Interview de M. Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, à Europe 1 le 13 juillet 2020, sur l'épidémie de Covid-19 en Guyane.

Texte intégral

PIERRE DE VILNO
Bonjour Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour.

PIERRE DE VILNO
merci d'être avec nous en direct de Cayenne en Guyane où vous êtes en en déplacement avec le Premier ministre, Jean CASTEX, c'est le milieu de la nuit pour vous, vous êtes désormais en effet le ministre des Outre-mer et dans ce gouvernement qui a été présenté comme un gouvernement de combat, vous êtes donc en visite en Guyane au plus près, au plus près de la crise du Covid, choc sanitaire en Guyane mais Sébastien LECORNU quand vous voyez les images de ce concert à Nice où y a pratiquement aucun geste barrière qui est respecté, qu'est-ce que vous ressentez ?

SEBASTIEN LECORNU
je suis à Cayenne depuis effectivement quelques heures, je vais encore y passer la journée de demain, je peux vous assurer que les habitants de Guyane, eux, portent le masque et qu'ils sont complètement convaincus de la nécessité d'observer à la lettre les mesures barrières, ici le virus circule encore très largement, il y a eu en plus évidemment l'épidémie qui circule très très vite au Brésil, donc les opinions ici sont très très très marquées par r cette épidémie du coronavirus. Et donc effectivement ces images de Nice ont pu frapper un tout petit peu nos concitoyens ici à Cayenne, ils nous l'ont dit aujourd'hui alors qu'ici il y a un couvre-feu, il faut le savoir de 17h00 jusqu'à tôt le matin et il y a un couvre-feu le dimanche, il y a un couvre-feu les jours fériés et donc le confinement est appliqué de manière stricte.

PIERRE DE VILNO
Des soignants sont arrivés de métropole, un hôpital de campagne a été dressé, est-ce que la situation est médicalement stabilisée ?

SEBASTIEN LECORNU
En tout cas elle est maîtrisée, on est sur le plateau de l'épidémie actuellement, effectivement les capacités sanitaires tiennent bon puisque il y a plus de lits de réanimation disponibles que de lits occupés, il y a eu des renforts importants effectivement qui viennent de l'Hexagone, civils comme militaires, des renforts qui viennent également de la réserve sanitaire. L'enjeu c'est d'armer les lits, il y a pas de problèmes matériels l'approvisionnement en masque, en blouse, en sur-blouses, en médicaments, les choses sont tenues, la solidarité nationale a fonctionné parfaitement.

PIERRE DE VILNO
Vous parliez de ce confinement ciblé, est-ce qu'il faut faire plus ?

SEBASTIEN LECORNU
Il faut adapter, rappelez-vous le déconfinement était progressif, le confinement en Guyane ici est progressif, il y a des communes qui sont confinées, il y a certains quartiers précis qui sont confinées et donc il faut adapter le dispositif au fur et à mesure de la circulation du virus.

PIERRE DE VILNO
Sur place certaines familles vivent dans des baraques de tôle de 10 mètres carrés, certaines parties du territoire voient arriver des famines, la température avoisine les 40 degrés, je vous fais pas le topo puisque vous êtes sur place Sébastien LECORNU, que faut-il faire pour ces habitants qui sont parfois confinés depuis plus de 3 mois maintenant ?

SEBASTIEN LECORNU
On a débloqué beaucoup de moyens la situation est effectivement très très dure pour beaucoup de familles, dans des conditions parfois des habitations qui sont loin d'être évidentes. un chiffre peut-être 6 millions d'euros, c'est ce que l'Etat a débloqué en en aide alimentaire, on a visité avec le Premier ministre cet après-midi effectivement des associations, des centres communaux d'action sociale, la Croix Rouge qui font du colisage, c'est-à-dire en clair de la préparation de colis alimentaires pour s'assurer que nos concitoyens ici ne manquent de rien, il y a une vraie chaîne de solidarité qui s'est organisée, petite mention pour la jeunesse de Guyane notamment les jeunes du service militaire adapté, qui ont consacré beaucoup de temps avec les forces armées à aller au contact des populations y compris des villages les plus reculés sur les fleuve Maroni…pour aller voir les personnes les plus fragiles.

PIERRE DE VILNO
Economiquement en Guyane, c'est la catastrophe dans certaines zones, la moitié vivent en dessous du seuil de pauvreté et par extension si on prend les Outre-mer en général, vous allez lancer un plan de relance économique et vous allez, vous avez dit que vous allez faire différemment, ça veut dire quoi différemment Sébastien LECORNU ?

SEBASTIEN LECORNU
C'est s'adapter, j'ai présidé le département de l'Eure, de toutes les évidences on ne va pas organiser la relance économique dans l'Eure ou à Vernon de la même manière…

PIERRE DE VILNO
On est d'accord.

SEBASTIEN LECORNU
… qu'en Guyane. Je rappelle que la Guyane, c'est grand comme le Portugal. 300 000 habitants grand comme le Portugal, avec une forêt amazonienne, des opportunités en matière de biodiversité, de de transition écologique, bref de forêt, je ne rentre pas dans les détails, mais il est une évidence que la relance, on doit la bâtir dès maintenant. Alors l'urgence d'abord c'est le soutien aux entreprises en difficulté parce que là je suis sur un territoire qui continue de connaître le confinement, donc avec un certain nombre de secteurs économiques qui sont à l'arrêt, je pense très fort notamment à la restauration par exemple, donc on va doubler le 1er volet du fonds de soutien aux entreprises pour le porter de 1500 euros à 3000 euros, ça c'est le volet en quelque sorte sauvetage pour l'économie qui est en difficulté, puis ensuite il va falloir évidemment débloquer des moyens, pensez différemment pour la relance de l'économie locale. Alors ça va passer beaucoup par la commande publique parce que dans les territoires d'outre-mer en insularité notamment mais aussi ici en Guyane, les communes et la collectivité territoriale a un rôle à jouer en matière de notamment de travaux, d'investissement dans les équipements scolaires, dans les routes, donc là évidemment il y aura des moyens qui seront débloqués et puis il y a aura aussi bien sûr peut-être parfois des normes à assouplir temporairement pour permettre aux travaux de démarrer et de recréer de l'emploi facilement.

