Interview de M. Jean Castex, Premier ministre, à France Inter le 26 août 2020, sur les perspectives de la rentrée marquée par l'épidémie de Covid-19.

Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Avec Léa SALAME nous recevons donc ce matin le Premier ministre dans un "Grand entretien" spécial qui va durer jusqu'à 9h00, vous retrouverez les rendez-vous du Carrefour du 7-9 demain, la revue de presse de Claude ASKOLOVITCH est d'ores et déjà disponible en ligne en podcast. Amis auditeurs, intervenez, évidemment vous aurez la parole au 01.45.24.7000, sur les réseaux sociaux et l'application de France Inter. Jean CASTEX, Monsieur le Premier ministre, bonjour.

JEAN CASTEX
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Et merci de réserver aux auditeurs de France Inter votre première intervention de rentrée. Alors, ce n'est pas vous faire injure que de dire qu'il y a peu les Français ne vous connaissez pas, haut fonctionnaire, gaulliste social, vous avez été un proche collaborateur de Nicolas SARKOZY, pendant 12 ans vous avez été maire de Prades dans les Pyrénées-Orientales, où là vous étiez bien connu, vous avez été le Monsieur déconfinement du gouvernement, et depuis le 3 juillet donc, le Premier ministre de la France. Cette rentrée est évidemment marquée par l'épidémie de Covid, on va en parler longuement, vous avez dû repousser d'une semaine l'annonce des mesures du plan de relance de l'économie française, alors dites-nous, pour commencer, pourquoi ce changement de pied, est-ce parce que la situation sanitaire était plus grave que ce que vous aviez prévu ?

JEAN CASTEX
Gouverner c'est savoir s'adapter aux circonstances, c'est être pragmatique. Effectivement, nous constatons, vouloir l'observerez d'ailleurs pas qu'en France, pas qu'en France, que partout, en Europe en tout cas, il y a une reprise de l'épidémie, de ce qu'on appelle la circulation virale. Alors, je le dis tout de suite, il n'y a pas de quoi s'affoler, on n'est pas revenu à la situation, vous faisiez allusion à mes responsabilités dans le déconfinement, à la situation du mois d'avril, du mois de mai, mais malgré tout, voilà, il y avait encore il y a quelques semaines 1 000 cas par jour qui étaient diagnostiqués, on est autour de 3 000, vous voyez bien quand même qu'il y a quelque chose qui se passe, même si, là encore, le critère le plus décisif, le plus lourd, le plus difficile, qui les admissions en réanimation, progresse, mais extrêmement légèrement. Donc, il y a la rentrée scolaire, la rentrée tout court, vous l'avez dit, il faut d'abord indiquer aux Françaises et aux Français que nous gérons cette situation pour pouvoir nous permettre de mieux passer à la phase suivante, la relance.

LEA SALAME
Mais tout de même, vous dites gouverner c'est s'adapter, gouverner c'est aussi prévoir Monsieur le Premier ministre. Décaler un plan de relance historique de 100 milliards d'euros, attendu par tous les salariés, tous les chefs d'entreprise, ce n'est pas rien, alors est-ce que vous diriez que vous avez peut-être sous-estimé cette recrudescence de l'épidémie, vous ne l'avez peut-être pas vu venir, ou peut-être elle est venue trop tôt, est-ce que vous avez sous-estimé aussi les inquiétudes des Français sur le plan sanitaire, est-ce que vous diriez que vous n'avez peut-être pas assez anticipé ?

JEAN CASTEX
Alors, je ne dirais pas ça, pardonnez-moi, parce que cette épidémie, encore une fois pas qu'en France, elle est effectivement caractérisée par une forme d'imprévisibilité et d'incertitude, ce n'est pas moi qui le dis, je pense que c'est un constat partagé par tout le monde. Deuxièmement, le décalage du plan de relance, il faut quand même solder cet argument, d'abord c'est une semaine, je vous rappelle, et j'en profite pour vous dire qu'il sera annoncé officiellement le jeudi 3 septembre…

LEA SALAME
Et il est bouclé, il ne changera pas ?

