Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à LCI le 29 juillet 2020, sur les chiffres des contaminations par le Covid-19 par tranches d'âge et notamment concernant les jeunes.

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Texte intégral

CHRISTOPHE BEAUGRAND
On va continuer à en parler de toutes ces questions, bien sûr, concernant le coronavirus, avec notre invité politique, merci d'être avec nous Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Ministre de la Santé, évidemment. On va vous interroger avec Virginie LEGAY, on a beaucoup de questions à vous poser. La première que j'avais envie de vous poser ce matin : on voit les chiffres de l'épidémie repartir à la hausse, alors est-ce qu'on est en train de voir arriver cette fameuse deuxième vague qu'on redoutait tant ?

OLIVIER VERAN
On n'est pas dans une deuxième vague du coronavirus, on est dans la poursuite d'une épidémie, à plus ou moins bas bruit, en fonction des pays et des villes concernées. Vous voyez que personne n'est épargné, je lisais ce matin que la Chine a enregistré une augmentation du nombre de cas, on sait que c'est problématique dans certaines régions allemandes, espagnoles, vous avez parlé d'Anvers tout à l'heure en Belgique, on a parlé de la Catalogne la semaine dernière, on a parlé de la Mayenne. Vous voyez qu'émergent çà et là dans des territoires de pays européens, notamment mais pas que, ce qu'on appelle des clusters, c'est-à-dire des zones où le virus va circuler davantage. On a quelques signaux d'alerte en provenance de certains hôpitaux, avec une tendance à l'augmentation du nombre d'admissions ou d'appels, et puis nous testons beaucoup plus, Christophe BEAUGRAND, que ce que nous testions, nous passons désormais les 500 000 tests par semaine, nous étions à 300 000 tests par semaine, le moment du déconfinement...

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Vous voulez dire qu'il est normal qu'on voit plus de cas, c'est parce qu'on teste davantage.

OLIVIER VERAN
Ça n'explique pas tout. Ça explique une partie, puisque nous avons une positivité, c'est-à-dire que pour 100 tests que nous réalisons, nous étions à 1,1 % de tests positifs, désormais nous sommes à un 1,3 % de tests positifs. Donc vous voyez qu'on n'est pas, on a une augmentation quand même, je dirais, de la proportion de tests qui sont positifs, d'une part parce que nous testons davantage dans les zones de circulation active, et d'autre part nous enregistrons un certain nombre de diagnostics chez des gens qui sont plus jeunes, à l'instar de nos voisins européens, qui ont moins de symptômes, donc des gens qui ne s'attendaient pas du tout à être malades. Et l'un des gros enjeux, c'est de faire en sorte que quand les gens sont malades ou quand ils pensent l'être, d'une part ils se fassent tester, d'autre part ils s'isolent, en quatorzaine, pour éviter de contaminer les autres. Et l'autre enjeu, vous le connaissez, c'est la poursuite de nos efforts. Il ne faut pas lâcher maintenant. Le travail qui a été fait par les Français depuis 6 mois dans ce pays, qui a permis de sauver tant de vies, il doit se poursuivre, même quand c'est l'été, même quand on en a marre, même quand on est avec ses amis, même quand on est avec sa famille, surtout même quand on est avec sa famille, réduire les contacts sociaux, augmenter les distances avec les gens, se laver les mains, porter le masque quand il faut le porter, etc., mais tout cela vous le savez.

VIRGINIE LEGAY
Se faire tester, dites-vous, ça n'a pas l'air pourtant si simple. Il y a des queues, il y a des délais, tous les laboratoires ne semblent pas équipés suffisamment pour pouvoir faire le nombre de tests que les Français voudraient. Et il y a surtout des engorgements apparemment dans certaines régions. Comment réussir à fluidifier un peu ce système ?

OLIVIER VERAN
Il ne vous a pas échappé qu'on est au coeur de l'été, qu'il y a des équipes dans les labos qui sont fatiguées, qui ont fait un gros travail pendant des mois, avec du personnel qui part aussi en vacances, à l'instar des Français. Néanmoins, moi j'ai insisté de façon très claire avec les laboratoires, pour leur dire que la permanence des soins devait se poursuivre, y compris et notamment même au coeur de l'été, et qu'il faut augmenter, pardon pour l'expression, la cadence des tests, être capable de suivre et de répondre à la demande.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Parce que vous promettiez jusqu'à un million, on arrive péniblement à 500 000.

