Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 19 octobre 2020, sur l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine et la lutte contre l'islamisme radical.

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Texte intégral

SONIA MABROUK
Nous sommes effectivement en direct depuis le ministère de l'Intérieur, bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

SONIA MABROUK
C'est votre première prise de parole depuis l'acte barbare, depuis la décapitation de Samuel PATY et l'onde de choc dans notre pays. Tout d'abord, qu'avez-vous ressenti vendredi en arrivant sur les lieux ?

GERALD DARMANIN
Enormément de dégoût, énormément de dégoût parce que j'avais eu des informations depuis le milieu d'après-midi sur ce qui est arrivé à ce professeur, et que ça dépasse évidemment l'entendement, et la façon dont, manifestement, il avait été sauvagement massacré, faisait monter en moi une envie de vomir. Comment peut-on faire ça sur le sol républicain, à un professeur, dans ce moment si particulier, en plus, français, ce moment où on essayait, où on essaye, de réparer les plaies du passé et d'être face à une crise sanitaire, bref, d'être mobilisé pour l'avenir ? J'ai ressenti du dégoût.

SONIA MABROUK
Les Français attendent des actes très forts, c'est le sursaut ou le chaos. Qu'est-ce qui est, très concrètement, mis en oeuvre en ce moment, qu'a été décidé en urgence hier par le Conseil de défense auquel vous avez évidemment participé ?

GERALD DARMANIN
Alors déjà je voudrais dire que depuis que je suis ministre de l'Intérieur, depuis plus de 3 mois, le président de la République a demandé des actions, et nous les faisons parfois sans tambours, ni trompettes, parce que les actions de police, les actions de services de renseignement, les actions diplomatiques, ne se font pas toujours en faisant la Une des journaux, le président de la République a cependant demandé qu'on les accélère et que parfois on les rende publiques, les choses que nous faisions. Tout le week-end nous avons travaillé, ici à sa demande, et à la demande du Premier ministre, et effectivement le Conseil de défense a décidé un certain nombre de mesures extrêmement concrètes. D'abord, plus de 80 enquêtes ont été ouvertes pour ceux qui ont – depuis vendredi soir, depuis l'assassinat de ce professeur – 80 enquêtes ont été ouvertes pour la haine en ligne, tous ceux qui de façon apologique expliquaient, d'une manière ou d'une autre, que ce professeur l'avait bien cherché, des interpellations ont déjà eu lieu depuis hier. Jamais un gouvernement n'a mobilisé autant les moyens pour lutter justement contre cet islamisme rampant, celui des réseaux sociaux. Depuis ce matin, et à la suite du Conseil de défense, des opérations de police ont lieu, et auront lieu, dans les heures, dans les jours qui viennent, je ne peux pas en dire beaucoup plus, mais elles sont très nombreuses, elles concernent des dizaines d'individus, pas en lien forcément avec l'enquête, mais dont nous avons manifestement envie de passer un message, celui que le président de la République a passé au Conseil de défense, pas 1 minute de répit pour les ennemis de la république. Et puis nous avons décidé aussi qu'une cinquantaine de structures associatives, 51 exactement, verront toute la semaine un certain nombre de visites des services de l'Etat, et plusieurs d'entre elles, à ma proposition, puisque le président de la République l'a demandé, se verront dissoudre au Conseil des ministres.

SONIA MABROUK
Lesquelles par exemple ? On pense au Comité contre l'islamophobie, est-ce que vous avez les moyens aujourd'hui de le dissoudre très concrètement ?

GERALD DARMANIN
Moi je le souhaite, je le souhaite…

SONIA MABROUK
C'est un souhait pour le moment.

