Interview de M. Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, à France Info le 17 août 2020, sur la pollution par les hydrocarbures au large de Maurice et l'épidémie de Covid-19 à La Réunion.

Texte intégral

JULIEN LANGLET
Bonjour Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour.

JULIEN LANGLET
Ministre des Outre-mer. Vous étiez hier à l'île Maurice pour rencontrer le Premier ministre, l'île Maurice où 1.000 tonnes d'hydrocarbures se sont déjà déversées dans l'océan, est-ce que la menace est réelle à La Réunion où vous vous trouvez, à 200 kilomètres de Maurice ?

SEBASTIEN LECORNU
Ecoutez, on le redoute, pour bien comprendre on n'est pas sur une marée noire type Amoco Cadiz ou Erika puisqu'il s'agit d'un vraquier et que donc les nappes d'hydrocarbures qui se sont écoulées de ce naufrage sont en fait issues du fuel domestique du navire. Ce qu'on peut redouter pour La Réunion et on essaye de le modéliser, de le suivre avec météo France en fonction de courants marins, c'est la projection de boulettes d'hydrocarbures sur un certain nombre de nos côtes. Au moment où je vous parle nous n'avons enregistré ou rencontré aucun type dépôt de ce type mais malheureusement la mer est mauvaise, elle va être mauvaise pendant trois à quatre jours et donc on se doit d'être vigilants. Vigilance qu'il faut accroître aussi en fonction des manoeuvres de remorquage qui pourraient être décidées par le gouvernement de Maurice sur deux morceaux de l'épave et le président de la République m'avait demandé de passer des messages très clairement de grande vigilance justement sur les décisions sui seront prises dans les heures à venir.

JULIEN LANGLET
Il y a des moyens supplémentaires qui ont été mis en place pour protéger les côtes réunionnaises ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, en fait il y a deux choses, les moyens qui ont été mis en place déjà c'était des moyens d'urgence à Maurice parce que vous protégez les côtes de La Réunion en prenant des mesures à Maurice, évidemment nous ne pouvions le faire qu'à la condition que la République de l'île Maurice nous le demande. Dès qu'elle nous l'a demandé dans la minute même le président de la République a autorisé les forces armées françaises et la Marine nationale en grande partie à projeter des avions militaires, un bâtiment qui s‘appelle Le Champlain et là on a installé beaucoup de barrages, des barrages hauturiers, côtiers, absorbants, des stations de pompage, des écumoires, bref, pour essayer de limiter la casse si je peux me permettre cette expression, ça c'était évidemment la solution d'urgence. Au moment où je vous parle l'enjeu c'est l'expertise nouvelle pour savoir ce que l'on fait de l'épave, c'est pour ça que la France, et ça je l'ai annoncé hier au Premier ministre qui l'a accepté, dépêche ce matin par voie militaire trois experts de très haut niveau, des experts français, certains d'ailleurs sont venus de Paris, qui vont aider le Premier ministre mauricien à prendre des décisions. Pourquoi je vous dis ça ? Aujourd'hui vous avez l'armateur japonais qui a bien sûr derrière lui des assurances qui évidemment veulent bien faire les choses mais le font dans une logique économique. Nous on est dans une logique complètement différente avec une approche très environnementale et très en protection de la biodiversité et puis aussi singulièrement des côtes réunionnaises évidemment. Et donc le Premier ministre a accepté d'entendre les arguments de nos experts pour s'assurer que les décisions qui peuvent être prises sur l'épave sont les bonnes, c'est-à-dire en clair soit couler l'avant de l'épave au grand large, ce n'est clairement pas la solution qui retient notre préférence au moment où je vous parle, ou alors au contraire prendre plus de temps, le remorquer et le déconstruire ailleurs.

