Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à France Info le 16 juillet 2020, sur le suivi du coronavirus et le port obligatoire du masque en lieux clos, la France des "territoires" et le plan de relance.

Texte intégral

NICOLAS TEILLARD
Bonjour Gabriel ATTAL, on reviendra évidemment sur le discours de Jean CASTEX hier devant les députés, discours de politique générale. Un mot de la situation sanitaire d'abord avec cette inquiétude concernant le département de la Mayenne écoutez ce que disait il y a quelques minutes Olivier VERAN le ministre de la Santé.

(…)

NICOLAS TEILLARD
Gabriel ATTAL, est-ce qu'on est là précisément sur ce qui était redouté ?

GABRIEL ATTAL, PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT
On a une vigilance et une préoccupation absolue depuis la fin du confinement pour qu'il n'y ait pas de deuxième vague en France ce qui nous invite à suivre en permanence les indicateurs, à regarder ce qui se passe sur l'ensemble du territoire français et ce qui nous invite surtout à relayer les messages de ne surtout pas relâcher sur les gestes barrières et sur les consignes sanitaires qui sont communiquées, le ministre de la Santé l'a dit, il y a plusieurs territoires sur lesquels les préoccupations sont plus fortes, il la cité la Mayenne c'est le cas aussi de la Guyane évidemment où le Premier ministre s'est rendu il y a quelques jours, il a indiqué qu'il y avait des signes et des signaux faibles comme il a dit dans les hôpitaux parisiens, ça invite à maintenir absolument les gestes barrières et la vigilance de tous les Français.

NICOLAS TEILLARD
Dans ce cas-là, pourquoi attendre le 1er août pour imposer le port du masque dans les lieux fermés ?

GABRIEL ATTAL
Sur ce point, le président a annoncé qu'il souhaitait qu'on rende obligatoire le port du masque dans les lieux clos recevant du public, il y a forcément un travail juridique, technique qu'on mène le plus rapidement possible pour définir la qualification des lieux, les sanctions, mais je pense que ce qui est important c'est que le message c'est qu'il faut dès à présent porter le plus largement et le plus régulièrement possible sans masque c'est ça le message qui est passé. Au fond, moi ce que je ressens quand j'échange avec les Français, c'est que l'enjeu, ce n'est pas de redouter l'amende ou la sanction, c'est de redouter l'épidémie et la contamination. Et donc, il s'agit pas de dire qu'il faut attendre le 1er août pour porter un masque le plus régulièrement possible d'ailleurs il y a déjà énormément de commerces qui rendent obligatoire le port du masque pour leurs clients dans leurs magasins.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Où sera-t-il obligatoire à partir du 1er août, est-ce que vous pouvez nous dire ça sera dans les commerces, dans les services publics dans les bureaux ?

GABRIEL ATTAL
Alors justement Jean-Jérôme BERTOLUS, c'est parce qu'on en train de faire ce travail-là qui nécessite un peu de concertation avec les territoires avec les fédérations professionnelles, vous aurez les réponses très vite c'est pour ça que l'obligation dans le texte dont le règlement n'est pas rentré en vigueur tout de suite et que la date du 1er août a été donnée comme un cap mais c'est ce travail qui est en train d'être fait ça sera précisé très rapidement dans un décret.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Question posée par un maire ce matin sur franceinfo, pourquoi attendre le premier août sachant qu'il a fallu 24 heures ou 48 heures pour décider d'un confinement général dans tout le pays.

GABRIEL ATTAL
Mais justement, ce que je vous dis c'est qu'il ne s'agit pas d'attendre le 1er août pour porter un masque le plus régulièrement possible et c'est le message qu'a passé le Président de la République.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Pourquoi les ministres n'en portaient-ils pas lors des passations de pouvoir ?

