Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, à France 2 le 30 juin 2020, sur les suites à donner aux propositions de la convention citoyenne sur le climat.

Texte intégral

CAROLINE ROUX
Bonjour Élisabeth BORNE.

Élisabeth BORNE
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Le résultat des municipales vous oblige-t-il à accélérer sur la transition écologique ?

Élisabeth BORNE
Vous savez, le président de la République a reçu hier les 150 citoyens qui travaillent depuis 9 mois pour préparer des propositions très globales, pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, donc ce n'est pas directement lié aux élections municipales, c'est une convention qui a été décidée en avril 2019…

CAROLINE ROUX
Ce serait grave, pardon, Élisabeth BORNE, je vous coupe, mais ce serait grave de tirer les leçons d'un scrutin qui est aussi clair que ce dernier scrutin des municipales avec un message des Français, qui est de dire : on veut plus d'écologie notamment dans les grandes villes de France, ce serait grave de dire : eh bien, oui, bien sûr, on va en tirer des leçons ?

Élisabeth BORNE
Mais ce que je suis en train de vous dire, c'est que, ce que les Français ont pu dire lors de ce deuxième tour, c'est bien ce que les 150 citoyens nous disent aussi, et le président de la République a montré hier qu'il voulait aller au bout de la transformation écologique de notre pays.

CAROLINE ROUX
Aller plus vite ?

Élisabeth BORNE
Et, bien sûr, accélérer, comme le proposent les citoyens, donc il est au rendez-vous des attentes de la Convention dont il reprend la quasi-totalité des propositions, 146 sur 149, pour être précise. Et puis, il a aussi annoncé des mesures très fortes pour l'écologie, par exemple 15 milliards d'euros de plus dans les 2 ans qui viennent pour investir davantage dans la rénovation des bâtiments, dans le transport ferroviaire, notamment le fret ferroviaire, et puis, sur toutes les technologies bas carbone, comme l'hydrogène.

CAROLINE ROUX
Vous avez raison, 146 propositions sur 149, mais maintenant, c'est aussi ce que vous disent les associations qui ont réagi aux annonces du président de la République, et maintenant, comment on fait, comment on fait pour passer des paroles aux actes, est-ce que vous allez prendre des décrets par exemple, et sur quelles mesures, est-ce qu'il va y avoir un projet de loi, quel est le calendrier que vous allez mettre en place, et est-ce que, là encore, vous considérez qu'il y a une urgence et qu'il faut aller vite ?

Élisabeth BORNE
Mais le calendrier, il est très précis, il a été annoncé par le président de la République hier, et puis, les citoyens vont être associés au suivi de la mise en œuvre de leurs propositions, donc effectivement, d'ici la fin du mois, il y aura ce qu'on appelle un Conseil de défense écologique, c'est un Conseil des ministres restreint, pour prendre les mesures qui relèvent du gouvernement, il y a des mesures qui seront dans le plan de relance, qui sera présenté à la rentrée, notamment tous ces investissements dans la rénovation des bâtiments, dans le transport ferroviaire, et puis, on a annoncé également un projet de loi dédié qui pourra reprendre toutes les propositions de la Convention.

CAROLINE ROUX
Donc la nécessité d'aller vite, vous la prenez à votre compte, d'autant plus après ce résultat…

Élisabeth BORNE
Bien sûr, mais vous savez, mais bien sûr, parce que vous savez, on a porté des nombreuses décisions, la fermeture des centrales à charbon, l'arrêt de Fessenheim, on y reviendra, on a pris des textes de loi importants, mais ce que les Français nous disent au travers de cette Convention, au travers du deuxième tour des élections aussi, mais au travers de cette Convention, c'est que les mentalités évoluent très vite, et qu'aujourd'hui, il y a des mesures qui semblaient impossibles il y a quelques années, eh bien, aujourd'hui, les Français nous disent : on est prêts à y aller, et donc, c'est bien ce qu'on va faire, on accélère…

CAROLINE ROUX
Vous avez parlé du budget, rendre obligatoire la rénovation énergétique globale, globale, des bâtiments d'ici à 2040, sans reste à charge pour les plus démunis, cela pourrait coûter selon la première estimation de l'Institut de l'économie pour le climat, 11 milliards par an ; vous arrivez sur l'ensemble des propositions avec une enveloppe de 15 milliards ?

