Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à France Inter le 8 septembre 2020, sur la transition écologique dans le plan de relance de l'économie, la chasse et l'utilisation de néonicotinoïdes.

Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Et avec Léa SALAME nous recevons ce matin pour la première fois depuis qu'elle est ministre dans le Grand Entretien, la ministre de la Transition écologique avec laquelle vous pourrez dialoguer. Vous êtes déjà très, très nombreux au standard, continuez à nous appeler au 01 45 24 7000, passez autrement par les réseaux sociaux et l'application France Inter où vous êtes aussi très nombreux à poser vos questions. Barbara POMPILI, bonjour.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Vous étiez venue dans le 7-9 cet été, c'est la première fois donc avec Léa, nous avons le plaisir de vous recevoir.

BARBARA POMPILI
Plaisir partagé.

NICOLAS DEMORAND
Voilà merci. Quelques jours après l'annonce du plan de relance présenté par Jean CASTEX, 100 milliards d'euros, dont un tiers pour la transition écologique. Le gouvernement défend à travers ce plan l'idée d'un verdissement de l'économie, vous avez parlé d'un pas de géant. On va entrer dans les détails dans quelques instants mais expliquez-nous d'abord pour commencer à quel moment un citoyen français verra une amélioration écologique tangible, perceptible dans son mode de vie, quelque chose qui signifierait qu'après en avoir tant parlé, eh bien elle est là la transition écologique, bien réelle, il faudra regarder où et quand ?

BARBARA POMPILI
Il va le voir très vite, c'est-à-dire que dans les semaines à venir, les mois à venir d'un seul coup il va avoir beaucoup de travaux. Beaucoup de travaux notamment dans les bâtiments qu'ils fréquentent que ce soit les écoles, que ce soit des hôpitaux, que ce soit les bâtiments publics, il va d'un seul voir beaucoup de projets sortir, qui avaient du mal à sortir parce qu'il y avait besoin de financement et qui là vont être financé, ce sera des travaux de rénovation, c'est-ce qu'on va voir tout de suite la rénovation écologique des bâtiments.

LEA SALAME
Vous dites que ce plan de relance va permettre de créer des filières vertes et donc des emplois verts ici en France non délocalisables, combien d'emplois verts pensez-vous créer d'ici la fin du quinquennat ?

BARBARA POMPILI
Alors on a estimé mais c'est très dur par ce qu'il y a plein de paramètres mais que grosso modo sur les 30 milliards qu'on va mettre sur la transition écologique même, on estime qu'on va en créer 200 000 directs, 200 000 emplois directs.

LEA SALAME
D'ici la fin du quinquennat ?

BARBARA POMPILI
Il est très difficile à dire, mais à terme c'est 200 000.

LEA SALAME
Et vous avez tenté de chiffrer l'impact du plan de relance sur la production de CO2, vous dites, j'ai lu les chiffres ce matin à la presse, que ça permettra d'éviter 57 millions de tonnes de CO2 à terme quand tous les investissements seront réalisés, quand on sait qu'on produit, que l'année dernière on a produit 440 millions de tonnes de CO2, réduire de 57 millions à terme ce n'est pas beaucoup.