GABRIEL ATTAL
Là-dessus le Président a d'ailleurs été interrogé sur ce sujet-là moi j'ai eu l'occasion d'être interrogé aussi et je le dis, il faut que les responsables politiques soient exemplaires voilà et c'est vrai qu'il y a eu certaines images où ce n'était pas le cas. Il y a eu des moments d'émotions au moment des passations de pouvoir où certains ministres s'en allaient, d'autres arrivaient…

NICOLAS TEILLARD
Est-ce qu'au-delà de l'émotion, ce n'est pas plutôt que la prise de conscience arrive depuis 2-3 jours sur ces signaux inquiétants et que depuis le début du mois de juillet du côté du pouvoir politique comme des Français, il y avait le sentiment que la crise était derrière nous ?

GABRIEL ATTAL
Moi je n'ai pas ce sentiment-là je vous le dis, j'étais encore en conseil de défense et de sécurité vendredi dernier autour du Président de la République, il y a des conseils de défense très régulièrement justement pour faire le point il y a une lucidité absolue sur la situation et la lucidité on la tient aussi de ce qui se passe chez nos voisins. Il y a des pays qui sont nos voisins des pays qui sont plus lointains qui ont re-confiné massivement des villes, des quartiers, parfois plusieurs millions de personnes qui se sont trouvées re-confinées. On n'en est pas là en France à ce stade, on ne veut pas en arriver là c'est pour ça qu'on se mobilise c'est pour ça qu'il y a une vigilance c'est pour ça qu'il faut maintenir les gestes.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Gabriel ATTAL, il y a 48 heures, Olivier VERAN disait : "il faut déjà faire respecter le port du masque où c'est obligatoire". Il parlait des transports, il semblait indiquer que ce n'était pas toujours respecté, est-ce que vous avez déjà un bilan par exemple des contraventions passées dans les transports et est-ce que c'est vrai que bien finalement les Français ne respectent pas cette obligation ?

GABRIEL ATTAL
Non et d'ailleurs, je ne crois pas que c'est-ce qu'Olivier VERAN a voulu dire. Il peut y avoir un relâchement ici ou là et c'est pour ça que c'est important de rappeler en permanence qu'il ne faut pas relâcher, qu'il faut maintenir les gestes mais la question des transports elle est intéressante, quand on a mis en place l'obligation dans les transports certains ont dit, si vous voulez que ce soit respecté ; il faut créer une police des masques spécifique avec des milliers d'agents dans les transports pour faire respecter le port du masque et qu'est-ce qu'on a vu ? Que très massivement ; si ce n'est pas unanimement ; les voyageurs ont porté le masque immédiatement et même que finalement la pression sociale des voyageurs dans les rames a incité…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Et une contravention de 135 euros quand même.

GABRIEL ATTAL
Et une contravention évidemment.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Ce sera la même chose d'ailleurs pour les lieux clos, il y aura une contravention ?

GABRIEL ATTAL
Justement, le décret est en cours de préparation et tout ça sera précisé dans le décret pour sortir très rapidement.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais qu'elle est votre souhait vous en tant que ministre effectivement une obligation, il y a une contravention ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez, moi je suis porte-parole du Gouvernement, je ne suis pas ministre de la Santé ni ministre de l'Intérieur mais évidemment quand on met en place une obligation, il faut qu'il y ait une sanction en face, ça paraît être du bon sens et donc c'est ça qui est en train d'être regardé qui est en train d'être préparé j'espère que je reviendrai vous parler de ce décret dans quelques jours.

NICOLAS TEILLARD
Est-ce qu'on paye aujourd'hui sur le respect de ces consignes, des propos assez flous sur la question du masque depuis le début de l'année ? On ne va pas refaire toute l'histoire de cette crise mais en même temps la réalité est là, à un moment donné le masque ça ne servait à rien dans 10 jours il est obligatoire ?

