Interview de M. Christophe Castaner, ministre de l'intérieur, à BFM TV le 9 juin 2020, sur la question du racisme au sein des forces de l'ordre et les contrôles d'identité.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christophe CASTANER, bonjour.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Emmanuel MACRON vous a demandé d'accélérer le rythme et de présenter vos propositions pour améliorer la déontologie dans la police et la gendarmerie. Alors, conférence de presse hier, et vous êtes là, ce matin, je vous en remercie, Christophe CASTANER. La police ou la gendarmerie ne sont pas racistes, est-ce que des policiers et des gendarmes le sont ?

CHRISTOPHE CASTANER
Votre question est posée, vous savez, la police et la gendarmerie, elle ressemble à notre pays, elle a ses forces, elle a ses faiblesses, dans notre pays, le racisme existe, et la mobilisation mondiale et le relais que l'on voit en France contre le racisme après l'affaire George FLOYD est plutôt positive, et donc notre police, notre gendarmerie, parce qu'elle ressemble à la France, elle a en son sein des personnes qui sont racistes, mais attention, la police, la gendarmerie ne sont pas des institutions racistes, et je refuse qu'on puisse laisser penser cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, racisme dans la police ou la gendarmerie, ça existe donc, il y a des policiers ou des gendarmes racistes, combien de policiers et gendarmes ont été révoqués pour propos ou comportements racistes l'année dernière ?

CHRISTOPHE CASTANER
Peu, peu parce que les procédures…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais peu parce que les procédures prennent du temps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Peu, ça veut dire quoi peu ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais vous donner des chiffres, l'année dernière, il y a eu 30 enquêtes judiciaires engagées au sein de l'IGPN contre des policiers sur des propos racistes, 8 de ces enquêtes judiciaires ont été classées sans suite, parce qu'il n'y a pas d'éléments qui on été établis, et 22 ont été transmises à la justice pour que, ensuite, il y ait des sanctions judiciaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que ces policiers ont été révoqués ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, parce qu'il faut attendre la fin de la procédure, et c'est ce que je veux changer justement, parce qu'on a considéré qu'il y avait suffisamment d'éléments pour transmettre aux juges pour poursuivre, je pense qu'il faut une sanction administrative, la sanction administrative, qui est une sanction de prévention, c'est la suspension, dans ces 22 cas, 22 cas sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur 200.000, 150.000 policiers et combien de gendarmes, et 100.000 gendarmes.

CHRISTOPHE CASTANER
150.000 policiers et 100.000 gendarmes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
250.000 personnels des forces de l'ordre.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, et donc sur les 22 cas en question, par exemple, ça n'était pas le cas, eh bien, je veux maintenant qu'il y ait une suspension systématique, qui est une mesure administrative de prévention, parce que si l'IGPN a considéré que les faits étaient suffisamment avérés pour pouvoir transmettre à l'institution judiciaire, je considère que l'on doit effectivement suspendre ces 22 personnes, mais vous l'avez dit dans votre remarque, 22 personnes, c'est finalement très peu, mais c'est 22 personnes qui tachent l'uniforme de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y a que 22 personnes aujourd'hui parmi les policiers et gendarmes, enfin, c'est l'année dernière, qui tiennent des propos racistes ou qui commettent des actes racistes, vous êtes certain de ça, parce que, regardez les récentes affaires, regardez les récentes affaires, je vais y venir, mais vous avez dit, avant de venir sur les récentes affaires, vous avez dit : une suspension sera systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d'acte ou de propos raciste, je n'ai pas très bien compris, une suspension sera envisagée pour chaque soupçon avéré…

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, je vais être clair, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah oui, il faut être clair, parce que là, on n'a rien compris.

