Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, avec France Info le 29 septembre 2020, sur les hôtels, restaurants et le secteur touristique confrontés à l'épidémie de Covid-19.

Texte intégral

Q - Bonsoir à vous Jean-Baptiste Lemoyne.

R - Bonsoir.

Q - Secrétaire d'Etat en charge du tourisme, des Français de l'étranger, de la francophonie. Et d'un mot avant d'évoquer la crise sanitaire, sénateur de la République en Marche fraîchement réélu dans l'Yonne. Vous êtes une sorte de miraculé de la politique.

R - Eh bien écoutez, je remercie les grands électeurs de l'Yonne qui m'ont fait confiance, qui m'ont renouvelé cette confiance. C'est vrai que cela donne des ailes pour agir, pour agir pour son territoire.

Q - C'est passé limite, ce n'était pas joué cette affaire.

R - Mais vous savez, une élection, elle n'est jamais jouée. Je me réjouis d'avoir passé ce crash-test électoral, et surtout, les élus de l'Yonne ont reconnu que ce gouvernement avait agi par exemple pour résorber la fracture numérique, pour mettre des pylônes dans les zones blanches de téléphonie mobile. On a mis fin aussi au numerus clausus qui rationnait le nombre de médecins sur notre territoire. Donc ce sont des sujets qu'on a pris à bras le corps, les grands électeurs, avec certains collègues comme François Patriat, comme Patrick (inaudible) nous ont à nouveau fait confiance.

Q - Et c'est passé de justesse pour vous, vous n'êtes pas très nombreux au Sénat. Mais bon bref... Jean-Baptiste Lemoyne, vous avez participé ce matin à la réunion à Matignon entre Jean Castex et les professionnels des hôtels, cafés, restaurants, à portée d'engueulades, j'ai envie de vous dire.

R - Vous savez, on travaille au quotidien avec les représentants de l'hôtellerie et de la restauration et des cafés...

Q - Ils ne sont pas contents, quand même...

R - Mais vous savez, c'est une situation extrêmement compliquée, qu'ils connaissent et que nous connaissons. Mais le pays tout entier, en réalité. Et je crois que nous devons faire bloc ensemble, parce que nous devons combattre ensemble le virus, avec deux objectifs : à la fois, préserver les Français, et protéger notre économie, nos emplois et c'est ce chemin de crête qu'il faut emprunter. En tous les cas, je crois pouvoir dire que depuis le mois de mars, le gouvernement a montré que l'Etat était au rendez-vous de l'accompagnement des professionnels, parce qu'il y a eu 9 milliards d'euros de prêts garantis par l'Etat qui ont été octroyés dans le secteur du tourisme, dont les trois-quarts pour l'hôtellerie et la restauration.

Q - Nous sommes d'accord, c'était avant l'été, d'accord ? C'est au sortir du dur de la crise au printemps. Mais là, pourquoi cibler cette profession-là, alors que les Français se contaminent dans l'entreprise, à l'école, dans les transports en commun, partout, finalement, partout ?

R - Le virus se propage lorsqu'il y a de nombreuses interactions. C'est vrai, dans certains bars, on l'a vu, il y avait des gens qui étaient debout, qui étaient à proximité, etc... Cela a pu, parfois, favoriser une circulation du virus. J'insiste néanmoins sur le professionnalisme des acteurs, parce qu'ils ont élaboré avec Sébastien Bazin il y a quelques mois des protocoles sanitaires pour faire en sorte qu'on puisse retourner dans les restaurants, consommer. Et ils se sont dit ce matin ouverts à continuer à actualiser ces protocoles, éventuellement à les renforcer, pour pouvoir maintenir une activité. Regardez : on est dans une phase de reprise de l'épidémie, pas seulement en France, partout en Europe. Partout. Et regardez les mesures prises par d'autres pays : les Britanniques qui ferment les pubs...

Q - C'est pire que chez nous, c'est ça ? Et donc, on n'a pas à se plaindre ?

R - Pour l'instant, la situation est extrêmement compliquée. Vous savez, quand un professionnel se dit "mais moi, c'est ma vie qui est en train de partir en fumée, parce que est-ce que demain, je pourrai payer mes traites, etc.", il se pose de vraies questions et je comprends ses craintes. Alors face à cela, le Premier ministre a annoncé que nous allons mettre le chômage partiel à 100%, cela veut dire avec zéro reste à charge, jusqu'à la fin de l'année, parce que cela venait à échéance dans un mois. Là, on leur donne une visibilité jusqu'au 31 décembre avec une évaluation qu'on fera à nouveau s'il y a un besoin au 31 décembre. Et puis par ailleurs, on renforce considérablement le fonds de solidarité. Il était de 1.500 euros par mois, il passe à 10.000 euros sur le volet 1, cela veut dire que cela permet d'absorber parfois des loyers, des charges fixes pour passer ce cap. Parce qu'on veut garder des entreprises, on veut garder des emplois. Il y a là des chefs, des chefs de rang, ils ont un savoir-faire inestimable, et c'est une part de notre âme.

