Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à CNews le 28 août 2020, sur l'interdiction de la chasse à la glu, la situation de la filière sucrière et l'isolation thermique des bâtiments.

Texte intégral

LAURENCE FERRARI
Bonjour Barbara POMPILI, bienvenue dans "La matinale" de Cnews.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

LAURENCE FERRARI
Alors, l'Élysée a annoncé hier l'interdiction de la chasse à la glu pour les grives et les merles pour cette saison, est-ce qu'elle reprendra l'année prochaine, est-ce que vous avez l'assurance que cette pratique, que certains qualifient de barbare, est définitivement interdite dans notre pays ?

BARBARA POMPILI
Cette pratique elle est interdite par l'Union européenne, donc on se met en conformité avec le droit européen, on arrête cette chasse à la glu, qui est une chasse qui est dangereuse pour la biodiversité dans le sens où elle n'est pas sélective, c'est-à-dire que ça prend n'importe quel oiseau, alors qu'au départ elle est faite que pour les grives et les merles.

LAURENCE FERRARI
C'est-à-dire qu'on met de la glu…

BARBARA POMPILI
En fait on met de la glu sur des bâtons, et puis les oiseaux se posent dessus, et après on est supposé les récupérer pour que les oiseaux deviennent des appelants par la suite, bref, cette chasse n'est pas sélective, or c'est une règle de l'Union européenne d'avoir une chasse non-sélective, donc on se met en conformité, ça faisait longtemps qu'on devait le faire, c'est fait, c'est une bonne nouvelle, tout simplement pour le droit et puis pour la biodiversité.

LAURENCE FERRARI
Mais c'est une victoire de Barbara POMPILI ou de l'Union européenne alors ?

BARBARA POMPILI
Ça faisait longtemps qu'on devait le faire, ça a été…

LAURENCE FERRARI
Vous avez poussé quoi !

BARBARA POMPILI
Voilà, ça a mis du temps, mais il fallait le faire, et encore une fois, c'est cette chasse-là, ce n'est pas tout ce que j'ai entendu sur la guéguerre qui est insupportable entre écologistes et chasseurs, c'est simplement qu'à un moment il y a des évolutions dans notre société, il faut qu'on en tienne compte, et la chasse à la glu devait s'arrêter et elle est arrêtée.

LAURENCE FERRARI
« MACRON sacrifie la chasse à la glu pour retenir POMPILI » dit-il le parti pro-chasse, le Mouvement pour la ruralité, "les chasseurs sauront s'en souvenir." Vous avez menacé de claquer la porte du gouvernement, comme l'a fait Nicolas HULOT ?

BARBARA POMPILI
Moi je ne passe pas mon temps à faire des menaces, moi j'avance. C'est un sujet qui est monté dans la presse, moi je n'ai rien dit sur le sujet…

LAURENCE FERRARI
Oui, c'est pour ça que je vous remercie d'être là.

BARBARA POMPILI
On avait un arbitrage à prendre, donc moi j'ai travaillé, on en a discuté, et les arguments que j'avais sont des arguments qui ont porté, point.

LAURENCE FERRARI
Vous avez dit au président "maintenant on avance sur ce dossier-là, il faut arrêter de rigoler."

BARBARA POMPILI
Mais c'est un dossier sur lequel il fallait qu'on avance depuis longtemps.

LAURENCE FERRARI
D'accord. Est-ce que vous allez publier l'arrêté qui maintient les quotas de chasse pour les tourterelles des bois à 17 400 oiseaux ? "Une décision scandaleuse", si vous la prenez, mais ce n'est encore fait, selon Allain BOUGRAIN-DUBOURG, car c'est une espèce qui a presque disparu à 80%.

BARBARA POMPILI
Oui, alors on est sur des espèces, certaines espèces, qui sont vulnérables et pour lesquelles il faut qu'on fasse très attention, et Allain, que je connais très bien, sait que je vais faire très attention, simplement là on est dans les clous puisqu'on a des organismes qui nous ont dit que sur ces espèces-là, si on restait en dessous d'un certain quota, on pouvait y aller, même si, dans l'absolu, ce serait mieux de pas les chasser. Donc nous on reste dans ces quotas-là. Et puis, ce qu'il faut surtout, c'est qu'on s'attaque à pourquoi il y a moins d'oiseaux. Pourquoi il y a moins d'oiseaux ? parce qu'il y a des atteintes à la biodiversité dans ce pays, et toute une partie de la politique que je mets en place c'est de remettre des espaces pour que ces oiseaux puissent vivre, puissent nicher, des espaces notamment de bois, des haies dans les lieux agricoles, etc., etc., voilà. Ce qu'il faut c'est qu'on travaille pour faire revenir la biodiversité dans notre pays, notamment par exemple ce qu'on a fait sur les friches.