OLIVIER VERAN
On était parti sur un objectif de 700 000 avec les laboratoires. Les labos nous disent qu'ils peuvent même monter effectivement au-delà du million...

VIRGINIE LEGAY
Mais qu'ils n'ont pas le personnel suffisant pour faire les tests demandés.

OLIVIER VERAN
... de tests. C'est pour ça qu'on augmente. Moi j'ai autorisé, désormais les étudiants en santé, les aides-soignants, les secouristes, les techniciens de laboratoire, je signe arrêté sur arrêté, pour permettre aux laboratoires de recruter du personnel pour pouvoir tester. Ensuite il y a eu une augmentation sensible, on a augmenté de 50 000 tests par semaine, chaque semaine depuis maintenant 4 ou 5 semaines. Donc il y a une augmentation. Partout où des laboratoires ne font pas de test, moi je leur demande d'organiser les tests très clairement, et j'ai encore écrit une lettre hier qui explique que c'est une délégation de service public pour se faire, et qu'ils doivent le faire. Ensuite vous avez des endroits où ça n'est pas engorgé, la plus grosse partie du territoire français. Et puis vous avez Paris, où vous avez beaucoup de Franciliens qui vont partir en vacances, à qui on demande de se faire tester parfois avant d'aller prendre un avion, ou qui veulent savoir, et donc il y a des files d'attente qui se sont créées, avec un effet engorgement très parisien. Ça ne justifie pas qu'on ne bouge pas au contraire, il faut qu'on soit capable de répondre à cette demande. Mais ce que je veux vous dire, c'est qu'aujourd'hui vous avez. Des drive de tests, vous avez des food-trucks transformés en tests, on va tester sur les plages, dans les stations balnéaires, on va tester dans les campings, on va tester à côté des entreprises, sur les parkings. Partout nous déployons des capacités de tests pour permettre aux gens de répondre parfois à leurs inquiétudes etc. Et nous sommes désormais leader européen en nombre de tests réalités par habitants, et continuons d'augmenter.

VIRGINIE LEGAY
Est-ce que ces réglages dont vous parlez, n'arrivent pas un peu tard ? On est le 27 juillet...

OLIVIER VERAN
29 même.

VIRGINIE LEGAY
29 juillet, les chiffres augmentent, est-ce que tout ça n'est pas mis en place avec un peu de délai excessif ?

OLIVIER VERAN
Eh bien écoutez, nous sommes à 500 000 tests par semaine cette semaine, la semaine dernière à 450 000, ce qui n'était pas déshonorant du tout, la semaine d'avant 420 000, la semaine d'avant 380 000. Vous voyez qu'il y a une augmentation, mais qui suit aussi la demande, c'est-à-dire qu'avant le départ en vacances, nous invitions les Français à se faire tester, et il y a eu un moment, une espèce de sidération de sortie d'épidémie et du moment du déconfinement où on n'avait pas non plus une foule dense qui demandait à aller avoir un écouvillonnage...

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Donc là, les gens viennent tous en même temps, c'est ce que vous me dites. Donc il faut faire attention. Mais il y a effectivement des possibilités de se tester aussi sur son lieu de vacances, vous le disiez, sur les plages.

OLIVIER VERAN
Bien sûr.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
J'aimerais qu'on revienne sur les comportements. Vous me parliez de la vigilance, de ces problèmes de relâchement. J'aimerais qu'on vous remontre deux images, que je suppose vous avez déjà vues dans les médias, cette image du Puy-du-Fou à gauche de votre écran, à droite c'est une image de fête à Saint-Tropez, en l'occurrence, où on voit que la distanciation sociale, les masques etc., là c'est totalement oublié. Moi j'ai envie de vous poser une question : est-ce que la France est assez ferme ? Pourquoi il n'y a pas davantage, on ne serre pas davantage la vis pour interdire ce genre d'événement que l'on voit ? Compter sur la bonne volonté, ça n'est peut-être pas suffisant.

