici la fin de l'année, donc tout le monde doit se saisir de cette opportunité dès maintenant. 

GERARD LECLERC 
Alors, le Sénat nous apprend, on change de sujet, que LUBRIZOL, c'est l'usine de lubrifiants autos dont 9 500 tonnes avaient brûlé en septembre dernier, il y a eu un nuage de 22 kilomètres, eh bien que LUBRIZOL demande la réouverture quasi totale de ses activités. Est-ce que vous êtes d'accord, est-ce qu'ils vont pouvoir rouvrir très rapidement ? 

ELISABETH BORNE 
Ecoutez, il y a des procédures, il doit y avoir une commission qui se réunit au niveau du département, et qui regardera si toutes les conditions sont réunies, moi j'ai vu le rapport qui a été remis par les sénateurs, et évidemment on va étudier les propositions, parce que moi je suis à l'écoute de toute proposition. Je vais vous dire clairement, je regrette le ton de la présentation du rapport, des sénateurs hier dans la présentation du rapport, qui vise manifestement à créer des polémiques, alors qu'on est sur un sujet très sérieux, et je pense que les Français, et les Rouennais, méritent mieux, et puis je voudrais rappeler qu'on n'a pas attendu non plus ce rapport, dès le mois de février moi j'ai présenté un plan d'action, qui répond point par point à chacun des problèmes qui ont été identifiés à l'occasion de cet incendie, avec plus de contrôles, avec plus d'exigence de transparence vis-à-vis des industriels, et la création d'un Bureau d'enquêtes accidents indépendant, pour tirer tous les enseignements quand on a une telle catastrophe. 

GERARD LECLERC 
Alors le rapport justement, dénonçait des angles morts inacceptables dans la politique de prévention des risques, une identification des risques tardive et incomplète, dit le rapport sénatorial. Vous êtes d'accord ? 

ELISABETH BORNE 
Moi je vous dis, 80% des propositions du rapport, on y a déjà répondu, évidemment on va regarder les autres propositions, je crois que mieux prévenir les risques industriels c'est un sujet qui doit nous rassembler, ça ne doit pas être un sujet de polémique. 

GERARD LECLERC 
Et la réouverture donc ? 

ELISABETH BORNE 
La réouverture elle se fera sur la base d'une instruction au plan local, elle se fera, ou elle ne se fera pas, sur la base de l'instruction qui se fait au niveau local. 

GERARD LECLERC
 Hier, dans une interview au journal Le Monde, Patrick POUYANNE, c'est le président de TOTAL, dit que la transition énergétique prendra du temps, il n'y aura pas de grand soir énergétique, et il dit que l'objectif du GIEC de diviser par 2 les émissions de gaz à effet de serre, eh bien ce ne sera pas possible dès 2030, comme le demande… vous en pensez quoi ? 

ELISABETH BORNE 
Eh bien écoutez, je constate que Patrick POUYANNE et moi on n'a pas les mêmes ambitions en matière d'écologie, ce qui n'est peut-être pas une surprise. Moi, au contraire, je pense que la transition écologique elle est là, je pense qu'elle s'accélère dans tous les domaines, dans tous les secteurs, que c'est un sujet qui rassemble toutes les générations, qu'on a un cap qui est très clair, qui est la neutralité carbone en 2050, qu'évidemment on va le tenir, et qu'on agit très concrètement, par exemple en sortant 200 000 voitures polluantes, avec notre prime à la conversion, avant la fin de l'année, je vous dis, en accompagnant la réparation d'1 million de vélos, donc il faut très ambitieux, il faut accélérer sur la transition écologique. 

GERARD LECLERC 
Donc TOTAL doit le faire également, doit s'y mettre ? 

ELISABETH BORNE 
Et bien sûr, tout le monde doit s'y mettre. 

GERARD LECLERC
 Les transports, métro, trains, avions, on a le sentiment que le virus est en train de disparaître, est-ce que le moment n'est pas venu d'assouplir encore un peu les règles, par exemple le port obligatoire du masque ? 

ELISABETH BORNEE 
Alors, le virus il continue à circuler, tous les scientifiques nous le disent, donc on a revu les règles pour permettre de remonter la fréquentation dans les transports en commun, ce qui est indispensable pour que notre pays reparte, mais évidemment on va rester très vigilant, et tant qu'on n'a pas un vaccin, tant qu'on n'a pas un traitement, tant que le virus circule, eh bien le port du masque restera obligatoire dans les transports. 

GERARD LECLERC 
Rapidement, la convention citoyenne pour le climat, 150 citoyens qui réfléchissent à des solutions, on en est où - alors ça a été bien sûr un peu perturbé, même beaucoup, par le confinement - qu'est-ce qui va se passer, quelle est la suite ? 

ELISABETH BORNE 
Alors, moi je voudrais souligner que les 150 citoyens, ils ont continué à travailler, y compris pendant le confinement, ils se sont réunis en visioconférence… 

GERARD LECLERC 
Préparer des propositions. 

ELISABETH BORNE 
Ils nous ont remis des premières propositions qu'évidemment on est en train d'étudier, mais on attend les conclusions de la Convention, et ce sera le week-end du 21 juin, le président de la République a eu l'occasion de leur redire qu'évidemment on prendra des décisions fortes en s'appuyant sur les propositions qu'ils vont nous faire. Je pense que c'est très important, la mission qui leur est confiée c'est de trouver une trajectoire pour réduire justement nos émissions d'ici 2030, on est très impatient d'avoir ces propositions, évidemment on les prendra en compte. 

GERARD LECLERC 
Allez, un mot rapide sur les municipales, dans plusieurs villes on voit La République en marche s'allier avec les Républicains, et donc contre notamment des listes menées par les écologistes, et ils disent que c'est des coalitions anti climat, vous répondez quoi ? 

ELISABETH BORNE 
Ecoutez, je vais vous dire, les candidats de La République en marche ils défendent l'écologie partout, avec ou sans les écologistes, et il n'y a pas… ce n'est pas l'affaire d'un parti politique l'écologie, c'est l'affaire de tous. Ensuite, La République en marche, c'est dans son ADN de dépasser les clivages, donc on s'allie tantôt avec des gens qui viennent de droite, tantôt avec des gens qui viennent de gauche, je peux citer le cas de Dunkerque, et donc notre objectif c'est de s'allier avec ceux qui portent un projet, qui correspond à nos valeurs, qui porte évidemment l'écologie en son cœur, et c'est ce qu'on fait partout. 

GERARD LECLERC 
Merci Elisabeth BORNE, bonne journée, bon week-end.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 juin 2020