JULIEN LANGLET
Sébastien LECORNU, vous êtes plusieurs jours à La Réunion pour présenter notamment un plan de relance après la crise sanitaire qui a frappé évidemment l‘île de La Réunion, d'abord un point sur l'état des lieux à La Réunion sur l'épidémie et quel plan de relance pour l'île ?

SEBASTIEN LECORNU
En fait vous avez raison il y a deux crises à gérer en même temps, la crise sanitaire qui n'est pas terminée puisque le virus circule toujours avec les mesures de protection que nous devons prendre. Je vous rappelle qu'à La Réunion la rentrée scolaire se fait ce matin, elle est toujours anticipée par rapport à la métropole, et donc il convient de regarder comment on peut faire cette rentrée dans les règles de l'art, avec quelques clusters qui réapparaissent ici ou là. Mais enfin, sur 670 écoles à La Réunion ce matin, 670 établissements scolaires, vous avez seulement 24 écoles dans lesquelles la rentrée n'est pas possible, parce qu'il y a du personnel potentiellement cas contact. Donc ça vous donne un peu un ordre d'idée sur la situation ici sur place qui est globalement satisfaisante mais qui mérite effectivement beaucoup d'attention. Et puis en même temps, ce confinement, cette crise que personne n'a voulue, fait aussi profiler une crise économique qui n'a pas de référence dans notre ... (Inaudible). Et donc le Premier ministre, à la demande du président de la République, va présenter un plan de relance pour l'ensemble de la Nation française lors du Conseil de ministre de rentrée le 24 août, et il y aura des plans de relance spécifiques aux différents territoire d'Outre-mer, et donc ici à La Réunion, 860 000 habitants, avec une économie très ouverte sur l'Océan indien, très touristique, mais aussi très agricole et avec des enjeux sur les travaux publics ou le bâtiment, eh bien on doit trouver des réponses spécifiques, et je vais y travailler avec l'ensemble des acteurs ... (Inaudible, mauvaise liaison téléphonique) ... sur l'île.

JULIEN LANGLET
Sébastien LECORNU, vous avez parlé de la rentrée scolaire, 24 écoles vont rester fermées si j'ai bien compris, aujourd'hui à La Réunion. C'est bien ça ?

SEBASTIEN LECORNU
24 écoles Saint-Denis-de-la-Réunion, parce que du personnel a pu être en contact avec des gens malades, donc on reste dans le respect d'une septaine, vous savez, c'est 7 jours de protection dans lesquels on va multiplier les tests, et donc la maire de Saint-Denis et ancienne ministre des Outremers, a décidé d'ajourner la rentrée scolaire à lundi prochain, et évidemment l'Etat, sous mon autorité et celle de Jean-Michel BLANQUER, a accepté de faire droit à cela, c'est entre maire, préfet, recteur, en l'occurrence un couple à trois, qui a permis de prendre cette décision.

JULIEN LANGLET
Pourquoi vous n'avez pas reporté la rentrée scolaire à La Réunion ? Certains syndicats le demandaient.

SEBASTIEN LECORNU
Pardon, mais sur 670 écoles, il n'y en a que 24 dans lesquelles ça n'est pas possible, parce que du personnel municipal, potentiellement, a été en contact. On ne va pas expliquer à toutes les autres écoles que la rentrée n'est pas possible. Il va falloir que l'on apprenne à vivre avec ce virus, avec des gestes barrière, avec le protocole sanitaire, avec une rigueur importante à porter sur le port du masque, sur la capacité à être testé, et malheureusement le virus il est présent et donc on doit apprendre à vivre avec, avec les mesures de précautions qui s'imposent. Donc reculer pour mieux sauter n'est pas une solution, et ce que je vois depuis ce matin, depuis hier où je suis à La Réunion, les parents d'élèves souhaitaient globalement et très majoritairement ce retour à la normale.

JULIEN LANGLET
Merci beaucoup Sébastien LECORNU, ministre des Outre-mer, en direct depuis La Réunion, ce matin sur France Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 août 2020