GABRIEL ATTAL
Voilà, enfin je veux dire, je suis lucide, on est lucide, cette question des masques n'a pas été un long fleuve tranquille, ça n'a pas été un long fleuve tranquille chez nous, ça n'a pas été un long fleuve tranquille chez nos voisins, un certain nombre de pays qui viennent, il y a quelques jours de rendre obligatoire le masque dans les lieux clos donc on voit bien qu'on est à peu près dans le même calendrier, parce qu'aussi, désolé de le redire, mais il y a des consignes sanitaires, des expertises scientifiques qui ont aussi évolué, on ne va pas refaire ce sujet-là. L'important, c'est quand on a des informations de les rendre transparentes et quand on a des informations de prendre les décisions nécessaires et c'est ce qu'on fait aujourd'hui avec le port du masque.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Et une question de bon sens qui est prônée par Jean CASTEX qui a répété cette expression à plusieurs reprises, c'est le bon sens aujourd'hui de porter un masque ça ne l'était pas il y a quelques semaines ?

GABRIEL ATTAL
Non, je ne dirais pas ça encore une fois il y a des personnes qui ont porté un masque très tôt, il y a ensuite des recommandations très fortes qui sont arrivées, je pense qu'encore une fois l'important c'est de s'adapter à mesure qu'on a les informations et les recommandations scientifiques.

JEAN-JEROME BERTOLUS
On va l'écouté Jean CASTEX ce sera dans un instant, on va évoquer le plan de relance annoncé notamment par le Premier ministre ce sera après un passage par le fil info à 8h40.

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NICOLAS TEILLARD
Et notre invité Gabriel ATTAL, porte-parole du gouvernement dirigé par Jean CASTEX qui a pris la parole à l'Assemblée hier, discours de politique générale où il a très largement été question de territoire.

JEAN CASTEX
Vous le savez Mesdames et Messieurs les députés, il y a beaucoup de France qui se sente loin et laissé-pour-compte, France des banlieues, France rurale, France des Outre-mer, France dites périphériques, France de ceux y compris au coeur de nos villes, n'ont pas droit à la parole.

NICOLAS TEILLARD
C'est qui cette France exactement Gabriel ATTAL, c'est la France des Gilets jaunes qui a été perdue un temps selon vous ?

GABRIEL ATTAL
Je dirais que c'est la France des champs et des quartiers, c'est la France qui se sent depuis maintenant des années, si ce n'est des décennies, reléguée dans les politiques publiques, qui a le sentiment que quand les décisions sont prises au niveau national, elles en voient que très peu la concrétisation au niveau local et que malheureusement la concrétisation qu'elles ont vu, c'est des services publics qui ont reculé, c'est les commerces qui ont reculé, c'est la vie qui peu à peu s'est retirée. Et notre ambition qui est une ambition qu'on porte depuis 3 ans, mais sur laquelle on accélère avec Jean CASTEX…

NICOLAS TEILLARD
Ce n'est pas un aveu d'échec sur les trois premières années, tout ce qu'on entend là ?

GABRIEL ATTAL
On a aujourd'hui une nouvelle donne avec la crise économique et la crise sociale qui s'installe à la suite de la crise sanitaire du coronavirus et si on veut reconstruire notre pays, si on veut que l'ensemble des territoires puisse avoir un avenir, puisse développer une activité économique, des emplois, il faut mettre le paquet, il faut investir. C'est parce qu'il y a cette nouvelle donne, qu'il y a un nouveau Premier ministre, un nouveau gouvernement qui est chargé de mettre en place cette relance.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais ça paraît raisonnable de vouloir ressouder toutes les France dont a parlé effectivement le Premier ministre, la France des vallées, la France des Outre-mer, la France des quartiers en seulement un ou 2 ans, alors que vous n'y êtes pas parvenu en 3 ans ? Et vous parlez, ça fait des décennies effectivement qu'on évoque cet objectif.