LAURENCE FERRARI
D'accord, mais tant pis pour les tourterelles des bois, elles vont continuer à être tuées à partir de cet automne, voilà.

BARBARA POMPILI
Ah mais non, pas tant pis, je peux vous dire que je serai extrêmement vigilante à ce qu'on garde des tourterelles des bois nombreuses dans ce pays.

LAURENCE FERRARI
Est-ce qu'il faut interdire la chasse, vous êtes favorable à l'interdiction de la chasse ? Certains le demandent aujourd'hui dans notre pays.

BARBARA POMPILI
Non, moi je ne suis pas pour les interdictions comme ça, je ne suis pas pour qu'on continue à opposer les gens les uns aux autres, on a besoin de tout le monde pour lutter pour la biodiversité, et les chasseurs font partie des utilisateurs de la nature, donc on a besoin de tout le monde. Il y a des chasses sur lesquelles il fallait revenir, la chasse à la glu, c'est une bonne chose de faite.

LAURENCE FERRARI
Alors, un de vos collègues aime la chasse, vous savez de qui je parle, bien sûr. Vous savez de qui je parle ?

BARBARA POMPILI
Un collègue ?

LAURENCE FERRARI
Eric DUPOND-MORETTI…

BARBARA POMPILI
Ah Éric, oui !

LAURENCE FERRARI
Qui a fait la préface du livre de Willy SCHRAEN, le président de la Fédération nationale des chasseurs. Je ne résiste pas au plaisir de vous lire quelques extraits de cette préface. "Tous ces illuminés veulent que nous ayons honte d'être chasseurs, au fond ils veulent nous culpabiliser d'être ce que nous sommes, car nous sommes aussi notre passion." "Quand, sur un arrêt de mon setter irlandais je tue un perdreau, je n'ai pas honte, et quand je me délecte de la chair de l'oiseau accompagnée de chou, je n'ai pas honte." "Ce livre il est fait pour que les chasseurs relèvent la tête." Enfin, "ce livre, les ayatollahs de l'écologie s'en serviront pour allumer le barbecue où ils cuiront leurs steaks de soja." Vous en parlez avec lui au conseil des ministres ou pas ?

BARBARA POMPILI
Oui, oui, on s'en est parlé. Il m'a appelée parce que…

LAURENCE FERRARI
Vous l'aimez ?

BARBARA POMPILI
J'aime quoi ?

LAURENCE FERRARI
Le style... mais la chair de perdreau ?

BARBARA POMPILI
La chair… je ne suis pas sûre d'en avoir déjà mangé, mais moi j'en ai discuté avec Eric DUPOND-MORETTI, qui était embêté par le fait que tout ça prenne des proportions, il m'a dit évidemment "je m'attaque à ceux qui sont contre tout et qui sont un peu dans la violence, et pas du tout contre les écologistes en général." Il m'a appelée, on a passé du temps à en parler, il m'a même dit lui-même qu'il était opposé à la chasse à la glu, donc je crois que tout ça… bon, voilà, c'est un peu de mousse, mais dans l'ensemble il est finalement beaucoup plus modéré que ses propos ne le laissent paraître.

LAURENCE FERRARI
Oui, enfin "quand je tue un perdreau je n'ai pas honte de me délecter de sa chair", ça reste un partisan des chasseurs au sein du gouvernement.

BARBARA POMPILI
Ou, mais aussi, dans ce pays, plein de gens mangent de la viande, enfin…

LAURENCE FERRARI
C'est une évidence.

BARBARA POMPILI
Et je ne suis pas sûre que les gens soient morts de honte à chaque fois qu'ils mangent de la viande, donc essayons, encore une fois, de ne pas faire remonter les oppositions et de se calmer un peu sur tous ces sujets-là.

LAURENCE FERRARI
En tout cas cette interdiction de la chasse à la glu est une victoire pour vous après le camouflet des néonicotinoïdes, ces insecticides tueurs d'abeilles, la dérogation a été accordée aux planteurs de betteraves en raison de la situation critique de la filière sucrière. Est-ce que ça veut dire qu'à chaque fois qu'il y a des emplois en jeu, là c'était, je crois, environ 50 000 emplois, l'écologie passe à la trappe ?