BARBARA POMPILI
De toute façon on continuera toujours à produire des émissions de gaz à effet de serre. Maintenant l'idée c'est vraiment de les baisser, de les baisser parce que si on continue on n'arrivera pas à atteindre les objectifs de l'Accord de Paris et les objectifs de l'accord de Paris, ce n'est pas pour se faire plaisir. C'est pour éviter que la température du globe monte trop haut parce qu'on sait que si on dépasse plus de 4 ou 5 degrés, on ne sait pas faire et on ne sait pas gérer et on ne sait pas ce qui va se passer. Donc il faut contenir la hausse des températures, pour ça faut baisser les émissions de gaz à effet de serre. Et dans le plan de relance on baisse les émissions de gaz à effet de serre sur les 4 grands secteurs qui sont connus pour être les plus émetteurs, donc on met le paquet sur le logement, sur la rénovation des bâtiments, sur le transport en faisant en sorte qu'on ait moins besoin de la voiture, donc on développe les transports en commun de ferroviaire etc, sur l'industrie donc décarboner l'industrie, tous des processus industriels, qu'ils arrêtent d'utiliser du fioul, etc. Et puis l'agriculture, l'agriculture où là on a aussi besoin de changer les méthodes, donc essayer d'utiliser moins d'intrants, moins de phytosanitaires, donc là aussi on va aider les agriculteurs à investir et puisqu'il va en plus améliorer alimentation. Ça c'est la première partie de l'aspect verdissement du plan de relance. La deuxième partie c'est aussi de développer ce qu'on appelle les filières d'avenir, des filières qui sont les filières de l'économie de demain. Donc on a, tout le monde parle de l'hydrogène et c'est vrai, dès là dans le plan de relance, tout de suite on va mettre 2 milliards, on arrivera à presque 8 milliards d'ici 10 ans et puis tout ce qui est économie circulaire, arrêtons de tout jeter, arrêtons de faire du plastique partout, des masques en plastique, etc, madame SALAME.

LEA SALAME
Oui alors vous m'avez grondé dans le couloir, vous m'avez dit pourquoi vous portez ça ?

BARBARA POMPILI
Oui. Il ne faut pas le tenir comme ça, vous allez vous faire disputer par Olivier VERAN.

LEA SALAME
… et qu'est-ce qu'on va faire avec les masques jetables qui sont effectivement, j'en porte un, beaucoup de Français en portent, est-ce que vous allez à terme les interdire, qu'est-ce qui va se passer parce qu'ils sont très polluants ?

BARBARA POMPILI
On ne peut pas les interdire parce que pour l'instant, on a vraiment… la priorité c'est que tout le monde porte un masque. Donc que tout le monde porte un masque, ça c'est l'essentiel, après est-ce qu'il faut c'est qu'il ait de plus en plus de masques, dits grand public, donc en tissu qu'on peut laver, qui sont moins chers en plus et qui permettront à tout le monde de laisser ces masques-là qui ont leur utilité, pour leur utilité, c'est-à-dire dans les établissements de soins. Après en plus on a des problèmes de…ça ne se recycle pas, il faut brûler ces choses-là, e fin c'est vraiment pas idéal. Donc si vous pouvez, mettez plutôt des masques en tissu, voilà.

NICOLAS DEMORAND
Les masques en tissu plutôt que les masques blancs en plastique.

BARBARA POMPILI
Voilà exactement.

NICOLAS DEMORAND
30 milliards donc pour la transition écologique au sein de ce plan de 100 milliards. Les associations pour certaines ont dit que c'était un bon début mais qu'un tel plan devrait être sur 10 ans et pas sur 2 ans, si on veut changer réellement les choses. La Fondation Nicolas Hulot vous demande même de sanctuariser 20 milliards d'euros par an sur 10 ans, que répondez-vous à une demande de ce type ?

BARBARA POMPILI
Ah mais moi si je pouvais avoir 100 milliards, tous les 2 ans à dépenser oui parce que juste un point, j'ai entendu aussi certaines ONG et ça moi je trouve que les ONG, c'est très bien qu'elles viennent nous challenge et qu'elles soient toujours que les plus exigeantes possible, je les connais très bien et moi ça me booste donc ça ne me dérange pas. Par contre je ne veux pas qu'on dise de bêtises et qu'on soit de mauvaise foi, quand des ONG, une ONG dit que 30% pour la transition écologique, ça veut dire 70% qui vont contre la transition écologique, là ça me met hors de moi.

LEA SALAME
Qui a dit ça ?