JEAN CASTEX
Il est absolument bouclé, nous avons déjà – je vous le rappelle au passage – versé l'augmentation de l'allocation de rentrée scolaire en anticipation de l'annonce du plan, ça c'est tout à fait concret. Et peut-être surtout, parce qu'il y a des gens qui disaient, même qui polémiquaient, "mais ce n'est pas une semaine, votre plan vous auriez dû l'annoncer début juillet", ou je ne sais quand, c'est oublier ce que les Françaises et les Français qui nous écoutent, savent parfaitement, que ce plan, en réalité, il vient dans la continuité de dispositions extrêmement ambitieuses pour les Français, et pour l'économie française, prises très opportunément par mon prédécesseur Edouard PHILIPPE, et qui ont été, là aussi en termes comparatifs, jugées comme les plus ambitieuses, donc on ne va pas commencer à s'occuper de l'économie française et à l'impact de la crise sanitaire sur l'économie française, avec le plan de relance, on le fait, et ça a été reconnu d'ailleurs à votre antenne, ici, par plusieurs interlocuteurs, même le président du MEDEF, on le fait depuis des mois.

NICOLAS DEMORAND
Alors, sur l'épidémie, poursuivons. Martin HIRSCH, le patron de l'AP-HP, disait hier au micro de France Inter, à votre place, "attention", je le cite, "il faut arrêter de penser que le virus a changé, qu'il est devenu doux et gentil, il y a un relâchement des gestes barrières." Alors diriez-vous, Monsieur le Premier ministre, que les Français ont cru un peu trop vite qu'ils pouvaient baisser la garde, s'embrasser à nouveau, ne pas porter le masque tout le temps, en clair, diriez-vous qu'il y a eu une baisse généralisée de vigilance de notre part à tous ?

JEAN CASTEX
J'ai toujours indiqué, depuis que je suis Premier ministre, à chaque fois que je me suis exprimé sur ce sujet, que lutter contre une épidémie, de la nature de celle que nous affrontons, est un défi collectif, d'abord parce que, j'allais presque dire philosophiquement, je n'ai jamais cru que l'État pouvait tout faire. Il a sa part de responsabilité, et vous le savez, je viens de le dire, il les a assumées, mais, mais, c'est vrai qu'il faut que tout le monde se sente concerné par la lutte contre l'épidémie. Je voudrais avoir peut-être, si vous permettez, une vision un peu plus optimiste, ou positive, que ce que sous-entend votre question. Moi je trouve quand même que depuis plusieurs mois, prenons un peu de champ, quand même les Français ont fait face, je vais vous dire, les Français ont fait face. Vous savez, ça a quand même été qu'un choc totalement inattendu, totalement inattendu, auquel on n'était pas forcément préparé, ni techniquement, ni peut-être dans les esprits, bon, je trouve que le peuple français a fait face, bien entendu les services publics, mais l'ensemble du peuple français. Alors, vous avez raison, vous avez raison, ceci dit, de dire qu'on a peut-être…

NICOLAS DEMORAND
L'envie de s'embrasser, de faire la fête, c'est humain aussi.

JEAN CASTEX
Voilà, ça c'est humain, et considéré que la crise était derrière nous.

LEA SALAME
Alors justement, est-ce qu'il y a eu une baisse de vigilance, Monsieur le Premier ministre, qu'est-ce que vous dites à ceux qui disent, au mouvement des anti-masque par exemple, qui disent que c'est inutile, anxiogène, et qui ne veulent pas le mettre, que ce sont des irresponsables, est-ce que vous avez quand même un message un peu dur à dire ou non ?