OLIVIER VERAN
On ne compte pas sur la bonne volonté. Les préfets sont chargés, dans chaque territoire, de faire respecter des règles qui sont adoptées en Conseil de défense et de sécurité nationale, par le président de la République lui-même, sur la base des propositions que les membres du gouvernement et que le Premier ministre lui fournissent eux-mêmes.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Donc certains préfets sont un peu mous.

OLIVIER VERAN
Eux-mêmes informés et conseillés par les autorités sanitaires, comme le Haut Conseil de santé publique. Bien. Vous avez ensuite des gens qui ne respectent pas les règles. Ça arrive. La Rave party de la Nièvre, croyez-moi, ça m'a fait monter la tension de 2 points, au moins. Vous avez la scène comme le bar de Saint-Tropez, où les gens ne font pas gaffe, c'est comme s'ils étaient dans une espèce de bulle hors du temps, où on se sent... Vous savez, c'est quand on se sent invulnérable, qu'on prend le plus de risques. C'est valable avec le virus, c'est valable avec plein de choses...

CHRISTOPHE BEAUGRAND
On voit ce qui s'est passé également...

OLIVIER VERAN
C'est la vitesse au volant, c'est toutes ces choses-là.

VIRGINIE LEGAY
Mais on voit maintenant que les jeunes eux-mêmes tombent malades.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
C'est ce qui s'est passé à Quiberon, le cluster c'est dans un bar où il y avait des jeunes, et 58 jeunes maintenant, et ça ne concerne que la jeunesse qui se croit effectivement invulnérable.

OLIVIER VERAN
C'est expliqué, semaine après semaine, y compris face à des tribunes assez offensives, et j'en étais bien désolé, les raisons pour lesquelles on ne pouvait pas ouvrir la discothèque dans notre pays. Quand on voit qu'il suffit qu'un bar applique, n'applique pas le protocole, d'organise une soirée underground et qu'il y a 50 personnes qui sont contaminées, et qu'on est obligé d'aller fermer quasiment une station balnéaire, je ne regrette absolument pas la fermeté dont j'ai fait preuve depuis maintenant plusieurs mois dans notre pays. Mais encore une fois, quand on se sent invincible, quand on se sent invulnérable, quand vous avez des gens qui disent : « Oh, moi j'ai 30 ans, vous savez, le Covid au pire je l'attrape, j'aurais un bout de grippe, mais je ne vais pas me gâcher mes vacances », je ne dis pas que c'est la règle, et fort heureusement les Français, même jeunes, ils sont responsables. Mais...

VIRGINIE LEGAY
C'est d'autant moins la règle que de plus en plus de jeunes sont malades.

OLIVIER VERAN
Je ne dis pas que c'est la règle d'être irresponsable ou de se sentir invulnérable, mais il suffit de quelques-uns. Il suffit de quelques-uns pour que vous ayez un départ de virus. Un cas, 50, et puis 50 cas, si on ne dépiste pas, ça peut faire 200, et 200 si on ne dépiste pas, ça fait un département entier qui est en zone rouge.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Donc là c'est la gestion des clusters, effectivement, on a vu que ça a bien fonctionné en Mayenne, alors justement j'ai une question, pour le coup...

OLIVIER VERAN
Partout. Ça a marché en Guyane, ça a marché en Mayenne, ça a marché en Bretagne, ça marche en Gironde. Enfin, je veux dire, il faut aussi remarquer et constater, parce que derrière cela il y a l'action remarquable des Agences régionales de santé, de l'Assurance maladie, de la protection civile, des pompiers, du SAMU, des médecins. Vous avez, se mettent en branle dans tous les territoires en permanence, des gens qui ne sont pas visibles, quand on regarde ça, quand on regarde un reportage, il faut savoir que derrière un diagnostic, il y a plusieurs personnes qui vont travailler pour faire le contact tracing, pour prendre les mesures qui conviennent de sécurité sanitaire. C'est un boulot de tous les instants. Ne serait-ce que pour respecter ces milliers de personnes qui sauvent des vies et qui franchement travaillent tous les jours et toutes les nuits depuis des mois, faisons un peu plus gaffe. Je ne dis pas qu'encore une fois c'est open bar dans le pays, ce n'est pas ce que je constate, mais il suffit qu'il y ait des endroits où on se mette en danger, pour mettre en danger les autres.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Est-ce que vous déconseillez aux Français de partir par exemple à Quiberon, en ce moment, là ?