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais être clair, et je vais répondre à votre première question, puisque vous êtes déjà passé à la suivante, la première question, c'est : êtes-vous sûr qu'il n'y ait que 22 policiers racistes ? La réponse est non parce qu'il y a dans cette institution, comme dans beaucoup d'institutions, quelquefois, une forme d'omerta d'une parole qui ne se libère pas, et c'est la raison pour laquelle j'ai volontairement choisi l'expression « soupçon avéré », ce qui veut dire que le soupçon, c'est qu'il y a un doute, il y a une parole qui ne s'est pas libérée, quelquefois, elle doit se libérer, ensuite, il y a enquête, si l'enquête détermine qu'il y a des propos ou des comportements racistes, à ce moment-là, ils sont avérés, et je veux une procédure administrative ; les choses sont simples, la moindre alerte, parce que notre institution doit être plus exemplaire que d'autres encore, même si je le réaffirme, elle n'est pas raciste, et l'essentiel de nos policiers et de nos gendarmes ne sont pas racistes, antisémites ou homophobes, et ce sont des mots qui évidemment chacun d'entre eux condamne, mais en plus, combat au quotidien. Eh bien, chaque fois qu'on a des soupçons, on fait une enquête, et si l'enquête s'avère positive, à ce moment-là, c'est avéré et on engage une procédure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, bon, mais en ce qui concerne la suspension, la suspension de ces policiers ou de ces gendarmes, il y a quelques affaires récentes, donc la première, c'est l'affaire de Rouen où il y a des policiers qui ont tenu des propos racistes à l'encontre d'un autre policier noir, policier de 22 ans, qui s'appelle Alex, est-ce que les policiers qui ont tenu ces propos avérés sont suspendus ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, et ça montre bien le changement de doctrine…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pourquoi est-ce qu'ils ne sont pas suspendus ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais vous expliquer ça, ça montre le changement de doctrine que je veux, et je le lie à une deuxième affaire, celle de l'Ile-Saint-Denis où on entend deux policiers avoir des mots racistes, dans le dernier cas, j'ai su le lendemain quels étaient les auteurs, et j'ai engagé, c'était il y a 3 semaines, une procédure de suspension immédiate…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi est-ce qu'à Rouen, ils ne sont pas suspendus…

CHRISTOPHE CASTANER
Et à Rouen, ce qui s'est passé, c'est qu'effectivement, nous n'étions pas dans la procédure de suspension automatique que j'ai demandée hier, ce qui s'est passé, c'est qu'en janvier, nous avons connaissance des faits, nous avons immédiatement engagé une procédure administrative, et les 4 personnes incriminées passeront en conseil de discipline dans quelques semaines et seront sanctionnées, je n'en doute pas, en conseil de discipline, et en même temps une enquête pénale, mais, l'usage dans cette maison…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ces policiers ne sont pas suspendus et l'un d'entre eux a même assuré la sécurité lors de la visite de la Garde des sceaux à Rouen vendredi dernier !

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, ça, j'ai entendu votre interview de Nicole BELLOUBET à qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai ou c'est faux ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je n'en sais rien, je n'ai pas vérifié.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais moi, je peux vous dire que c'est vrai.

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne mets pas ça en cause. Mais ce que je peux vous dire, c'est que justement, cette doctrine-là n'était pas appliquée, c'est un des éléments que j'ai annoncé hier, parce que je regrette qu'en janvier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que la doctrine a été appliquée pour l'Ile-Saint-Denis mais pas appliquée pour Rouen.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, et c'est pour ça que j'ai décidé de généraliser, ce que j'ai fait, il y a 3 semaines, sur l'île Saint-Denis à l'ensemble des cas, je vais même vous dire que quand j'ai lu le rapport sur Rouen, j'ai été profondément choqué, j'ai demandé que l'on lance la procédure administrative, et je regrette de ne pas avoir expressément demandé la suspension immédiate, on apprend, on apprend aussi de notre institution, et c'est la raison pour laquelle j'ai signé vendredi dernier une circulaire au directeur de la police nationale, de la gendarmerie nationale, de la sécurité intérieure pour que nous puissions engager systématiquement, quand les faits sont avérés, il ne s'agit pas de mettre en cause la présomption d'innocence des policiers et des gendarmes qui ont le droit d'être défendus, et ils doivent l'être, et je suis le premier à les défendre, mais quand les faits sont avérés, effectivement, d'engager une procédure administrative avec suspension si les faits sont racistes, antisémites ou homophobes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et dans le cas de ces groupes de parole sur les réseaux sociaux, là encore, certains groupes de parole, on ne peut entrer dans le groupe que si l'on donne son matricule de police, d'après ce que dit StreetPress, je ne sais pas si c'est vrai ou pas, mais…

