Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à Radio Classique le 2 octobre 2020, sur la fermeture des restaurants et bars, l'accompagnement des 700.000 jeunes qui sont entrés sur le marché du travail et la fusion de VEOLIA et SUEZ.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Texte intégral

BERNARD POIRETTE
Cette invitée c'est Elisabeth BORNE, la ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion, qui est en studio avec nous, Madame BORNE bonjour.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

BERNARD POIRETTE
Où en sommes-nous précisément en matière d'ouverture/ fermeture ? Bon, on sait ce qui se passe à Marseille et Aix, tout est fermé, je parle des bars, des restaurants, peut-être ce le sera aussi dans la région parisienne, au moins dans la capitale à partir de lundi, si la pandémie ne se calme pas. Comment appréhendez-vous la chose, vous, au ministère du Travail, comment aider tous ces commerces, ces dizaines de milliers de commerces, qui ferment le rideau et qui n'ont plus aucun revenu ?

ELISABETH BORNE
D'abord, effectivement, Olivier VERAN a fait le point sur la situation sanitaire et on voit qu'au-delà d'Aix, Marseille, il y a un certain nombre d'autres grandes métropoles, donc Paris, Lyon, ou Grenoble, dans lesquelles la situation sanitaire est préoccupante, et donc qui pourraient passer dans ce qu'on appelle maintenant les zones de vigilance maximale, avec un certain nombre de restrictions. Moi je vais le dire très clairement, on est vraiment aux côtés des professionnels qui sont concernés, le Premier ministre les a reçus, notamment les hôtels, cafés, restaurants, cette semaine, et on a annoncé que tous ces secteurs qui sont pénalisés par des fermetures ou des restrictions importantes, sont accompagnés encore plus fortement qu'ils l'ont été depuis le début de la crise, avec notamment une activité partielle prise en charge à 100 % par l'Etat, jusqu'à la fin de l'année. Donc, on est aux côtés de ces secteurs. En même temps, ils nous ont tous dit que finalement leur objectif c'est plutôt de pouvoir continuer à travailler…

BERNARD POIRETTE
Bien sûr.

ELISABETH BORNE
Et donc, du coup, Olivier VERAN a annoncé qu'on est prêt à regarder, avec eux, s'ils peuvent proposer des protocoles sanitaires renforcés, dans leurs établissements, pour permettre à la fois d'atteindre les objectifs sur la protection sanitaire des Français, et en même temps permettre de poursuivre l'activité.

BERNARD POIRETTE
Mais ils ont déjà fait énormément. Vous êtes peut-être allée au restaurant ces dernières semaines, Madame BORNE, vous avez vu l'écartement des tables, la jauge diminuée de moitié, etc., etc., tout le monde porte un masque, sauf pour manger.

ELISABETH BORNE
Ecoutez… enfin, je pense que d'abord certains l'appliquent plus ou moins bien, on a aussi évoqué des hypothèses, vous savez, de séparation avec des plexiglas, et puis il y a tout ce qui est consommations au comptoir, là ça c'est vrai, quand vous êtes au comptoir, par définition vous ne respectez pas les distances, les gestes barrières. En tout cas, vraiment, moi je vous dis, je pense qu'on a montré qu'on savait, en entreprise, mettre en place des protocoles sanitaires qui sont protecteurs de la santé des salariés et qui permettent néanmoins de poursuivre l'activité, c'est le protocole qui est en place depuis le 1er septembre en entreprise, avec le port du masque obligatoire quand on est à plusieurs dans un espace de travail, toutes les entreprises qui appliquent, et qui appliquaient même avant ces nouvelles normes, ces règles, nous disent « on n'a pas eu de chaîne de contamination. » Donc moi je pense que c'est possible d'avoir à la fois son activité qui se poursuit en assurant la sécurité sanitaire, et donc c'est là-dessus qu'on va continuer à travailler avec eux.

BERNARD POIRETTE
Alors, vous parlez du chômage partiel, il est donc prolongé…

ELISABETH BORNE
Jusqu'à la fin de l'année.

BERNARD POIRETTE
Pour tous ces secteurs extrêmement sensibles, et faibles finalement, économiquement, jusqu'au moins le 31 décembre. Le chômage partiel a déjà coûté 22 milliards d'euros aux caisses publiques en quelque sorte, est-ce qu'il n'y a pas un seuil au-delà duquel on ne peut pas aller, ou est-ce que c'est infini cette histoire-là ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on doit protéger…

BERNARD POIRETTE
Vous irez jusqu'où il faut ?

ELISABETH BORNE
On doit protéger ces entreprises ; moi, ce que je souhaite, c'est qu'on puisse effectivement avoir une activité qui se poursuit, et c'est pour ça qu'on a ces protocoles sanitaires, mais on ne peut pas laisser tomber ces secteurs. On a cette activité partielle qui a couvert jusqu'à 9 millions de salariés, vous savez, au plus fort de la crise, heureusement l'activité reprend, et au mois d'août il y avait 1,3 million de salariés qui étaient concernés, on a maintenant un outil très puissant. Enfin, vraiment, la priorité c'est de protéger les emplois, de protéger des compétences dans les entreprises, et c'est maintenant l'activité partielle de longue durée, qui fait l'objet d'accords dans plus de 300 entreprises, qui protège plus de 50.000 salariés, on a besoin de ces outils pour pouvoir garder les salariés, les former, et que les entreprises soient plus fortes pour rebondir au sortir de la crise.