BARBARA POMPILI
C'est une ONG qui commence par un A et qui se termine par un C. Non franchement on ne peut pas, on ne peut pas dire ça alors que le principe c'est que là, on met le paquet sur la transition écologique et que pour le reste en fait tout le plan de relance a un espèce de file vers écolo. Quand vous avez de la formation des jeunes, les jeunes vont être formés aussi pour les métiers de la transition écologique, quand on demande la relaxe relocalisation les entreprises qu'on les aide à se relocaliser, on baisse leur empreinte carbone et donc on baisse les émissions de gaz à effet de serre. Quand on rénove des hôpitaux qui ne sont pas dans les 30 milliards, eh ben des hôpitaux ils seront mieux isolés et donc ils baisseront leurs émissions de gaz à effet de serre. Donc c'est tout le plan de relance qui est irrigué comme cela et donc arrêtons d'avoir des faux débats.

NICOLAS DEMORAND
Mais là la Fondation de Nicolas Hulot fait une demande fait une demande qui s'entend.

BARBARA POMPILI
Oui, je reviens là-dessus, vous avez raison.

NICOLAS DEMORAND
Sanctuariser 20 milliards d'euros par an sur 10 ans c'est ça, ce n'est pas une lecture polémique, c'est une demande qui a le mérite d'être claire et chiffrée, là-dessus alors ?

BARBARA POMPILI
Non mais déjà les 30 milliards qu'on a se rajoutent à des investissements qui existent déjà, je ne sais pas si vous avez remarqué mais finalement on parle peu d'énergie renouvelable dans le plan de relance parce qu'en fait les énergies renouvelables sont par ailleurs énormément aidées déjà. La Fondation Nicolas Hulot a raison sur le fait que on ne peut pas arrêter l'effort au bout de 2 ans, mais le plan de relance ce n'est pas, le principe du plan de relance, c'est de lancer la machine, donc c'est de boosté des investissements, c'est de commencer et après de laisser aussi le privé prendre le relais. On parlait des bâtiments, la rénovation écologique des bâtiments et je n'insiste pas seulement thermique, pourquoi je dis écologique parce que un, on va relancer les fédérations de BTP, les artisans, on va les faire se former. On va les faire se former aux nouvelles normes, etc. Mais on va aussi développer des filières, des filières qui aujourd'hui sont en démarrage comme le chanvre, le lin, le bois qui ont besoin d'être mieux connus, qui ont besoin d'être mieux soutenus. Une fois que ces filières-là, parce que moi j'aime autant qu'on fasse de la rénovation écologique avec du chanvre et du lin plutôt que avec des matières beaucoup plus discutables et donc c'est ça ces filières-là elles vont être lancées grâce à ça et après l'idée c'est vraiment qu'il y ait un effet de levier, un effet multiplicateur, on ne va pas pouvoir mettre 30 milliards tous les 2 ans sur des investissements. Donc à un moment il faut que l'économie prenne le relais, nous vraiment on lance la machine.

LEA SALAME
Petite question puisque vous parlez de la rénovation thermique, la promesse de campagne d'Emmanuel MACRON, c'était de rénover un million de logements mal isolés d'ici 2022, on en est où aujourd'hui ?

BARBARA POMPILI
Houlà, piégez moi sur les chiffres, vous pouvez y arriver à chaque fois.

LEA SALAME
Non, non, je n'essaie pas de vous piéger…

BARBARA POMPILI
On n'y est pas du tout.

LEA SALAME
C'est juste qu'en lisant et en travaillant sur le sujet, je me suis rappelée de cette promesse de campagne qui était un million de logements mal isolés, est-ce qu'ils ont commencé, on en est où ?

BARBARA POMPILI
Oui ça a commencé mais…

LEA SALAME
Est-ce qu'il y a déjà 100 000, 200 000, je ne sais pas ?

BARBARA POMPILI
De mémoire on devait être à 200 000 mais ce n'était pas suffisant. On a. des problèmes qui étaient, qui se cumulaient, qui étaient notamment des problèmes d'investissement, donc des problèmes d'argent donc là qu'on est en train de régler et puis des problèmes aussi de complexité des aides, beaucoup, beaucoup de nos concitoyens avaient du mal à s'y retrouver et donc c'est pour ça aussi que là on fait des est plus simples, on fait la prime rénov' pour tout le monde, qui est accessible à tout le monde à partir du 1er janvier, on a un numéro de téléphone que d'ailleurs je vais vous donner. C'est le 08 808 800 700.

