Interview de Mme Roselyne BACHELOT, ministre de la Culture, à LCI le 13 juillet 2020, sur l'importance du port du masque lors des rassemblements festifs des jeunes et les moyens pour relancer l’économie du monde culturel.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX

Roselyne BACHELOT, nouvelle ministre de la Culture nommée il y a une semaine. Merci beaucoup d'être sur LCI ce matin, Roselyne BACHELOT…

ROSELYNE BACHELOT
Merci Elizabeth MARTICHOUX de me recevoir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Une chaîne que vous connaissez bien, vous y avez été très présente tous ces derniers mois, on y reviendra sur votre nomination tout à l'heure, mais si vous permettez, on va rentrer dans le dur, Roselyne BACHELOT, parce que vous faites face à un monde culturel qui a une énorme attente depuis cette nomination, or, vous avez dit jeudi vouloir desserrer l'étau sanitaire qui est imposé aux salles de spectacles, théâtre, concerts. Est-ce que c'est un souhait qui va rester à l'état de souhait ou est-ce que vous allez passer à l'acte ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors la situation sanitaire, nous la connaissons, elle évolue, je dirais, de jour en jour, et la doctrine de sécurité sanitaire évolue aussi de jour en jour, en suivant l'épidémie comme le lait sur le feu. Moi, ce que je constate, c'est que les responsables des lieux culturels sont très responsables, j'ai visité par exemple le Théâtre de la Ville mardi soir, je peux vous dire que les consignes sanitaires y sont respectées vraiment de façon très minutieuse, très précieuse, l'éloignement entre les groupes et les personnes dans la salle de spectacle, le port du masque est obligatoire, là, vraiment, les organisateurs, les patrons des salles de spectacles sont très responsables. Ce qui pose vraiment un problème, ce sont ces rassemblements, je dirais, rassemblements de jeunes, rave-parties, des concerts sur lesquels…

ELIZABETH MARTICHOUX
On va regarder des images d'ailleurs, il y a eu le concert géant samedi soir…

ROSELYNE BACHELOT
A Nice…

ELIZABETH MARTICHOUX
On n'en parle plus beaucoup. Et puis, la rave-party en ce moment dans la Nièvre qui se poursuit, là, parce que les raves, ça dure toute la nuit et…

ROSELYNE BACHELOT
Alors, j'en appelle à la responsabilité de jeunes, le port du masque, il faut vraiment le porter, c'est une question de responsabilité, de protection des plus fragiles. On comprend bien qu'on pourra faire toutes les législations du monde, si on décide de s'en abstraire, ce n'est pas possible. Les consignes sanitaires peuvent être desserrées à condition d'être en responsabilité, et c'est ce que j'en appelle aux organisateurs de spectacles, mais je dirais que dans mon secteur de responsabilité, il n'y a pas de problème, ils respectent les normes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc vous maintenez l'idée de desserrer sur eux l'étau sanitaire qui est encore très contraignant…

ROSELYNE BACHELOT
On peut imaginer desserrer l'étau sanitaire, par exemple, le Premier ministre est en train d'étudier le masque obligatoire, moi, je trouve que c'est une excellente formule…

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans les espaces clos…

ROSELYNE BACHELOT
Mais je dirais, ils le font déjà ! Les organisateurs de spectacles le font, ils donnent des masques à l'entrée des salles de spectacles, et le port du masque est… et de fait, il n'a pas besoin quasiment d'être obligatoire, puisqu'il est respecté.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais pourquoi est-ce que vous avez dit jeudi, alors que, pour l'instant, les contraintes sanitaires ne permettaient pas la viabilité économique de ces lieux de spectacles ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, dans beaucoup de salles de spectacle, c'est vrai, mais je reprends l'exemple du Théâtre de la Ville, son directeur me dit que sur le plan économique, c'était viable, qu'il s'en tirait avec ses contraintes sanitaires, on les aides aussi à surmonter cette non-viabilité économique, on les aide.

ELIZABETH MARTICHOUX
On les aides, c'est-à-dire ? Vous avez débloqué d'ailleurs, vous avez annoncé avoir ajouté un milliard de plus quand vous étiez dans un déplacement à la fin de la semaine dernière, est-ce que c'est un milliard de plus que les 5 milliards, l'enveloppe déjà annoncée ?