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord, on va laisser l'enquête se dérouler, et vous avez noté que dès que j'en ai eu connaissance, j'ai immédiatement saisi le procureur, parce que c'est par les moyens judiciaires que nous verrons si en son sein, ce sont des policiers et des gendarmes, si les administrateurs sont des policiers…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sont des policiers et des gendarmes, que faites-vous ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ah mais, si ce sont des policiers et gendarmes, et que ces propos sont considérés comme publics, et ça, c'est une définition juridique qui appartient au procureur, j'engagerai des procédures administratives de sanctions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucun policier ne sera suspendu pour soupçon de racisme, c'est ce qu'a dit Marine LE PEN…

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr que non, mais Marine LE PEN comme d'habitude dit n'importe quoi et veut donner des leçons, évidemment, personne n'est suspendu pour soupçon, le soupçon, ce n'est pas la mise en cause un individu, et c'est pour ça que je veux que les faits soient avérés, dans une même phrase, on peut utiliser plusieurs mots.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Christophe CASTANER, George FLOYD, il y aura des manifestations un peu partout en France aujourd'hui, obsèques de George FLOYD aux Etats-Unis, est-ce que ces manifestations sont autorisées ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, elles ne le sont pas dans les faits, parce qu'il y a un décret du Premier ministre dans le cadre de la deuxième phase du déconfinement qui interdit les rassemblements de plus de 10 personnes, mais comme je l'ai dit hier dans mon discours, je crois que l'émotion mondiale, qui est une émotion saine sur ce sujet, dépasse au fond les règles juridiques qui s'appliquent, j'invite chacun à faire attention à pratiquer les gestes barrières, mais nous ne souhaitons pas réaffirmer l'interdiction qui est de droit, qui est de fait, et il n'y aura pas de sanction et de procès verbal pour la participation à cette manifestation, parce qu'il y a des moments, il faut comprendre que cette émotion-là, et je le redis, qui est une émotion forte, positive, elle puisse être soutenue, et je sais aussi que ceux qui iront manifester ne considèrent pas, dans leur très grande majorité, que la France, c'est les Etats-Unis, ne considèrent pas qu'il y a aujourd'hui une police raciste antisémite ou homophobe, et je sais qu'ils sont dans cette émotion, ce combat contre le racisme. Vous savez ce combat contre le racisme, c'est ce qui m'a fait, moi, comme militant, comme jeune homme, comme militant, c'est ce qui m'a fait aussi dans mon engagement politique, dans certaines de mes décisions politiques, et donc je comprends parfaitement ceux qui veulent manifester.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous seriez prêt à mettre un genou à terre ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez, je crois que la politique… non, mais je vais vous répondre, je crois que la politique, elle est faite de symboles, si ce symbole a été utile à combattre le racisme, je serais parfaitement à l'aise de le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, faites-vous la comparaison entre la mort de George FLOYD et celle d'Adama TRAORE ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non, parce que les deux n'ont strictement rien à voir, 8,46 minutes de faute raciste commise par un policier sous le regard de 3 autres policiers, je crois aux Etats-Unis, ça n'a strictement rien à voir avec ce que je sais de l'affaire Adama TRAORE, maintenant il y a une justice en France. Elle instruit l'enquête qui a été ouverte après le décès d'Adama TRAORE, qui effectivement est une épreuve pour sa famille, pour ses proches, et maintenant, c'est à la justice de dire le droit, il y a eu 10 enquêtes ouvertes, le procureur de la République l'a rappelé hier, 10 expertises judiciaires et médicales ont été engagées, réalisées. Il y a des auditions qui sont programmées, là aussi, le procureur a rappelé hier, il est important que la justice soit la même pour tous, mais la justice, ça n'est pas celle de l'émotion, ça n'est pas celle des réseaux sociaux, ça n'est pas celle des commentateurs, c'est celle du droit et des juges.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, et ce n'est pas celle non plus du président de la République, pardonnez-moi, quand Emmanuel MACRON demande à Nicole BELLOUBET, Garde des sceaux, de se pencher sur le dossier Adama TRAORE, ça ne vous choque pas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, ça ne me choque pas, vous savez, il y a quelques mois, il y a un homme qui est mort à Paris lors d'une interpellation policière, monsieur Cédric CHOUVIAT, j'ai immédiatement reçu la famille, non pas pour rentrer dans la procédure judiciaire, mais pour donner toutes les informations publiques qui étaient à ma disposition. Madame la Garde des sceaux a proposé un rendez-vous avec les amis et le collectif d'Adama TRAORE, comme une main tendue pour apaiser, et le collectif le refuse, ils ont refusé cette main tendue, au fond, je sens qu'ils veulent faire aussi un procès médiatique et politique, non, le procès doit se faire devant les juges.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais n'est-ce pas logique de refuser que la Garde des sceaux vienne s'immiscer dans une affaire, même si elle va…

