Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à BFM Business le 10 septembre 2020, sur les protocoles sanitaires en entreprise et les dispositifs mis en place pour la rentrée scolaire notamment en cas de fermeture de classe.

Texte intégral

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est la ministre du Travail, Elisabeth BORNE, qui est avec nous ce matin. Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
S'il-vous-plaît, Elisabeth BORNE, ne reconfinez pas le pays, on a eu hier le Conseil scientifique qui dit : le gouvernement va devoir prendre, d'ici 8 à 10 jours, des mesures pas très agréables. Le président de la région PACA qui à l'instant dit : je ne veux pas que ma région soit reconfinée, est-ce que c'est dans les tuyaux, ça ?

ELISABETH BORNE
Enfin, moi, je vous confirme que l'objectif du gouvernement, c'est vraiment de tout faire pour éviter un reconfinement général, c'est bien le sens de toutes les mesures qui ont été prises depuis le début de l'été, où on a vu une accélération de la circulation du virus, je rappelle qu'au mois de juillet, on avait imposé le port du masque dans les magasins, donc de façon générale, dans tous les espaces recevant du public clos. Et puis, on a publié à partir du 1er septembre un nouveau protocole sanitaire dont l'objectif, en entreprise, dont l'objectif est bien de permettre de continuer à travailler malgré le virus ; donc il y a des règles qui peuvent être contraignantes, mais qui n'empêchent pas de travailler et qui protègent la santé des salariés. Et vous savez, moi, j'ai vu un certain nombre d'entreprises qui appliquaient ces règles avant même qu'elles soient rendues obligatoires, et qui nous disent : il n'y a pas eu de chaîne de contamination. Donc mon message, c'est vraiment, voilà, soyons rigoureux, vigilants, mettons en place le protocole tel qu'il s'applique depuis le 1er septembre, et ça permet de protéger la santé des travailleurs, des salariés qui se rendent sur leur travail. Ça permet à notre pays de continuer à vivre, malgré le virus.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous nous dites : allez au travail !

ELISABETH BORNE
Mais, je dis maintenant les conditions sanitaires, quand on applique le protocole, sont assurées, donc on peut continuer à aller travailler.

SANDRA GANDOIN
Des protocoles, il y en a aussi dans les écoles, notamment à cause de cette crise sanitaire, effectivement, et il y a des classes qui ont fermé, 260 depuis le début de la rentrée, il y a 2 semaines. Dans ce contexte, il faut trouver des solutions, Caroline MORISSEAU, quel va être le dispositif mis en place pour cette rentrée ?

CAROLINE MORISSEAU
Alors, le gouvernement a en effet tranché, après 10 jours de flottement depuis la rentrée scolaire, il a finalement opté pour un mix en fait entre les 2 dispositifs qui avaient été mis en place depuis le début de la crise, ainsi la mesure ne sera ni totalement financée par l'Assurance-maladie, ni totalement financée par l'Etat et l'UNEDIC, en fait tout dépendra du statut des salariés. Alors concrètement, on aura 3 cas de figure, les salariés du privé seront mis en chômage partiel, ils toucheront donc 84 % de leur salaire net, les indépendants et les contractuels du service public, eux, seront pris en charge par l'Assurance-maladie sans délai de carence, ils toucheront donc 90 % de leur salaire net, et puis, enfin, les fonctionnaires bénéficieront d'une autorisation spéciale d'absence, et ils seront du coup payés 100 % de leur salaire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, le décret, il est signé ou pas, ce décret dont nous parle Caroline ?

ELISABETH BORNE
Alors, il est en cours, mais, moi, je veux rassurer tout le monde, ces mesures, elles s'appliqueront à partir du 1er septembre, donc rétroactivement, l'objectif, c'est vraiment de permettre dans la mesure du possible aux parents de continuer à travailler, et si aucun des deux parents ne peut travailler ou télétravailler, alors ces dispositifs se mettent en place.

SANDRA GANDOIN
On va rappeler les conditions pour mettre ce dispositif en place, les conditions pour en bénéficier, Caroline.

CAROLINE MORISSEAU
Vous venez un peu de les rappeler, comme les deux précédents dispositifs, tout cela va rester très encadré pour que ce soit un peu l'ultime recours, seul un des deux parents pourra effectivement en bénéficier, à condition qu'aucun des deux ne puisse télétravailler, et puis, à condition de fournir un justificatif, soit parce que l'établissement est fermé, soit parce que l'enfant est un cas contact. Donc le gouvernement vient combler un vide, il faut rappeler qu'il n'y avait plus aucun dispositif, là, depuis la rentrée, c'est le droit commun qui s'appliquait, et donc les parents, contraints de garder leurs enfants, étaient obligés de poser des congés, congés payés, congés pour garde d'enfants ou RTT, et comme vous l'avez dit, la mesure est rétroactive, donc au 1er septembre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Voilà un dossier réglé. Merci Caroline. Et donc voilà, on attend la signature du décret, mais ça sera rétroactif, pas d'inquiétude. Il y a d'autres dossiers qu'on voulait aborder avec vous, AUCHAN qui annonçait hier un plan de suppressions de postes, 1.475 en France. Est-ce que sur AUCHAN, ils frappent un peu trop fort ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, ce n'est évidemment jamais une bonne nouvelle quand on annonce des suppressions d'emplois, mais, moi, je note que dans le même temps, AUCHAN annonce la création de centaines d'emplois, en fait, ils sont en train de s'adapter à l'évolution des pratiques de consommation des Français qui se sont accélérées avec la crise, le recours plutôt à des commerces de proximité, ce qui est une bonne chose, et puis, le développement du e-commerce, donc voilà, AUCHAN tire les conséquences avec malheureusement des suppressions, mais aussi des créations. On est au début du processus, moi, je compte sur le dialogue social pour qu'on limite le nombre de suppressions et qu'on crée le maximum de nouveaux emplois.