ROSELYNE BACHELOT
Non, alors, elle est dans l'enveloppe des 5 milliards, mais elle va être votée au Parlement, on est sur une bonne marche parlementaire, et les 1,6 milliard… 0,6, pardon, devraient être votés à la fin du mois.

ELIZABETH MARTICHOUX
Au Sénat. A la fin du mois. Et donc distribués très vite ?

ROSELYNE BACHELOT
Et distribués, mais dans l'immédiat.

ELIZABETH MARTICHOUX
A qui ? A qui va aller cet argent, Roselyne BACHELOT ?

ROSELYNE BACHELOT
Bon, alors, il y a plusieurs choses, il y a des crédits budgétaires, il y a des exonérations fiscales, il y a des exonérations sociales qui seront distribuées au monde de la culture qui est en très grande difficulté. Alors, il faut voir que le secteur de la culture, c'est 97 milliards d'euros, c'est 800 000 entreprises, c'est 650 000 personnes qui ont un emploi, leur emploi principal, la chute du chiffre d'affaires est de 25 %, et il atteint presque 75 % dans le spectacle vivant, donc l'effort, il est fait sur le spectacle vivant. Il y a une deuxième chose qui arrive aussi, c'est les 949 millions d'euros, quasiment, un milliard, pour proroger les mesures en faveur des intermittents du spectacle, là aussi, il faut que ça aille vite, on voit qu'il y a quelques fois des embourbement technocratiques, qu'il faut sortir des choses, il y avait un décret en Conseil d'Etat qui n'avait pas été transmis au Conseil d'Etat, bon, voilà, ça y est, avec Elisabeth BORNE, la ministre du Travail, on a sorti cette affaire-là pour que ça marche, parce que les gens, ils ont besoin, les artistes, ils ont besoin de cet argent pour pouvoir proroger leurs droits, leurs droits sociaux. Donc tout ça, c'est de faire marcher la machine de l'Etat, mais moi, ce qui m'importe, c'est maintenant, les crédits d'urgence, mais c'est le plan de relance, parce que c'est là qu'est l'enjeu. Il ne s'agit pas maintenant pour la ministre de la Culture que je suis d'aller pleurer à Bercy pour obtenir un dixième de point supplémentaire, il y a de l'argent de façon considérable qui va être mis sur la table, on sait déjà, les crédits européens, c'est pratiquement 40 milliards, des crédits d'Etat, qui pourraient atteindre 30 milliards…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous voulez votre part…

ROSELYNE BACHELOT
Le plan investissant, c'est peut-être 100 milliards qui vont être sur la table, et il ne s'agit pas de pleurnicher, il s'agit de présenter des projets, des projets de développement, et c'est à ça que je suis en train de travailler.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, vous en avez parlé au séminaire gouvernemental avec le chef du gouvernement, avec Bruno LE MAIRE samedi matin, vous avez obtenu des marges de manoeuvre déjà ?

ROSELYNE BACHELOT
Eh bien, le séminaire gouvernemental était un séminaire de la méthode de travail, bien entendu, nous sommes en train de préparer ça avec les différents ministres…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que vous avez retenu d'ailleurs dans la méthode ?

ROSELYNE BACHELOT
Moi, j'ai beaucoup insisté dans la méthode sur le fait que dans ce pays, il y avait des décisions qui étaient prises, je prends l'exemple des intermittents, pratiquement un milliard, c'est quand même beaucoup d'argent pour proroger les droits des intermittents du spectacle, artistes ou techniciens, et puis, on a l'impression que ça s'embourbe, qu'on a du mal à décrocher, qu'il y a toutes sortes de poids technocratiques qui sont là, moi, j'ai beaucoup insisté sur le fait qu'il fallait qu'on travaille ensemble, et que quand il y avait un blocage, eh bien, très, très vite, on réagisse entre nous et on surmonte les lourdeurs technocratiques d'un Etat comme le nôtre.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais est-ce que vous a l'impression que ça bloque encore plus, cet Etat profonde, dont avait parlé Emmanuel MACRON, il est encore plus profond quand vous avez été ministre, ou c'est parce qu'on est dans une situation tellement dramatique qu'en réalité, il faut aller très vite…

ROSELYNE BACHELOT
Les deux, « ma Générale », c'est les deux, c'est qu'on est dans un Etat –et c'est tout à fait logique – qui a développé des procédures qui garantissent la bonne utilisation des crédits publics, on est un pays qui consacre pratiquement 60 % de sa richesse nationale à des politiques publiques. Donc c'est normal qu'il y ait un certain nombre de procédures, mais ces procédures se sont alourdies, et c'est vrai qu'en période de crise sanitaire, les précautions à prendre ont été des facteurs d'alourdissement

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce qui vous a dit Jean CASTEX, le Premier ministre, sur la méthode, qu'est-ce qu'il souhaite ?