GABRIEL ATTAL
Mais je pense qu'on est là dans un moment historique avec cette crise, jamais depuis la Seconde Guerre mondiale on a connu une telle crise économique qui fait suite encore une fois à la crise sanitaire et notre conviction c'est que ce moment peut être saisi comme une opportunité. Il peut être saisi comme une opportunité pour reconstruire notre pays et pas le reconstruire à l'identique, le reconstruire avec un autre modèle de production, avec un autre partage de la valeur dans l'entreprise, avec une autre organisation territoriale pour que l'ensemble des territoires de notre pays puisse être embarqué dans la croissance et dans la création d'emplois. Donc c'est cette opportunité là…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Et vous êtes bien placé, vous, République En Marche qui avait échoué lors des municipales, qui avait beaucoup de mal finalement, vous avez du mal à vous implanter sur les territoires et aujourd'hui vous mettez en avant ces territoires, ce n'est pas un peu paradoxal ?

GABRIEL ATTAL
Je pense que ces deux sujets différents, il y a un parti politique, mouvement politique qui est La République En Marche qui a présenté des candidatures…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Plutôt du coeur des villes, plutôt des métropoles.

GABRIEL ATTAL
Non, je dirais pas ça, vous savez on a plus de 300 députés qui ont été élus dans tous les territoires, qui représentent ces territoires à l'Assemblée nationale, qui sont élus de la nation mais qui représentent leur circonscription aussi, qui sont très présents, qui sont des relais de l'action du gouvernement, qui font remonter des choses. On a aujourd'hui un Premier ministre qui a été maire de Prades, une ville je crois de 6000 habitants.

NICOLAS TEILLARD
A vous entendre ces derniers jours quand même, on a l'impression que Jean CASTEX, il est arrivé à Paris avec un guide touristique et avec un plan du métro, il a quand même été pendant 5 ans conseiller ministériel, pendant 2 ans secrétaire général de l'Elysée sous Nicolas SARKOZY, depuis 3 ans délégué interministériel à l'organisation des JO, c'est effectivement le maire de Prades mais Edouard PHILIPPE était le maire du Havre, c'est quoi la différence ?

GABRIEL ATTAL
D'abord c'est deux villes différentes, deux territoires différents mais moi je ne veux pas jouer au jeu des sept différences entre Edouard PHILIPPE et entre Jean CASTEX.

NICOLAS TEILLARD
Non mais enfin c'est présenté comme ça, Jean CASTEX, l'homme des territoires, du terroir.

GABRIEL ATTAL
Mais heureusement qu'on peut être du terroir et des territoires et faire une très belle carrière dans la fonction publique.

NICOLAS TEILLARD
Ce n'est pas la question.

GABRIEL ATTAL
Non mais c'est-ce que vous aviez l'air de dire, heureusement qu'on peut être des territoires, représenter les territoires, connaître la réalité des territoires et faire une très grande carrière dans la fonction publique ou dans des cabinets ministériels. Ce sont deux types d'expérience qui sont très utiles pour gérer un gouvernement et pour mettre en oeuvre des politiques de relance dans un moment de crise où il faut que tous les territoires puissent être…

NICOLAS TEILLARD
Mais ça veut dire que tous les autres ne l'avaient pas au gouvernement alors qu'il y a des élus locaux qui étaient déjà depuis trois ans…

GABRIEL ATTAL
Non, encore une fois, je ne dis pas ça, je ne joue pas aux 7 différences, moi-même, je suis élu local, alors pas dans un territoire rural, pour le coup, dans un territoire urbain, mais il y avait des élus locaux, il reste des élus locaux, ce que je dis, c'est qu'aujourd'hui, l'incarnation du gouvernement, le Premier ministre, c'est une personnalité nouvelle qui fait son entrée au gouvernement, qui va pouvoir incarner et porter cette relance.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Alors il y en a un qui a du mal à… comment dire... à croire qu'on peut réaliser en 1 an ou même en 600 jours ce qui n'a pas été fait depuis 2017, c'est Jean-Luc MELENCHON, le président de la France Insoumise, qui a répondu hier à Jean CASTEX, on l'écoute.

