Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à France Info le 23 juillet 2020, sur la situation financière de la SNCF et de la RATP et le rééquilibrage de la concurrence entre le rail et la route.

Texte intégral

NICOLAS TEILLARD
"Le 8:30" de France Info, bienvenue. Avec Jean-Jérôme BERTOLUS et notre invité, Jean-Baptiste DJEBBARI. Bonjour.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour à vous.

NICOLAS TEILLARD
Ministre délégué aux Transports. Des plans de soutien massifs ont été annoncés ces dernières semaines par le gouvernement, pour le secteur aérien, pour le secteur automobile. Y aura-t-il un plan massif de soutien aux transports publics, et si oui, quel sera son montant ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, d'abord, il y a une ambition pour le ferroviaire en France, et depuis 2017, je rappelle que nous avons repris 35 milliards de dette, que nous investissons comme jamais dans le réseau ferroviaire, trois milliards par an, c'était encore un milliard dans les années 2010, et que nous avons par exemple lancé en février dernier un grand plan de sauvetage des 9 000 kms de petites lignes qu'il y avait à l'époque beaucoup fait débat. Donc il y a une ambition pour le ferroviaire, et nous avons aussi voté une trajectoire financière pour la SNCF. Et depuis la trajectoire de 2018, depuis la réforme du rail, nous avons connu des événements, une grève, un milliard d'euros, la crise du Covid, plusieurs milliards d'euros, et d'autres surcoûts qui n'étaient pas prévus. Donc il y a nécessité effectivement de répondre et d'aider financièrement la SNCF. Il y a deux façons de voir les choses, soit, on arrête d'investir, et finalement, on ne demande que des économies à la SNCF, soit, on investit en tant qu'actionnaire avisé finalement, parce que nous investissons au nom des citoyens français dans la SNCF, et l'effort – je l'ai dit – a été substantiel. Et c'est ce que nous allons faire, nous allons continuer à investir de façon avisée en demandant à la SNCF de continuer…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Combien alors ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais je le dis parce que, en demandant à la SNCF de continuer à se réformer, de continuer à investir dans son réseau, de continuer à améliorer la relation aux élus, à ses clients, de continuer à se réorganiser en interne…

JEAN-JEROME BERTOLUS
On va y venir, parce que…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, parce que c'est important…

JEAN-JEROME BERTOLUS
… Une ambition qui a été affichée par Emmanuel MACRON, mais aujourd'hui, est-ce que vous pouvez nous dire combien vous allez mettre dans la SNCF, qui affiche une perte de 5 milliards d'euros, et effectivement, qui a une dette abyssale de 40 milliards d'euros…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Même plus, je rappelle que c'était 46 milliards d'euros en 2017, nous en avons repris 35, mais cette dette, il faut qu'elle se stabilise et qu'elle s'assainisse dans le temps. Donc il y a plusieurs façons de faire, et je ne vais pas vous donner de chiffres exacts aujourd'hui parce que ça fait partie des discussions que nous avons avec Bruno LE MAIRE, avec Jean CASTEX, et il y a plusieurs façons de faire et c'est très technique et je crois que ça n'intéresserait personne de savoir ce qui…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Ce qui n'est pas technique, c'est est-ce que vous allez reprendre une partie de la dette, est-ce que vous allez mettre du cash dans la SNCF ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce sont les deux options que nous travaillons, soit, effectivement recapitaliser la SNCF…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Les deux, vous allez faire les deux ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça peut être les deux, il faut poser le bon curseur, on le ferait d'ailleurs pour des raisons un peu différentes, et effectivement, reprendre une partie de la dette, ça permettrait de continuer à assainir cette trajectoire financière, je le dis, c'est important pour nous, parce que depuis de nombreuses années, on a vu finalement les élus engager de très grands projets, des lignes à grande vitesse un peu partout en France, au prix de la dette qui était devenue insoutenable pour la SNCF, et donc ambition et responsabilité sur ce sujet.