BARBARA POMPILI
Ah non, je peux vous dire que pas du tout. Moi j'ai dû prendre cette décision-là, et je peux vous dire que c'est une décision que j'ai prise en responsabilité, parce qu'il faut le faire, mais qui me met extrêmement en colère. Pourquoi ? Parce que quand on a voté cette loi, et je sais, c'est moi qui l'ai portée en 2016, c'était une loi qui nous laissait 4 ans pour réagir, 4 ans pour que la filière se mette en route, pour que la recherche aboutisse et pour des politiques publiques qui fassent aboutir les choses. En 4 ans on n'a pas fait les choses correctement, on aurait dû y arriver, ce n'est pas le cas. Donc là, moi j'arrive, avec Julien DENORMANDIE on se retrouve dans une situation où on nous dit "si on ne fait pas une dérogation, on n'a plus de sucreries en France", donc, on n'a plus de sucreries en France…

LAURENCE FERRARI
On perd 46 000 emplois.

BARBARA POMPILI
Il y a des emplois, mais c'est aussi que le sucre, dont on se sert, on va devoir l'importer d'ailleurs, où les règles de protection de l'environnement ne sont pas forcément meilleures qu'ici. Donc, je dois prendre une décision, mais, je peux vous dire… enfin, c'est moi qui ai fait voter la loi sur l'interdiction des néonicotinoïdes, vous imaginez le plaisir que j'ai eu à devoir prendre cette décision.

LAURENCE FERRARI
Ça veut dire que vous vous contredisez.

BARBARA POMPILI
Non, pas du tout.

LAURENCE FERRARI
Ça sert à quoi d'être au gouvernement, de renier ses propres convictions alors ?

BARBARA POMPILI
Alors, j'ai renié ma conviction ? Quand est-ce que j'ai dit que les néonicotinoïdes n'étaient pas dangereux ? Les néonicotinoïdes sont dangereux. Quand est-ce que j'ai dit…

LAURENCE FERRARI
Je ne vais pas vous citer ce que vous disiez en 2016…

BARBARA POMPILI
Si.

LAURENCE FERRARI
"Si on commence à dire on interdit là où il y a des alternatives, mais on fait des dérogations et on les laisse courir dans le temps, on sait très bien que c'est la porte ouverte au fait que certains néonicotinoïdes ne soient jamais interdits…".

BARBARA POMPILI
Je me souviens très bien de ce que j'ai dit à l'époque, je peux vous dire qu'à ce moment-là, d'ailleurs, j'étais un peu seule pour défendre tout ça, et que tous les gens qui râlent maintenant, je ne les ai pas beaucoup entendus me soutenir à ce moment-là, mais quand j'ai dit ça à l'époque, si je ne l'avais pas dit, aujourd'hui on n'aurait pas 9 néonicotinoïdes sur 10 qui seraient interdits, on en aurait beaucoup moins. Aujourd'hui on a 91% des utilisations de néonicotinoïdes qui sont interdites dans ce pays et c'est grâce à moi. Et après, sur le reste, eh bien on a ce problème-là, qui est un problème qu'on va limiter dans le temps, c'est-à-dire que…

LAURENCE FERRARI
Combien de temps ?

BARBARA POMPILI
On a au plus tard jusqu'à 2023, et je peux vous dire que ça se terminera avant, parce que maintenant on va mettre tout le monde au boulot. Le problème, là, et on le rencontre beaucoup en écologie, c'est quand on prend une décision, derrière ça traîne pour pas que ce soit appliqué, eh bien nous on est aux commandes et je peux vous dire qu'avec Julien DENORMANDIE on va faire en sorte que les néonicotinoïdes ce soit terminé le plus vite possible.

LAURENCE FERRARI
Donc avant 2023 ?

BARBARA POMPILI
Avant 2023.

LAURENCE FERRARI
Très bien. La lutte contre l'épidémie de coronavirus prend un nouveau tournant, les masques sont obligatoires dans Paris depuis 15 minutes, idem à Marseille, assorti, là, d'une interdiction d'ouverture des restaurants après 23h00. La maire de Marseille dénonce – qui est écologiste – deux poids, deux mesures. Qu'est-ce que vous lui répondez, il y a une loi pour Marseille, il y a une loi pour Paris ?

BARBARA POMPILI
Moi je lui réponds tout simplement que quand on dit qu'il faut prendre des règles au plus près des réalités du terrain, eh bien c'est ce qu'on fait, c'est-à-dire qu'on ne va pas nous reprocher, nous, de prendre des grandes règles nationales, et de ne pas s'adapter au terrain, et puis quand là il y a des règles qui sont adaptées au terrain on nous dit "ah ben non, il faudrait des règles nationales." Donc, je crois que la meilleure solution, et la plus raisonnable, c'est ce qui se passe aujourd'hui, c'est-à-dire donner aux préfets la possibilité de décider selon les règles locales.