GERALD DARMANIN
Je le souhaite, d'abord parce que nous sommes un Etat de droit et que nous allons respecter le droit, nous sommes le contraire des terroristes, je le souhaite parce que voilà une association qui a été manifestement impliquée, puisque "le père" qui a mis en vidéo et qui a lancé une fatwa contre ce professeur, il n'y a pas d'autre mot, fait référence très clairement à cette association, je le souhaite parce que c'est une association qui touche les aides d'Etat, des déductions fiscales, et elle dénonce l'islamophobie de l'Etat, je le souhaite parce que nous avons un certain nombre d'éléments qui nous permettent de penser qu'effectivement c'est un ennemi de la République. Je souhaite aussi que BarakaCity soit proposée à la dissolution du Conseil des ministres, celle qui a attaqué Madame…

SONIA MABROUK
Bien sûr. Combien y a-t-il d'associations dans cette liste que vous ciblez ?

GERALD DARMANIN
Il y a une cinquantaine de structures, alors c'est des associations de nature juridique, mais il y a des écoles de fait, il y a des lieux cultuels, peu nombreux, mais il y en a, il y a des associations, des collectifs, qui méritent sans doute une visite plus approfondie, une accélération de ce que nous devions faire. Vous savez, BarakaCity est déjà depuis quelques semaines, vous l'avez vu, d'ailleurs la presse s'en est fait écho, sous les yeux du ministère de l'Intérieur, donc le président de la République a décidé cette accélération et donc depuis samedi matin nous sommes à cette… au ministère de l'Intérieur. Je voudrais dire d'ailleurs, si vous me permettez, que j'ai vu des policiers et des gendarmes, des agents la DGSI, particulièrement impliqués, je pense que les Français peuvent être fiers de chacun des agents qui les protègent.

SONIA MABROUK
Nous le sommes Monsieur le ministre, mais les Français qui nous écoutent ce matin se demandent pourquoi, pourquoi il a fallu attendre cet acte barbare pour lister et cibler ces associations.

GERALD DARMANIN
Non, on ne l'a pas attendu, on le fait. Encore une fois, je vous l'ai dit, BarakaCity c'est depuis quelques semaines, chacun l'a vu, son dirigeant a été mis en garde à vue, il est désormais sous contrôle judiciaire, l'association évidemment est contrôlée, j'ai moi-même évoqué, depuis ma prise de fonction, comme l'avait fait Christophe CASTANER et Gérard COLOMB, mais je l'ai dit spécialement, que notre ennemi de l'intérieur était l'islamisme politique, nous avons proposé ce texte sur le séparatisme, qui n'a aucun équivalent, sous aucun gouvernement, j'ai moi-même, dans les conférences de presse, évoqué les étrangers en situation irrégulière qui étaient fichés au FSPRT, c'est-à-dire islamistes radicalisés. Je suis allé au Maroc, avant, d'ailleurs c'était le jour même de l'attentat, pour apporter à mon homologue un certain nombre d'éléments pour qu'il puisse nous aider à lutter contre l'islamisme radical, j'irai d'ailleurs en Algérie et en Tunisie, et le ministre des Affaires étrangères, je sais, fait pareil, et simplement, quand vous faites des actions contre un ennemi de l'intérieur insidieux, extrêmement bien organisé, vous ne pouvez pas toujours le rendre public, et il y a des choses que font les Etats et qui ne sont pas forcément à rendre publiques, mais qui protègent les Français. Vous savez, on ne déjoue 32 attentats, depuis que le président de la République est arrivé, comme ça, on le fait parfois à bas bruit. Je comprends l'émotion des Français, et je comprends que le président nous dise de rendre public ce que nous faisons.

SONIA MABROUK
Vous venez de parler de ces étrangers dont vous avez ordonné l'expulsion, il y a en tout 4111 étrangers, sur notre sol, fichés pour radicalisation, c'est le fichier FSPRT, vous confirmez avoir ordonné l'expulsion de ces 231 personnes en situation irrégulière ?