CHRISTOPHE CASTANER
Elle ne s'immisce en rien, Jean-Jacques BOURDIN, elle reçoit, elle donne de l'humanité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sauf que parce que l'affaire est médiatique, pardon, pardon, Christophe CASTANER, mais parce que l'affaire est médiatisée, est médiatisée, le président de la République intervient, demande à Nicole BELLOUBET de se pencher sur le dossier Adama TRAORE, j'ai reçu Nicole BELLOUBET vendredi dernier, vous savez ce qu'elle m'a dit, parce que je lui ai posé la question sur l'aspect judiciaire, s'il y a quelqu'un qui ne peut pas parler, c'est bien moi, disait-elle, et voilà que deux jours après, le président de la République lui demande d'intervenir dans l'affaire Adama TRAORE, d'intervenir !

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, je suis désolé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De se pencher sur le dossier, de se pencher sur le dossier, ça veut dire quoi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Donner de l'empathie, donner de la fraternité, recevoir les parents, recevoir les frères et soeurs qui sont mobilisés, recevoir les amis d'Adama TRAORE pour leur garantir la transparence, parce que la garde des Sceaux, elle est la garante justement de cet équilibre de la justice ; je ne pense pas que ce soit s'immiscer, personne ne veut s'immiscer dans cette affaire, et vous savez, la Garde des Sceaux, qui était au Conseil constitutionnel précédemment, sait parfaitement cela, et si elle a proposé un rendez-vous, c'est parce qu'elle pense qu'à des moments donnés, il faut apaiser la société, la société a besoin d'être apaisée, elle a besoin de fraternité, elle a besoin d'empathie, c'est-ce que la Garde des sceaux a souhaité faire ; l'exercice est difficile, vous avez dit que vous y reviendriez, mais, quand j'ai reçu la famille de Cédric CHOUVIAT, nous étions en plein dans cette émotion, émotion qui perdure, c'était un rendez-vous extrêmement difficile pour eux, pour moi aussi, mais j'ai souhaité qu'il ait lieu pour leur dire, 1°) : pourquoi je ne suspendais pas, et ça revient sur la question que vous me posiez tout à l'heure, les 4 policiers, parce que je n'avais aucun élément qui permettait de les incriminer, ni le procureur non plus, et donc je défends la police, et je refuse de céder au tribunal médiatique, et à l'inverse, je leur ai donné un engagement, celui de revoir en profondeur les gestes techniques pour voir s'il y avait des gestes techniques qui posaient problème, non pas dans l'interpellation de Cédric CHOUVIAT, mais en réalité, dans l'ensemble des actes que nous faisons au quotidien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, alors, justement, ce matin, le père de Cédric CHOUVIAT était avec moi sur RMC, il ne comprend pas. Franchement, il ne comprend pas pourquoi les policiers incriminés dans la mort de son fils sont encore en activité.