JEAN CASTEX
Un peu dur, la question n'est pas d'être dur ou pas dur Madame SALAME, la question c'est d'être efficace. Il faut expliquer à toutes les Françaises et à tous les Français, y compris, comme vous dites, les anti-masque, que le masque est extrêmement utile, et à la limite, s'ils ne le croient pas pour eux-mêmes, parce qu'ils se pensent invincibles, qu'ils pensent aux autres, qu'ils pensent aux autres, qu'ils pensent à ces hospitaliers, à ces infirmières, à tout ce personnel médical et paramédical, que peut-être les mêmes ont applaudi pendant des mois. Est-ce qu'on va recréer, dans quelques semaines, les mêmes conditions que celles que nous avons connues ? Ils ont tous, les anti-masque comme vous dites, sans doute dans leur famille, ça s'appelle des personnes vulnérables, des personnes âgées, des personnes qui sont atteintes de pathologies qui les rendent plus sensibles au virus. Alors, ça veut dire quoi, que parce que soi-même on se sent invincible et qu'on n'a besoin de masque, on va aller contaminer les autres ? Non. J'appelle à l'esprit de responsabilité. On est dans une démocratie, madame, monsieur, j'y tiens, la démocratie c'est la responsabilité des citoyens.

LEA SALAME
Dernière question pour qualifier le moment, puisque les scientifiques ne sont pas tout à fait d'accord, Jean CASTEX, est-ce qu'on est dans la deuxième vague, ou pas encore, ou pas du tout ?

JEAN CASTEX
Alors, je vais vous dire quelque chose, pardon, d'extrêmement important. Quelle est – et ce qui va peut-être éclairer toutes les décisions techniques que nous avons prises et que nous continuons de prendre - la philosophie d'action du gouvernement que je dirige ? C'est une formule : vivre avec le virus. Le virus, oui il est là, je crois qu'il est aussi virulent, en tout cas aucun élément en ma possession ne me permet de vous dire qu'il a baissé en virulence, je ne le crois pas, vous connaissez les statistiques sur la reprise de la circulation, donc nous devons prendre des mesures, nous en avons encore prises hier en conseil de défense, nous ne baissons pas la garde, le virus est là. Mais vivre, la vie doit être plus forte, vivre ça veut dire que nous allons tout faire pour que les Français reprennent le travail normalement, reprennent l'école normalement, reprennent leur vie sociale, culturelle, le plus normalement possible, bien sûr en se protégeant, en se protégeant. Ce n'est pas facile. Je suppose, j'espère, que vous portez toujours le masque, moi aussi, c'est un peu pénible. Il y a des gens dans ma famille qui sont allés se faire tester, ils doivent faire la queue, c'est un peu embêtant, mais c'est l'esprit collectif, donc on va se protéger, on va continuer à se protéger, on va faire de la prévention, mais le pire de tout, le pire de tout, vous m'entendez bien, c'est qu'on s'enfonce parce qu'on ne reprend pas l'activité dans une crise économique et sociale qui serait, et les Français le sentent bien, beaucoup plus dangereuse que la crise sanitaire.

LEA SALAME
"Il faut vivre", on vous entend ce matin, "je ne m'affole pas", on vous entend aussi ce matin, on est dans la deuxième vague ou pas ?

JEAN CASTEX
Tout dépend ce que nous appelons, pardonnez-moi, deuxième vague. Si la deuxième vague c'est les mêmes indicateurs que ceux du mois de mars-avril, non, non, mais, pour autant, on le voit bien, je le répète, qu'on a un certain nombre d'indicateurs. Alors, là aussi, j'en profite pour le dire à vos auditeurs, pardon, là où nous avons fait collectivement des progrès, c'est que lors de la première vague, Madame SALAME, on avait des indicateurs, d'abord assez rustiques, et nationaux, la grande force - pas que la France, mais - c'est que nous avons su nous doter d'outils, d'abord de suivi territorialisé, et que nous avons - c'était d'ailleurs l'une de mes préconisations dans le déconfinement - fait confiance aux acteurs de terrain, c'est-à-dire que c'est localement qu'on prend les meilleures mesures… parce que tout ça est très important. Illustration. Là on vient de prendre des mesures, les autorités locales ont pris des mesures sur Marseille…

NICOLAS DEMORAND
On y va, on y va.