ROSELYNE BACHELOT
Il souhaite qu'on soit d'abord une équipe soudée, et surtout qu'on travaille avec les territoires, ça, c'est vraiment le message qu'il nous a envoyé, c'est un homme des territoires, il nous a vraiment… il faut parler aux sous-préfectures, il faut parler aux champs…

ELIZABETH MARTICHOUX
Aux champs…

ROSELYNE BACHELOT
C'est ça le message. Mais moi, ça me convient très bien, vous savez, moi, je n'ai pas une carrière politique où je suis partie du haut, moi, je suis partie du bas en étant conseillère municipale, conseillère générale, cette France, cette France des champs, des quartiers et des sous-préfectures, dont il me parle, c'est ma France, c'est de là que je viens.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous disiez, bon, séminaire, on a surtout parlé de la méthode, pas encore du plan de relance, 100 milliards, je veux avoir ma part, mais dans le fond, c'est quoi votre rôle, Roselyne BACHELOT, c'est de réclamer des sous pour la Culture, c'est ça, votre mandat ?

ROSELYNE BACHELOT
Non, ce n'est pas ça mon mandat, de réclamer des sous, c'est de bâtir des projets, ce n'est pas pareil, je l'ai dit, mon rôle, ce n'est pas de pleurnicher, c'est de présenter des projets, mais de les présenter avec des projets collectifs, je ne vais pas, moi, à la tête de mon administration, imaginer toute seule des choses, je le fais avec les grands acteurs de la culture, avec les responsables territoriaux, présidents de régions, présidents de conseils généraux, les associations, les Conseils départementaux, voyez, je suis de l'ancien monde… les Conseils départementaux, les associations, ces responsables. Et là, depuis quelques jours, j'ai organisé mon cabinet, bien sûr, c'était une urgence, je suis là, je les écoute, et par exemple, à la rentrée, je lance des états généraux des festivals…

ELIZABETH MARTICHOUX
A la rentrée, en septembre ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, en septembre, enfin, j'y travaille, j'y travaille déjà. Dans quelques minutes, quand je vais vous quitter, je vais recevoir Olivier PY pour…

ELIZABETH MARTICHOUX
Le directeur du festival…

ROSELYNE BACHELOT
Le directeur du festival d'Avignon…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qui va être reconduit d'ailleurs ?

ROSELYNE BACHELOT
Oh, encore, mais…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous le souhaitez, vous, souhaitez qu'il soit reconduit ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc là, c'est pour la rentrée de septembre, c'est en septembre…

ROSELYNE BACHELOT
Voilà, c'est ça, on va dire ça, dans les premières semaines de septembre, états généraux des festivals…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour quoi faire ?

ROSELYNE BACHELOT
Eh bien, justement, pour que ce ne soit pas seulement une question d'urgence, l'urgence : panser les plaies, c'est absolument indispensable, mais il faut aussi se projeter dans l'avenir, se projeter dans l'avenir d'une situation où il va falloir développer de la résilience dans la société, le virus, il va durer, donc comment est-ce qu'on va bâtir cette société de résilience où on va vivre avec ce virus peut-être pendant très longtemps et où il va falloir que la culture se développe en toute sécurité pour les artistes, pour les techniciens et pour les spectateurs ; comment est-ce qu'on vit ça, parce que ces festivals, ils sont souvent, on pense bien sûr aux grands festivals à Avignon, à Aix, etc, mais les festivals, c'est aussi tout un tissu territorial qui irrigue la vie culturelle de notre pays.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et qu'est-ce que vous attendez des élus, parce que précisément, les élus sont très impliqués dans l'organisation, et dans l'organisation et dans le financement d'ailleurs ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, bien sûr, la décentralisation a marché à plein dans le monde de la culture par rapport à mon grand prédécesseur initiateur, André MALRAUX, mais d'ailleurs, largement, cette territorialisation, un ministre comme Jack LANG l'avait tout à fait anticipée, mais là, maintenant, d'ailleurs, c'est en 82, 83 qu'il y a eu les lois de décentralisation, et maintenant, ils sont à la manoeuvre, les élus locaux. Je ne peux rien faire sans eux, il faut des partenariats, il faut des synergies…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que vous attendez d'eux ?