NICOLAS TEILLARD
Il n'y a pas que la SNCF qui vous demande de l'argent, il y a aussi la région Ile-de-France, avec la RATP, qui affiche des pertes de plus de 2 milliards d'euros liées à la crise sanitaire, il y a aussi toutes ces collectivités qui doivent payer les opérateurs pour les déplacements du quotidien et qui estiment que la crise leur a coûté 4 milliards d'euros sur ces domaines-là.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous l'avez dit, c‘est le grand retour de l'État, si je puis dire, dans cette crise, parce que l'État a soutenu l'ensemble des secteurs, vous l'avez dit, avec des plans massifs déjà de relance sur certains secteurs d'activité, l'aérien, l'automobile, a soutenu l'ensemble des salariés français, et l'État a commencé à compenser, notamment les collectivités qui ont subi des pertes de fiscalité et des pertes de recettes, donc ce que nous avons fait, il y a deux sujets, je ne rentre pas dans le détail, mais il y a un sujet de fiscalité et un sujet de baisse de la fréquentation, et donc de pertes de recettes tarifaires, nous avons commencé à compenser pour l'ensemble des régions, un milliard d'euros, pour la partie fiscalité, dont 600 millions d'euros pour la région Ile-de-France, j'ai rencontré Valérie PECRESSE, il y a deux jours…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais ça n'est pas suffisant puisqu'elle a arrêté les contributions à la RATP et à la SNCF depuis le 8 juillet.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça ne m'a pas tout à fait échappé, Monsieur BERTOLUS, donc ce que nous avons fait, nous progressons séquentiellement, nous avons d'abord remboursé 600 millions d'euros sur le milliard de la fiscalité, nous avons une clause de revoyure sur cette partie fiscalité à la rentrée. Nous nous sommes assurés qu'Ile-de-France Mobilités avait les capacités de payer, et effectivement, nous continuerons, et j'ai une réunion à 11h avec l'ensemble, pour le coup, des régions, sur la partie recettes tarifaires, nous continuerons à échafauder…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Vous êtes mandaté par le Premier ministre, Jean CASTEX, pour trouver un accord global de renflouement du transport en Ile-de-France, comme l'a dit Valérie PECRESSE ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Par le Premier ministre, par le président de la République. Et il est extrêmement important que, d'abord, nous regardions la situation lucidement, vous savez, moi, je ne sais pas dire si, à la rentrée, en septembre, ou dans un an, nous aurons le même niveau de trafic, le même nombre de passagers qu'avant la crise du Covid, et probablement que ce ne sera pas tout à fait le cas, et que tout ça a un impact évidemment important sur les finances des régions, a un impact important sur le modèle économique des opérateurs, moi, je veux regarder ça lucidement, je ne veux pas qu'on soit dans des diatribes et des dilemmes politiques…

NICOLAS TEILLARD
Simplement, il n'y a pas que l'Ile-de-France, vous parliez des régions, tous les opérateurs en France, toutes les collectivités qui payent les opérateurs estiment que la crise leur a coûté 4 milliards, et qu'elles n'ont plus d'argent dans les caisses, ce qui veut dire potentiellement des lignes qui ne pourront pas fonctionner à la rentrée pour des déplacements quotidiens de certains Français.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Raison pour laquelle je reçois les vice-présidents Transport de l'ensemble des régions à 11h aujourd'hui, mais je le dis, la collectivité publique pour les transports publics investit plusieurs dizaines de milliards d'euros chaque année, donc c'est un investissement massif, et souvent d'ailleurs le premier budget des collectivités, les transports. Et donc il faut regarder ça lucidement, il y a une crise inédite, on a 15% des Français qui nous disent être anxieux à l'idée de revenir dans les transports en commun, il y a des opérateurs qui sont en grande difficulté pour 3 mois, 6 mois, peut-être plus durablement, donc il faut regarder ça de façon extrêmement lucide et trouver des solutions avec les collectivités, pour accompagner la reprise du ferroviaire, redonner confiance, je pense que nous avons réussi à le faire collectivement avec la succession des mesures sanitaires…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Aujourd'hui, les Français qui partent en vacances, ils privilégient la voiture au train, quel est le taux de remplissage à peu près ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Là, aujourd'hui, ils se déplacent un peu moins en voiture aussi, c'est 15% de trafic en moins sur le réseau routier pendant les vagues de grands départs j'étais vendredi au péage de Saint-Arnoult, qui est un péage très utilisé, 15% environ en moins, ils vont plutôt en France, les Français, en Bretagne, sur la côte, au sud de Bordeaux, et se transportent aussi un peu moins en train, 15% aussi en moins. On avait un million de voyageurs pendant le week-end dernier, on en aura 20 millions au coeur de l'été. Le trafic ferroviaire se porte plutôt bien avec des taux de remplissage importants à 80% en moyenne dans les trains, notamment les grands week-ends, mais on a un doute ou des incertitudes sur le trafic des voyageurs d'affaires, tant dans le TGV que dans les avions, à l'horizon de septembre, et donc septembre, pour l'ensemble de l'écosystème des transports, ce sera un moment de vérité, on verra si les Français, les usagers du rail, de l'avion reviennent dans les différents modes de transport.