LEA SALAME
Il n'est pas facile.

BARBARA POMPILI
Non, il n'est pas facile, je l'ai noté, ça il faut appeler si je veux rénover…

LEA SALAME
Des fenêtres, si je veux avoir une aide.

BARBARA POMPILI
Et puis, oui alors vous avez bien raison de dire si je veux rénover mes fenêtres, on avait trop d'aides qui permettaient juste de changer une fenêtre, de mettre un peu d'isolation sous son toit, le problème c'est que ça, ça permet pas d'avoir un logement vraiment plus efficace énergétiquement. donc là ce qu'on va proposer aux gens, c'est des aides plus fortes s'ils font une rénovation globale, c'est-à-dire qui leur permet vraiment d'avoir une plus-value sur l'étiquette énergétique, ce qui va d'ailleurs donner justement une plus grande valeur à leur bien, etc mais pour ça, ça coûte un peu plus cher donc justement la prime rénov' va permettre de donner une aide plus forte pour une meilleure efficacité, parce que là on a fait trop d'aides pendant des années qui finalement étaient trop peu ciblées et qui font qu'on n'a pas eu l'efficacité qu'on voulait.

NICOLAS DEMORAND
Barbara POMPILI, il y a un autre ensemble de critiques qu'on entend dans les ONG, les associations de défense de l'environnement, mais pas seulement, ce deuxième ensemble de critiques porte sur l'absence de contreparties aux 20 milliards de baisse d'impôts de production pour les entreprises. Les associations dénoncent un chèque en blanc, Oxfam, je prends pour en citer une, affirme ainsi que la baisse profitera autant aux biocope qu'à TOTAL, l'absence de conditionnalités écologiques, n'est-ce pas dans l'angle mort de ce plan ?

BARBARA POMPILI
Alors, d'abord, il y a plein de choses dans le plan de relance, et sur la conditionnalité écologique, vous avez déjà une réduction du risque, parce qu'on fait beaucoup d'appels à projets. Donc dans ma partie, j'ai tendance à dire, ce sont des appels à projets, donc en gros, les collectivités, les entreprises viennent avec leurs projets, nous, on regarde, parce que c'est du bottom-up, entre guillemets, je n'aime pas le terme, mais ça veut dire que ça vient de la base. Donc on va avoir les territoires qui vont nous faire remonter ce qu'ils veulent faire, et nous, on regarde et si c'est prêt, si ça colle, on donne l'argent, sachant que, en plus, si jamais, ils ne dépensent pas l'argent, si jamais les travaux ne sont pas engagés, on récupère l'argent pour le donner ailleurs. Sur la conditionnalité, je n'évite pas la question, sur la conditionnalité…

LEA SALAME
Voilà, c'est ce que j'allais vous dire, parce que là, et puis, il y en a beaucoup des questions et puis, les auditeurs aussi…

BARBARA POMPILI
Sur la conditionnalité, il y avait déjà eu une avancée que j'avais portée quand j'étais députée, qui était de faire en sorte que les grosses entreprises soient obligées de publier leur plan de baisse des émissions de gaz à effet de serre…

LEA SALAME
Voilà, c'est ça la principale conditionnalité, c'est de publier un rapport. Vous convenez que ce n'est pas énorme comme contrepartie ?

BARBARA POMPILI
Oui, ah, mais ce n'est évidemment pas suffisant, non, mais ce n'est évidemment pas suffisant parce que même les entreprises ont besoin aussi que, nous, on puisse certifier que leur plan est un plan qui va dans le bon sens, qu'il est dans les clous etc. Donc nous, on doit travailler sur une forme de certification qui vérifie que ce qu'ils nous annoncent est bien, et après, qu'il y ait un contrôle pour vérifier évidemment qu'ils ne s'écartent pas des clous. Mais ça, c'est en cours, on est en train de travailler avec Bercy pour arriver à avoir quelque chose qui se tienne, une bonne méthode, une bonne certification pour que… Et puis, ça me paraît assez normal que quand on aide des entreprises, il y ait une contrepartie, ça ne me choque pas du tout…

LEA SALAME
Depuis 6 mois, Barbara POMPILI, on continue, vous continuez, l'État continue de donner des primes pour l'achat de véhicules diesel et essence alors que les Allemands ont arrêté. Ça va continuer jusqu'à quand ces primes ?