JEAN-LUC MELENCHON, LE PRESIDENT DE LA FRANCE INSOUMISE
Le président vous demande de réparer en 600 jours les dégâts qu'il a occasionnés en 3 ans, allez-vous enfin nationaliser LUXFER pour produire les bouteilles d'oxygène de nos hôpitaux ? Non, le glyphosate sera-t-il finalement interdit à la fin de l'année 2020 ? Non, préparez-vous la sortie des accords de libre-échange CETA et JEFTA, pourtant acceptée par le président ? Non, rétablirez-vous la ligne de fret de Perpignan-Rungis ? Non, et le monopole de la SNCF ? Non. Où est l'argent d'ailleurs pour le rail ?

JEAN-JEROME BERTOLUS
Alors c'est vrai par exemple sur le CETA, il n'a pas tort, on ne sort pas du CETA, sur le glyphosate, il n'a pas tort, finalement, la promesse présidentielle ne sera pas tenue, même sur cette ligne symbolique effectivement de primeur, cette ligne de fret, cette ligne qui compte en matière environnementale entre Perpignan et Rungis, eh bien, elle semble complètement finalement enterrée, malgré les promesses, donc, est-ce qu'il n'y a pas un petit côté : on rase gratis ?

GABRIEL ATTAL
Qu'est-ce qu'il a dit hier le Premier ministre sur ces sujets-là, il a annoncé qu'un tiers du plan de relance serait consacré à la transition écologique et à l'écologie, c'est-à-dire déjà 20 milliards qui ont été annoncés et sans doute plus ensuite, et notamment pour financer…

JEAN-JEROME BERTOLUS
C'est 20 milliards par an ?

GABRIEL ATTAL
Oui, enfin, c'est 20 milliards dans le plan de relance qui a été annoncé…

NICOLAS TEILLARD
Sur les 100 milliards du plan de relance…

GABRIEL ATTAL
Non, il y a un plan de relance de 100 milliards d'euros…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Donc 10 milliards par an pour la transition écologique, c'est ça ?

GABRIEL ATTAL
Ce que je vous dis, c'est qu'il y aura un tiers du plan de relance qui sera consacré à l'écologie, et que pour l'instant…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Encore une fois, c'est 10 milliards par an pour la transition écologique ?

GABRIEL ATTAL
En plus des budgets qui existent déjà, je le dis, et c'est 20 milliards qui ont été annoncés dans la première enveloppe, il y a encore une enveloppe qui va être affectée à la suite des discussions avec les partenaires sociaux, mais l'engagement qu'on a pris, c'est qu'un tiers du plan de relance sera consacré à l'écologie, parce que c'est ce qu'on porte aussi au niveau européen, pour que dans plan de relance européen, un tiers soit consacré à ces questions-là. Mais pourquoi je dis ça, parce que dans les exemples qu'il a donnés d'investissements qu'on allait réaliser avec ces fameux 20 milliards d'euros, il y a la question des petites lignes, il y a la question du fret ferroviaire, il y a la question des mobilités durables, et tout ça, ça va être décliné dans les semaines et les mois qui viennent, le plan de relance, il va être présenté à la rentrée, et je peux vous dire que Barbara POMPILI, ministre de la Transition écologique, elle est déjà au travail avec ses ministre délégués, avec ses services pour avancer sur ces questions-là…

JEAN-JEROME BERTOLUS
On reviendra sur l'environnement, mais par exemple, une question très concrète, il a parlé de la sécurité au quotidien, les Français, bien sûr, tout le monde est préoccupé effectivement par les gestes d'incivilité, la petite délinquance, et il dit : eh bien, on va installer des juges de proximité, le seul problème, c'est que ces juges de proximité, vous les avez supprimés en juillet 2017, donc vous restaurez quelque chose qui a été supprimé.

