Interview de Mme Roselyne Bachelot, ministre de la culture, à RTL le 20 juillet 2020, sur sa nomination comme ministre de la culture et l'incendie de la cathédrale à Nantes.

Texte intégral

STEPHANE CARPENTIER

Merci de nous rejoindre, 8h18, en studio et en direct, donc la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, on a plaisir à vous accueillir…

ROSELYNE BACHELOT
Stéphane CARPENTIER, merci.

STEPHANE CARPENTIER
15 jours après votre nomination surprise, votre retour aux affaires se passe bien, vous retrouvez vos marques dans ce monde où vous y aviez dit, il a un petit moment : plus jamais ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, plus jamais sauf à la Culture, c'est vrai que le ministère de la Culture est un très beau ministère, et puis, quand Jean CASTEX et Emmanuel MACRON m'ont demandée, alors que le pays traverse une très grave crise, et en particulier le monde de la Culture, je ne pouvais pas me dérober, vous savez, le monde de la Culture a perdu 25 % de son chiffre d'affaires, et dans des secteurs comme le spectacle vivant, c'est 72 % du chiffre d'affaires du spectacle vivant qui est parti en fumée du fait de ce confinement, c'est quelque chose de terrible parce qu'il faut bien comprendre que le secteur de la Culture, ce n'est pas un colifichet que la République met sur ses vêtements, c'est 7 fois la valeur ajoutée de l'industrie automobile, par exemple, c'est autant que l'Agriculture, c'est évidemment quelque chose qui porte l'identité de la nation, l'identité de la République, mais au-delà, ce sont des centaines de milliers qui sont en cause…

STEPHANE CARPENTIER
On va y revenir dans un instant, bien sûr, et sur la façon dont vous allez les aider justement particulièrement, vous avez dit oui tout de suite à votre retour ou vous vous avez hésité ?

ROSELYNE BACHELOT
J'ai hésité, bien sûr, mais j'ai pris ma décision très vite, j'ai hésité parce que je savais surtout ce que ça supposait comme implication pour mes proches, pas pour moi, ce n'est pas grave, ma personne n'a pas d'intérêt, mais à chaque fois, on pense à ceux qui vous aiment, parce que, eux, ils n'ont que les cailloux dans leur sac à dos, les cailloux qu'on leur met.

STEPHANE CARPENTIER
Vous avez pu constater en tous les cas que rien n'a changé dans ce monde politique, que lorsqu'on est ministre, on est épié, vous vous êtes fait épingler ce week-end, pour avoir choisi les airs plutôt que le TGV pour aller à Nantes, après l'incendie la cathédrale, Twitter ne vous a pas fait de cadeau, Ségolène ROYAL non plus d'ailleurs, elle a : dit bonjour le bilan carbone, voilà ce qu'a dit l'ancienne ministre, vous lui répondez quoi ce matin ?

ROSELYNE BACHELOT
Je lui réponds qu'elle-même, ayant été ministre, elle connaît les contraintes de cette fonction, très simplement, j'étais à Lille, en déplacement, en y allant en TGV bien sûr, en y allant en train, quand nous avons appris que la cathédrale de Nantes était en feu, il était évidemment tout à fait impossible que je ne me rendes pas à Nantes, et puis, le Premier ministre qui lui-même s'est rendu à Nantes voulait que sa ministre de la Culture soit à ses côtés. Il faut dire que la ministre de la Culture, l'Etat est propriétaire de la cathédrale de Nantes, et c'est sous ma direction que les services vont être mobilisés pour la reconstruction et pallier les dommages entraînés. Le seul TGV possible m'amenait à 17h à Nantes, c'est-à-dire après la visite du Premier ministre, donc bien entendu, les services du gouvernement ont indiqué que je me rendrai à Nantes par des moyens aéroportés, et je suis rentrée de Nantes… je suis rentrée de Lille, bien entendu, par le train, je fais tous mes déplacements par le train, j'ai déjà fait donc 3 déplacements, je me suis rendue à Strasbourg, à La Rochelle et donc à Lille, et j'utilise bien sûr le train.

STEPHANE CARPENTIER
Là, c'est en hélicoptère, ça veut dire quoi, que quand il y a urgence, on ne peut pas être écolo ?

ROSELYNE BACHELOT
Quand il y a urgence, il y a des moyens de l'Etat qui peuvent être mobilisés avec la plus extrême frugalité.

STEPHANE CARPENTIER
Et Ségolène ROYAL, vous lui dites quoi concrètement ?

ROSELYNE BACHELOT
Oh, écoutez, je n'ai pas envie de lui dire quelque chose, elle mène son combat politique, elle utilise les arguments qu'elle souhaite, moi, je crois que des mots de compassion pour les Nantaises et les Nantais auraient sans doute été utiles, et elle a plutôt brouillé son message, donc si j'étais sa conseillère en communication, je lui dirais d'utiliser d'autres arguments, mais je ne suis pas sa conseillère en communication.