CHRISTOPHE CASTANER
Je vous ai répondu, parce que rien dans les faits tels que je les connais n'établit une faute de ces policiers, je sais l'émotion du père, et je la comprends parfaitement, et je la comprends parfaitement, je suis papa aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il est mort…

CHRISTOPHE CASTANER
Oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il est mort Cédric CHOUVIAT. Il est mort lors d'une interpellation, il était en scooter il est interpellé, et il meurt, asphyxie, fracture du larynx, dit l'autopsie…

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais l'autopsie, elle ne dit pas que c'est la conséquence de l'intervention des policiers. Et moi, je ne suis pas juge, il ne m'appartient pas de décider, je suis aussi le garant à ma place de la défense des policiers et des gendarmes, et donc si le procureur de la République me dit, avant même la fin de l'instruction, oui, il y a une faute de la part des policiers, je m'engage à la suspension immédiate, mais j'ai besoin que des gens qui ne sont pas dans l'émotion, à la fois le père, à la fois moi aussi, comme garant et chef de ces policiers, et donc je me sens impacté par ce qui s'est passé, si une instance indépendante, le juge me dit : oui, il y a faute, à ce moment-là, il y a décision, mais ça n'est pas le tribunal de l'émotion qui doit s'appliquer dans notre pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, plaquage ventral ou étranglement dans le cas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne sais pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne savez pas…

CHRISTOPHE CASTANER
Parce qu'il y a plusieurs caméras qui ont filmé cette scène, et je n'ai pas ces images à disposition. Par contre, ce que je sais, c'est que le plaquage ventral, dont on a beaucoup parlé dans les médias, etc., n'existe pas techniquement, ça n'est pas, et je l'ai déjà dit d'ailleurs, je crois même à ce micro avec vous, le plaquage ventral, c'est une technique qui n'est pas enseignée, qui n'existe pas, il peut arriver que nous positionnons quelqu'un qui est interpellé au sol, et c'est nécessaire, pour le menotter notamment, je rappelle que quand il y a interpellation, la meilleure façon d'éviter cela, c'est de répondre ok quand on vous demande de vous arrêter, quand vous résistez, il est normal que les policiers puissent avoir des moyens d'intervention, dans ces moyens d'intervention, pour mettre les menottes, le plaquage au sol, qui n'est pas le plaquage ventral dénoncé, est utile, mais ensuite, il faut qu'il soit le plus rapide possible, et j'ai demandé, et je l'ai annoncé hier, qu'en aucun cas, il y ait une pression sur la tête ou sur la nuque.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que le plaquage ventral n'existe pas, dites-vous, donc étranglement…

CHRISTOPHE CASTANER
Je vous dis, c'est une technique qui n'est enseignée à aucun moment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et technique d'étranglement, non, fini ?

CHRISTOPHE CASTANER
Donc je pourrais me faire plaisir, Jean-Jacques BOURDIN, et dire : j'annule le plaquage ventral, comme il n'est pas enseigné, ce serait franchement se moquer du monde…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez la technique, la méthode d'étranglement, ça, on est d'accord ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, la méthode d'étranglement, ce qui est différent, j'ai décidé de l'annuler, pourquoi, d'abord, parce que personne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi, parce que les policiers ne comprennent pas, et gendarmes, tous ceux qui ont réagi…

CHRISTOPHE CASTANER
Hop, hop, hop, je me permets de vous corriger, Jean-Jacques BOURDIN, je vais revenir sur les policiers et gendarmes. D'abord, je pense que personne ne doit risquer sa vie lors d'une interpellation, or la technique de l'étranglement, sur la base du rapport qui m'a été remis, il y a quelques jours, par le directeur général de la gendarmerie nationale et par le directeur général de la police nationale, peut être dangereuse, c'est la raison pour laquelle j'ai demandé qu'elle soit abandonnée et qu'elle ne soit plus apprise dans les écoles de formation, j'ai demandé aussi que dorénavant, chaque année, tous les policiers et gendarmes qui interviennent dans la rue fassent l'objet d'une formation permanente sur les différents gestes techniques et donc sans l'étranglement. Et je vous corrige sur un point, vous dites : policiers et gendarmes, mais non, les gendarmes ne pratiquent pas dans notre pays l'étranglement, les policiers, oui. Depuis des années, les gendarmes ne le pratiquent pas, et pourtant, les gendarmes interpellent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, mais les policiers la pratiquent cette technique…