LAURENCE FERRARI
A Paris l'extension des terrasses Covid a été prolongée jusqu'en juin 2021, a annoncé la mairie, est-ce que vous autoriserez à ce qu'elles soient chauffées, afin, encore une fois, d'aider le secteur de la restauration à ne pas sombrer ?

BARBARA POMPILI
Oui. Les terrasses chauffées, la décision a été prise depuis quelques semaines déjà, les terrasses chauffées seront interdites à partir de l'année prochaine, on laisse passer cet hiver-là, c'était prévu dès le départ, et je crois que c'est une bonne solution, ça permet de donner des perspectives aux restaurateurs, tout en leur laissant passer l'hiver, là, vu les circonstances.

LAURENCE FERRARI
Interdit de fumer dans la rue à Paris, puisque le masque est obligatoire, chez Romain DESARBRES une adjointe de la Mairie le laissait entendre, donc…

BARBARA POMPILI
Ecoutez, dans la rue on pourra continuer à manger, donc je pense qu'on pourra continuer à fumer, maintenant…

LAURENCE FERRARI
Même en marchant ?

BARBARA POMPILI
Moi, si vous voulez, ce que je vois c'est qu'il y a des règles aujourd'hui, que tout le monde essaye de jouer sur l'interprétation des règles, soyons simples, il faut porter le masque dès qu'on sort, quand on est à Paris ou quand on est dans les zones où c'est interdit, c'est clair, c'est net. Ne commençons pas à essayer de se poser des questions et de se tordre le cerveau, ayons des règles claires, c'est le meilleur moyen qu'elles soient respectées, et c'est le meilleur moyen aussi qu'on évite, après, de devoir prendre des décisions plus difficiles.

LAURENCE FERRARI
Barbara POMPILI, où est l'autorité dans notre pays ? Si l'on prend les derniers jours, violences urbaines à Paris à l'occasion d'un match de foot, dealers qui se filment armés jusqu'aux dents à Grenoble, envolée des refus d'obtempérer face aux forces de l'ordre, bagarres pour port du masque. Est-ce que l'Etat est impuissant à incarner l'autorité ?

BARBARA POMPILI
Alors non évidemment. L'état de droit c'est très important qu'il soit respecté, maintenant ce n'est pas mon domaine, c'est le domaine du ministre de l'Intérieur…

LAURENCE FERRARI
Non, mais vous appartenez au gouvernement et d'une équipe.

BARBARA POMPILI
Moi, ce que je vois c'est qu'on a besoin de gens sur le terrain, ça c'est important, et tout le monde le dit, eh bien il s'avère que là on est en train de recruter 10 000 gendarmes et policiers, voilà une chose qui est claire et qui permettra de mieux faire respecter l'état de droit. On augmente aussi les moyens, il y a eu 1 milliard qui a été mis sur les moyens depuis 2017, donc, ce qu'il faut c'est qu'on donne les moyens aux forces de l'ordre de pouvoir travailler, et puis après, oui, il y a un travail de cohésion sociale, et le travail de cohésion sociale il se fait au niveau de la police, mais il se fait aussi à tous les autres niveaux, que ce soit au niveau des services publics, que ce soit au niveau de l'école, etc., etc. De toute façon c'est comme pour tout, que ce soit pour le Covid, que ce soit pour l'écologie, que ce soit pour la cohésion sociale, à un moment, si on arrêtait de s'engueuler les uns les autres et on essayait de se mettre tous ensemble, ça marcherait mieux.

LAURENCE FERRARI
Le plan de relance sera annoncé la semaine prochaine, il a été un petit peu décalé, 100 milliards d'euros sur la table, avec la promesse que chaque euro sera fléché vers des projets relatifs à la transition écologique. Est-ce que c'est une fable pour enfants ? Comment est-ce qu'on va flécher chaque euro jusqu'à la transition écologique ?

BARBARA POMPILI
Ah ben je peux vous dire, on est en train d'y travailler en ce moment, dans la préparation. D'abord, moi je suis très heureuse qu'on mette un tiers, un tiers du plan de relance, qui soit dédié à la transition écologique. Pourquoi ? ce n'est pas un totem, c'est parce qu'on a besoin, là, de donner un coup de boost à un certain nombre de secteurs qui vont nous permettre de baisser nos émissions de gaz à effet de serre et aussi de nous adapter, parce que malheureusement aujourd'hui, quand il y a des sécheresses, il faut aussi qu'on s'adapte. Donc, on va avoir des secteurs, comme le logement, comme les transports, qui vont être boostés pour pouvoir faire de l'isolation, pour que les gens vivent mieux…

LAURENCE FERRARI
Alors, l'isolation, est-ce que ce sera toujours réservé aux ménages les plus modestes, vous ouvrez un peu plus l'assiette pour donner un coup de pouce au BTP ?