ROSELYNE BACHELOT
De l'imagination et des projets, des projets qu'on va soutenir…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais il n'y a pas assez d'imagination aujourd'hui ?

ROSELYNE BACHELOT
Oh, mais, si, si, qu'est-ce que vous voulez me faire dire, Elizabeth MARTICHOUX…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais non, mais la première chose, c'est de l'imagination, c'est-à-dire, vous n'attendez pas que les élus viennent vous voir en tendant simplement la main ?

ROSELYNE BACHELOT
Voilà c'est-à-dire, voilà, en réfléchissant ensemble, en ayant des projets innovants, en ayant des projets qui s'intègrent vraiment dans l'économie locale, qui l'irriguent, qui s'intègrent aussi dans les questions touristiques, dans la dynamique européenne, oui, bien sûr, c'est ça que j'attends des élus locaux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour revenir à votre nomination, un mot quand même, Roselyne BACHELOT, on sait que vous aimez l'opéra. Vous êtes ce qu'on appelle une lyricomane, ça a été écrit par un journal, je ne sais plus lequel. Bon, mais à part ça, les Français ne comprennent pas forcément pourquoi vous avez été choisie aujourd'hui par Emmanuel MACRON, et certains se demandent : est-ce que vous saurez vous ouvrir aux autres arts et aux jeunes artistes ; vous leur dites quoi ?

ROSELYNE BACHELOT
Je dis que rien de ce qui est culturel ne m'est étranger, c'est vrai qu'on m'a cataloguée amatrice et amoureuse de l'art lyrique, mais pas que, je vais dans toutes sortes de théâtres, de manifestations, j'aime aussi bien le rap que l'Opéra…

ELIZABETH MARTICHOUX
Le rap franchement, vous aimez écouter du rap ?

ROSELYNE BACHELOT
Eh bien, oui, et ça, ça vous choque ?

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, pas du tout, ça ne me choque pas, ça m'étonne.

ROSELYNE BACHELOT
Je vais au Zénith écouter Youssoupha, que j'adore. Et Youssoupha m'avait invitée, et donc, il avait fait déposer un billet pour moi, la personne qui avait le billet a beaucoup ri, parce que j'ai dit : monsieur Youssoupha avait mis un billet pour moi… ah, monsieur Youssoupha, non, enfin, plaisanterie mise à part, j'aime toutes sortes de musiques, les musiques savantes et les musiques actuelles, la littérature, et pas seulement RACINE, dont je suis amoureuse, oui, j'aime tout, j'aime tout dans la culture, j'aime même les choses qui, a priori, peuvent m'ennuyer.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pourrez d'ailleurs, je pense à ça parce que vous êtes aussi réputée pour votre franc-parler, votre cash, on en a beaucoup profité ici sur LCI, votre parler cash, vous pourrez dire maintenant que vous êtes ministre qu'un spectacle vous a ennuyée, comme vous auriez pu le dire avant ?

ROSELYNE BACHELOT
Non parce que, finalement… d'abord, je suis fascinée par les gens qui sont sur scène, je n'ai jamais compris les gens qui sifflaient des acteurs, des chanteurs ou des musiciens, je sais ce que ça représente comme effort…

ELIZABETH MARTICHOUX
Comme investissement…

ROSELYNE BACHELOT
Comme investissement de toutes les fibres de leur peau, de leur coeur, à la limite, on peut applaudir mollement, on n'a jamais le droit de huer un artiste, jamais, jamais, jamais, il a donné tout…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'avez jamais hué qui que ce soit à l'opéra…

ROSELYNE BACHELOT
Jamais.

ELIZABETH MARTICHOUX
Jamais.

ROSELYNE BACHELOT
Je sais trop ce que ça représente.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et même ça vous choque, vous aimeriez que cette pratique, qui est quand même très répandue dans le monde du spectacle vivant, soit abolie ?

ROSELYNE BACHELOT
Quand j'entends des huées, je dis : mais qui êtes-vous, vous barbares, pour juger de cela.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez travaillé plusieurs années dans l'audiovisuel, on sait très bien, radio, télé, avec le succès que l'on sait, en particulier, ici, vous avez maintenant ce secteur en charge, en qualité de ministre de la Culture, d'abord, est-ce que vous souhaitez être renforcée par un secrétaire d'Etat pour l'audiovisuel ?