JEAN CASTEX
Non, mais, avant de parler de Marseille, illustration – pardon Monsieur DEMORAND, parce qu'on est quand même sur des sujets majeurs – regardez, parce que vous en avez beaucoup parlé sur cette antenne, la Mayenne, ce n'est pas si vieux, c'est il y a quelques semaines, on a fait confiance aux acteurs locaux - que le niveau national a évidemment soutenu - on avait des indicateurs qui s'étaient dégradés, des mesures correctrices, parfois un peu difficile, ont été prises, les chiffres de la Mayenne, nonobstant le mouvement national de reprise épidémique, sont redevenus dans des proportions raisonnables.

NICOLAS DEMORAND
Alors Marseille, situation particulièrement préoccupante, le préfet a annoncé que les bars, et restaurants, et supérettes, fermeront à partir de ce soir entre 23h00 et 6h00 du matin, le masque est lui obligatoire partout dans la ville dès l'âge de 11 ans. Ces mesures, Monsieur le Premier ministre, sont-elles vraiment suffisantes ? Vous parliez de la Mayenne, en Mayenne on avait interdit les rassemblements de plus de 10 personnes, ce n'est pas le cas à Marseille.

JEAN CASTEX
Alors, nous pensons, évidemment, qu'elles vont être particulièrement utiles pour lutter contre la situation locale. Vous avez, dans vos propos, cité, à juste titre, une mesure qui est quand même lourde, qu'ont pratiquée par exemple en Espagne la région, la communauté autonome de Catalogne, je pense en particulier à Barcelone, il y a d'autres exemples, bon là on l'a fait… mais ça, votre question est très intéressante de ce point de vue là – pourquoi ? Parce que, certes, nous avons des indicateurs qui ont conduit à classer en rouge ce territoire, il y en a plusieurs en France, ce n'est pas le seul, mais surtout, mais surtout, nous avions à Marseille un taux de prévalence, c'est-à-dire de pénétration de l'épidémie, particulièrement élevé chez les personnes âgées, ce qu'on n'avait pas, par exemple, constaté en Mayenne. Donc, on a pris des dispositions plus importantes, peut-être plus contraignantes, à Marseille, et maintenant nous allons suivre Marseille, comme ailleurs, mais vous me posez la question de Marseille, la situation épidémiologique, au jour le jour, pour adapter…

LEA SALAME
Ça peut se durcir.

JEAN CASTEX
Bien sûr ça peut… ce qu'il faut se dire surtout c'est que c'est du cas par cas, et il faut durcir si c'est nécessaire, il faut savoir alléger si la situation s'améliore, et il faut surtout, vous avez parlé des masques, encore une fois, tabler sur le sens des responsabilités des personnes.

LEA SALAME
Le sens des responsabilités, avec sanctions.

JEAN CASTEX
Absolument.

LEA SALAME
Demain, dans une semaine, un enfant de 15 ans qui n'a pas son masque, c'est 135 euros ?

JEAN CASTEX
Oui.

LEA SALAME
Pour être très clairs, beaucoup de Français se demandent pendant les vacances, je ne sais pas si vous les avez entendus, est-ce qu'on va reconfiner, est-ce que c'est possible, est-ce que ce sont des hypothèses qui sont sur votre table, de reconfiner, peut-être de manière ciblée, Marseille, Paris demain, je ne sais pas, ou même de reconfiner toute la France, ou c'est exclu pour vous ?

JEAN CASTEX
Alors, pardonnez-moi, il y a deux questions. La première, est-ce que nous avons envisagé toutes les hypothèses ? J'allais dire heureusement, heureusement, donc y compris des reconfinements localisés, et, nous l'espérons, temporaires, heureusement, nous serions totalement irresponsables. Est-ce que c'est notre objectif ? Non. Non.

LEA SALAME
Est-ce que vous voulez tout faire pour éviter le reconfinement ?

JEAN CASTEX
Absolument. Et pourquoi ? Pas par principe philosophique.

LEA SALAME
Par idéologie, oui.

JEAN CASTEX
Non, non, pas du tout, parce que je vous le répète, le confinement, quand j'ai été nommé sur le déconfinement, mon premier travail ça a été d'analyser les conséquences de ce confinement. Mais, Madame, elles ont été très positives sur l'arrêt, on a coupé net la progression du virus, mais elles ont eu des conséquences économiques, sociales, parfois individuelles, parfois psychologiques, très lourdes. C'est un équilibre fin, quotidien, mais c'est vraiment le rôle du gouvernement et de l'ensemble des autorités publiques.