CHRISTOPHE CASTANER
Ils la pratiquent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et disent que sans cette pratique, parfois, dans certaines conditions, lorsqu'on est confronté à un délinquant, évidemment, qui ne veut pas être arrêté, eh bien, on n'a pas d'autre solution…

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois qu'il y a d'autres solutions techniques, c'est ce que me disent les professionnels du groupe de travail, la clé de bras, le balayage, le coup de pied peut permettre, le coup de pied à la jambe peut permettre cela, ensuite, il y a des moyens intermédiaires qui peuvent nous aider aussi, le bâton télescopique, et quelquefois, ce qu'on appelle le pistolet à impulsions électriques servira aussi. Ce que je sais, c'est que c'est une technique qui a été a apprise, qui est utilisée, donc il faut très vite que nous donnions à nos forces de sécurité intérieure d'autres moyens techniques d'intervenir, c'est ce sur quoi je m'engage au moment où je vous parle, parce que je sais l'importance, je sais le risque, je sais la tension au moment d'une interpellation, mais si une pratique est pratiquée par la police et pas par la gendarmerie depuis de longues années, déjà, ça doit nous interroger, mais j'ai un rapport aujourd'hui qui me dit que la technique de l'étranglement est dangereuse, et donc je ne souhaite pas maintenir, y compris pour protéger mes gars, pour protéger les policiers, je ne soit pas maintenir cette technique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, revenons aussi sur le cas de Gabriel, cet ado ou préado, 14 ans, arrêté à Bondy le 25 mai, alors il est accusé par les policiers de l'avoir frappé, le blessant sérieusement à l'oeil… (sic)… il accuse des policiers, pardon, il tentait de voler un scooter, il a commis une faute, plus qu'une faute, un délit, il tentait de voler un scooter, 4 policiers l'ont interpellé. Il dit que les policiers l'ont frappé à coups de pied en le blessant sérieusement à l'oeil, vous dites : je suis troublé par cette affaire.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites je suis troublé, mais là encore, les policiers ne sont pas suspendus, non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, là encore, il faut laisser un peu le temps à l'instruction et au contradictoire. D'abord, il n'est pas normal qu'un homme, et en particulier un jeune homme de 14 ans, au moment de cette interpellation, soit blessé, une interpellation n'a pas vocation à blesser celui que l'on interpelle. Ensuite, il y a deux explications, celle du jeune homme et celle des policiers, qui sont totalement contradictoires. Il ne m'appartient pas à moi de dire qui a raison, par contre, j'ai saisi l'IGPN immédiatement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi êtes-vous troublé alors ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais parce que je ne comprends pas l'explication qui m'est donnée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par les policiers ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, je ne la comprends pas, et donc j'ai saisi l'IGPN sur cette base, parce que je ne la comprends pas, parce que les chefs ne la comprennent pas. Ils sont plus à même que moi d'ailleurs d'apprécier, et donc j'ai saisi l'IGPN qui est en train de faire des auditions contradictoires, qui est en train de regarder le rapport entre l'expertise médicale, qui vient d'arriver, il y a peu de temps, sur les blessures de ce jeune homme, et la déclaration des policiers. Et s'il y a contradiction, ça veut dire qu'effectivement, il y a présomption de faute, et à ce moment-là, je demanderai aux policiers de s'expliquer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les interpellations et les contrôles d'identité, là aussi vous avez lu évidemment tous les rapports, notamment celui du Défenseur des Droits. Alors obligation d'afficher le matricule lors de ces contrôles, de mieux l'afficher pour qu'on puisse le lire. Ce n'est pas toujours facile quand on est à la poursuite de délinquants ou quand on est en train d'interpeller, afficher son matricule ce n'est pas si évident que ça. Vous êtes d'accord avec moi. Qu'est-ce qu'il y a encore ? Il y a recours aux caméras piétons un peu plus, recours aux caméras. Ça ne marche pas toujours les caméras piétons, il y a des problèmes.