GERALD DARMANIN
Alors, il faut que les Français comprennent de quoi nous parlons. Il y a 22.000 personnes qui sont fichées pour islamisme radical, suivies par les services, tous ne sont pas en France, puisqu'il n'y a que 8000 fiches actives sur ces 22.000, il y a beaucoup de gens que nous avons déjà expulsés, sous le gouvernement de Monsieur VALLS, de Monsieur CAZENEUVE et sous le nôtre. Sur ces 8000 fiches actives il y a, on l'a dit tout à l'heure, on l'a dit hier, pardon, à peu près 600 étrangers en situation irrégulière, sur ces 600 étrangers en situation irrégulière il y en a beaucoup qui sont déjà en prison, et qu'on expulsera qu'à la fin de leur peine de prison, c'est comme ça. Et puis il y a des gens qui ne sont pas expulsables, il y a des Libyens, il y a des Syriens, il y a des gens…

SONIA MABROUK
Qui ne sont pas expulsables, pourquoi Monsieur le ministre ?

GERALD DARMANIN
On ne peut pas expulser, dans un pays en guerre, des personnes qui sont sur notre sol.

SONIA MABROUK
Mais qui sont potentiellement des bombes humaines dans nos rues.

GERALD DARMANIN
Notre question n'est pas de savoir si on ne les surveille pas ou si on ne les contrôle pas, bien sûr que ces personnes sont surveillées, contrôlées, mises sur écoute téléphonique, suivies par des agents, parfois par des dizaines d'agents, donc que les Français se rassurent ; et puis il y a tous ceux qui sont étrangers, en situation irrégulière, de pays dont nous avons des relations diplomatiques, on va dire normales, c'est le cas des pays du Maghreb, c'est le cas de la Russie, c'est le cas de quelques pays africains, et nous devons accélérer les expulsions de ces personnes. Nous y avons commencé, des dizaines d'expulsions ont déjà eu lieu depuis que je suis ministre de l'Intérieur, et nous avons parfois des problèmes, notamment pour que… pour expulser quelqu'un encore faut-il que le pays d'accueil puisse vouloir les recevoir, ce qu'on appelle très techniquement « les laissez-passer consulaires », et donc nous devons continuer la discussion, mais le président de la République nous a demandé de le faire beaucoup plus rapidement, avec les pays en question, c'est pour ça que je suis allé au Maroc, c'est pour ça que j'irai en Algérie notamment, c'est pour ça que le ministre des Affaires étrangères fait aussi une tournée au Maghreb, mais aussi avec les pays de l'Est, pas simplement des pays de l'Arc de la Méditerranée, et que nous devons effectivement expulser ces étrangers en situation irrégulière.

SONIA MABROUK
Vous avez aussi, Gérald DARMANIN, évoqué au début de cet entretien, les propagateurs de haine sur les réseaux sociaux, Samuel PATY a été décapité par un terroriste islamiste, et ceux qui l'ont jeté en pâture, Monsieur le ministre, sur les réseaux sociaux, sont-ils les commanditaires de cet acte barbare ?

GERALD DARMANIN
Il y a une enquête, moi je ne rentrerai pas dans cette enquête, le procureur antiterroriste le fait, mais je voudrais quand même évoquer le fait que je suis d'accord avec cette idée qu'il y a des commanditaires par la haine, des réseaux sociaux. Vous savez, ce qui est très marquant dans cette histoire, c'est qu'en fait on voit bien comment l'islam politique se joint à l'islam radical pour finalement mener au terrorisme. Souvent on nous dit oui, il y a de la radicalisation terroriste, et puis de l'autre côté, ce n'est pas parce que les gens sont rigoristes, ce n'est pas parce que les gens prônent l'islam politique qu'ils sont des terroristes, ce que nous on appelle le séparatisme. Beaucoup de gens ont moqué d'ailleurs, y compris des gens qui ont manifesté place de la République, hier, je suis heureux de voir qu'ils se réveillent, de voir que l'islam politique mène parfois au terrorisme et qu'il faut combattre l'islam politique avec la même force que le terrorisme….

SONIA MABROUK
Mais concrètement, que risque vraiment le parent d'élève qui a fait la vidéo des dénonciations, le prédicateur et militant SEFRIOURI qui a participé à cette chasse à l'homme, que risquent-ils, est-ce qu'ils sont responsables de cette barbarie ?