Élisabeth BORNE
Enfin, je pense qu'il ne faut pas mélanger tous les chiffres, ce que je peux vous dire, c'est que cette proposition, on la reprend…

CAROLINE ROUX
Elle coûte cher…

Élisabeth BORNE
Elle coûte cher, si on veut bien accompagner les Français, mais en même temps, vous voyez, c'est vraiment aussi quelque chose d'important de ne laisser personne au bord de la route dans cette transition écologique, et donc l'objectif, c'est bien celui que vous évoquez, c'est que pour les ménages modestes, ils puissent rénover leur logement, vous savez qu'il y a beaucoup de Français qui vivent dans des logements très mal isolés, ce qu'on appelle des passoires thermiques, c'est à la fois mauvais pour le climat, mais c'est aussi des logements où on a chaud l'été, où on a froid l'hiver, et donc il faut faire ces rénovations globales des logements, et c'est-ce qu'on va faire.

CAROLINE ROUX
146 mesures appliquées d'ici à la fin du quinquennat ?

Élisabeth BORNE
Eh bien, absolument, le projet de loi, il sera voté, enfin, donc, on a, d'une part, le plan de relance, et puis, un projet de loi dédié qui sera présenté à la rentrée.

CAROLINE ROUX
2 référendums, ce sont les pistes évoquées par le président de la République, un pour réviser la Constitution, et un autre pour éventuellement valider certaines propositions par le biais d'un vote auprès des Français ; comment allez-vous choisir les questions que vous allez soumettre aux Français, est-ce qu'il faudra choisir les plus consensuelles ou au contraire celles pour lesquelles il y aura forcément un débat ?

Élisabeth BORNE
D'abord, comme vous le dites, il y a un premier référendum qui répond à une demande de la Convention citoyenne sur la révision, ce n'est pas rien, de l'article 1er de notre Constitution, c'est pour mettre de l'écologie dans cet article 1er, et ce n'est pas juste pour la forme, vous savez, ça veut dire que tous les projets de loi devront répondre à cette exigence de prise en compte de l'écologie. Et puis, effectivement, ce que le président de la République a évoqué, et là, pour le coup, les citoyens ne l'avaient pas demandé, c'est que si on a des mesures dont on voit qu'elles font débat, enfin, dont on pense qu'il faut accélérer, mais en écoutant les Français, et je pense que, évidemment, c'est une leçon qu'on a retenue, voyez, la taxe carbone, tout le monde nous disait : c'est formidable, c'est ça qu'il faut faire, ensuite…

CAROLINE ROUX
D‘ailleurs, ça ne figure pas du tout dans ces propositions…

Élisabeth BORNE
Je vous le confirme. Mais ensuite, on a vu que, finalement, c'était rejeté par les Français, donc quand on prend des mesures fortes, et moi, je suis convaincue que pour réussir la transition écologique, il faut des mesures fortes, eh bien, il faut s'assurer de l'adhésion des Français, et c'est ce que le président de la République a évoqué hier.

CAROLINE ROUX
Pas un mot de la taxe carbone dans ces propositions, la taxe sur les dividendes a été écartée par le président de la République, quels sont les moyens de financement de la transition écologique, c'est normal qu'il n'y ait rien qui figure dans ces 146 propositions ?

Élisabeth BORNE
Eh bien, vous savez, en fait, la question, elle avait été posée à un autre moment, ce n'était pas au moment où on était en train de faire un plan de relance, là, de toute façon, on sait qu'il faut accélérer pour faire repartir notre économie, la faire repartir dans le bon sens, et donc, il y aura des moyens, notamment les 15 milliards qui ont été annoncés hier.

CAROLINE ROUX
C'est aujourd'hui la fermeture de Fessenheim, est-ce que c'est un grand jour pour l'écologie ?