BARBARA POMPILI
Bon, d'abord, on a énormément baissé, puisque maintenant l'essentiel des primes est sur de l'électrique, de l'hybride, on a gardé un tout petit peu d'essence et de diesel pour les populations les plus en difficulté, pour qu'elles puissent avoir accès à des véhicules moins chers, mais dans la mesure où maintenant, on commence à avoir de plus en plus de véhicules d'occasion, qui sont des véhicules électriques, on a baissé les prix, et donc on est en train de travailler, je pense que pour l'année prochaine, on devrait avoir arrêté de subventionner du diesel notamment.

LEA SALAME
En janvier, vous arrêtez les primes…

BARBARA POMPILI
En tout cas, on y travaille.

NICOLAS DEMORAND
Une question d'un de nos auditeurs sur l'application, ce n'est pas les voitures, là, mais c'est les scooters et les motos, Madame la Ministre, les solutions contre les pollutions de l'air en ville sont évidentes, mais on continue à vendre des scooters et des motos de plus en plus polluants, et bruyants, qui pourrissent la vie de millions d'urbains, êtes-vous donc plus à l'écoute des lobbies que du bon sens pour ne pas simplement les interdire en milieu dense, la question est précise ; que répondez-vous à Clément ?

BARBARA POMPILI
Que, d'abord, oui, bien sûr, j'écoute toujours plutôt les lobbies que l'intérêt général, c'est bien connu…

NICOLAS DEMORAND
Ça, c'est de l'ironie.

BARBARA POMPILI
Voilà, non, mais, sur la pollution qui est générée par des scooters et par des motos, déjà, il y a une pollution sonore, on n'en parle pas assez de cette pollution-là, on est en train de travailler à tester des radars sonores, pour justement essayer d'installer cela, pour qu'il puisse y avoir des verbalisations pour ceux qui ont trafiquent leur pot, parce que, normalement, ces véhicules sont vendus, ils sont aux normes, ça, c'est la première chose. La deuxième chose sur la pollution de l'air, on va mettre en place ce qu'on appelle des ZFE, on a été condamné, je vous le rappelle par l'Union européenne, parce qu'on avait encore trop de dépassement des seuils de pollution de l'air. Et donc d'ici la fin de l'année, on va avoir une dizaine de zones de faibles émissions qui vont être qui vont être mises en place dans les lieux les plus cruciaux pour justement réguler cette pollution, et les ZFE, ce sera des mesures territoire par territoire, on ne peut pas, moi, une bonne solution dans un endroit n'est pas forcément bonne à un autre, nous, ce qu'on veut, c'est que ce soit les territoires qui travaillent sur la meilleure manière de baisser leurs émissions, et puis, vous avez des zones aussi où il y a beaucoup de pollution, c'est parce qu'il y a une autoroute qui passe juste à côté d'une ville, donc si vous enlevez toutes les voitures dans la ville, ça n'enlèvera pas la pollution, donc il faut vraiment regarder au cas par cas.

LEA SALAME
Le 23 juillet dernier, sur Inter, vous avez déclaré : il faut trancher entre le nucléaire et l'énergie verte, et qu'est-ce qu'on voit dans ce plan de relance, eh bien que 470 millions d'euros vont au nucléaire, est-ce que ce n'est pas contradictoire avec ce que vous disiez ?