NICOLAS TEILLARD
En parlant des doutes, est-ce que vous confirmez ce que révélait Le Parisien, que la SNCF a dû suspendre 80 projets et chantiers en Ile-de-France, faute de moyens ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est un peu plus compliqué que ça, c'est que, notamment avec la région Ile-de-France, il y a un contrat qui n'a pas pu être conclu en début d'année, donc il n'y a plus de contrat aujourd'hui qui soit opérationnel, et la région Ile-de-France a cessé de payer la SNCF le 8 juillet dernier. Donc ça crée un contexte qui n'est pas tout à fait favorable en ce moment pour continuer ces projets, mais je ne doute pas que le cadre d'échanges nouveau que nous avons installé avec Valérie PECRESSE, il y a quelques jours, permettra à chacun de faire un pas, et à la SNCF de relancer les projets qui sont importants pour la région.

NICOLAS TEILLARD
Vous restez avec nous, Jean-Baptiste DJEBBARI, on va parler fret, petites lignes et masque aussi après le fil info à 8h40 avec Lauriane DELANOË.

/// Fil info ///

Et notre invité le ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste DJEBBARI qui a entendu comme nous Emmanuel MACRON le 14 juillet annoncer le développement du fret, des petites lignes ferroviaires et des trains de nuit.

EMMANUEL MACRON
On va redévelopper le fret ferroviaire massivement, on a redéveloppé les trains de nuit là aussi, on va redévelopper les petites lignes de train parce que tout cela ça permet de faire des économies et ça permet de réduire nos émissions.

NICOLAS TEILLARD
Ça en fait des projets et ça permettra des économies selon Emmanuel MACRON, ça va coûter combien, combien faut-il investir pour le fret et les petites lignes ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
J'ai bien entendu le président et j'ai surtout beaucoup échangé avec lui sur ces sujets. Et moi j'ai été très heureux de l'entendre prendre un engagement politique au plus haut niveau sur ces sujets qui sont importants et qui touchent à la vie quotidienne des Français. Et c'est vrai qu'on a beaucoup géré la décroissance du système ferroviaire dans les 10, 15 dernières années parce que voilà c'était devenu insoutenable, parce qu'il y avait ce contexte que j'expliquais auparavant. Et donc nous avons engagé en février dernier un plan de sauvetage des petites lignes, nous avons déjà signé sur ce plan de 6 milliards, un milliard d'euros avec deux régions, la région grand Est et la région Centre Val-de-Loire. J'ai encore rencontré hier d'autres présidents de région et les choses avancent et il faut qu'on trouve la bonne façon, la bonne méthode.

JEAN-JEROME BERTOLUS
9 000 kilomètres de petites Lignes supprimés depuis 1980, combien, quel est votre objectif ? Alors vous ne voulez pas nous donner les investissements mais est-ce que vous vous donnez un objectif, combien…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais j'ai parlé de… nous avions, nous avons 9 000 kilomètres de petites lignes qui sont en danger, soit qui sont déjà arrêtées.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Existantes.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Existantes, qui sont soit arrêtées, pour certaines suspendues, c'est le cas chez moi entre Limoges et Angoulême Limoges-Brive, vous avez des tronçons parfois l'intégralité de la ligne qui est suspendue, arrêtée ou qui souffre de limitation de vitesse, qui bien d'ailleurs souvent rend la ligne ferroviaire moins performante que la route. Donc il y a vraiment ce contexte qu'on a trouvé qui était un contexte de gestion de la décroissance. Donc ce que nous avons fait, c'est que nous avons échangé avec les régions, la fameuse mission du préfet PHILIZOT qui a permis, je le dis rapidement, mais en gros que l'État reprenne sa responsabilité sur les lignes les plus structurantes et que la région quand elles le souhaitent puissent se voir déléguer des petites lignes ferroviaires.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Donc encore une fois quel votre objectif ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
9 000 kilomètres de petites lignes à sauver, avec la région qui pourra reprendre en délégation un certain nombre de petites lignes qui sont d'intérêt local, expérimenter le train léger, expérimenter du train hydrogène, avoir des navettes autonome…