GABRIEL ATTAL
Non, on n'a pas supprimé, on a transformé les tribunaux de grande instance et les tribunaux d'instance en tribunaux judiciaires, on les a fusionnés, il n'y a eu aucune suppression de juridiction, les tribunaux d'instance sont devenus des tribunaux de proximité, et ce qu'a dit Jean CASTEX, c'est qu'on allait flécher davantage de juges en proximité, des juges de police, des juges de correctionnelle, pour lutter contre ces petites incivilités, petites ou grandes d'ailleurs, incivilités du quotidien, les tags, les destructions, les stupéfiants qui minent la vie dans certains territoires, et pour qu'il y ait des sanctions immédiates, rapides qui permettent de faire en sorte que ça ne se reproduise pas.

NICOLAS TEILLARD
En l'occurrence, sur le trafic de stupéfiants, par exemple, c'est Christophe CASTANER qui, au mois de janvier, annonçait la mise en place d'une nouvelle structure…

GABRIEL ATTAL
L'OFAST…

NICOLAS TEILLARD
Du coup, en quoi c'est nouveau, ici, il y a un besoin de nouveauté, de nouvel élan, de marquer le coup ?

GABRIEL ATTAL
La nouvelle structure, l'OFAST, il me semble que c'est une structure nationale qui vise à coordonner la lutte contre les trafics de stupéfiants, et notamment les trafics qui viennent à l'international, là, on parle du très local, on parle de ce qui se passe localement, dans certains quartiers, dans certains territoires, où vous avez une forme, un sentiment pour beaucoup de Français d'impunité, où vous avez le sentiment qu'il se passe des choses, qu'il y a des méfaits, qu'il y a de la délinquance, et qu'il n'y a pas de sanction, et l'objectif, c'est justement de répondre à ça, avec davantage de juges en proximité, c'est ce qu'a annoncé Jean CASTEX hier, et c'est ce que porte d'Eric DUPOND-MORETTI et qui sera décliné dans les prochaines semaines.

NICOLAS TEILLARD
Le nouveau Garde des sceaux. On va parler écologie, retraite, emploi également dans un instant.

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NICOLAS TEILLARD
Jean CASTEX a prôné hier à l'Assemblée une croissance écologique et pas une décroissance verte. Ecoutez ce qu'en dit David CORMAND, l'ancien dirigeant d'Europe Ecologie-Les Verts sur Franceinfo.

DAVID CORMAND, DEPUTE EUROPEEN EUROPE-ECOLOGIE LES VERTS
La décroissance des rejets de gaz à effet de serre, j'espère qu'on est tous pour. La décroissance du plastique qu'il y a dans les océans, j'espère qu'on est tous pour. La décroissance de l'air pollué, j'espère qu'on est tous pour. Donc aujourd'hui dire : je suis pour une écologie mais sans toucher au culte de la croissance, je pense que c'est une erreur.

NICOLAS TEILLARD
Est-ce que c'est compatible de vouloir lutter contre le réchauffement de la planète, les émissions de gaz à effet de serre, mais de prôner la croissance à tout prix ?

GABRIEL ATTAL
Ce n'est pas à tout prix justement. Nous ce qu'on veut, c'est une croissance verte et on veut une économie décarbonée. L'objectif, c'est de faire de la France l'économie la plus décarbonée d'Europe. C'est très ambitieux, on met des moyens pour y parvenir mais moi je suis toujours très circonspect quand j'entends qu'on oppose économie et écologie. On peut les concilier. On peut créer des emplois en poursuivant des objectifs écologiques. Je vous donne un exemple. Le président a annoncé qu'il allait y avoir un plan massif pour la rénovation thermique des bâtiments, à la fois dans les logements des particuliers et puis dans les bâtiments publics. Il a notamment cité les écoles et les EHPAD. Quand on fait ça, lutte contre le gaspillage de l'énergie, on fait des économies d'énergie. On produit moins d'énergie donc on protège la planète. Et en même temps pour rénover tous ces bâtiments, il y a besoin d'emploi, il y a besoin de formation. On crée une activité économique avec des sous-traitants, avec des entreprises qui vont le faire.