GERALD DARMANIN
Aujourd'hui le Parquet antiterroriste verra s'il les qualifie comme complices d'acte terroriste…

SONIA MABROUK
Mais je parle au ministre de l'Intérieur, est-ce qu'ils ont tenu le couteau qui a décapité Samuel PATY ?

GERALD DARMANIN
Ils ont manifestement lancé une fatwa, ils ont lancé une fatwa contre ce professeur, manifestement. Je voudrais dire d'ailleurs que le gouvernement a essayé, avec le Parlement, d'avoir des armes pour lutter contre la haine en ligne, la proposition de loi Madame AVIA, qui aurait permis justement de faire retirer et de poursuivre ce "père de famille", a été censurée par le Conseil constitutionnel…

SONIA MABROUK
Monsieur le ministre, savez-vous ce qu'il y avait dans la première mouture de la loi Avia ?

GERALD DARMANIN
J'en prends acte.

SONIA MABROUK
L'islamophobie faisait partie des discours de haine sur Internet, pensez-vous que cette loi… dans cette situation ?

GERALD DARMANIN
De façon générale il y a des actes antimusulmans, il y a des musulmans qui ont été agressés ce week-end, il y a des responsables de mosquée qui ont eu des menaces de mort, la République les protège, et c'est bien normal, nous ne confondons jamais les musulmans avec l'islamisme radical, mais cependant, il est sûr qu'il va falloir remettre le travail, à la demande du président de la République, sur la haine en ligne, nous ne pouvons pas continuer à laisser faire ce genre de fatwa contre, par exemple, ce professeur, demain contre un policier, après-demain contre un journaliste, comme ça. Donc, moi je souhaite…

SONIA MABROUK
Mais iront-ils en prison, est-ce qu'il y aura des peines, on ne peut pas laisser faire, mais concrètement ?

GERALD DARMANIN
Ils sont en garde à vue, aujourd'hui il y a eu un acte terroriste incontestable, et le procureur antiterroriste travaille, mais énormément avec le concours des services de police, qui sont sous mon autorité, des moyens pour, j'en suis sûr, les confondre et les condamner.

SONIA MABROUK
Monsieur le ministre, l'islam politique s'adapte à notre droit, notre Etat de droit permet-il vraiment de répondre à cette barbarie, si on est vraiment en guerre ne faut-il pas une justice d'exception ?

GERALD DARMANIN
Non, mais l'Etat de droit répond à la barbarie. Vous savez, j'entends beaucoup de propositions depuis ce week-end, mais moi je trouve que la décence fait partie de l'hygiène républicaine…

SONIA MABROUK
Et de la colère aussi, vous la comprenez ?

GERALD DARMANIN
Non, mais la colère des gens, je peux la comprendre, la colère des hommes politiques, parfois feinte sur les plateaux de télévision, que j'ai vu ce week-end, m'étonne. D'abord je voudrais signaler que ce problème n'est pas nouveau, que le président de la République prend des dispositions que personne n'a jamais prises avant lui, si je prends l'exemple de ce terroriste tchétchène, il n'est pas arrivé en France lorsque le président de la République était en responsabilités, ce n'est pas le président de la République qui lui a donné des papiers. Je voudrais quand même signaler que ce n'est pas le président de la République qui a enterré le rapport Obin, celui qui dénonçait l'islamisme dans les prisons, qui a été rendu en 2004…

SONIA MABROUK
Ça fait 15 ans le rapport Obin, est-ce que ce n'est pas une responsabilité collective et partagée ?

GERALD DARMANIN
Mais évidemment, et c'est pour ça que je dis…

SONIA MABROUK
Et oui !