NICOLAS TEILLARD
En vrai Jean-Baptiste DJEBBARI, elle n'a pas vraiment le choix de la région, la SNCF depuis la loi ferroviaire ne peut pas investir et mettre de l'argent dans une rénovation sur des lignes à perte. Ça veut dire que c'est l'État ou la collectivité qui doit payer, on parle là de dizaines de milliards d'euros, comment on fait pour que ces lignes soient dans un état utilisable et puissent fonctionner à l'avenir ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
… de lignes à perte, il faut bien que les Français comprennent que le système ferroviaire et c'est normal il est très largement subventionné, la contribution publique chaque année de l'ensemble des acteurs, c'est 15 milliards d'euros par an, 15 milliards d'euros par an pour système ferroviaire. Vous avez quelques lignes en France qui sont rentables, quelques lignes TGV qui sont rentables parce qu'on a beaucoup de fréquentation, le reste est subventionné, avec des taux de subvention qui sont énormes, en Limousin 90% du prix des billets est subventionné et c'est normal, c'est la collectivité publique. Pour autant comme on a eu des dettes qui se sont accumulées, qu'on a eu des décisions qui ont privilégié les grands projets, ligne à grande vitesse et pas les réseaux secondaires, il a fallu rééquilibrer les choses. Dans un premier temps en 2017 nous avons suspendu les grands projets et nous avons réinvesti dans l'ensemble du réseau et là maintenant nous trouvons sur le réseau secondaire le bon contrat avec les régions de manière à sauver ces 9 000 kilomètres de petites lignes ferroviaires qui sont importantes pour les Français. Vous savez chez moi…

JEAN-JEROME BERTOLUS
C'est la ligne près de chez vous, mais très concrètement….

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Dans la crise des Gilets jaunes, vous savez, la perception du recul de l'État, de l'assignation à résidence était très corrélée aux fermetures ou à la dégradation du système ferroviaire.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Justement très concrètement vous annoncez par exemple dans Le Figaro qu'il va y avoir un nouveau train de nuit entre Paris et Nice, c'est une bonne nouvelle, vous prévoyez une autre ouverture, quelle sera-t-elle, d'ici la fin du quinquennat ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais d'abord on n'a plus que deux lignes de trains de nuit…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Oui donc ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Qui ne sont d'ailleurs pas en très bonne état. Il y en a 28 en Autriche par exemple.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Et donc ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Nous prévoyons deux lignes supplémentaires d'ici à 2022.

JEAN-JEROME BERTOLUS
C'est laquelle ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
J'ai déjà pu parler de Paris-Nice et une ligne qui descend plutôt vers Tarbes, la ligne de Paris-Tarbes.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Paris-Tarbes en train de nuit.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument c'est une ligne dont j'ai pu discuter encore hier avec Carole DELGA la présidente de la région…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Le fret, le président de la République en parle, question très très concrète, quel est votre objectif en matière de transport de marchandises dans le fret, aujourd'hui c'est marginal, 10% seulement des marchandises à la SNCF et puis une ligne très symbolique, c'est Le Perpignan-Rungis fermé et pourtant le gouvernement il y a plus d'un an avait annoncé sa réouverture, il ne s'est rien passé.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je réponds à vos deux sujets. D'abord l'objectif aujourd'hui vous avez raison c'est de 9% des marchandises qui passent par le train, c'est très faible, c'est deux fois plus faible que la moyenne européenne. Nous voulons doubler cette part du fret ferroviaire, c'est-à-dire atteindre les 18% d'ici à 2030, c'est très ambitieux. Aujourd'hui vous avez des wagons qui sont hors d'âge, il faut le dire simplement, vous avez un réseau qui est dégradé, vous avez des difficultés à faire circuler les trains la nuit et ça a un impact notamment quand vous êtes incapables d'arriver à Rungis suffisamment tôt par exemple, pour parler de la ligne que vous avez évoquée et puis vous avez une concurrence de la route qui a été organisée, qui s'exerce aujourd'hui au détriment du fret, donc nous allons rééquilibrer tout ça. Nous allons continuer à améliorer le réseau, j'en ai parlé un petit peu, nous allons renouveler les matériels roulants, avoir des wagons qui sont beaucoup plus modernes, connectés qui permettent plus finement, plus efficacement à, transporter des marchandises et puis nous allons rééquilibrer là où c'est nécessaire la concurrence rail-route en subventionnant certains secteurs. Tout ça en demandant aussi beaucoup d'efforts aux opérateurs, notamment à fret SNCF, je le dis toujours qui a un fonctionnement aujourd'hui qui ne permet pas à l'entreprise d'être compétitive…

NICOLAS TEILLARD
Vous parlez ici de subventions Jean-Baptiste DJEBBARI, donc de l'argent investi par l'État, tous ceux qui observent la situation sur cette différence entre rail et route en termes de compétitivité sont d'accord pour dire qu'il faut rendre la route plus chère pour qu'on aille sur le fret. On revient à l'écotaxe ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais la différence, c'est que, moi, je m'occupe de ces sujets au jour le jour, et je peux vous dire que ce n'est pas que ça. Quand vous parlez… non, mais il y a une très mauvaise imbrication par exemple entre les ports et le ferroviaire, j'ai fait travailler récemment le port de Dunkerque avec SNCF Réseau, on s'aperçoit qu'il y a des effets de saturation, qu'il manque des centres de tri, donc vous voyez aussi l'investissement à faire pour qu'on ait des flux qui soient beaucoup plus massifs…