CHRISTOPHE CASTANER
Tout ne marche pas parfaitement. C'est pour ça qu'il faut un ensemble…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les dysfonctionnements sont nombreux. J'ai lu un article dans Le Canard enchaîné récemment qui raconte qu'il y a de mauvaises prises de vue, les batteries qui tombent rapidement à plat, les fixations pas solides.

CHRISTOPHE CASTANER
Non mais tout n'est pas parfait. C'est pour ça qu'il faut effectivement assumer de développer certaines matériels et les caméras piétons en font partie avec des caméras qui doivent avoir une meilleure autonomie que celle que nous avons aujourd'hui. Mais plus globalement, sur le contrôle d'identité d'abord, j'ai voulu hier et je le ferai par une instruction rappeler la doctrine. Les contrôles d'identité, ça ne peut pas être un délit de sale gueule, ça n'est pas un délit de sale gueule. Un contrôle d'identité doit être construit pour prévenir un risque à l'ordre public ou éventuellement, dans le cadre d'une recherche d'infraction, identifier dans la poursuite de l'infraction.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors pourquoi ne pas accepter une traçabilité des contrôles d'identité ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais tenter d'aller jusqu'au bout et je répondrai à cela. Et donc ce sont deux conditions uniques pour faire un contrôle d'identité. A partir de là, j'ai voulu rappeler ce principe-là, et ensuite faire en sorte qu'on puisse taire la polémique parce qu'en réalité elle est assez faible. Le nombre de contrôles d'identité est assez faible. Il existe dans certains endroits en France l'évaluation des agents par le nombre de contrôles d'identité. J'ai annoncé hier que nous supprimions cette évaluation-là qui, pour moi, n'a aucun sens. Et puis ensuite il y a différents moyens, notamment effectivement le RIO, dont - je vous corrige - il n'est pas difficile de le porter même dans une interpellation. On doit le porter en permanence. Il est accroché à votre vêtement, il doit être porté en permanence. Par contre celui qui est interpellé ou qui s'enfuit aura du mal à le lire mais dans ce cas-là, il porte rarement plainte celui-là. Et donc la réalité, c'est on affiche le RIO, c'est-à-dire le numéro d'identité du policier et ensuite on rappelle des règles. Pourquoi je ne suis pas favorable au récépissé ? Notamment parce qu'au moment du débat qui a eu lieu il y a quelques années sur ce sujet, la CNIL avait indiqué ses réserves au motif que si l'on faisait un fichier national des gens qui sont contrôlés, là où ils sont contrôlés et pourquoi ils sont contrôlés, c'est un fichier qui peut paraître aussi attentatoire aux libertés. Et donc je prends aussi cela en compte et donc c'est une procédure…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il n'y a pas une autre manière d'assurer une traçabilité des contrôles d'identité ? Est-ce qu'il faut assurer une traçabilité des contrôles d'identité, oui ou non ?

CHRISTOPHE CASTANER
En volume, oui ; de façon individuelle, je ne le crois pas. Et si en plus je veux aussi, et c'est ce que je fais tous les jours, défendre les policiers et les gendarmes sur le terrain, imaginer qu'ils doivent faire un rapport chaque fois qu'ils font un contrôle d'identité dans le cadre légal que j'ai rappelé me semble proposer non pas qu'on ait des policiers qui fassent leur métier de policier mais plutôt des policiers qui fassent des rapports. Moi les policiers, je les veux dans la rue pour sécuriser les protéger les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur la proposition de loi d'Eric CIOTTI d'interdire de diffuser les images des policiers et gendarmes, quelle est votre position ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je pense qu'on a besoin d'apaiser dans le débat politique. Pas de stigmatiser, pas d'emballer. Eric CIOTTI en a fait une spécialité, celle de l'effervescence à tout crin. Je pense aujourd'hui que poser le débat maintenant comme ça, est une provocation du débat public. Or non, moi je ne veux pas opposer la police aux Français. Au contraire, je veux tout faire pour rassembler les policiers et les Français. Aujourd'hui il y a des tensions qui existent, ce serait idiot de les nier. Et donc à partir de là, notre responsabilité c'est de tout faire pour les rapprocher, pas d'instrumentaliser l'émotion politique comme le fait dans sa proposition de loi Eric CIOTTI.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je change de sujet. Faut-il accélérer le déconfinement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez, il y a des travaux, une réunion a eu lieu hier soir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous êtes partisan d'une accélération, vous, du déconfinement ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord dans les faits, on a accéléré. On le voit bien dans les faits. J'ai travaillé comme ministre de l'Intérieur beaucoup sur ces sujets, on l'a fait petit à petit mais vu que les résultats sont bons, que le Conseil scientifique nous éclaire et que l'ensemble des sachants médicaux nous éclairent, on a accéléré. Il y a eu une réunion de travail hier, il y aura un Conseil de défense et de sécurité nationale jeudi sous la présidence du président de la République. Les décisions seront prises à ce moment-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez accélérer ?