BARBARA POMPILI
Non, ce n'est pas du tout contradictoire, je n'ai pas changé d'opinion sur le nucléaire, tout le monde sait ce qu'il en est, maintenant, en tant que ministre de l'Energie, moi, je dois faire en sorte que le nucléaire qu'on a encore pour un bout de temps, c'est-à-dire qu'en 2035, il y en aura encore 50 %, et après, il y aura un choix, est-ce qu'on arrête ou est-ce qu'on continue, mais de toute façon, on a encore du temps avec du nucléaire, moi, j'ai fait une commission d'enquête sur la sûreté des installations nucléaires, on a constaté qu'on avait une grosse perte de compétences, on a besoin de retrouver des compétences sur le nucléaire, de faire de la recherche, notamment, sur la gestion des déchets, parce que les déchets, ce n'est pas pour un peu de temps qu'on en a, c'est pour très, très longtemps , de faire aussi du travail sur le démantèlement ; toutes ces mesures-là ont besoin d'investissements qu'on n'a pas faits…

LEA SALAME
Donc il fut investi dans le nucléaire…

BARBARA POMPILI
Mais bien sûr, bien sûr, pour toutes les raisons que je vous ai dites.

LEA SALAME
La Cour des comptes a étrillé le projet d'EPR de Flamanville soulignant son coût exorbitant, 19 milliards d'euros au lieu des 3 prévus, les 11 années de retard, quand vous voyez ça, quand vous lisez ça, vous maintenez le projet de commander 6 nouveaux EPR ?

BARBARA POMPILI
Il n'y a aucun projet de commander 6 nouveaux EPR, ça, c'est une hypothèse qui est posée sur la table par EDF, mais ça n'a absolument pas été tranché…

LEA SALAME
Est-ce que vous y êtes favorable ?

BARBARA POMPILI
A titre personnel ? Vous savez très bien mon opinion…

LEA SALAME
Non, je ne la connais pas…

BARBARA POMPILI
Non, mais moi, j'ai une opinion, je n'y suis pas favorable à titre personnel, par contre, en tant que ministre, ce que je veux, c'est qu'on puisse donner le choix aux citoyens, puisque c'est eux qui doivent décider si oui ou non on fait des nouveaux EPR. Et cette décision, elle arrivera en 2022 ou 2023, moi, mon rôle en tant que ministre, c'est de faire en sorte qu'ils aient un vrai choix, un choix, on continue, un choix, on arrête progressivement le nucléaire, et ce n'est ni moi, Léa SALAME ni personne ni EDF, qui va faire ce choix, ce sont les citoyens. Donc moi, je serai très fière si j'arrive à faire en sorte qu'ils aient un vrai choix bien documenté scientifiquement, qui leur permette de laisser… je ne sais pas, la démocratie décider sur ces sujets-là…

NICOLAS DEMORAND
Barbara POMPILI, votre prédécesseur, Nicolas HULOT, était notre invité, la semaine dernière, voilà ce qu'il nous disait sur la chasse à l'abus.

NICOLAS HULOT
Vous aurez remarqué, ça n'est pas la ministre de l'Ecologie, et je le regrette, qui annonce qu'on interdit la chasse à l'abus, c'est le président, non, ce qui serait bien, c'est que le ministre, ça soit elle qui puisse prendre ses prérogatives sans aller demander l'autorisation à Matignon ou à l'Elysée.

NICOLAS DEMORAND
Que répondez-vous à votre prédécesseur ?

BARBARA POMPILI
Quand on est dans un gouvernement, on ne prend pas ses décisions tout seul dans son coin, on travaille, on discute, on a des arguments, on échange des arguments, et puis, au bout d'un moment, la décision est prise, il s'avère que le sujet de la chasse est un sujet que le président de la République chérit, on va dire, c'est un sujet qui l'intéresse, et donc, il a tenu à faire cette annonce, mais cette annonce a été faite en total lien entre nous, il n'y a pas de problème là-dessus.

LEA SALAME
Vous dites que la chasse est un sujet que le président de la République chérit…

BARBARA POMPILI
Oui, d'accord, c'est…

LEA SALAME
Non, mais ce sont vos mots. Bon, Yannick JADOT dit que la chasse ne doit plus être un loisir, que tuer des animaux ne doit plus être, un loisir est-ce que vous êtes d'accord avec lui ?