OLIVIER VERAN
Nous mettons des consignes territoriales, propres à chaque territoire, en fonction des territoires...

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Parce qu'on a vu, il y a eu des consignes pour la Catalogne, par exemple.

OLIVIER VERAN
... on a eu l'occasion, j'ai eu l'occasion de m'exprimer notamment sur Laval, en étant allé en en Mayenne, où l'incidence et la diffusion du virus, avec des chaînes de contamination, qu'on n'arrivait plus forcément. A détecter de A à Z, justifiait qu'on soit extrêmement vigilants. Sur la situation de Quiberon, il y a un cluster, une cinquantaine de personnes, on est au stade du diagnostic pour voir l'extension du périmètre du virus. S'il est nécessaire de mettre d'autres mesures, nous mettrons d'autres mesures. On regarde au cas par cas, nous ne voulons pas arriver à un reconfinement, nous voulons pouvoir protéger les plus vulnérables, casser les chaînes de contamination, et encore une fois expliquer aux Français que la guerre n'est pas terminée.

VIRGINIE LEGAY
Est-ce qu'il ne faudrait pas être plus strict sur le port des masques ? Est-ce qu'il ne faudrait pas par exemple rende obligatoire le port de masse dans tous les espaces publics, au lieu de...

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Dans la rue, vous voulez dire, à l'extérieur aussi.

VIRGINIE LEGAY
Tous les espaces publics, la rue, tous les endroits où les gens vont sortir de chez eux, est-ce que ça ne serait pas une mesure qu'il serait urgent de prendre ?

OLIVIER VERAN
Nous la prenons dans certains territoires. Nous la prenons en moyenne par exemple, dont je parlais...

VIRGINIE LEGAY
Mais vous savez comme moi que les règles qui ne sont pas les mêmes pour tous, permettent des exceptions.

OLIVIER VERAN
Mais je sais aussi, je comprends ça. Je sais aussi que quand une règle est jugée parfois excessive dans son application ou dans la demande, elle n'est pas respectée non plus. Et si vous dites à quelqu'un qui est seul dans une rue, qu'il doit porter un masque, il ne va pas nécessairement le comprendre. Si on lui dit par contre de porter un masque quand il est dans une rue qui est fréquentée, avec des gens qu'il va croiser, dans un endroit où le virus circule, il est plus à même d'entendre la consigne et de la respecter dans la durée. C'est un combat...

VIRGINIE LEGAY
Donc vous n'êtes pas pour une uniformisation du port du masque sur l'ensemble du territoire.

OLIVIER VERAN
Nous l'avons uniformisé et harmonisé pour tous les lieux fermés. Il faut comprendre que c'est un combat de longue haleine que nous menons contre le coronavirus. C'est un combat dans la durée. Ce n'est pas un combat one-shot, où on a une épidémie, moi je n'ai jamais considéré, et je l'avais toujours dit, qu'il n'y aurait pas de saisonnalité pour ce virus, qu'il n'y avait aucune raison qu'il prenne des vacances, dans la mesure où quand il faisait très chaud dans les pays du Sud, il tapait très dur. Donc nous sommes dans un combat de longue haleine, il faut qu'on puisse garder des forces, il faut qu'on puisse garder de l'énergie, il ne faut pas qu'on tombe dans la lassitude, et il ne faut pas qu'on perde nos réflexes. Et le danger c'est que les mois passant, les semaines passant, les messages sanitaires s'accumulant, le ministre fait peur ou le ministre inquiète ou Santé publique France publie des chiffres alarmistes, petit-à-petit il ne faut pas que les gens considèrent qu'il y aurait une espèce de fatalité. Un, il n'y a pas de fatalité, on est pleinement acteur de la lutte contre le virus. Deux, toutes les situations ne sont pas comparables, la situation que nous constatons aujourd'hui, même s'il y a une augmentation de la circulation du virus, n'est pas la situation de février, et c'est par notre comportement collectif, et par l'action déterminée des pouvoirs publics, que nous éviterons que cette deuxième vague. Donc il faut sans cesse y revenir, c'est un peu la parabole du Rocher de Sisyphe, vous pensez en avoir fini et puis le virus revient. Moi je vous dis : il nous faut un vaccin pour lutter contre ce virus. Il nous faut un vaccin efficace...