GERALD DARMANIN
Mais bien sûr ; c'est pour ça que je dis que la décence fait partie de l'hygiène républicaine et que je crois qu'il faut peser au trébuchet, quand on a été responsable politique, quand on a soutenu des gouvernements passés, sa part de responsabilité devant les Français. Et d'ailleurs je voudrais dire que, quand le pays est en guerre, on ne tire pas dans les jambes, quand on est derrière, devant ceux qui sont en première ligne, après on peut tirer des conclusions, les élections c'est fait pour consolider ou changer les majorité, ce n'est pas la question, mais lorsqu'un président de la République courageux lance la guerre contre l'islamisme politique, pas simplement la lutte contre le terrorisme, l'islamisme politique, on a vu les réactions, parfois internationales, très vives contre le président de la République, qui a reçu des dizaines de menaces de mort, regardez ce que font aujourd'hui les policiers, les gendarmes, tous les jours justement pour mettre en place ce que nous aurions dû, depuis 10, 15, 20 ans, mettre en place, c'est-à-dire réaffirmer la République.

SONIA MABROUK
Oui, mais ceux qui ont été courageux, celui qui a été courageux, c'est le professeur qui a fait ce cours de liberté d'expression, pourquoi est-ce qu'il n'a pas été protégé ? C'est Samuel PATY qui a été courageux.

GERALD DARMANIN
Bien sûr, mais, vous savez, des Samuel PATY il y en a des centaines, des milliers en France.

SONIA MABROUK
Qu'est-ce que vous leur dites ce matin ?

GERALD DARMANIN
Que nous sommes tous des soldats de la République, que, effectivement, nous sommes en guerre, et que leur courage, effectivement, nous pousse à être responsables, évidemment. Vous savez, depuis 3 mois que je suis ministre de l'Intérieur, des gens que nous protégeons, des gens que nous interpellons avant qu'ils ne commettent des actes terroristes, des personnes qui sont expulsées, c'est tous les jours, et c'est mon quotidien, et c'est mon travail de ministre de l'Intérieur pour les protéger. 32 attentats déjoués, eh ben oui, il y a parfois un manque, parce que quand un homme est mort il y a toujours un manque, et nous devons continuer à essayer, donner les moyens à nos services de sécurité, et encore une fois, l'Etat de droit il a les moyens pour…

SONIA MABROUK
Mais je vous réitère ma question sur l'Etat de droit, quand vous voyez que la Cour européenne des droits de l'homme casse aujourd'hui des arrêtés d'expulsion, quand vous voyez que le Conseil d'Etat, que le Conseil constitutionnel, peuvent vous mettre des bâtons dans les roues, vous répétez que l'Etat de droit permet aujourd'hui de lutter efficacement contre la barbarie ?

GERALD DARMANIN
Non mais, c'est quoi la différence entre les terroristes et les démocrates, à part le fait, évidemment, de décapiter des gens en place publique ? C'est que nous ne mettons pas la liberté comme ça dans notre poche et nous n'instaurons pas une dictature pour répondre à une autre dictature.

SONIA MABROUK
Mais la liberté est-elle un bouclier pour nous protéger aujourd'hui, nous citoyens ?

GERALD DARMANIN
Je vais vous dire, les démocraties elles ont eu raison d'HITLER, elles ont eu raison de STALINE, elles auront raison de l'islamisme radical, elles auront raison dans l'honneur, comme dirait CHURCHILL. Il faut muscler l'Etat de droit, il ne faut pas faire du droit tout le temps, mais il faut aussi respecter le droit, et ce qui est facile n'est jamais simple. Si quelqu'un avait, dans sa manche là, une carte magique, une disposition législative qui réglerait tout, vous pensez que les gouvernements de Monsieur SARKOZY, de Monsieur HOLLANDE, ne l'auraient pas déjà prise ? Est-ce que vous pensez qu'une simple mesure législative, un simple débat parlementaire, une simple mesure dite en 15 secondes sur un plateau de télévision aurait suffi, est-ce que vous pensez que quelqu'un ne l'aurait pas déjà fait ? Ce qui est certain c'est qu'il faut arrêter la naïveté qui a été celle de tous les gouvernements, jusqu'à Emmanuel MACRON, je le dis, de tous les gouvernements.