SANDRA GANDOIN
On a un chiffre arrêté du nombre de PSE, là, aujourd'hui ?

ELISABETH BORNE
Alors on sait que depuis le mois de mars, on est à 345 PSE, qui se comparent à 231 sur la même période en 2019…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
345 plans de sauvegarde pour l'emploi…

ELISABETH BORNE
Voilà, à cette date. Ça représente beaucoup d'emplois, 50.000 emplois, la responsabilité de mon ministère, c'est de s'assurer qu'il y a du dialogue social de qualité, et puis, de proposer aux entreprises tous les dispositifs qu'on a mis en place, notamment l'activité partielle de longue durée, dont les entreprises, on y reviendra peut-être, moi, je les invite à se saisir de ce dispositif…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pourquoi vous dites ça, parce que ce dispositif de chômage de longue durée n'est pas suffisamment utilisé aujourd'hui par les entreprises ?

ELISABETH BORNE
Le dispositif, il est à la fois récent, les textes sont sortis fin juillet, et il est innovant, et il vise à sortir des pratiques qu'on a pu avoir par le passé où quand l'activité d'une entreprise baissait par exemple de 20 %, eh bien, la pratique, c'était de se séparer de 20 % des salariés, c'est évidemment pénalisant pour les salariés, et puis, c'est pénalisant aussi pour l'entreprise, qui est privée de ses ressources humaines, de ses talents au moment où l'activité repart. Donc le dispositif d'activité partielle de longue durée, il permet, par un accord d'entreprise, de réduire, le cas échant, donc l'activité de 20 % dans le cas que j'évoque, et puis, de profiter de ce temps non travaillé pour se former, pour que l'entreprise garde les emplois, les compétences, et même, renforce, ses compétences pour qu'elles soient plus fortes après la crise.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, il y avait une date limite, le 1er octobre pour bénéficier au maximum du soutien de l'Etat, de l'aide de l'Etat, vous allez revenir sur cette date du 1er octobre ?

ELISABETH BORNE
Je vous confirme qu'on va maintenir le niveau de prise en charge, donc un reste à charge limité à 15 % pour l'employeur, voilà, sans limite…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il n'y a plus de limite maintenant…

ELISABETH BORNE
Jusqu'au délai qui est prévu pour négocier ces accords d'activité partielle de longue durée, jusqu'à l'été prochain.

SANDRA GANDOIN
Concernant, le télétravail, les partenaires sociaux se réunissent demain, pas sûr qu'ils tombent d'accord, d'ailleurs, qu'est-ce que vous comptez faire pour le télétravail, bon, à ce stade, parce qu'évidemment, la situation évolue tout le temps ?

ELISABETH BORNE
Oui, mais, écoutez, moi j'espère que les partenaires sociaux vont effectivement trouver un accord, le télétravail, ça reste une pratique recommandée, a fortiori quand on est dans une zone où le virus circule beaucoup, on voit que ça s'est mis en place, évidemment pas dans des conditions idéales pendant la crise, souvent, les entreprises n'avaient pas forcément le bon système d'information, et puis, on voit qu'il y a aussi des bonnes pratiques qui se sont développées dans les entreprises, moi, j'espère que les partenaires sociaux pourront demain trouver à la fois un cadre, et puis, permettre de diffuser ces bonnes pratiques, on verra comment se passe…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce n'est pas gagné, s'ils n'y parviennent pas, est-ce que vous reprendrez la main, est-ce que vous préciserez un petit peu effectivement… parce qu'il y a un peu de flou sur le télétravail, entre les salariés qui veulent poursuivre, l'entreprise qui ne veut pas, est-ce que le gouvernement pourrait prendre la main ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi, je fais d'abord confiance aux partenaires sociaux, je vais évidemment échanger avec eux, je pense qu'ils sont tous conscients de l'importance d'avoir un cadre, et de faire partager les bonnes pratiques, on verra demain.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bon, eh bien, peut-être que vous reprendrez la main après-demain. Encore une question, VEOLIA, SUEZ, les syndicats de SUEZ, vous avez vu, et la direction sont très inquiets pour l'emploi, ils disent que c'est le pire choix possible de se marier avec VEOLIA, ce n'est pas ce que dit Jean CASTEX, il dit que c'est un projet industriel qui fait sens. Alors, est-ce que c'est un projet social qui fait sens, Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
C'est d'abord une initiative, vous savez, d'ENGIE, qui veut se recentrer sur son métier de l'énergie…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
De vendre ses parts dans SUEZ…

ELISABETH BORNE
De céder ses parts dans SUEZ. Moi, j'ai eu le PDG de VEOLIA qui m'a…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Antoine FREROT…

ELISABETH BORNE
Qui m'a assuré qu'il n'y aurait pas de pertes d'emplois en France, ce qui est logique, et je pense que les syndicats de SUEZ le savent bien, c'est finalement des contrats avec des collectivités qui vont continuer à être mis en oeuvre, donc, voilà, l'objectif, c'est vraiment qu'il n'y ait pas de suppressions d'emplois en France, et puis, qu'on ait un champion mondial encore plus fort, ce qui serait rendu possible si cette fusion va à son terme.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On voit que le gouvernement est à fond derrière le projet de rapprochement de SUEZ et VEOLIA, Jean CASTEX, comme Elisabeth BORNE, puisque vous voulez créer un champion mondial dans le domaine du traitement effectivement des déchets et de l'eau. Merci beaucoup Elisabeth BORNE.

SANDRA GANDOIN
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 septembre 2020