NICOLAS DEMORAND
Est-ce que vous pourriez, Jean CASTEX, décréter à nouveau le confinement pour les EHPAD, uniquement, quand on sait la vulnérabilité particulière des personnes âgées et l'inquiétude qui remonte ?

JEAN CASTEX
Là, j'allais dire, la réponse est dans la question. Les EHPAD, je parlais tout à l'heure des personnes vulnérables, je lance encore à ce micro un appel aux personnes de plus de 70, 75 ans, aux personnes plus jeunes qui ont des pathologies lourdes, des diabètes importants, dont on sait qu'ils sont particulièrement vulnérables, sensibles à cette maladie, protégez-vous, soyez prudents…

NICOLAS DEMORAND
Et sur les EHPAD…

JEAN CASTEX
Et sur les EHPAD, où sont concentrés les gens, à la fois très âgés et très fragiles, bien sûr que, au cas par cas, si nécessaire, cela pourra intervenir. pardonnez-moi, je ne vais pas rentrer dans le détail mais, on a fait des progrès, c'est-à-dire les premières fois où on a confiné les EHPAD, on n'a peut-être pas pris, pour les personnes hébergées, pour leurs familles, toutes les mesures d'accompagnement psychologique nécessaires, et qui, vous le savez, sont particulièrement importantes pour ces populations, là nous les avons intégrées, mais évidemment les EHPAD sont des établissements particulièrement fragiles, et donc au cœur de nos préoccupations.

LEA SALAME
Monsieur le Premier ministre, beaucoup de questions sur l'école, on est à cinq jours de la rentrée, beaucoup d'élus d'opposition, mais aussi plusieurs députés de vos propres rangs, demandaient la distribution gratuite de masques, pas seulement pour les familles défavorisées, pour tout le monde, à l'école. C'est non ?

JEAN CASTEX
Ça me rappelle quelques souvenirs pas si anciens. Quand on est sorti du confinement, et qu'on a dit "il faut qu'il y ait des masques pour tout le monde", il y a eu à peu près, souvenez-vous, le même débat, des masques gratuits pour tout le monde.

LEA SALAME
C'est non ?

JEAN CASTEX
Je vais vous répondre très précisément, rassurez-vous. Un, quand même, il faut se le dire, on sait bien que la France est un îlot de bonheur et de prospérité, mais enfin il n'y a aucun, aucun pays au monde, qui a généralisé la gratuité des masques, je vous le dis au passage, et je le dis à vos auditeurs. Deuxièmement, il y a des cas de masques gratuits, portés par l'État, que je revendique, et qui vont me servir à répondre à votre question, il y en a, je le rappelle. Il y a deux cas. Le premier – ce n'est pas votre question, mais je le dis quand même - toute personne, quel que soit son âge, qui est vulnérable au virus pour des critères médicaux, son médecin lui prescrit, s'il le juge nécessaire, et il l'est forcément, le port du masque, il va en pharmacie, ce masque est gratuit, donc ça c'est la gratuité par la pathologie. Et ensuite, je vous rappelle, aussi, que nous avons mis en place un dispositif de distribution par LA POSTE, gratuit, de masques, pour les personnes précaires de par leurs revenus, et qui ont des enfants, là on vient de distribuer 50 millions de masques à 3 millions de familles, représentant 9 millions de personnes, dont les enfants…

LEA SALAME
D'accord, mais la gratuité générale demandée par plusieurs députés ? Valérie PECRESSE parle de la défaillance de l'État sur cette question-là, vous dites quoi, vous dites… ?

