Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, à France 2 le 19 juin 2020, sur l'ouverture des frontières et l'accueil des touristes étrangers pendant l'été.

Texte intégral

Q - Bonjour à vous, Jean-Baptiste Lemoyne.

R - Bonjour.

Q - Merci d'être avec nous ce matin. On l'entendait dans le journal, un nouveau sommet européen va se tenir aujourd'hui, toujours en visioconférence, c'est le dernier en principe du genre. L'actualité principale, c'est le plan de relance, ce fameux plan de relance de 750 milliards. Mais il y a une autre actualité qui a débuté il y a quelques jours, le 15 juin : c'est l'ouverture, du moins l'entre-ouverture des frontières européennes. Est-ce qu'on va aller plus loin ? A quel moment on pourra voyager en dehors de l'Union européenne ? C'est prévu pour quand et où ?

R - Alors l'idée, c'est de pouvoir, à partir du 1er juillet, mettre sur la table une liste de pays à l'international, d'où on pourra venir ou aller. Alors c'est un travail très intense qu'on fait entre Européens, parce que justement, ce qu'on veut, c'est que ce soit coordonné. Cela va se faire progressivement, et on va le faire à partir de données très objectives, épidémiologiques, comme le taux d'incidence. Et le travail se poursuit, nos ambassadeurs se retrouvent cet après-midi. On va finaliser cela en milieu de semaine prochaine. Et donc l'idée, c'est d'avoir peut-être une première liste d'une cinquantaine de pays qui ont maîtrisé l'épidémie, et pour lesquels on ne met pas en jeu justement la sécurité sanitaire des Français et des Européens.

Q - Alors, pour nos téléspectateurs qui ont envie de franchir les frontières de la France cet été, pour être déjà très clair, est-ce que toutes les frontières de l'Union européenne seront ouvertes à partir du 1er juillet ?

R - Alors, au sein de l'Union européenne, ça y est, depuis le 15 juin, ça se fait progressivement entre Etats membres...

Q - Il n'y aura pas d'exception ?

R - Et d'ailleurs j'ai dit à nos amis belges, j'étais à la frontière lundi dernier : "bienvenue en France", parce que nous serons très heureux de les accueillir. Maintenant, pour aller, destinations lointaines, je dois le dire aux Français, ça va prendre un peu plus de temps. Vous le voyez, ça va se faire progressivement. Tous les quinze jours, il y aura une actualisation de cette liste de pays qui ont maîtrisé l'épidémie, et donc c'est pourquoi j'encourage finalement à un tourisme tricolore, un été bleu-blanc-rouge.

Q - Mais alors, il y a par exemple une destination que beaucoup de Français choisissent l'été, c'est l'Amérique du Nord, le Canada, les Etats-Unis d'Amérique. Est-ce que par exemple on peut imaginer qu'à l'été, ces destinations-là seront possibles pour les Français qui souhaitent y voyager ?

R - Alors, je ne peux pas vous donner des listes de pays aujourd'hui, parce que le travail se poursuit sur les critères à prendre en compte, sur les tendances aussi, cela se fait de façon très précise avec notamment le centre européen de prévention et de contrôle des maladies. Et on voit, par exemple, vous évoquez le continent américain, l'Amérique latine, elle, comprend des pays pour lesquels en ce moment le virus circule de façon très active, on pense au Brésil. Donc il faudra être très précautionneux.

Q - Et les Etats-Unis, c'est une destination très prisée des Français. Est-ce qu'il y a une chance que l'on puisse se rendre aux USA cet été, par exemple ?

R - Réponse, milieu de semaine prochaine, parce qu'on aura fixé les indicateurs, et à partir de ces indicateurs, on aura la liste.

Q - Vous rencontrez dans l'autre sens donc, des touristes, vous incitez plutôt, vous le disiez à l'instant, les touristes à revenir en France. Est-ce que ça veut dire qu'il n'y a aucun risque de réimportation du virus avec l'arrivée de touristes étrangers dans notre pays, aujourd'hui ?

R - Alors, c'est pour cela que l'on prend toutes les précautions. Quand on regarde le taux d'incidence, le nombre de cas dans les pays, c'est cela qui guide nos décisions. Et au niveau européen, on le voit, on a à peu près tous maîtrisé l'épidémie. C'est ce qui a permis de lever un certain nombre de contrôles. Et c'est très important, parce que finalement les trois-quarts du tourisme international en France - vous savez qu'on est numéro un dans le monde, de ce point de vue-là - c'est un tourisme européen, ce sont des Hollandais, ce sont des Allemands, ce sont des Belges, des Italiens. Et on est prêt à leur dérouler le tapis rouge, parce que les professionnels du tourisme, vous savez, ils ont des fourmis dans les jambes, ils aiment accueillir, faire plaisir. Eh bien, je leur dis : bienvenue en France, pour passer un moment bienvenu, je crois, d'oxygénation, après des temps un peu traumatiques que l'on a connus.

Q - Vous déroulez le tapis rouge, mais est-ce que ces "étrangers" ont envie de le fouler, ce tapis rouge ? Est-ce que la France reste une destination attractive, en dépit de ce qui s'est passé ces derniers mois ?