VIRGINIE LEGAY
Qui n'interviendra pas avant au moins un an, d'ici là il faut que chacun se protège.

OLIVIER VERAN
On n'en est pas sûr. On a des données scientifiques sur plusieurs vaccins, qui commencent à émerger et qui montrent d'abord qu'un vaccin peut créer de l'immunité chez certains malades, et ensuite, que les laboratoires nous disent qu'ils seraient capables de produire plus tôt que cela. Je le souhaite.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Alors, on ne peut pas encore tabler là-dessus, il faut de toute façon faire attention aux gestes barrières, parce que le vaccin de toute façon, ça mettra plusieurs mois.

OLIVIER VERAN
Oui, mais je prépare aussi les esprits...

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Mais vous êtes optimiste.

OLIVIER VERAN
Je prépare aussi les esprits à la nécessité de la vaccination, le jour où nous aurons un vaccin efficace. En France on sait que ça n'est jamais une affaire très simple.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
C'est vrai qu'il y a pas mal d'anti-vaccins en France, vous avez raison, il y a 30 % des gens qui estimaient ne pas avoir envie de se faire vacciner.

OLIVIER VERAN
Ce n'est pas les anti-vaccins. Il n'y a pas d'anti-vaccins, il y a des gens qui ont peur et à qu'il faut expliquer, et à qui il faut rassurer.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Hier, sur ce plateau, Brice HORTEFEUX nous disait que votre gestion, la gestion du gouvernement, de la crise du coronavirus, était je cite « un désastre ». On l'écoute, vous allez pouvoir lui répondre.

BRICE HORTEFEUX, DEPUTE EUROPEEN LR, ANCIEN MINISTRE DE L'INTERIEUR
Ce n'est pas un flottement, c'est un désastre, et vous savez, vous avez une étude...

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Pour vous, la gestion du coronavirus par le gouvernement est un désastre ?

BRICE HORTEFEUX
La gestion des crises. Incapable de gérer la crise sanitaire, je vous rappelle que là aussi on a un organisme international qui a observé les 32 pays du continent européen, on nous classe 26ème ou 27ème pour la médiocrité de la manière dont on gère cette crise.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Et le Rassemblement national a dit la même chose hier avec la publication d'un livre noir pour dénoncer le fiasco de cette gestion de la crise, et beaucoup de Français partagent cette opinion. Vous leur dites quoi aux Français ?

OLIVIER VERAN
Alors, à Brice HORTEFEUX, je voudrais bien voir le classement, mais je crois que c'est une, hélas, une hallucination liée à la chaleur.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Une fake news ce classement dont il parlait ?

OLIVIER VERAN
Sur la question, vous savez, de savoir : est-ce qu'il faut se comparer ? Moi je discute énormément avec mes homologues européens, et d'ailleurs j'ai fait une interview qui a été, qui est sortie dans cinq journaux de la Presse nationale européenne la semaine dernière. Et je discute aussi avec les journalistes. Nous avons tous, quasiment tous, fait face à une vague épidémique qui est sans précédent, nous avions tous des difficultés pour nous fournir en masques, pour tenir bon face à l'augmentation du nombre de malades dans les hôpitaux, nous avions les mêmes difficultés à faire respecter les gestes barrières...

CHRISTOPHE BEAUGRAND
L'Allemagne a plus testé par exemple, depuis le début.

