Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, à BFM Business le 5 juin 2020, sur le redémarrage de l'industrie du bâtiment après la période de confinement et l'apprentissage.

Texte intégral

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
A huit dix-neuf je suis avec Julien DENORMANDIE, le ministre chargé de la Ville et du Logement, bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes dans l'actualité pour deux raisons, d'abord le BTP, le redémarrage de la construction, on va en parler, et puis le plan d'apprentissage parce qu'en tant que ministre de la Ville c'est très important pour les quartiers qui fournissent des bataillons d'apprentis qualifiés, de leur donner effectivement du travail à la rentrée, on va parler de ces deux sujets. On va commencer par la construction et le BTP, on en est où dans le redémarrage des chantiers ? Emmanuel LECHYPRE nous le disait, les derniers chiffres de la CAPEB et de la FFB, 83% des chantiers ont redémarré mais seuls 50% tournent aujourd'hui à taux plein, est-ce que vous êtes encore un peu déçu de la vitesse du redémarrage de la construction ?

JULIEN DENORMANDIE
Ce que je constate c'est que la reprise est là et surtout que l'envie de reprise est pleinement là.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ah je vous confirme !

JULIEN DENORMANDIE
J'ai été sur plusieurs chantiers depuis la fin du confinement et je peux vous dire qu'il y a une envie de la part de tous, des entrepreneurs, des entreprises, des salariés, de reprendre les chantiers et la construction. Cette envie est partagée pleinement par les Français qui attendent d'avoir leur logement également à fournir. Les derniers chiffres dont on dispose datent maintenant du 28 ou du 29 mai, ils étaient effectivement à 83% des chantiers qui ont été repris. Depuis lors, d'autres ont repris parce que ce 83% 10 jours avant il était à 50% !

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est vrai.

JULIEN DENORMANDIE
Donc on voit que cette reprise est vraiment là. Quand vous prenez l'Ile-deFrance par exemple, la Fédération des promoteurs immobiliers la semaine dernière a indiqué que sur l'Ile-de-France 95% des chantiers reprenaient. Maintenant on a un défi principal c'est notamment les chantiers de petite taille avec les artisans et, moi je le dis très clairement aux Français, il faut faire confiance aux artisans, il faut faire rebosser les artisans !

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il ne faut pas craindre que pour des raisons sanitaires de faire venir des gens chez vous par exemple pour des chantiers…

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Et ce qu'on a réussi à faire pour les chantiers de grande taille, c'est-à-dire un guide sanitaire avec des mesures qui permet de reprendre la construction et ces chantiers-là on l'a fait aussi pour les chantiers de petite taille avec les artisans. Les artisans…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Parce que vous sentez encore des réticences des Français de faire revenir des artisans chez eux ?

JULIEN DENORMANDIE
Ca peut arriver, en tout cas ce qu'on constate c'est que pour les artisans c'est parfois plus dur, la CAPEB et son président Patrick LIEBUS fait un boulot formidable. On était là aussi sur des chantiers avec Patrick LIEBUS il y a quelques jours pour en appeler à tous les Français en disant « faites confiance à vos artisans », je crois que c'est très important parce que toutes ces mesures sanitaires ont été prises, elles ont été définies avec les artisans et aujourd'hui on peut faire revenir chez soi les personnes pour faire la rénovation en toute sécurité.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que dans le projet de loi de finances rectificative qui sera déposé en Conseil des ministres la semaine prochaine il y a des bonnes surprises justement pour les Français qui vont faire des travaux ? Est-ce qu'il faut les encourager encore davantage pour les travaux de rénovation énergétique par exemple ? Ca serait une bonne occasion de faire revenir les artisans chez soi.

JULIEN DENORMANDIE
Il y a un formidable outil qu'on a créé en début d'année qui est passé un peu inaperçu parce que depuis lors il y a eu le confinement qui est un nouvel outil qui s'appelle MaPrimeRenov. Vous savez, avant il y avait un crédit d'impôt pour les travaux énergétiques, c'était quoi le problème de ce crédit d'impôt ? C'est que vous faisiez les travaux et puis vous aviez la subvention de l'Etat un an après. Et la conséquence c'est quoi ? C'est que tous les ménages modestes ne pouvaient pas le faire. Et donc on a transformé tout ça, ça a été beaucoup de travail et on a créé un nouvel outil qui s'appelle MaPrimeRenov qu'on va continuer à améliorer, je le dis très clairement, on va continuer à l'améliorer. Aujourd'hui…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est-à-dire dès la semaine prochaine il y aura peut-être des annonces là-dessus ?