BARBARA POMPILI
Moi, je ne veux pas rentrer dans les oppositions qu'on voit de plus en plus en ce moment entre les uns et les autres, cette espèce de tout blanc ou tout noir, des gentils et des méchants, ça tue le débat démocratique, et ça nous empêche de prendre des décisions claires, moi, je ne serai jamais la ministre qui va dire : les méchants chasseurs, les gentils écolos, non. On a besoin de tout le monde. La cause de la transition écologique est tellement importante, la perte de la biodiversité, c'est un tellement gros sujet qu'on doit mettre tout le monde autour de la table et y arriver, donc les guéguerres, ça suffit, moi, j'ai passé la cour d'école, j'ai envie de travailler sur des sujets sérieux.

LEA SALAME
Petite question, le projet de référendum d'initiative populaire sur le bien-être animal lancé par le trio de la Tech, NIEL, SIMONCINI et GRANJON et le journaliste Hugo CLEMENT, a recueilli 640 000 signatures, et il faut que 185 parlementaires soutiennent l'initiative pour que les Français puissent voter sur le sujet, vous êtes pour, vous êtes contre ? Ne se prononce pas ?

BARBARA POMPILI
Eh bien, d'abord, ce n'est pas à moi de me prononcer, par contre, ce que je vois, c'est que cette initiative, elle a du succès, ça veut dire qu'il y a beaucoup de monde qui s'intéresse au bien-être animal. Et donc on verra ce que donne cette initiative, mais, moi, je ne vais pas attendre les bras croisés la fin de cette initiative, j'ai des responsabilités sur le bien-être animal, et on est en train de travailler sur un certain nombre de mesures dont certaines d'ailleurs vont dans le même sens que ce que propose le RIP et qu'on va sortir assez vite, comme ça, quoi qu'il arrive, il y aura des choses.

NICOLAS DEMORAND
Catherine est au standard d'Inter. Bonjour et bienvenue.

CATHERINE
Oui, bonjour France Inter. Je suis ravie de parler sur vos ondes.

NICOLAS DEMORAND
Eh bien, c'est très gentil. Allez-y.

CATHERINE
Bonjour Madame la Ministre.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

CATHERINE
D'abord, je peux vous dire que je suis une citoyenne lambda, je n'appartiens à rien du tout, et je vous appelle au sujet du glyphosate, vous venez de parler des citoyens, il faut respecter leur choix, etc, je ne comprends pas comment vous faites un pas en avant, dix pas en arrière, ici, les betteraves sont effectivement jaunes, effectivement, on a eu une grosse sécheresse, à mon avis, ce n'est pas le glyphosate qui leur manquait, donc je ne comprends pas pourquoi vous avez remis le glyphosate sur la table, premièrement, et deuxièmement, pourquoi vous n'écoutez pas ce que les citoyens ont à vous dire.

NICOLAS DEMORAND
Merci Catherine pour cette question. Alors, il y a le glyphosate et ensuite les néonicotinoïdes, pour les betteraves, dès qu'il y aura des alternatives au plus tard dans 3 ans, avait dit Emmanuel MACRON, sur le glyphosate, il avait dit ça pour son interdiction en novembre 2017, novembre prochain 2020, ça fera 3 ans…

LEA SALAME
3 ans, on en est où de l'interdiction du glyphosate ?

NICOLAS DEMORAND
Il le fera à cette date ?

BARBARA POMPILI
Oui, alors, juste, la question que pose madame porte sur les néonicotinoïdes, en fait, pas sur le glyphosate, l'interdiction sur laquelle je pourrai revenir est un sujet, néonicotinoïdes, sur le glyphosate, on a une mission en cours, j'ai eu le préfet BISCH qui est en train de s'en occuper, qui est plutôt en train de bien avancer dans la recherche pour qu'on ait des alternatives. Donc on va avoir des interdictions de produits, enfin, de glyphosate sur certaines utilisations dès le début de l'année prochaine. Et on est sûr, alors la proportion, pour l'instant, je ne l'ai pas encore exactement, on sera en tout cas sur plus de la moitié, ce qui n'est pas suffisant du tout, mais là-dessus, on est en train de travailler…

LEA SALAME
Donc, pardon, parce que c'est une annonce, là, le glyphosate sera interdit à moitié à partir de l'année prochaine ?