OLIVIER VERAN
L'Allemagne a fait plus de tests, et l'Allemagne a eu un profil épidémique très différent, dans la mesure où l'Allemagne a eu ce qu'on a aujourd'hui, c'est-à-dire des malades beaucoup plus jeunes asymptomatiques, on n'a pas eu le gros cluster, avec les 2 000 personnes qui hélas vont contaminer les personnes vulnérables, mais c'était le cas par contre en Espagne, en Italie, en Angleterre, en Belgique. Bon, bref, peu importe. L'idée n'est pas de se comparer. L'idée est de savoir comment est-ce que nous travaillons en collaboration européenne, tant pour nous fournir en vaccins, que garantir notre autonomie en traitements, en matériels de protection, pour échanger nos données épidémiologiques, me données sanitaires, pour être capable de faire face à ce virus à l'échelle aussi européenne. Ça n'a pas de sens de fonctionner chacun de notre côté, il faut travailler ensemble.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Alors, justement, pour le coup, les décisions ne sont pas uniques, on voit qu'en Belgique on a des décisions draconiennes, en France c'est différent, en Espagne c'est autre chose, en Italie c'est autre chose, est-ce qu'on n'a pas besoin aussi d'une unité au niveau des décisions européennes concernant cette crise ?

OLIVIER VERAN
L'unité, elle est toujours importante à rechercher, dans la cohérence des mesures que nous prenons. Il m'est arrivé d'appeler un homologue, en lui demandant de mettre en place des mesures plus drastiques de lutte contre la circulation du virus, sans quoi nous serions amenés à fermer les frontières. Ça m'est arrivé de le faire, et nous avons des discussions avec nos voisins. De la même manière, certains voisins peuvent m'appeler par endroits, pour me dire : tiens, vous avez annoncé ça, pourquoi est-ce que vous avez annoncé cette mesure-là ? Et nous en discutons ensemble, et nous avançons ensemble.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Ça ne se fait qu'au cas par cas, c'est ça ?

OLIVIER VERAN
Ça ne se fait pas qu'au cas par cas. Nous avons tous confiné, nous avons confiné nos pays dans la même période. La France est allée un peu plus loin dans certaines mesures de confinement, parce que l'épidémie n'était pas la même que certains de nos voisins. Aujourd'hui, la France est le pays qui a en premier décidé de tester dans les aéroports et d'être systématique. L'Allemagne nous emboîte le pas et c'est tant mieux, en recommençant à développer un programme de dépistage pour les gens qui viennent de pays de la zone, de zones à risque. D'autres pays sont en train de regarder avec nous, nous discutons les uns les autres, nous nous renforçons les uns les autres. Je crois franchement à la démarche européenne en la matière.

VIRGINIE LEGAY
Les Français s'apprêtent à partir pour le mois d'août, est-ce que vous êtes inquiet de l'évolution de la situation dans notre pays, pendant l'été ? Est-ce qu'en septembre on risque de se retrouver avec une vague de malades, qui aurait été provoquée par les échanges de populations entre les différents départements ?

OLIVIER VERAN
Je ne dis jamais que je suis inquiet, je dis toujours que je suis vigilant, et pas spectateur, mais acteur, donc nous surveillons, et je continuerai de surveiller, tous les jours, tout l'été, avec les données de Santé publique France, de la Direction générale de la santé, l'évolution de la situation, et je continuerai à en informer les Français, et je continuerai de leur donner les bonnes pratiques, qui permettent de lutter...

VIRGINIE LEGAY
Si vous aviez un conseil à leur donner aux Français, aujourd'hui ?

OLIVIER VERAN
D'être courageux, parce que c'est long, parce que c'est fatigant, que pour certains c'est épuisant, pour beaucoup ça a été éprouvant, certains ont perdu leur emploi, certains ont peur de le perdre, certains ont perdu un parent, un ami, certains n'ont même pas pu l'enterrer dignement en famille, certains ont annulé leur mariage. Les Français ont vécu des mois extrêmement difficiles, ils ont besoin de prendre du repos, ils ont besoin de prendre du recul, mais prendre du recul ça ne veut pas dire prendre du recul vis-à-vis des gestes barrières, ça veut dire continuer d'être acteur et intégrer l'idée que nous allons vivre avec ce virus pendant une durée assez longue, hélas, et qu'il faut rester extrêmement vigilant, ne pas être obnubilé par le virus, ne pas en parler au petit déjeuner, au déjeuner et au dîner, mais garder le réflexe qui fait que quelqu'un qui vient vous voir en voulant vous taper dans la main pour vous dire : tiens, ça fait très longtemps qu'on ne s'est pas vu, bienvenu en vacances ! ...