NICOLAS TEILLARD
Mais de l'investissement, il faut de l'argent, et donc peut-être taxer la route pour que ça soit plus avantageux de prendre le train et le fret…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais d'aucuns ont essayé, et par ailleurs, je rappelle que les transporteurs routiers en France, ce sont des petites PME patrimoniales, des gens en difficulté concurrencés en intra européen, donc moi, je ne veux pas augmenter la fiscalité sur les routiers, je ne veux pas le faire, d'ailleurs, je me suis engagé à ne pas le faire auprès d'eux. Ce que je veux, c'est rééquilibrer la concurrence entre le rail et la route, ça passe par de l'investissement, ça passe par une meilleure interconnexion entre les ports et le ferroviaire, ça passe par des autoroutes ferroviaires nouvelles aussi, nous allons rouvrir plusieurs autoroutes ferroviaires d'ici à 2022, Perpignan-Rungis, ça a un sens, ça a absolument un sens, et je pense que nous devons descendre plus bas, faire Barcelone, Perpignan, Rungis, Anvers, vous voyez…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Quand ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais ça, alors, d'abord, il y a des investissements qui vont être massifs par exemple, la gare de Rungis doit être modernisée…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Vous allez demander à Rungis de moderniser sa gare pour accueillir leurs trains ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument, monsieur LAYANI, que j'ai rencontré, s'y est engagé…

NICOLAS TEILLARD
Est-ce qu'on doit faire Lyon-Turin, Jean-Baptiste DJEBBARI ? Le projet européen, c'est aussi une catastrophe écologique selon ses opposants…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais là, il y a quand même toujours un peu des…

NICOLAS TEILLARD
Qu'est-ce qu'on fait…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Comment dire, des approximations ou des dissonances un peu cognitives chez certains responsables politiques, c'est un projet de report modal, c'est un projet pour le fret ferroviaire le Lyon-Turin…

NICOLAS TEILLARD
Avec une ligne existante qui n'est plus utilisée…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, c'est une ligne qui ne peut pas accueillir un trafic important, c'est un projet sur lequel la France s'est engagée, sur lequel l'Europe s'est engagée et sur lequel les Italiens, malgré des difficultés se sont engagés…

NICOLAS TEILLARD
Sur lequel les oppositions sont très nombreuses, y compris au ministère de la Transition écologique, aujourd'hui, Barbara POMPILI, elle est favorable au Lyon-Turin ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous lui poserez la question, mais je crois que Barbara POMPILI est favorable au Lyon-Turin.

NICOLAS TEILLARD
ADP doit faire des annonces, aujourd'hui, on parle d'un éventuel accord de performances collectives, vous pensez que les salariés d'ADP doivent faire des efforts ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais je pense que la crise que connaît le secteur aéronautique, c'est la crise la plus profonde depuis la Seconde Guerre mondiale, avec pour ADP 40% d'activité en moins sur 2 ou 3 ans, avec des investissements qui doivent être revus, qu'on a eu à 95% du trafic aérien qui s'est arrêté pendant plusieurs mois, qu'on a de grandes incertitudes sur la reprise en septembre, donc voyez…

NICOLAS TEILLARD
Vous leur demandez des contreparties si les salariés doivent faire des efforts ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais d'abord, je leur demande du dialogue social, c'est une entreprise publique, et Augustin de ROMANET, que je connais très bien, est quelqu'un d'extrêmement responsable, qui a la volonté de continuer à échanger, de trouver les meilleures voies et moyens pour préserver l'emploi, et puis, de regarder lucidement ce que sera son modèle économique…

JEAN-JEROME BERTOLUS
600 suppressions de postes ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je n'ai pas le chiffre exact, vous avez parlé de 300 tout à l'heure, ce qui compte, c'est que, d'abord, il faut regarder lucidement la situation d'ADP. Il faut regarder lucidement quel est son avenir, quels sont les investissements, et il faut que, ADP – et ce sera fait – entre en dialogue transparent, exigeant avec ses syndicats, avec ses salariés, de manière à construire l'avenir ensemble.

NICOLAS TEILLARD
Jean-Baptiste DJEBBARI, ministre délégué aux Transports, invité du « 08:30 » de France Info avec Jean-Jérôme BERTOLUS.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 juillet 2020