R - Ecoutez, je me fais le VRP de la destination France...

Q - Et qu'est-ce que vous constatez ?

R - Et ce que je constate, c'est justement, c'est une envie de France, c'est des amoureux de la France, des gens d'ailleurs qui, parfois, ont acquis une résidence secondaire, ont pris des habitudes dans tel ou tel camping et qui souvent m'interpellaient sur les réseaux sociaux en me disant : "Mais est-ce que je pourrai venir ? Est-ce que je pourrai venir ?". Désormais on est en mesure de leur dire : oui ! Tout cela va se faire dans le respect de règles sanitaires parce que les professionnels, et je veux leur tirer mon chapeau, ont mis en place des protocoles, ce qui fait qu'on va pouvoir...

Q - Mais vous avez déjà des chiffres, Jean-Baptiste Lemoyne, en termes de réservations, vous parlez d'envie de France, mais ça, c'est un peu immatériel, si j'ose dire.

R - Eh bien, des chiffres très concrets. La Fédération nationale de l'hôtellerie de plein air nous a signalé que dimanche dernier, ils étaient passés de 10 à 22 % de clientèle européenne dans leurs réservations, alors que la moyenne en temps normal, c'est 30 %. Donc on voit bien que le rattrapage s'est fait : on a doublé en quelques jours. C'est le fruit justement de ce déclic psychologique qui s'est fait, je crois, chez les Européens. Et c'est heureux, parce que, par exemple, ce sont des clientèles qui dépensent pas mal d'argent sur nos territoires, et donc qui vont permettre de relancer cette machine. Vous savez, le tourisme a été touché de plein fouet et les professionnels ont besoin que cela reparte.

Q - Certains disent que le climat social tendu, certaines images de violences ou encore les scènes de guerre urbaine, qu'on a pu voir à Dijon, ça peut freiner, comme vous dites, l'envie de France ? C'est une réalité ?

R - Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas la meilleure carte postale, je vous l'accorde. Maintenant, la destination France est très résiliente. Vous savez, on a eu, on a connu des attentats en 2015, on a connu des mouvements également violents avec les Gilets jaunes en 2018. Eh bien, à chaque fois, la destination France, elle s'est montrée résiliente, elle a traversé ces événements...

Q - Elle a beaucoup perdu aussi.

R - Et donc, naturellement, il y a un impact post-Covid qui est là, qui est évident. Mais ce que je veux dire, c'est qu'il y a cette conscience de la part des Européens que finalement, pour faire le tour du monde, il suffit de venir en France, parce qu'on est un condensé du monde. On a, regardez, des littoraux très différents, entre la plage des Landes, la crique méditerranéenne, des montagnes très différentes, bref, il y en a pour tous les goûts !

Q - Très bonne agence de tourisme, ça il n'y a pas de doute. Mais est-ce que ... Vous êtes d'accord Laurent...

Q - Ah, très belle vente !

Q - Bon, au-delà de cette vente, il y a des chiffres. L'hôtellerie et la restauration ont souffert, beaucoup, pendant ces trois mois de fermeture...

R - Bien sûr.

Q - Est-ce qu'elles vont rattraper le temps perdu ? Est-ce qu'il n'y a pas... Il faut dire les chiffres tels qu'ils sont : il y a des trains qui sont annulés faute de réservations. Est-ce qu'on n'a pas tellement dit aux gens de ne pas, justement, prendre de risque, de redouter la seconde vague, et qu'aujourd'hui il y a une frilosité ? Vous parlez de déclic, mais ce déclic n'a pas encore eu lieu, Jean-Baptiste Lemoyne.

R - Alors, en fait, ça dépend des hébergements et ça dépend des modes de transport. On constate que par exemple les locations, les gîtes de France, eh bien ils ont multiplié par dix le nombre de réservations quotidiennes. Je crois qu'on va aussi redécouvrir, peut-être, la maison de famille. Bref, on va aller dans des endroits où on se sent en sécurité.

Et s'agissant des modes de transport, je veux le dire, il n'y a aucun risque. Ils se sont tous adaptés, transporteurs aériens, transporteurs ferroviaires. Mais c'est vrai qu'on peut constater, peut-être, une envie d'utiliser son véhicule personnel, c'est une sorte de bulle, on se sent peut-être plus en sécurité. Mais quel que soit le mode de transport, sachez que les professionnels se sont préparés.

Q - Mais ça, vous devez le déplorer ? A l'heure où justement la convention pour le climat rend son verdict, on incite plutôt à prendre le train, des transports collectifs. Or, ces trains-là, ils sont soit peu remplis, soit carrément supprimés faute de réservations.

R - Bien sûr, mais vous savez, mon collègue des transports, Jean-Baptiste Djebbari, par exemple, travaille sur une relance des trains de nuit, pour desservir un certain nombre de destinations. C'est très précieux, très utile, je pense à la montagne. Mais ce que je veux dire, c'est que ce moment que nous avons vécu, il génère aussi des changements de comportements. Et de mon point de vue, je veux travailler à un tourisme qui soit plus durable, plus soutenable. C'est la feuille de route que j'ai pour les prochains mois, les prochaines années.

(...)

Q - Merci, Jean-Baptiste Lemoyne.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 juin 2020