STEPHANE CARPENTIER
Alors Nantes, Roselyne BACHELOT, la cathédrale en flammes, ça a beaucoup ému le pays, ce week-end, bien sûr, après Notre-Dame de Paris, que ce soit accidentel ou volontaire, ces départs de feu, comment se fait-il qu'en 2020, ces bâtiments qui sont notre patrimoine que vous défendez aujourd'hui, ne soient pas mieux protégés, sécurisés ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors, après l'incendie de Notre-Dame de Paris, les choses ont été lancées avec des plans de sauvegarde qui ont été mis en oeuvre dans les cathédrales, qui sont de la responsabilité de l'Etat, nous sommes propriétaires. Une visite de sécurité avait été faite dans la cathédrale de Nantes qui n'avait pas diagnostiqué de problèmes particuliers, il faut dire qu'en l'état de l'enquête, nous ne savons pas encore s'il s'agit d'un acte criminel ou d'un départ de feu accidentel…

STEPHANE CARPENTIER
Mais il n'y a pas d'alarme incendie dans cette cathédrale de Nantes, par exemple…

ROSELYNE BACHELOT
Il y a une alarme incendie dans la crypte, dans la crypte où il y a le trésor, et bien entend, le plan de sauvegarde a pour but d'installer des alarmes incendie dans l'ensemble du bâtiment. Mais, Stéphane CARPENTIER, il faut reconnaître que dans une cathédrale, et en tout état de cause, et quels que soient les moyens financiers que nous déploierons pour une alarme incendie, c'est extrêmement complexe de sécuriser une cathédrale, imaginez que la nef de la cathédrale de Nantes, la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul, il y a 37,50 mètres de hauteur sous la nef, soit 3 mètres de plus qu'à Notre-Dame de Paris, je crois que l'image est intéressante, parce qu'elle permet de comprendre la difficulté de sécuriser une cathédrale avec des alarmes incendie, sans compter la complexité de l'architecture d'un bâtiment qui est par définition hétérogène avec toutes sortes de décorations. Donc la question qui est posée, c'est bien sûr de faire cette alarme incendie dans toutes nos cathédrales, nous avons lancé cela. On a pris du retard à cause du confinement qui a retardé les travaux, la cathédrale de Nantes n'a pas été abandonnée, c'est 15 millions de travaux qui étaient prévus dans la cathédrale de Nantes, dont d'ailleurs 1,7 million pour la restauration et l'entretien de cet orgue magnifique qui est complètement détruit, et qui est, alors, lui, tout à fait irrécupérable…

STEPHANE CARPENTIER
Vous allez le faire à Nantes, bien sûr, est-ce que vous allez le faire ailleurs, dans le pays, on en a besoin manifestement de sécuriser ces sites ?

ROSELYNE BACHELOT
Effectivement, bien sûr. A terme, toutes les cathédrales qui sont la propriété de l'Etat seront sécurisées.

STEPHANE CARPENTIER
Vous aurez l'argent pour ça ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, nous aurons l'argent pour cela…

STEPHANE CARPENTIER
Stéphane BERN, que vous connaissez bien, disait ce week-end encore que le patrimoine, il est en détresse malgré les SOS ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, et ce sera d'ailleurs un des chapitres fort du plan de relance, d'ailleurs, le président de la République est en ce moment avec ses collègues européens à chiffrer le plan de relance, je crois que…

STEPHANE CARPENTIER
Ça n'a pas l'air simple…

ROSELYNE BACHELOT
Ça n'a pas l'air simple, il y a encore eu une réunion à 5h30 ce matin, et ils se retrouvent à 14h, les frugaux sont en train de céder, mais avec la chancelière MERKEL, ils sont en train – je pense, j'espère, je croise les doigts – de gagner la bataille, ce sera très intéressant sur le patrimoine, et nous en avons bien sûr parlé avec le président de la République, qui est tout à fait déterminé sur ce sujet.

STEPHANE CARPENTIER
Roselyne BACHELOT, le monde de la Culture souffre depuis le début de la pandémie, vous le disiez tout à l'heure, les cinémas, les théâtres, pas de concert, pas de festival, c'est triste dans notre pays, la France sans fêtes l'été ?

ROSELYNE BACHELOT
C'est un désastre, c'est un désastre pour les artistes, c'est un désastre pour les territoires, je l'ai dit d'ailleurs à mon entrée en fonction, je serai la ministre des artistes et des territoires. Il y a des artistes qui sont dans un état de désespoir parce que ce n'est pas seulement de gagner sa vie, et c'est très important, mais c'est de jouer devant son public, c'est de chanter devant son public, c'est de créer devant le public. J'ai un ami chanteur qui me disait qu'il s'est embauché comme serveur dans un restaurant d'été, il va arriver comme ça à payer son loyer, mais ce drame intime est considérable, et puis, ces territoires il y a toute une activité économique qui vit, bien sûr, on va les aider, et on les a déjà aidés, 5 milliards ont été mobilisés pour soutenir le secteur…

STEPHANE CARPENTIER
Il en faudra plus ?

ROSELYNE BACHELOT
Bien sûr, on a, avec le décret sur les intermittents du spectacle, on a prorogé leurs droits, un milliard d'euros pour proroger leurs droits jusqu'au 31 août 2021, tout ça, c'est très important, c'est mobilisé, on va mobiliser d'autres fonds dans ce plan de relance, mais il y a des choses qui seront irrémédiablement perdues, oui.

STEPHANE CARPENTIER
Roselyne BACHELOT, je voulais entendre la ministre et la femme ce matin sur le cas de Gérald DARMANIN, le ministre de l'Intérieur, qui est accusé de viol, ça ne vous gêne pas, vous, concrètement de faire partie de ce gouvernement-là, avec ce ministre-là ?

ROSELYNE BACHELOT
Ça ne me gêne pas parce que je crois évidemment à la présomption d'innocence, je sais une chose, c'est qu'il n'y a plus d'indulgence pour les politiques dans les affaires judiciaires, donc les choses sont… il n'y a plus d'impunité, on a pu reprocher ça, les politiques sont jugés et punis à la même toise, et peut-être même encore beaucoup plus sévèrement que les autres citoyens, et que, deuxièmement, les tribunaux populaires ne remplacent pas la justice.

STEPHANE CARPENTIER
Merci Roselyne BACHELOT d'être passée par RTL ce matin. Vous pouvez rester là, parce que dans un instant, on va écouter « Les Grosses têtes », et ça, ça vous parle ! Ministre de la Culture qui était l'invitée de RTL.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 juillet 2020