CHRISTOPHE CASTANER
Les décisions seront prises à ce moment-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous allez accélérer probablement ; on verra. Prolongation…

CHRISTOPHE CASTANER
Je vous coupe pardon, excusez-moi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

CHRISTOPHE CASTANER
La bonne nouvelle, c'est que le déconfinement se passe bien dans notre pays et c'est cela que nous devons prendre en compte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Prolongation de l'état d'urgence sanitaire ou pas ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est un outil nécessaire sur certains points mais c'est un outil qui limite aussi les libertés publiques, et donc par nature, il doit être temporaire et encadré.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne sera pas prolongé.

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne le sais pas encore parce que la situation devrait être appréciée début juillet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et si elle s'arrange…

CHRISTOPHE CASTANER
Mais si tout va bien, personne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle ne sera pas prolongée.

CHRISTOPHE CASTANER
Si tout va bien, personne ne souhaitera la prolongation d'un état d'urgence. Si par contre on a le sentiment que pour lutter contre le virus… Et je voudrais profiter de votre micro pour dire que ce combat n'est pas fini, il n'est pas derrière nous. Le risque est présent, le virus est présent et le virus il se déplace à cause quelquefois de nos mauvais comportements. Donc attention : vigilance, distanciation physique doivent rester une règle que nous ayons tous à l'esprit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une question parce que ça circule sur les réseaux sociaux mais je voudrais avoir votre réponse. Est-ce que les manifestations de soignants le 16 juin seront interdites ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je veux dire, en droit elles le sont. Il y a un décret global qui a été pris par le Premier ministre qui interdit tous les rassemblements jusqu'au 21 juin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous souhaitez une interdiction ?

CHRISTOPHE CASTANER
Elles sont déjà interdites. Ensuite il y a l'attitude que nous adoptons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elles sont interdites mais elles seront tolérées si je comprends bien. Parce que je ne comprends plus.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non mais c'est simple. C'est simple parce que je l'assume parfaitement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les forces de l'ordre interviendront pour interdire…

CHRISTOPHE CASTANER
Jean-Jacques BOURDIN, je vais tenter de vous répondre. Mardi dernier, par les faits plutôt que par les mots, mardi dernier la manifestation devant le tribunal qui a rassemblé 23 000 personnes et c'est nous qui avons communiqué ce chiffre. La presse considérait beaucoup moins de monde et on a communiqué ce chiffre parce que c'est un chiffre important. J'ai veillé à ce qu'il n'y ait pas de procès verbaux qui soient adressés, j'ai veillé à ce que les forces soient à distance pour empêcher les casseurs, et à la fin il y a un petit groupe très marginal par rapport à ceux qui manifestaient et nous avons veillé à ne pas disperser la manifestation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc le 16, il y aura manifestation interdite mais tolérée.

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez, je n'ai pas connaissance de cette manifestation-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire qu'il y aura des soignants dans la rue.

CHRISTOPHE CASTANER
Non mais je n'ai pas connaissance de cela. Ensuite vous savez, il faut que la manifestation elle soit déclarée. La vraie difficulté en droit, il est important aussi de rappeler le droit et surtout les conditions sanitaires, et les personnels soignants le savent mieux que d'autres - une manifestation aujourd'hui c'est prendre le risque de diffuser le virus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Christophe CASTANER d'être venu nous voir ce matin sur RMC et BFMTV.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 juin 2020
 

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