SONIA MABROUK
Mais il y a quelqu'un qui n'a pas été encore, qui n'est pas au pouvoir, Marine LE PEN, et qui vous dit « stop à la politique de la bouge », « stop à cette politique-là », qu'est-ce que vous lui répondez, est-ce qu'elle a tort ?

GERALD DARMANIN
Madame LE PEN, vous savez, elle est comme la phrase de BOSSUET, elle chérit les causes qui la mèneront au pouvoir. Elle ne vote aucun des textes que nous proposons, aucun des renforcements des moyens des luttes antiterroristes, elle refuse les mises sur écoute téléphonique lorsque nous le proposons au Parlement européen, elle n'est pas au rendez-vous des lois de sécurité, de renseignement intérieur. Moi je respecte Madame LE PEN, comme tous les hommes et les femmes politiques, mais un peu de décence, un peu d'hygiène républicaine, et de soutien de mesures extrêmement fortes qu'évoque le président de la République. Vous savez, quand on fait des dizaines d'opérations de police, ce qui n'est jamais arrivé, lorsqu'on ouvre dans un week-end des centaines d'enquêtes pour lutter contre l'islamisme politique, lorsqu'on dit…

SONIA MABROUK
Pour quel résultat Monsieur le ministre ?

GERALD DARMANIN
Eh bien écoutez, depuis ce matin les policiers travaillent, j'espère que… d'ailleurs ils le font dans des conditions qui garantissent leur sécurité, parce que je n'oublie pas que j'envoie, sous mon autorité, des femmes et des hommes combattre des gens extrêmement dangereux, et donc je ne joue pas avec leur vie, je dis qu'aujourd'hui le président de la République a souhaité que nous rendions public le travail que parfois nous faisons cachés, et j'aurai l'occasion de le répéter tout au long de la semaine.

SONIA MABROUK
Le président de la République qui affirme que les terroristes ne passeront pas, qu'ils ne dormiront plus tranquilles, pourtant, est-ce que la peur et l'autocensure n'est pas déjà installée, quand on dit pas d'amalgame, pas de vague ? Le procès qu'on sent en islamophobie, est-ce que ce n'est pas déjà la victoire des terroristes islamistes, idéologiques du moins ?

GERALD DARMANIN
En tout cas lorsqu'on intériorise soi-même la contrainte, si j'ose dire, c'est sûr que c'est une victoire de l'islamisme, mais nous sommes là pour lutter contre ça, nous sommes là pour dire qu'il n'y a qu'une communauté en France, c'est la communauté nationale, que les étrangers ont le droit d'être bien sûr sur le sol de la République à condition qu'ils respectent les lois de la République, que la République ne reconnaît aucun culte et que la loi doit protéger la foi, comme disait BRIAND, à la condition que la foi ne soit jamais au-dessus de la loi.

SONIA MABROUK
Etes-vous entendu, Monsieur le ministre, quand beaucoup placent les lois religieuses au-dessus des lois de la République, quand pendant 15 ans les lâchetés se sont accumulées dans l'Education nationale, quand Jean-Pierre OBIN, vous l'avez cité, crie depuis 15 ans dans le vide, quand Madame Latifa IBN ZIATEN, mère du militaire tué par Mohammed MERAH, a été traitée de mauvaise musulmane dans un établissement ?

GERALD DARMANIN
Non, mais il n'y a pas que l'Education nationale, souvent les professeurs sont des gens extrêmement courageux, qui sont seuls devant leurs élèves, devant des parents d'élèves, devant des pressions communautaires. J'ai été maire d'une commune difficile, moi je n'ai pas la vision de la France de mon bureau de ministre, je suis maire d'une commune, je suis élu, j'habite dans une commune qui ressemble à la France, qui a ses difficultés et ses qualités, et il n'y a pas que l'Education nationale, les services publics, les collectivités locales. Il y a combien de responsables d'avoir communautarisés certains quartiers, les politiques sociales, enfin, c'est l'ensemble du service public, mais aussi, je voudrais le dire aussi, le monde du privé, la communautarisation elle se fait aussi dans le privé, quand vous rentrez dans un commerce et que vous triez vos clients par rapport à ce qu'ils mangent, par exemple, vous contribuez, me semble-t-il, à cette communautarisation.