BERNARD POIRETTE
Elisabeth BORNE, 700.000 jeunes sont entrés sur le marché du travail, donc pour la première fois, au sortir de leur formation, au début du mois de septembre, donc on a 30 jours de recul derrière nous, vous avez mis en place, vous le gouvernement, vraiment des facilités d'embauche, c'est-à-dire, qu'en gros, si on embauche un jeune en apprentissage par exemple, ça coûte quasiment rien à l'employeur, je fais simple pour résumer. Est-ce que ça marche, est-ce que vous un chiffre à nous annoncer, sur les 700, 800.000 jeunes, il y en a combien qui ont trouvé du boulot ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je n'ai pas le décompte aujourd'hui, mais on a des outils. On a accompagné, on accompagne massivement, ces jeunes qui arrivent sur le marché du travail, pour qu'ils soient en formation ou qu'ils trouvent un emploi, et effectivement l'apprentissage c'est une voie qui est formidable pour découvrir des métiers, y compris quand dans votre scolarité vous n'avez pas forcément trouvé à vous épanouir, on peut découvrir d'autres métiers, et on a en plus une voie qui permet d'arriver vers un emploi, de façon très importante, c'est souvent 70 % des jeunes qui ont suivi une formation en apprentissage qui trouvent rapidement un emploi. La rentrée de l'apprentissage se passe bien, moi mon objectif c'est, en 2020, autant d'apprentis qu'en 2019. Pour ça on a beaucoup de démarches, la prime que vous avez mentionnée, donc qui permet en effet, pour l'entreprise, de préparer l'avenir en signant un contrat d'apprentissage avec un jeune qui sera formé dans 2 ans, dans 3 ans, quand on aura besoin de ses compétences, mais on va aussi à la rencontre des jeunes, vous savez on a une « Tournée de l'apprentissage » avec un bus qui va à la rencontre des jeunes, et puis ce matin je lancerai la nouvelle édition du Guide du routard de l'apprenant, pour permettre aux jeunes de connaître tous les centres de formation autour de chez eux, vraiment l'objectif c'est, avec ces aides massives, qu'aucun jeune n'ignore l'accompagnement dont il peut bénéficier, et de faciliter l'entrée en apprentissage.

BERNARD POIRETTE
Elisabeth BORNE, aujourd'hui il y a un sommet à Bruxelles, un sommet de l'Union européenne, aujourd'hui notamment on va beaucoup parler de l'emploi industriel en Europe, qui est terriblement mis à mal, en France comme ailleurs, il y a des entreprises qui ferment, parfois de manière très contestable, comme celle de pneus par exemple, dans le Nord. L'Etat, dans une économie libérale comme la nôtre, ne peut pas s'opposer à ça, quand une entreprise n'est plus rentable, le patron la ferme, vous ne pouvez rien faire !

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on a beaucoup d'outils pour accompagner des entreprises pour qu'elles retrouvent de la compétitivité. Vous savez, dans le plan de relance, l'industrie c'est une priorité, de permettre que les activités industrielles nouvelles se développent, évidemment de protéger les activités industrielles, d'accompagner les investissements des industries, notamment dans la décarbonation, et moi je peux vous dire que les outils que propose le ministère du Travail, que ce soit l'activité partielle de longue durée, les accords de performance collective, pour restaurer la compétitivité de nos industries, c'est des outils puissants. Avec mes équipes on discute, à longueur de journée, avec des entreprises qui peuvent avoir un trou d'air dans leur activité, pour leur donner des bons outils, pour qu'elles gardent les salariés, qu'elles puissent les former, et qu'on ait une industrie compétitive demain.

BERNARD POIRETTE
Une toute dernière question Elisabeth BORNE. L'une des angoisses, ou au moins des interrogations, quant à l'hypothèse que VEOLIA rachèterait SUEZ, c'est en cours toute cette histoire, VEOLIA a fait une meilleure offre qu'auparavant, pour ENGIE, c'est justement un problème d'emploi, si on fusionne deux grosses boîtes comme ça, peut-être que tout le monde ne s'y retrouvera pas en termes d'emplois. Est-ce que ça fait toujours sens, selon vous Madame BORNE, de fusionner VEOLIA et SUEZ, comme disait le Premier ministre ?

ELISABETH BORNE
Ce que je peux dire, en tout cas, c'est que la priorité du gouvernement c'est évidemment qu'on protège les emplois. Vous savez, ces entreprises elles ont des contrats avec des collectivités, il n'y a aucune raison qu'un rapprochement se traduise par des suppressions d'emplois. Moi j'avais eu le PDG de VEOLIA qui m'a assuré que dans le cadre de son offre …

BERNARD POIRETTE
Monsieur FREROT.

ELISABETH BORNE
Dans le cadre de son offre, il n'y aurait pas de suppressions d'emplois, et je pense qu'effectivement le repreneur, qui pourrait se présenter en alternative à VEOLIA si ça devait être le cas, doit savoir que, évidemment, le gouvernement sera très attentif à ce qu'il n'y ait aucune suppression d'emploi, et je pense que c'est tout à fait possible.

BERNARD POIRETTE
Merci beaucoup. Elisabeth BORNE, ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion, sur Radio Classique ce matin. Bon courage Madame Borne, et je vous souhaite un bon week-end.

ELISABETH BORNE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 octobre 2020