JULIEN DENORMANDIE
Non parce que c'est des projets de loi de finances…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dans le plan de relance de septembre ?

JULIEN DENORMANDIE
Par exemple ou dans le projet de loi de finances de fin d'année mais on va continuer à l'améliorer, cette prime qui existe depuis début janvier et qui est très importante parce qu'elle est simple d'utilisation. Elle a continué à fonctionner pendant tout le confinement avec le travail fait par les agences de mon ministère et là aussi toute personne voulant faire des travaux de rénovation chez soi, un seul réflexe, maprimerenov.fr.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va regarder. Les professionnels du bâtiment, on a obtenu un document du secteur de la Fédération française du bâtiment qui nous dit « toutes ces mesures sanitaires qu'on nous a imposées ça a un surcoût, ils évaluent ce surcoût à 11 milliards d'euros ». Ils disent « c'est compliqué de répercuter ça sur les promoteurs, sur les clients, en tout cas pour nous ça va nous coûter huit milliards d'euros, il faut que Julien DENORMANDIE nous fasse un chèque de huit milliards d'euros pour compenser ». Est-ce que vous allez faire ce chèque ?

JULIEN DENORMANDIE
Ce qui est sûr c'est que ce sujet des surcoûts est important, ça n'a pas été le seul, on avait d'abord les questions sanitaires, on avait ensuite beaucoup de questions juridiques, on a passé trois textes juridiques depuis le début du confinement. Et aujourd'hui on a cette question des surcoûts, qu'est-ce qu'on fait avec les professionnels ? On s'est mis d'accord sur un ensemble de documents pour permettre projet après projet de déterminer qui prend en charge ces surcoûts. Quand le maître d'ouvrage est public par exemple, moi j'ai donné instruction parce que je pilote beaucoup d'établissements publics d'aménagement que l'ensemble de ces établissements publics puissent faire preuve de bienveillance, d'ouverture pour que des solutions soient trouvées.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et donc d'augmenter un peu la rémunération des fournisseurs.

JULIEN DENORMANDIE
De répartir le surcoût, évidemment il n'est pas normal que les surcoûts ne soient pris en charge que par certains, donc on a mis en place un cadre pour faire en sorte que le maître d'ouvrage puisse par exemple lorsqu'il est public prendre en charge une partie de ce surcoût. Maintenant sur le terrain il y a cette intelligence collective entre le promoteur, le maître d'ouvrage, l'opérateur, le constructeur qui fait que dans beaucoup de cas on arrive à trouver des solutions.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous me dites ce matin il n'y aura pas l'annonce dans les jours qui viennent d'une annulation de huit milliards d'euros de charges sociales ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais les surcoûts on les observe partout dans la société aujourd'hui, les surcoûts vous en avez partout, dans tous secteurs d'activité, ce que moi je dis c'est qu'on va continuer à accompagner les entreprises pour que des solutions projet après projet puissent à chaque fois être trouvées, je ne peux pas être plus clair. Et je crois que c'est ça qu'il nous faut faire, on a déjà beaucoup travaillé avec les fédérations notamment du bâtiment que je salue pour qu'on puisse élaborer les bonnes idées.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais pas de plan spécifique ?

JULIEN DENORMANDIE
Il y a des plans spécifiques sur le bâtiment. Je vous donne un exemple, c'est quoi le défi aujourd'hui du bâtiment ? C'est de faire en sorte que les commandes nouvelles repartent et je tiens à le dire parce que souvent j'ai été critiqué sur ce sujet. Avant le confinement on a eu les chiffres de la construction et du logement, ils étaient en très forte hausse après plusieurs années où c'était difficile, on avait remis, la chose droite et, ça y est, c'était en très forte hausse. Le confinement arrivant évidemment qu'il y a moins de projets qui ont été lancés, mon défi aujourd'hui est de relancer tous ces projets et quand dans le projet loi de finances il y a une dotation très forte pour les collectivités locales, c'est-à-dire pour la commande publique, ça va dans le bon sens.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous souhaitez qu'elles utilisent cet argent pour construire de nouveaux logements.