SONIA MABROUK
Alors, comment on combat l'idéologie ?

GERALD DARMANIN
D'abord, vous savez, ce qu'il faut c'est mettre des mots sur les choses, faire des actes, et puis ensuite, effectivement, parfois faire améliorer le droit. Nous avons été combattus, depuis une semaine, sur le discours du président de la République aux Mureaux, c'est un très beau discours, très fort, personne…

SONIA MABROUK
C'est un discours, comme vous le dites.

GERALD DARMANIN
Personne n'a jamais fait…

SONIA MABROUK
C'est un discours.

GERALD DARMANIN
Mais un discours qui fait naître des droits, c'est-à-dire ceux de la loi séparatisme, la loi pour renforcer la laïcité…

SONIA MABROUK
On attend le projet, toujours le 9 décembre, il n'y a pas urgence à l'avancer ?

GERALD DARMANIN
Mais il y a urgence à prendre des mesures fortes, gagner 15 jours pour quoi faire ? Pour quoi faire ? Vous savez, déjà l'Etat de droit permet de faire un certain nombre de choses à la condition que, effectivement, tout le pays encourage les actions fortes que nous prenons, on verra si dans quelques jours les mêmes qui étaient place de la République ne reprochent pas un ministre de l'Intérieur trop puissant, trop rapide, trop efficace peut-être. Vous savez, j'ai été interpellé la semaine dernière alors que j'avais simplement mis en place un certain nombre de mesures administratives pour fermer des écoles de fait, des petites filles, de 2 à 6 ans, qui portaient le hidjab, avec pas de fenêtre dans leur cour de récréation, parce qu'il n'y en n'avait pas d'ailleurs de cour de récréation, et des pédagogues qui n'étaient pas enseignants, on m'a attaqué, à l'Assemblée nationale, pour dire que, grosso modo, j'étais quasiment un fasciste, ce sont les mêmes qui aujourd'hui me disent qu'on ne va pas assez loin.

SONIA MABROUK
Citons-les, parce que vous avez dit à l'Assemblée Gérald DARMANIN qu'il y a un islam au gauchisme lié à la France Insoumise qui détruit la République.

GERALD DARMANIN
Non je crois…

SONIA MABROUK
Ce sont vos mots.

GERALD DARMANIN
Oui effectivement mais les mots.

SONIA MABROUK
Qu'est-ce qu'on fait pour empêcher ça ?

GERALD DARMANIN
Les mots de temps de paix ne sont pas les mots de temps de guerre, moi je ne veux attaquer personne en particulier, je suis très content que beaucoup de gens se réveillent.

SONIA MABROUK
Est-ce qu'il n'y a pas des réveils tardifs ?

GERALD DARMANIN
Mais il vaut mieux des réveils tardifs que pas de réveil du tout, vous voyez, donc moi je dis que oui l'islam politique est un danger, un ennemi mortel, endogène, intérieur contre la République. Oui des mesures fortes sont prises, ont été prises, les Français doivent le savoir et seront prises et sans doute faut-il renforcer notre arsenal législatif, c'est l'objet de la loi séparatisme. Mais je voudrais dire que le président de la République dans ce moment extrêmement difficile pour les Français s'occupe d'une gestion qui a été laissée par d'autres et personne ne peut croire qu'en quelques instants seulement…

SONIA MABROUK
Vous êtes au pouvoir depuis quelques années, Monsieur le Ministre.

GERALD DARMANIN
Ces personnes ce soir se soient radicalisées. Bien sûr.

SONIA MABROUK
Le président de la République également, est-ce que ce n'est pas l'heure de prendre les responsabilités ?