Q - Oui, c'est ce monde qui a changé aussi, Jean-Baptiste Lemoyne. Aujourd'hui, on ouvre les vannes, on ne peut pas faire autrement. Ecoutez, les professionnels du tourisme, ils s'inquiètent. Est-ce qu'ils ne sont pas un peu les oubliés de la relance ? Ecoutez ce coup de gueule du top chef Etchebest, c'était dans les infos de France info hier soir : "Vous savez il y a eu un plan de 100 milliards d'euros, on n'a pas parlé du tourisme, on n'a pas parlé de notre profession. Alors, justement, moi, je veux bien, j'entends qu'ils vont faire ci, ils vont faire ça, ils vont donner de l'argent... Mais, je suis désolé, on ne voit pas trop la couleur de l'argent. On dit souvent que l'argent n'a pas d'odeur, mais quand il n'y en a pas ça pue la merde !". Voilà, il est cash Philippe Etchebest !

R - Vous savez, le plan de relance du tourisme, cela a été le premier à être présenté. Il a été présenté le 14 mai dernier. 18 milliards d'euros de subventions, d'investissements, etc... Je ne dis pas que c'est parfait, mais il y a vraiment eu des outils qui ont été mis en place. Je le rappelle, 9 milliards d'euros de PGE, plusieurs centaines de millions d'euros sur le fonds de solidarité et on va continuer à pousser les feux parce qu'il y a des sujets qui posent encore problème, Bruno Le Maire l'a reconnu, sur les loyers. On demande aussi à ce que les assureurs fassent leur part du travail, cela a été remonté par les professionnels aujourd'hui. Donc ce que je veux dire au chef Etchebest - et on avait bien travaillé aussi au printemps dernier - c'est qu'on continuera à être là, à accompagner économiquement, parce que la situation l'exige. Ce ne sont pas des paroles en l'air, on l'a prouvé ces derniers mois. On a été là. Beaucoup d'entreprises auraient mis la clé sous la porte sans ces aides. Et aujourd'hui, on voit que, face à la recrudescence de la circulation du virus, finalement on a eu une embellie cet été, mais on revient à une phase, qui est la phase un peu de la sauvegarde plus que de la relance. Face à cela, on prendra nos responsabilités.

Q - Jean-Baptiste Lemoyne, encore un mot. Jean Castex tout à l'heure à l'Assemblée nationale aux questions au gouvernement - c'était assez secoué, il y avait beaucoup de bruits dans la salle -, il dit quoi ? Il dit "la situation du pays est grave", il explique, sur la séquence récente, certaines décisions difficiles à assumer qui sont du ressort de l'Etat. L'Etat doit prendre ses responsabilités. Un mot : quel climat à l'Assemblée nationale ? Il n'y a plus d'unité nationale autour de l'épidémie de COVID-19 ?

R - Il est vrai que c'est une séance qui était un peu agitée, avec beaucoup d'interpellations, d'interjections. Mais je crois que, face à cette situation, encore une fois, il n'y a pas à tortiller, il faut faire bloc. Bloc, parce que le combat...

Q - Ce n'est plus le cas, là.

R - ...le combat, ce n'est pas l'opposition contre le gouvernement, etc. Le combat, c'est contre le virus et, véritablement, il faut y aller tous ensemble. C'est parce que chacun des Français, de façon citoyenne, fera attention avec les gestes-barrières, avec le port de masque, etc.

Regardez les Italiens. Pourquoi chez eux, cela repart peut-être moins fort ? Parce qu'ils ont été tellement touchés dans leur chair beaucoup plus que les autres, que je pense que les comportements...

Q - Ils ont été plus vigilants que nous cet été, Jean-Baptiste Lemoyne ?

R - ...les comportements, manifestement, ont été peut-être plus intériorisés, plus de prudence. Et donc il faut qu'à chaque minute on se rappelle ces règles de prudence. C'est comme cela qu'on va triompher.

Q - Et la situation - pour conclure - du pays est grave, comme le dit Jean Castex ?

R - C'est une situation qui est totalement inédite. Et face à une situation inédite, on prend aussi des mesures inédites. Le budget a été présenté lundi avec ces cent milliards d'euros du plan de relance, jamais on n'avait vu un tel appui, un tel soutien à l'ensemble de l'économie française. Parce qu'il faut passer ce cap et rebondir.

Q - Merci à vous, en tous les cas, Jean-Baptiste Lemoyne.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 2 octobre 2020