JEAN CASTEX
Non… écoutez, non, non, il n'y a pas de défaillance de l'État. Qu'est-ce que ça veut dire, ça veut dire qu'on va payer des masques à des familles qui n'en ont absolument pas besoin ? Non, mais, Madame SALAME excusez-moi, on parle des lycéens et des collégiens. Les lycéens et les collégiens, il y en a quand même un bon nombre dans les zones urbaines, dans les zones urbaines, qui fréquentent, depuis longtemps, et pas pour la rentrée, les transports en commun, transports en commun le masque est obligatoire, ces jeunes ils prennent les transports en commun avec un masque, depuis longtemps, personne ne s'est soucié de savoir si le masque devait être gratuit ou pas. Alors comment… ils vont prendre les transports en commun, certains gérés par la région Ile-de-France de Madame PECRESSE, le masque n'est pas gratuit, et alors ils vont rentrer dans leur lycée, ou dans leur collège, et là les mêmes, le masque devrait devenir gratuit ? Excusez-moi, un peu de bon sens, un peu de bon sens…

LEA SALAME
Monsieur le Premier ministre, le masque à l'école c'est une fourniture scolaire comme une autre ?

JEAN CASTEX
Le masque à l'école, ce n'est pas de fourniture scolaire, c'est un outil de protection, comme tous les citoyens dans la société, voilà, donc c'est pour ça que je renvoie à une question de principe, chacun doit apporter son écot, pas de gratuité générale, pas plus qu'il en existe ailleurs, on cible les vulnérables à la maladie et les plus précaires, et ce faisant, et je le dis à toutes et à tous, on est déjà bien en avance de ce que font tous les pays qui nous sont voisins.

NICOLAS DEMORAND
Avant de donner la parole aux auditeurs de France Inter une question sur le masque obligatoire dès le 1er septembre en entreprise, dans les espaces de travail clos et partagés comme les salles de réunion, couloirs, vestiaires, open space. Vous dites quoi, Jean CASTEX, aux Français et aux chefs d'entreprise ce matin, dès que vous le pouvez, privilégiez le télétravail, c'est ça le message ?

JEAN CASTEX
Le message il faut qu'il soit cohérent partout. Je vous ai dit, moi ce qui m'intéresse, ce qui est indispensable pour le pays, c'est que la vie économique reprenne, là vous parlez des entreprises, donc le masque, donc le masque. Vous l'avez vu, les entreprises, les partenaires sociaux, vous avez sur cette antenne interrogé l'un d'entre eux…

LEA SALAME
Oui, qui dit que c'était brutal et qu'il faut des dérogations, qu'il faut adapter. Geoffroy ROUX de BEZIEUX.

JEAN CASTEX
Oui, j'entends cela. A cet effet, parce que ce sont quand même des sujets très techniques et sanitaires, nous avons saisi le Haut Conseil de santé publique, qui doit rendre son avis en fin de semaine, et je pense pouvoir vous dire qu'effectivement, pragmatisme, nous allons, en lien avec les partenaires sociaux, pouvoir adapter cette règle. Mais le principe il est simple encore une fois, on repart au travail, ça peut être tout à fait du télétravail, et là-dessus - voyez ça nous permet peut-être de quitter la gestion de la crise elle-même - honnêtement, avant la Covid, je ne suis pas sûr que dans les entreprises privées, comme publiques, dans les administrations, le télétravail ait très bonne presse, je ne suis pas là de penser… c'est les fainéants qui veulent avoir recours au travail, pardonnez-moi de caricaturer. Voilà un effet positif et structurel de cette crise, on va se mettre à regarder différemment le télétravail, on va même se dire que peut-être le télétravail ça s'organise, d'où, j'ai réuni une conférence sur le dialogue social quelques jours après ma nomination, nous avons mis un menu assez copieux…

LEA SALAME
Vous allez le réglementer.

JEAN CASTEX
Non, non, non, pardonnez-moi, ce n'est pas… soyons précis. J'ai demandé aux partenaires sociaux, puisque comme Monsieur DEMORAND l'a dit, c'est une question de la vie des entreprises, publiques ou privées, j'ai demandé aux partenaires sociaux de s'emparer du sujet et de nous dire, de faire des propositions, pour savoir comment, entreprise par entreprise, ou au niveau national, le télétravail peut être amélioré, optimisé et devenir un fait de société.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 août 2020