Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France Info le 17 juillet 2020, sur la gestion des nouveaux étudiants à la rentrée et la création de places supplémentaires dans certaines filières.

Texte intégral

NICOLAS TEILLARD
Premier bilan pour Parcoursup, accueil des bacheliers à la rentrée, formation qualifiante pour certains diplômés à l'université, on a beaucoup de sujets à aborder avec la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique VIDAL, invitée de France Info. (…) La ministre de l'Enseignement supérieur est en studio, bonjour Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

NICOLAS TEILLARD
Et merci d'avoir choisi Franceinfo ce matin à quelques heures de la fin de la phase principale de Parcoursup. Ce sera ce soir minuit. Est-ce que vous pouvez nous donner ce matin une idée du nombre d'élèves qui auront une réponse ce soir sur les voeux qu'ils ont formulés pour la rentrée ?

FREDERIQUE VIDAL
Eh bien sur l'ensemble des lycéens, c'est 88,2 % des lycéens qui ont eu une proposition. Ça correspond à 585 000 jeunes qui ont d'ores et déjà une proposition. C'est 95,2 % des bacheliers généraux et nous avons appelé tous ceux qui n'avaient pas de propositions puisque nous avons avancé la phase complémentaire. Et donc depuis le 8 juillet, nous appelons tous ceux qui n'ont pas de propositions et nous accompagnons actuellement 9 500 lycéens qui n'ont pas de propositions.

NICOLAS TEILLARD
9 500 lycéens qui aujourd'hui n'ont pas encore de propositions, qui en cherchent ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, qui en cherchent. C'est un peu plus que l'année dernière, ils étaient environ 6 000 à la même époque. Mais il faut dire que nous avions anticipé cette vague puisque l'ensemble des lycéens sont inscrits sur Parcoursup avant le baccalauréat et que des propositions leur sont faites avant qu'ils obtiennent leur baccalauréat. Donc voilà, nous travaillons avec eux. Nous avons ouvert des places, bien sûr, dans les filières les plus demandées, les filières de BTS : plus de 3000 places qui vont être ouvertes. Les filières sanitaire et social ou les filières paramédicales comme dans les écoles d'infirmiers qui sont pilotées par les régions, mais nous allons aider les régions pour financer des places supplémentaires de manière à ce que chacun ait une place à la rentrée. C'est vraiment l'ambition de tout le gouvernement. Le Premier ministre, le président l'ont rappelé. Il faut trouver une solution pour chaque jeune dans cette année très compliquée.

NICOLAS TEILLARD
Je retiens ce chiffre : près de neuf candidats sur dix qui ont une proposition ce soir. Vous parliez de ces bacheliers supplémentaires, on rappelle que le taux de réussite au bac a augmenté de près de huit points pour avoisiner les 96 %. Ça fait près de 50 000 élèves de plus qui arrivent dans le supérieur et cette rentrée elle inquiète, Madame la Ministre. Les universités vont devoir absorber ce flux de candidats supplémentaires. Certaines ne sont pas sûres d'y parvenir. Ecoutez ce reportage d'Alexis MOREL et je vous laisse réagir ensuite. (…)

- On l'a entendu, 3 000 places de plus créées en BTS mais 50 000 bacheliers de plus qui arrivent à la rentrée. Qu'est-ce que vous répondez à ces responsables d'universités qui s'inquiètent à la fois d'un manque d'enseignants et d'un manque de places ? On ne peut pas pousser les murs.

FREDERIQUE VIDAL
Alors comme je vous le disais, actuellement nous avons 9 500 jeunes qui sont en recherche d'un projet pour rentrer dans l'enseignement supérieur. C'est eux que nous accompagnons, tous les autres sont d'ores et déjà inscrits ou en train de s'inscrire puisqu'ils ont eu une proposition. Bien sûr que les universités seules ne peuvent pas répondre. C'est pour ça que nous travaillons à la fois avec l'Education nationale, l'ouverture de places en formation complémentaire d'intérêt local, la possibilité de mettre en place des années charnières pour justement mieux accompagner ces jeunes qui, pendant plusieurs mois, sont restés sans contact physique avec leurs enseignants.