NICOLAS TEILLARD
Est-ce que vous allez cibler les emplois proposés aux jeunes par exemple ? C'est une priorité aussi tous ces jeunes qui vont arriver sur le marché du travail sur ces secteurs-là.

GABRIEL ATTAL
C'est une question très importante et qui me tient à coeur puisque j'étais il y a encore quelques jours secrétaire d'Etat à la Jeunesse avant d'être nommé porte-parole du gouvernement. Il y a beaucoup d'inquiétude chez les jeunes en ce moment, et d'ailleurs chez les moins jeunes puisqu'il y a les parents, les grands-parents qui sont aussi très inquiets pour savoir quelles seront les perspectives de leurs enfants ou leurs petits-enfants à la rentrée. Il y a 700 000 jeunes qui doivent arriver sur le marché du travail cette année et évidemment qu'ils sont inquiets. Notre objectif, c'est que tous ces jeunes se voient proposer une solution à la rentrée. Comment on va faire ? D'abord on va inciter les entreprises à recruter des jeunes. C'est ce qui a été annoncée par le président de la République, redit hier par le Premier ministre.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais vous répondez quoi à Nicolas TEILLARD ?

GABRIEL ATTAL
Je vais y venir. Avec une incitation pour les entreprises à recruter des jeunes : on va faire baisser le coût du travail quand vous recrutez un jeune. Ce sera une baisse de l'ordre de 20% avec une compensation…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Est-ce que vous allez les flécher, ces emplois, sur l'environnement ?

GABRIEL ATTAL
Non. Sur les emplois marchands, entre guillemets pour les entreprises, il n'y a pas de fléchage. C'est pour toutes les entreprises. Mais je vais ensuite sur la suite. On a besoin aussi que les jeunes s'engagent. Reconstruire le pays, c'est reconstruire l'économie. C'est aussi reconstruire le lien social et c'est aussi reconstruire l'environnement. Et on a besoin que les jeunes s'engagent, ils ont envie de s'engager. Et donc ce qui a été annoncé, qui pour moi est très fort aussi, c'est la création de cent mille places en service civique supplémentaires dans les six prochains mois. Le service civique, c'est quoi ? C'est une mission, une activité qui est proposée à des jeunes au service de l'intérêt général, notamment autour de l'environnement. Et ça sera, pour répondre à votre question, une priorité où les jeunes reçoivent une indemnisation en échange d'une activité au service de l'intérêt général avec une association ou un service public. Donc ce que je peux vous dire, c'est qu'on va créer cent mille places en service civique. C'est la plus grosse augmentation du service civique de son histoire sur un an. Et qu'on va flécher cette augmentation sur la question de l'environnement et la question du lien avec les personnes âgées et de l'intergénérationnel notamment.

NICOLAS TEILLARD
Sur la question des créations de places en formation qualifiante, deux cent mille places, a priori ce serait pour 2021, mais est-ce qu'on sait aujourd'hui à qui s'est destiné ? Pour les étudiants qui vont être diplômés, là à la rentrée, est-ce qu'ils seront touchés par ces formations-là ?

GABRIEL ATTAL
Oui. Alors là-dessus, il y a un travail qui engagé par Frédérique VIDAL et elle aura l'occasion de faire des annonces avant les vacances justement pour donner des perspectives et rassurer. L'objectif, toujours dans cette idée de faire en sorte que chaque jeune se voit proposer une solution, c'est de proposer au plus grand nombre d'étudiants possible, diplômés cette année, de pouvoir poursuivre leur formation avec un an par exemple de professionnalisation, qui peuvent être d'ailleurs dans la droite ligne de leur diplôme, c'est-à-dire de leur licence ou de leur master, ou de se réorienter vers des secteurs dont on sait qu'ils embauchent, notamment avec des formations courtes autour du numérique. Et ça c'est en train d'être développé, absolument, ç'a été annoncé.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Un petit mot sur la rénovation thermique des bâtiments. Est-ce qu'il y aura une obligation pour les bailleurs, ceux qui louent des appartements où les propriétaires pour qu'ils rénovent véritablement ou simplement sous forme d'incitation ?