BARBARA POMPILI
Oui, plus de la moitié même.

LEA SALAME
Plus de la moitié.

BARBARA POMPILI
Plus de moitié des utilisations.

LEA SALAME
Donc ce qu'avait dit Emmanuel MACRON, dans 3 ans, on interdit le glyphosate si on trouve des alternatives, ce ne sera pas fait ?

BARBARA POMPILI
Eh bien, là, c'est sur les alternatives qu'on a trouvées justement, eh bien, sur les 3 ans, il l'a dit, je ne sais plus quand…

LEA SALAME
En novembre 2017…

BARBARA POMPILI
Non, non, mais je me souviens très bien de quand il a dit qu'on interdirait, mais il a dit par la suite qu'on n'y arriverait pas, et ce que je constate, c'est que là, on va interdire plus de la moitié à partir de la rentrée, mais ce n'est pas suffisant, il faut qu'on continue à travailler, mais je peux avancer sur ce sujet-là, sur les néonicotinoïdes aussi, parce que sur les néonicotinoïdes, on est sur l'exemple typique des problèmes que nous rencontrons quand nous ne sommes pas suffisamment vigilants sur l'application des lois que nous votons. Je me suis battue en 2016, je me suis battue pour qu'on arrive à interdire les néonicotinoïdes qui sont des produits dangereux pour l'environnement, et notamment pour les abeilles, battue un peu seule d'ailleurs, quand je vois aujourd'hui tous les gens qui s'indignent, ils n'étaient pas tous là, loin de là, quand il s'agissait de se battre dans l'hémicycle. Maintenant, on a eu cette interdiction, à l'époque, on avait 4 ans pour y arriver, en 4 ans, on avait le temps de trouver des alternatives, y compris pour les betteraves, le problème, c'est que, derrière, ça n'a pas suivi, la filière n'a pas suivi, elle a traîné les pieds, la recherche n'a pas avancé pour trouver des alternatives suffisantes, et puis, on se bat toujours sur des alternatives sur le même produit, à un moment, il faut changer les méthodes, et puis, l'État, et les parlementaires n'ont pas suffisamment joué leur rôle pour dire : bon, on en est où, allez, etc, et donc à la fin…

LEA SALAME
Donc vous vous retrouvez à devoir assumer une position qui est complètement contraire à ce en quoi vous croyez…

BARBARA POMPILI
Non, pas du tout, alors, ce n'est pas du tout, alors, ce n'est pas du tout une position contraire, je pense toujours que les néonicotinoïdes sont très dangereux, je pense toujours qu'il faut qu'ils soient interdits totalement, je suis très fière qu'à l'heure actuelle, on ait déjà plus de 91 % des néonicotinoïdes qui soient interdits, des utilisations qui soient interdites en France, c'est-à-dire que si je n'avais pas été là, ce ne serait pas 90 %, ce serait 40. Il y en a 9 sur 10, il faut la dernière petite marche, cette dernière petite marche, si on ne voulait pas tuer toutes les sucreries en France, eh bien, voilà, il fallait la passer, je la passe, ce n'est pas un moment agréable, mais ce que je peux vous dire, c'est que le pilotage qui a manqué pendant 4 ans, là, on va l'avoir avec Julien DENORMANDIE, et les alternatives, on va les trouver.

NICOLAS DEMORAND
Madame la Ministre de la Transition écologique, merci d'avoir été au micro d'Inter, il faudra revenir pour dialoguer avec les auditeurs qui étaient nombreux ce matin. Merci Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Merci à vous.

LEA SALAME
Merci beaucoup


source : Service d'information du Gouvernement, le 24 septembre 2020