Élisabeth BORNE
Je pense qu'il faut peut-être déjà rappeler pourquoi on ferme cette centrale, ce n'est pas une lubie ou une question d'idéologie, c'est vraiment au cœur de notre politique énergétique de ne plus être dépendant d'une seule technologie, vous savez que le nucléaire, c'est aujourd'hui 70% de l'électricité qui est produite en France, eh bien, on veut être moins dépendant, ramener la part du nucléaire à 50% en 2035, en développant massivement les énergies renouvelables. Et donc la fermeture de Fessenheim, c'est la première étape de cette trajectoire, je voudrais peut-être dire qu'on le fait vraiment en étant très attentif aussi au devenir des salariés de la centrale, des sous-traitants, moi, j'étais à Fessenheim au mois de février, j'ai encore échangé avec les représentants des salariés la semaine dernière, et, bien sûr, on se préoccupe de leur avenir, tout comme on se préoccupe de l'avenir du territoire sur lequel il faut que des nouvelles activités s'implantent.

CAROLINE ROUX
Mais est-ce que c'est un grand jour pour l'écologie ?

Élisabeth BORNE
Je pense que c'est un moment important, parce que vous savez, ça fait des années qu'on disait : il faut fermer des centrales nucléaires, eh bien, il y a ceux qui en parlent, et puis, il y a ceux qui le font, nous, on le fait, on le fait, ça n'est pas simple quand vous êtes face aux salariés de la centrale, quand vous êtes face aux élus du territoire, eh bien, vous voyez que, évidemment, ça pose beaucoup de questions, je pense que c'est ce qu'il faut faire pour être moins dépendant de l'énergie nucléaire, et on le fait.

CAROLINE ROUX
Élisabeth BORNE, vous le savez mieux que personne, on parle beaucoup du remaniement en ce moment, est-ce que faire rentrer des ministres écologiques, c'est le bon moyen de faire avancer l'écologie ?

Élisabeth BORNE
Vous savez, moi, je pense que ce n'est pas une question de casting, l'écologie, c'est d'abord une question de faire, et de faire, eh bien, c'est ce qu'on a fait depuis le début du quinquennat, c'est ce que j'ai fait avec l'arrêt du centre commercial géant d'Europa City en Ile-de-France, avec la fermeture de Fessenheim, c'est ce que j'ai fait aussi en refusant tous les moratoires pendant la crise, en veillant à ce que l'écologie soit au cœur de la relance, et puis, ce qui me tient aussi à cœur, et je pense que les Français l'attendent, c'est que l'écologie, ça soit dans la vie quotidienne des Français, c'est par exemple le sens du plan vélo, vous savez, moi, j'ai donné un Coup de Pouce Vélo pour permettre aux Français de réparer les vieux vélos qui dormaient dans leur cave ou dans leur garage, on a 250.000 vélos qui ont déjà été réparés. On en aura un million d'ici la fin de l'année, et donc je pense que c'est ça, c'est des actes, c'est des gestes très concrets pour les Français.

CAROLINE ROUX
Des gestes très concrets, comme vous nous l'expliquez ce matin, pourtant, depuis le départ de Nicolas HULOT, il y a toujours un doute sur les ambitions écologiques de ce gouvernement, de cette équipe, vous voyez la Une de la presse aujourd'hui avec un petit peu de malice, tout le monde explique qu'Emmanuel MACRON passe au vert, et vous venez de nous expliquer qu'il l'était, en tout cas, qu'il avait amorcé la transition écologique avant ces élections municipales. Comment est-ce que vous l'expliquez ce doute sur les vraies ambitions de cet exécutif, sur les questions écologiques ?

Élisabeth BORNE
Enfin, vous savez, je pense qu'il y a toujours des gens pour nous dire : vous n'allez pas assez loin, vous n'en faites pas assez, je pense que ce qui est important, c'est que les propositions des 150 Français, elles nous donnent un cadre, une feuille de route, et c'est ce qu'on va mettre en œuvre d'ici la fin du quinquennat, ça répond aux aspirations des Français, et c'est ce qu'on va faire.

CAROLINE ROUX
C'est-ce qu'on va faire avec vous à cette place-là ? On verra ?

Élisabeth BORNE
C'est le président de la République qui en décidera.

LAURENT BIGNOLAS
Merci Mesdames. Le dire, c'est bien, le faire c'est mieux, effectivement. On connaît tous la formule. Vous serez sans doute intéressée par ce sujet très vert que nous développerons tout à l'heure juste après la pause publicitaire, il s'agit de la création de cette plus grande ferme d'Europe qui se trouve sur les toits de Paris tout simplement. A tout de suite, je compte sur vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er juillet 2020