BARBARA POMPILI
Là on va ouvrir, non seulement on va donner la possibilité aux gens d'isoler leur logement, et on va mettre beaucoup d'argent, et aussi pour simplifier les procédures, pour que tout le monde s'y retrouve parce qu'on sait que c'est compliqué, donc là ça va être plus simple. Et puis on va aussi isoler les bâtiments publics, on va isoler les hôpitaux, les commissariats, les EHPAD, enfin tous ces lieux où…

LAURENCE FERRARI
Qui ont d'abord besoin de personnel et de moyens, on le sait, mais bon, c'est important que les bâtiments soient isolés !

BARBARA POMPILI
Oui, mais c'est les deux, moi je ne vais pas opposer l'un à l'autre. Il y a aussi, dans le plan de relance, des mesures pour l'emploi, il y a des mesures pour la formation, il y a des mesures pour les jeunes, enfin il y a plein de choses qui vont être annoncées la semaine prochaine, mais la transition écologique c'est aussi une transition qui va permettre de recréer de l'emploi, et qui va permettre enfin de se projeter dans le monde de demain, c'est-à-dire qu'on se redonne un avenir, on construit le monde de demain grâce à ce plan de relance, et si au moins le Covid peut aider à ça, ce sera déjà une bonne chose.

LAURENCE FERRARI
La convention sur le climat, où est-ce qu'on en est, qu'est-ce qui se passe avec ces propositions qui sont issues de citoyens français ? On sait que les 110 km/h non, la notion d'écocide dans la Constitution non, qu'est-ce qui va rester ?

BARBARA POMPILI
Il y a 149 propositions de la convention citoyenne pour le climat, il va y en avoir 146 qui vont être reprises, mais je suis asses fière du dispositif qu'on est en train de mettre en place parce qu'en amont de la loi, qui va reprendre une bonne partie de ces propositions, eh bien on va associer tout le monde. Et moi qui a été parlementaire, qui a un peu souffert d'avoir parfois des lois qui nous arrivaient toutes ficelées, là on fait un travail de concertation en amont, avec les parlementaires, avec les membres de la convention sur le climat, et puis aussi avec tous ceux qui vont devoir l'appliquer la loi, c'est-à-dire les collectivités, c'est-à-dire les partenaires sociaux. Donc tout ce travail-là on est en train de le faire, qui va nous permettre d'aboutir à une annonce du projet de loi en novembre, il va être déposé en conseil des ministres en novembre, et puis il arrivera en début d'année prochaine devant le Parlement. Donc, c'est un travail de concertation, qui va nous permettre justement de faire que ces propositions, dont certaines doivent être un peu travaillées, puissent être travaillées tous ensemble.

LAURENCE FERRARI
On sera sans doute, cet automne, en pleine crise sociale, on sait que tous les plans sociaux sont prévus afin la fin décembre, encore une fois, comment faire coïncider et rythmer ensemble écologie et économie ? La priorité c'est l'économie, c'est les emplois aujourd'hui.

BARBARA POMPILI
Alors, j'étais hier au MEDEF, et je leur ai redit, l'économie et l'écologie c'est deux faces d'une même médaille, si on ne travaille pas pour faire que l'économie soit porteuse de la dimension écologique, on va se planter. Les entreprises, aujourd'hui, qui ne s'occupent pas de baisser leurs émissions, qui ne s'occupent pas de se réorienter vers des, par exemple… la voiture, c'est simple. Les entreprises qui fabriquent des voitures, si elles ne se lancent pas massivement dans la voiture électrique, eh bien elles vont avoir des problèmes après. Donc, en fait, faire le choix de l'écologie c'est un choix économique, c'est un choix de développement, c'est un choix qui leur permettra de créer des emplois et de la prospérité plus tard. Donc, c'est gagnant/gagnant.

LAURENCE FERRARI
L'avion c'est fini ou pas ?

BARBARA POMPILI
Ça dépend, on ne va pas faire des trajets intercontinentaux pas en avion, donc c'est une question de bon sens. Ce qu'on peut faire en train, il faut le faire en train, et le reste, quand c'est des très longues distances, on peut encore les faire en avion, mais… c'est pareil, l'aéronautique doit aussi se repenser, il doit y avoir des avions qui émettent moins de carbone, et puis qu'on utilise à bon escient.

LAURENCE FERRARI
Merci beaucoup Barbara POMPILI d'être venue aujourd'hui dans "La matinale" de Cnews.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 août 2020