GERALD DARMANIN
Chacun doit prendre sa part évidemment, mais je considère que vous savez quand des gens qui sont passés par l'école de la République, ont rencontré les collectivités locales, tout au long de leur adolescence sont entrés dans des centres sociaux, ont consulté des services publics, ont été formés, ont trouvé un travail et qui d'un seul coup en sont à prendre un couteau de 30 centimètres pour décapiter un professeur, peut-être qu'il y a toute une part de la société et des hommes et des femmes politiques qui sont responsables de cette situation et pas simplement telle ou telle mesure législative qui doit arriver dans une semaine. Donc je pense que chacun doit effectivement se réveiller, considérer que quand on combat l'islam politique, on n'a pas des idées électoralistes derrière sa tête. On a envie d'aimer son pays et de le protéger et c'est exactement pour ça que je fais de la politique.

SONIA MABROUK
Décapiter un professeur parce qu'il a tout simplement enseigner la liberté, est-ce que ce n'est pas la définition même de la loi de la charia appliquée en France ?

GERALD DARMANIN
Bien sûr c'est la loi du talion, la loi de la charia, les Fatwa lancées, une communauté qui n'est pas la communauté nationale, mais une communauté de personnes qui considèrent que leurs lois sont supérieures à celles des autres, bien sûr, bien sûr.

SONIA MABROUK
Qu'est ce qui empêche Monsieur le Ministre aujourd'hui malheureusement notre pays de sombrer ? Certains disent qu'il y a un risque de guerre interne, est-ce que cette notion de guerre civile est une notion que vous, qui était un risque possible, une hypothèse, un scénario sur votre bureau ?

GERALD DARMANIN
La guerre civile ? elle est possible que si nous prenons pas les mesures mais lorsque la République reprend ses droits, lorsque la liberté guidant le peuple, pour reprendre le beau tableau de DELACROIX, nous acceptons de prendre des mesures qui luttent contre les ennemis de la République, lorsque nous mon ses ennemis de la République, lorsque nous arrêtons de les subventionner, ce que nous proposons, lorsque nous les mettons au devant leurs propres contradictions et qu'on a proposé leur dissolution, lorsqu'on poursuit avec la première des énergies tous les islamistes radicaux comme le président de la République nous demande de le faire depuis de nombreux mois et singulièrement aujourd'hui devant tout le monde, lorsque nous disons aux Etats amis, mais parfois ambigus.

SONIA MABROUK
Qui n'ont pas condamnés.

GERALD DARMANIN
Aux Etats amis et parfois ambigus que nous attendons des amis, des gens qui disent des choses franches.

SONIA MABROUK
Lesquels, les pays ?

GERALD DARMANIN
Mais vous savez.

SONIA MABROUK
Des pays n'ont pas condamnés, l'Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie, la liste est longue.

GERALD DARMANIN
Il y a effectivement les condamnations, vous avez tout à fait raison, mais il y a aussi des actes, pour le coup il n'y a pas que les mots, il y a le fait qu'on doit nous aider, on doit arrêter de financer sur le sol français un certain nombre de choses, et déjà on doit le déclarer au moins, c'est la moindre des choses. On doit reprendre les étrangers qui leur appartiennent, si j'ose dire, et qui sont en situation de radicalisation, on doit pouvoir améliorer nos services de renseignements et d'échange d'informations et on doit finalement accepter que la France est souveraine chez elle et qu'elle n'a pas à accepter les ennemis de l'intérieur. Nous sommes en guerre contre les ennemis de l'intérieur, moi je suis aujourd'hui très conscient du rôle que j'ai sous l'autorité du président de la République et du Premier ministre de protéger les Français et la police de la République, les services de renseignements, je peux le dire, ne dorment pas beaucoup pour empêcher les autres de dormir, ils font ce travail, et je peux vous assurer qu'il y aura des résultats.

SONIA MABROUK
Merci Monsieur le ministre de l'Intérieur, merci Gérald DARMANIN de nous avoir accordé cet entretien.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 octobre 2020