ROSELYNE BACHELOT
Si on m'adjoint un secrétaire d'Etat, j'en serais ravie…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous le souhaitez. Ce sera décidé à fin de la semaine ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, il y a une salve de nominations qui va compléter l'équipe gouvernementale, mais si je n'ai pas la joie d'avoir un ou une secrétaire d'Etat, eh bien, je ferai avec aussi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous l'avez demandé au Premier ministre ou au président ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
France 4, la chaîne de service public, a bien joué le coup, si on peut dire, pendant la crise, avec ses programmes scolaires, vous êtes favorable au maintien de France 4 ?

ROSELYNE BACHELOT
Je salue l'action effectivement de France 4 qui a été formidable, et dans la perspective – on ne sait jamais – d'une nouvelle salve de l'épidémie, c'est un outil précieux si France 4 ne pouvait être reconduite, il faudrait à tout le moins réfléchir à d'autres moyens de poursuivre sa mission.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais parce qu'on a beaucoup dit que France 4 était une chaîne peu regardée, ce qui est factuel, est-ce que c'est le sujet, est-ce que c'est un sujet, et si elle était maintenue, est-ce qu'il faudrait redéfinir ses missions de façon à ce qu'elle soit éventuellement plus attractive ?

ROSELYNE BACHELOT
C'est, je dirais, une question qui est sur l'établi de ma réflexion.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, elle n'est pas encore achevée. On connaîtra dans quelques heures, Roselyne BACHELOT, je crois après-demain, la liste précise des candidats à la présidence de France Télévisions, ça n'est pas rien comme nomination, décision du CSA le 24 juillet, c'est demain, vous allez vous y intéresser ?

ROSELYNE BACHELOT
Je m'y intéresse, mais je reste dans mon rôle, la décision revient au CSA, vous l'avez dit.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez jeter un oeil, vous avez un avis ?

ROSELYNE BACHELOT
Pas un oeil, deux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Deux. Vous avez un avis ?

ROSELYNE BACHELOT
J'ai un avis, mais je ne vous le dirai pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous le direz au CSA ? Je me suis intéressée à votre ministère, j'ai passé quelques coups de fil pour tout dire, et j'ai été très frappée par le fait que beaucoup parlaient du grand projet de réorganisation qui a été initié depuis 2017, réorganisation interne, par vos deux prédécesseurs, il semble que ce soit une procédure, bon, un peu ensablée, est-ce que vous allez l'accélérer ou est-ce que vous allez mettre les freins, parce que décidément, ça ne passe pas ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors, pour être tout à fait claire, Elizabeth MARTICHOUX, ce n'est pas le sujet qui m‘a préoccupée pendant ces 4 jours qui viennent de s'écouler, permettez-moi de vous dire que les problèmes de réorganisation, c'est des sujets qui doivent d'abord se faire en concertation avec l'ensemble des acteurs dans le ministère, que ces concertations n'ont pas commencé et que c'est un sujet dont je vais m'occuper, mais qui n'est pas encore dans mon agenda, j'ai d'autres chats à fouetter pour l'instant.

ELIZABETH MARTICHOUX
Priorité à la relance et au secours…

ROSELYNE BACHELOT
Priorité au plan de relance et aux mesures d'urgence…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes dans un gouvernement constitué depuis une semaine, il y a des associations féministes qui ne désarment pas depuis la nomination de Gérald DARMANIN à l'Intérieur, ministère de l'Intérieur, contre lequel une plainte pour viol a été déposée, vous qui vous définissez comme féministe précisément, est-ce que cette nomination vous met mal à l'aise, vous aussi ?