PIERRE DE VILNO
On n'oublie pas la Guyane même si encore une fois le Premier ministre s'est un peu ripé sur le mot île, c'est vrai qu'on a l'impression que du coup, on met ça un peu de côté.

SEBASTIEN LECORNU
C'est l'île de Cayenne qui se trouve en Guyane, voilà c'est ça l'histoire et quand on est fatigué avec un décalage horaire et qui fait 40 degrés la langue peut fourcher, mais effectivement il existe l'île de Cayenne avec 3 communes sur le département de la Guyane. Non les Outre-mer sont pas laissés pour compte loin sont faux, le président de la République d'ailleurs je crois est un des chefs d'Etat de la 5e République à s'est rendu le plus fréquemment et en tout cas dès le début de son mandat dans les différents territoires d'Outre-mer. Il y a beaucoup d'opportunités sur ces territoires, il y a aussi beaucoup d'enjeux, avec les enjeux écologiques je l'ai dit, les enjeux institutionnels, on sait très bien que le processus calédonien continue de se de se dérouler conformément aux accords, il y a des enjeux climatiques, c'est la montée du niveau de la mer, l'érosion de trait de côte, c'est autant d'enjeux qui doivent passionner l'ensemble de la nation française et donc tous les Français là où ils habitent.

PIERRE DE VILNO
Et on vous sent passionné Sébastien LECORNU parce que pour ceux qui ne savent pas, vous connaissez parfaitement ces territoires.

SEBASTIEN LECORNU
Oui j'ai une fibre voilà et donc mon coeur m'a souvent on est là et quand on aime son pays, les Outre-mer nous ouvrent à tous les horizons du monde et donnent une richesse et une vraie fierté d'être Français. Et donc c'est vrai qu'on en parle peu d'ailleurs je remercie Europe1 de le faire dans une matinale, le matin parce que très souvent le monde ultramarin, nos concitoyens d'Outre-mer sont reléguées y compris sur les grandes chaînes de radio, de télévision et je dois bien reconnaître qu'Europe1 être attentif à cela.

PIERRE DE VILNO
Donc si je dois résumer Sébastien LECORNU, ministre des Outre-mer, on prend le la méthode Lecornu, elle commence où parce que effectivement on parle biodiversité, vous parlez de l'importance de la mer, vous avez raison de dire que la biodiversité doit être inclus dans le paysage économique et non pas être présentée comme une défiance, mais dans l'urgence, dans l'urgence de la situation actuelle que ce soit en Guyane ou pour les autres territoires d'outre-mer on débloque des fonds évidemment et il y a pas d'argent magique comme disait président.

SEBASTIEN LECORNU
Oui mais tout est lié, vous voyez, en Guadeloupe, rendez-vous compte depuis maintenant une décennie nos concitoyens rencontrent des difficultés d'accès à l'eau potable parce qu'un certain nombre de collectivités dans le passé, de procès à faire à personne mais n'ont pas accompli les travaux qui devaient être accomplis pour l'adduction en eau potable. Et pour le coup ce n'est pas l'Etat, ce n'est pas les gouvernements successifs, c'est tout simplement des compétences qui n'ont pas été exercées localement. bon eh bien c'est ainsi, sur une île, la question de l'eau potable, c'est une question qui est redoutablement complexe, eh ben c'est un enjeu de transition écologique de faire en sorte que il y ait pas plus de fuites d'eau dans la nature que d'eau qui coule vraiment du robinet, donc la relance doit s'accompagner aussi une réflexion écologique, mais enfin c'est pas du tout exclusif, il y a aussi une réflexion à avoir sur la jeunesse, évidemment sur les investissements en matière scolaire, mon ministère a débloqué beaucoup d'argent pour la Guyane ces dernières années ou pour Mayotte pour construire des collèges, construire des écoles, là aussi quand on vit en dans l'Hexagone ou en métropole on ne se rend pas compte que parfois il peut y avoir un retard et que ce retard on est en train de le rattraper, qu'il faut le faire avec beaucoup de fraternité et de solidarité.

PIERRE DE VILNO
Sébastien LECORNU, vous étiez au gouvernement, vous repartez dans une nouvelle configuration, un mot de Jean CASTEX, comment est-ce que vous le percevez ?

SEBASTIEN LECORNU
Un élu local pragmatique très à l'écoute de ses interlocuteurs et de toutes les évidences, il y a une méthode Castex.

PIERRE DE VILNO
C'est laquelle ?

SEBASTIEN LECORNU
C'est celle de l'écoute, il y a quelque chose que je reconnais en lui que j'ai vu chez mes collègues maires lorsque j'étais moi-même maire de Vernon ou que je présidais mon département. Il y a une culture de l'élu local alors il faut peut-être l'avoir été pour la percevoir mais une approche des dossiers assez pragmatique et qui peut être très utile sur un certain nombre de projets de réformes, je pense par exemple à la réforme des retraites qui repropose à nous et cette approche là pour le coup peut intéresser les Français.

PIERRE DE VILNO
Merci beaucoup Sébastien LECORNU, merci d'avoir été en direct de Guyane avec nous.

SEBASTIEN LECORNU
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juillet 2020