GABRIEL ATTAL
Sur ce sujet, il y a des annonces qui vont être faites par la ministre concernée.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Emmanuelle WARGON.

GABRIEL ATTAL
Ce que je veux dire, c'est qu'on a bien vu ces dernières années que quand on allait vers une obligation qui avait un impact sur le pouvoir d'achat des Français, souvent ça revenait en boomerang. Je prends l'exemple de la taxe carbone. Donc plus on peut inciter, et on le voit par exemple sur le changement de véhicule : on a mis en place des primes historiques pour permettre de changer de véhicule, d'aller vers des véhicules électriques ou hybrides rechargeables et ça explose. Il y a eu plus de ventes de voitures, je crois, en juin 2020 qu'en juin 2019. Alors qu'on est passé par le confinement, alors qu'on a eu une crise économique historique, parce qu'on a mis le paquet et qu'on a mis en place ces aides pour inciter. On n'a pas forcé les Français à changer de voiture, on les a incités à le faire avec des aides et on voit que ça marche.

NICOLAS TEILLARD
Nouvelle méthode : concertation, discussion. Ça va commencer avec les partenaires sociaux. S'ils vous disent tous, comme c'était le cas jusqu'à présent, que la réforme des retraites ça n'est pas le bon moment, qu'allez-vous faire ?

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, c'est le président et le Premier ministre qui vont décider. Il y a eu, je crois, 14 réunions avec les partenaires sociaux la semaine dernière. Le Premier ministre les a vus individuellement. Et il y a une réunion très importante vendredi pour fixer l'agenda social des mois à venir. Il y a plusieurs chantiers qui sont très importants. Il y a la question du chômage, la question de l'emploi des jeunes dont on parlait. Il y a la question de l'assurance chômage et puis il y la question des retraites. Et moi ce que je veux redire, c'est que le principe de la réforme des retraites, c'est-à-dire aller vers un système universel, mettre fin aux régimes spéciaux, valoriser la retraite de celles et ceux qui ont les métiers les plus précaires qui sont les moins payés, ceux qu'on a vus en première et en deuxième ligne pendant le confinement, évidemment que ça on continue à le poursuivre. Et moi je redis que la question des déficits, la question de l'équilibre de notre système de retraite, elle reste aussi centrale.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais ce n'était pas le mea culpa d'Emmanuel MACRON au début de l'interview du 14 Juillet ? Il avait dit : oui effectivement, j'ai pu donner l'impression que je réformais contre les Français, qu'il y avait des réformes injustes. Est-ce que ce n'est pas justement la réforme des retraites qui était visée ?

GABRIEL ATTAL
Je ne sais pas. Il y a eu la taxe carbone dont on parlait à l'instant aussi. Ce que je veux redire, on parlait de jeunesse : j'étais secrétaire d'Etat en charge de la Jeunesse, je suis jeune. Quand on se dit, quand on se fait plaisir en se disant : on peut laisser filer totalement les déficits sans donner de cap et de cadre, c'est des impôts qu'on contracte sur les jeunes, les futures générations qui auront un jour à les payer et qui auront à faire des choix. Et moi je souhaite que ma génération, les générations qui suivent, elles puissent avoir un système de retraite par répartition comme en ont bénéficié les précédentes. Et pour ça, ça impose une responsabilité. Maintenant évidemment, il y a une nouvelle donne sociale dans le pays parce qu'il y a cette crise. Evidemment il y a une nouvelle méthode de dialogue et de concertation. C'est pour ça que le sujet va être abordé vendredi.

NICOLAS TEILLARD
Gabriel ATTAL, porte-parole du gouvernement, invité du 8H30 de Franceinfo avec Jean-Jérôme BERTOLUS.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 juillet 2020