NICOLAS TEILLARD
Mais est-ce que ça veut dire que certains bacheliers qui ont eu leur bac au mois de juin, qui ont réussi l'examen dans les conditions particulières de cette année, ne pourront pas s'asseoir sur un banc à l'université à la rentrée ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, non. Nous nous sommes engagés à ce que tous ceux qui souhaitent accéder à l'enseignement supérieur aient une proposition. Nous le faisons chaque année et nous le ferons cette année encore. Une fois de plus, nous travaillons avec l'ensemble des écoles, l'ensemble des établissements, qu'ils soient publics, qu'ils soient privés, qu'ils soient sous contrat, pour trouver des places pour ces jeunes.

NICOLAS TEILLARD
Donc après, si d'une fac comme ça on demande 280 places - c'est le rectorat - il n'y en a que cent, comment on fait dans ces cas-là ?

FREDERIQUE VIDAL
Vous voyez que c'est déjà cent de plus, et puis pour les 182 autres, eh bien on cherche et on trouve des solutions. C'est vraiment le rôle des commissions d'accès à l'enseignement supérieur. C'est des enseignants…

NICOLAS TEILLARD
Ça, c'est tout l'été ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument. C'est des enseignants du secondaire, du supérieur, les rectorats, des conseillers d'orientation qui font un travail individuel avec chacun de ces jeunes. Il y aura une solution pour chacun d'entre eux.

NICOLAS TEILLARD
Le président a évoqué le 14 juillet la création de 200 000 places en formation pour certains étudiants qui, même diplômés, pourraient poursuivre leurs études. Est-ce que vous savez qui sera concerné ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors en fait là aussi, l'objectif c'est que l'on trouve une solution pour chacun et y compris pour ceux qui sont en fin de cycle, qui viennent d'être diplômés et qui auraient naturellement eu tendance à aller vers le marché du travail. Donc plusieurs choses qui sont mises en place. D'abord des poursuites d'études qui sont accompagnées notamment en travers de l'apprentissage, et puis des années complémentaires là aussi qui peuvent être offertes, des semestres pour acquérir des compétences supplémentaires. C'est très important qu'il n'y ait pas cette arrivée massive des 700 000 jeunes diplômés sur le marché du travail tous en même temps.

NICOLAS TEILLARD
Ce sera décidé quand ça ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est en train d'être décidé. D'une part les budgets sont en cours de vote dans le projet de loi de finances rectificatif numéro 3. Cet après-midi, un gros travail avec les partenaires sociaux pour regarder quels types de compétences peuvent être utiles pour intégrer le monde du travail. L'idée, c'est qu'on échelonne l'arrivée des diplômés.

NICOLAS TEILLARD
En parlant de budget, quand vous êtes assis en Conseil des ministres, vous avez le troisième ministère en termes de budget, Frédérique VIDAL. Et pourtant, selon Le Canard enchaîné, il y a des domaines où on met énormément de moyens mais on n'en entend pas parler. C'est Jean CASTEX qui parle de l'enseignement supérieur. Il a vraiment dit ça ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, il n'a pas dit ça du tout. Ce qui est très important, c'est qu'on puisse mettre en valeur tout ce qui est fait dans ce ministère. Bien sûr la partie enseignement supérieur mais aussi la partie recherche. La semaine prochaine en Conseil des ministres, la loi pour la Recherche : 25 milliards d'investissements sur les dix prochaines années.

NICOLAS TEILLARD
Particulièrement en cette période avec des recherches de vaccin par exemple ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, absolument. Et il faut absolument qu'on travaille à garder nos jeunes chercheurs, à leur offrir des conditions de travail qui soient attractives et c'est tout l'objet de cette loi pour la recherche. Une revalorisation sans précédent des carrières, de tous les métiers de la Recherche.

NICOLAS TEILLARD
Frédérique VIDAL, ministre de l'Enseignement supérieur, merci d'avoir accepté notre invitation ce matin sur Franceinfo.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juillet 2020