JULIEN DENORMANDIE
Evidemment et je crois qu'elles aussi.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
L'autre sujet évidemment c'est le plan apprentissage du Gouvernement qui a été présenté hier, c'est très important parce que les apprentis notamment dans les quartiers dont vous vous occupez ont besoin d'avoir des employeurs qui leur proposent à la rentrée des contrats d'apprentissage. Tout à l'heure j'étais avec le président de l'ANAF, l'Association nationale des apprentis de France, il était très content, il a applaudi au plan mais, me disait-il, puisque désormais une entreprise peut avoir un apprenti de moins de 20 ans gratuitement, c'est ce qu'on obtient quand on fait le calcul des primes, est-ce que ça ne va pas décourager les chefs d'entreprise à prendre un apprenti sans rien lui faire faire ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi je ne crois pas, moi je crois à la force du collectif, tous vos collaborateurs sont des personnes avec qui vous avez d'ailleurs le plus souvent grand plaisir à travailler et envie de travailler avec eux. Donc vous ne vous posez pas la question de savoir s'ils vous coûtent un, deux, 10 ou 100, vous avez juste envie d'avancer ensemble, je crois que c'est pareil avec un chef d'entreprise et un apprenti. Après, c'est très important ce que nous avons annoncé hier, c'est d'abord une mobilisation générale pour l'emploi parce qu'on voit bien aujourd'hui, on a un défi, c'est le travail, le travail, le travail.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et puis est-ce qu'il y aura une génération Covid, une génération sacrifiée, les 700.000 jeunes qui vont arriver sur le marché ?

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, donc c'est lutter contre le chômage et notamment le chômage des jeunes dans les quartiers mais dans tous les territoires. Et donc face à ça il y a une solution qui marche très bien, ce n'est pas la seule mais elle est très importante, c'est l'apprentissage. Hier on a annoncé des primes exceptionnelles…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
5.000 euros pour les PME…

JULIEN DENORMANDIE
Les moins de 18 ans, 5.000 euros.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pour les moins de 18 ans, pardon, et pour toutes les boîtes.

JULIEN DENORMANDIE
Et 8.000 euros pour les plus de 18 ans, 5.000 pour les moins de 18 ans, 8.000 pour les plus de 18 ans, et avec des primes qui sont ouvertes aux entreprises qu'elles aient ou pas plus de 250 salariés.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Avant c'était réservé aux entreprises de moins de 250 salariés.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Et donc on a ouvert tout cela pour faire en sorte que les entreprises reprennent des apprentis pour faire en sorte que les jeunes ne soient pas sacrifiés par le Covid et pour matérialiser cette mobilisation générale pour l'emploi, c'est ça notre cap depuis le premier jour d'ailleurs et qu'on va renforcer encore.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On a donné aussi un délai supplémentaire aux jeunes, six mois au lieu de trois mois, pour trouver un maître d'apprentissage, est-ce que c'est suffisant, est-ce qu'il ne fallait pas donner un an ?

JULIEN DENORMANDIE
On verra mais je crois…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ah « on verra » !

JULIEN DENORMANDIE
On verra, ce n'est pas moi qui pilote ce dossier-là mais ce que je veux dire c'est qu'on verra si ça marche. Vous savez, ces décisions qui ont été prises par le Gouvernement avec les partenaires sociaux font suite à des consultations, Muriel PENICAUD connaît très, très bien ce sujet et j'imagine que cette décision a été prise parce que justement les CFA, les centres de formation d'apprentis, se sont mis d'accord avec la ministre sur ce sujet.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup, Julien DENORMANDIE…

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
…ministre de la Ville et du Logement, d'avoir été avec nous ce matin dans « Good Morning Business ». Dans un instant ce sera le rappel de l'essentiel de l'économie avec Faïza YOUNSI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 juin 2020