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Il faut reculer.

OLIVIER VERAN
Etre capable de lui dire : je suis désolé. Ce n'est pas ringard de garder de la distance.

VIRGINIE LEGAY
Et rester masqué.

OLIVIER VERAN
Ce n'est pas excessif, c'est : je suis désolé, j'ai envie qu'on passe des bonnes vacances. J'ai envie qu'on joue à la pétanque et j'ai envie qu'on puisse passer une bonne semaine au camping, je n'ai pas envie que pour ça on se mette en danger, ce serait trop con.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Olivier VERAN, vous allez prendre vos vacances, vous-même, puisque c'est le dernier Conseil des ministres aujourd'hui...

OLIVIER VERAN
Je n'en suis pas si sûr.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Alors justement, est-ce que vous partez ? Si oui où ? En France j'imagine.

VIRGINIE LEGAY
Est-ce en Corrèze, comme on l'a cru.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
On l'a lu. Et surtout, j'imagine que vous allez garder un oeil sur tout ce qui se passe, vous dites que vous allez rester vigilant, alors ça va se passer comment vos vacances ?

OLIVIER VERAN
Je ne suis pas sûr que ce soit très intéressant pour les Français. Vous savez, j'ai juste envie de voir...

CHRISTOPHE BEAUGRAND
On veut savoir si vous allez rester aux manettes.

OLIVIER VERAN
J'ai juste envie de voir mes enfants, et mes enfants savent très bien ce que c'est que de lutter contre le coronavirus, et donc ils seront, ils auront le niveau de patience suffisant pour me laisser passer des vacances avec un téléphone et prendre le train à chaque fois que ce sera nécessaire.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Car vous irez de toute façon là où il faut, si jamais il y a un problème, vous resterez de toute manière proche, en tout cas de Paris, proche de votre ministère.

OLIVIER VERAN
C'est une évidence.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Merci beaucoup Olivier VERAN d'avoir été notre invité ce matin, on vous souhaite une belle journée, qui va être chargée, si je comprends bien, parce qu'il y a également le projet de loi PMA à l'Assemblée nationale en ce moment, et qui, les discussions ne se passent pas forcément extrêmement bien, notamment avec les députés de la majorité qui ne sont pas très unis sur le dossier. Rapidement.

OLIVIER VERAN
C'est un texte...

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Parce que Jean CASTEX a un petit peu remonté les bretelles de certains députés.

OLIVIER VERAN
C'est un texte porteur d'avancées sociales, de progrès social, c'est un texte qui fait appel aux consciences de chacun, aux idées de chacun, pour lequel nous respectons la qualité du débat parlementaire. Tout s'est fait dans un contexte apaisé en première lecture, là il y a un peu de fatigue, un peu de tension qui vient de certains bancs de l'opposition. Mais on va y arriver.

VIRGINIE LEGAY
Il y a même des divisions au sein de votre majorité.

OLIVIER VERAN
Je ne sais pas s'il y a des divisions, en tout cas il y a des opinions qui s'expriment.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Il y a des députés qui veulent aller un peu plus loin.

OLIVIER VERAN
C'est aussi cela la démocratie.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
C'est ça, il y a des députés qui veulent aller un peu plus loin, et Jean CASTEX a dit : il faut rester au texte initial.

OLIVIER VERAN
Quand on va plus loin, c'est toujours aller plus loin dans un sens ou aller dans l'autre. Bon. Nous, je pense qu'on a une position qui est équilibrée, qui est porteuse de progrès social et d'avancée pour les Françaises et les Français.

VIRGINIE LEGAY
Les lignes rouges dont a parlé Jean CASTEX, vous les respecterez.

OLIVIER VERAN
Je suis membre du gouvernement, je n'ai pas vocation à m'affranchir des règles que le gouvernement a fixées, et dans lesquelles je m'inscris.

CHRISTOPHE BEAUGRAND
Merci Olivier VERAN, merci également Virginie LEGAY.


Source : service d'information du Gouvernement, le 31 juillet 2020