ROSELYNE BACHELOT
Je ne vais pas commenter la situation de Gérald DARMANIN. Je veux simplement faire deux remarques de portée générale, la première, c'est que les Français savent maintenant que les hommes et les femmes politiques ne bénéficient véritablement d'aucune impunité, d'aucune bienveillance de la part des institutions judiciaires, et quand ils sont dans une procédure, la célérité et la sévérité sont de mise. L'idée que les hommes et les femmes politiques bénéficieraient d'une quelconque impunité est maintenant réglée. Premier point. Et deuxième point, il n'y a rien de pire que les tribunaux médiatiques et les tribunaux populaires qui sont le pire, la plus mauvaise justice qui puisse se rendre, donc laissons les choses se développer et je n'en dirai pas plus sur le sujet.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quand même, encore une question, parce que vous êtes une femme politique d'expérience, Roselyne BACHELOT…

ROSELYNE BACHELOT
Ouh, là, tout d'un coup, je me prends un de ces coups, là…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, mais ça veut dire que vous avez une analyse fine de, par exemple, le président a pu prendre comme risque en nommant un ministre qui est sous le coup… pas de coup de poursuite, d'ailleurs, c'est juste une accusation, est-ce que c'est un risque qu'il a pris en le nommant, risque de voir aussi effacée toute la politique qui a été mise en oeuvre contre les violences contre les femmes depuis 2017 par ce symbole…

ROSELYNE BACHELOT
Oui, mais là, il y a une question de justice.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ?

ROSELYNE BACHELOT
Il y a une question de justice…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que vous dites aux féministes qui défilent avec des pancartes où il y a marqué « DARMANIN violeur » ?

ROSELYNE BACHELOT
Laissez la justice trancher.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc pour vous, il n'y a absolument aucune difficulté, aucun malaise, c'est une question de principe qui supplante la cause féministe aujourd'hui ?

ROSELYNE BACHELOT
Non, pour moi, elle ne la supplante pas, elle l'accompagne.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle l'accompagne en parallèle. Et vous attendez la décision de justice.

ROSELYNE BACHELOT
Voilà, c'est quand même le minimum.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez prendre une carte à La République En Marche ?

ROSELYNE BACHELOT
Non…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour rester une femme de droite…

ROSELYNE BACHELOT
Je ne prends pas de carte politique, je n'ai pas de carte politique aux Républicains et je n'ai pas de carte politique à La République En Marche…

ELIZABETH MARTICHOUX
Le Premier ministre n'a rien dit sur la méthode là-dessus ?

ROSELYNE BACHELOT
Ah, non, non, non il n'a rien dit sur la méthode.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous carte vous restez une femme de droite, Roselyne BACHELOT ?

ROSELYNE BACHELOT
Je reste une femme de droite, oui…

ELIZABETH MARTICHOUX
Avec un peu de réflexion quand même !

ROSELYNE BACHELOT
Je suis une femme de droite qui sait transgresser les frontières politiques, je n'ai jamais été une femme d'appareil, je suis une Gaulliste, et justement, la caractéristique du général de GAULLE, c'était de transgresser les frontières politiques, il y avait des communistes dans son gouvernement, mon père venait de la gauche, ma mère venait du centre. Ça me convient très bien.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dernière question, vous y avez déjà répondu, mais c'est vrai qu'on a toujours envie de vous la posez, on peut aimer les blagues grivoises aux « Grosses têtes » et s'imposer face à un monde cultureux, exigeant, qui est un peu snob, par rapport à ça, parfois ?

ROSELYNE BACHELOT
C'est ma force, je ne renie rien de ce que j'ai fait, et puisque vous parlez des « Grosses têtes » et de Laurent RUQUIER, c'est une magnifique émission populaire, avec un côté de rigolades mais aussi un côté culturel, on pose des questions, j'ai appris des tas de choses, et moi, je me refuse à tout snobisme, ma caractéristique, c'est de tout aimer, c'est d'aimer « Einstein on the Beach » et d'aimer…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ouh, là, “Einstein on the Beach”, c'est un opéra contemporain, on va dire…

ROSELYNE BACHELOT
On va dire ça. Et puis, d'aimer « Les Grosses têtes », je ne veux pas qu'on m'enferme dans une case.

ELIZABETH MARTICHOUX
On ne vous enrôlera pas.

ROSELYNE BACHELOT
Non, on ne m'enfermera pas dans une case.

ELIZABETH MARTICHOUX
Eh bien, voilà, c'est un beau programme. On va suivre ça de très près. Merci beaucoup Roselyne BACHELOT d'avoir été avec nous ce matin sur LCI…

ROSELYNE BACHELOT
Merci Elizabeth MARTICHOUX…

ELIZABETH MARTICHOUX
On était très heureux de vous recevoir, vous le savez, en particulier, je vous souhaite une très bonne journée.

ROSELYNE BACHELOT
A vous aussi.

ELIZABETH MARTICHOUX
A très vite.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juillet 2020