Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à France Info le 27 octobre 2020, sur la réforme de l'assurance chômage, l'hypothèse d'un 2ème confinement et la lutte pour la liberté d'expression.

Prononcé le

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
La situation est critique, c'est le mot qu'a utilisé hier le président du Conseil scientifique Jean-François DELFRAISSY, Emmanuel MACRON va réunir ce matin à l'Elysée un nouveau de Conseil de défense, il y en aura un second demain matin, entre temps Jean CASTEX, le Premier ministre, va lui consulter les partenaires sociaux. On y va tout droit à ce nouveau reconfinement ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, comme vous l'avez dit, la situation est grave et donc elle va nous amener rapidement à prendre des nouvelles mesures, il y a plusieurs scénarios sur la table et donc on aura l'occasion d'en parler tout à l'heure en Conseil de défense, et puis, comme vous l'avez, on consultera les forces politiques et les partenaires sociaux. Je pense que c'est important, quand on a des décisions difficiles à prendre, de pouvoir avoir ces échanges avec les forces politiques et les partenaires sociaux.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous nous confirmez que l'hypothèse d'un confinement le week-end, c'est-à-dire interdiction de sortie, en gros, du vendredi soir au lundi matin, fait bien partie des scénarios qui sont aujourd'hui à l'étude ?

ELISABETH BORNE
A ce stade on ne peut évidemment rien exclure, compte tenu de la gravité de la situation, vous avez vu que plus de 50 % des lits de réanimation sont occupés, si l'épidémie se poursuit sur les tendances actuelles on arrivera rapidement à saturation des capacités et donc il faut des mesures fortes pour casser la dynamique de l'épidémie, voilà, on aura l'occasion d'échanger sur les différents scénarios en Conseil de défense et ce soir…

SALHIA BRAKHLIA
Mais là il n'y a pas une piste qui prend le pas sur toutes les autres ?

ELISABETH BORNE
Il y a un Conseil de défense pour regarder ces différentes pistes.

SALHIA BRAKHLIA
Madame BORNE, hier vous avez participé à la conférence du dialogue social organisée par le Premier ministre, avec les partenaires sociaux, évidemment la crise sanitaire était au menu des discussions, écoutez ce qu'a dit le président du MEDEF, Geoffroy ROUX de BEZIEUX, à la sortie.

GEOFFROY ROUX DE BEZIEUX, PRESIDENT DU MEDEF
Il faut trouver le bon curseur entre économie et santé. Si on revient à un confinement sur le modèle de mars, on risque l'écroulement de l'économie, donc c'est ce curseur difficile que le gouvernement doit déterminer, en discussions, évidemment avec le monde médical, avait le Conseil scientifique, avec le Haut conseil pour la santé publique, mais aussi avec les partenaires sociaux.

SALHIA BRAKHLIA
Il faut un confinement, oui, mais différent.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, de toute façon on n'est plus en mars, vous savez que depuis tous les secteurs ont défini des protocoles très stricts, qui n'existaient pas en mars, et donc ça veut dire que, quelle que soit la solution qui sera retenue, la plupart des secteurs économiques peuvent continuer à tourner, compte tenu de ces protocoles sanitaires très stricts, et c'est important pour notre économie et pour nos emplois.

MARC FAUVELLE
Le confinement version 2, celui qui sera peut-être annoncé dans les heures qui viennent, sera différent de celui du printemps, plus souple peut-être, plus de dérogations pour les entreprises ?

ELISABETH BORNE
Enfin, ce que je vous dis c'est que de toute façon les entreprises ont désormais des protocoles…

MARC FAUVELLE
Ce ne sera pas le copié-collé de mars en tout cas.

ELISABETH BORNE
Par exemple, si on prend le bâtiment et les travaux publics, vous savez qui s'était fortement arrêté, il n'était pas interdit, et pourtant il s'était fortement arrêté parce que précisément il fallait du temps pour définir un protocole, maintenant ce protocole il existe, donc ça permet de poursuivre l'activité.

MARC FAUVELLE
Ce protocole sanitaire, justement dans les entreprises, aujourd'hui, face à l'envolée du nombre de cas positifs, est-ce que vous allez le modifier encore ?

ELISABETH BORNE
Ce protocole il est appelé à évoluer en fonction de l'évolution de la situation sanitaire, par exemple…

MARC FAUVELLE
C'est l'un des sujets qui sera abordé encore lors du Conseil de défense ?

ELISABETH BORNE
Par exemple sur le télétravail, mais je pense que c'est important. Moi j'ai visité beaucoup d'entreprises qui appliquent ce protocole très strict, je vous rappelle que dès cet été, au coeur du mois d'août, on a eu un avis du Haut Conseil de la santé publique qui nous disait qu'il fallait porter le masque dans les espaces clos et partagés, dès le 1er septembre on a mis en place un nouveau protocole, avec le port systématique du masque dans les espaces de travail partagé, ce qu'on constate, dans toutes les entreprises qui appliquent ce protocole, c'est qu'il n'y a pas de chaîne de contamination. Donc c'est un protocole qui est efficace et qui est par ailleurs très bien appliqué, l'Inspection du travail est très présente dans les entreprises, il y a eu près de 55.000 interventions en entreprises, il y a eu 300 mises en demeure pour non-respect du protocole, donc c'est à la fois efficace…

SALHIA BRAKHLIA
Donc il n'y a pas de raison de le modifier dans l'immédiat, le protocole ?

ELISABETH BORNE
Dans ses grandes lignes il est efficace, je vous le dis, ensuite il faudra qu'on regarde les sujets de télétravail notamment, même si on est bien protégé dans son entreprise c'est important, dans le contexte actuel de l'épidémie, d'éviter les déplacements, d'éviter aussi les contacts qu'on peut avoir en marge de son travail, donc je pense que c'est important d'aller à fond sur le télétravail pour les postes qui peuvent être télétravaillés.

SALHIA BRAKHLIA
Justement, vous venez d'en parler, sur les cas contacts, selon Jean-François DELFRAISSY, donc le président du Conseil scientifique, le nombre réel de nouveaux cas par jour est de 100.000, en fait, il suffit que ces personnes aient croisé 10 personnes, imaginons ça, si on fait un calcul simple on obtient 1 million de cas contacts par jour qui doivent donc s'isoler. On fait comment, on les envoie quand même au travail ces gens ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous savez que si vous respectez les gestes barrière vous n'êtes pas cas contact, si vous êtes à une bonne distance d'une personne qui a le Covid, mais que vous êtes donc à bonne distance, et que vous avez votre masque, vous n'êtes pas un cas contact, donc je pense que la règle elle est simple, elle est de bien appliquer les gestes barrières et de porter systématiquement le masque quand on est dans un espace où on n'est pas tout seul…

SALHIA BRAKHLIA
On ne change pas la règle des cas contacts en entreprise ?

ELISABETH BORNE
Cette règle elle est précise, elle a été expliqué dans un questions-réponses de la Direction générale du travail, on est convenu avec les partenaires sociaux d'avoir une fiche de synthèse pour bien expliquer les règles quand il y a quelqu'un qui a des symptômes en entreprise, et puis ces règles des cas contacts, vous savez que si vous êtes pour le coup cas contact, vous devez vous isoler pendant 7 jours et vous êtes pris en charge avec des arrêts de travail.

MARC FAUVELLE
Cette règle elle est respectée aujourd'hui globalement en France ?

ELISABETH BORNE
Moi je pense que cette règle elle est respectée…

MARC FAUVELLE
Il n'y a pas des gens qui peuvent être tentés d'aller travailler quand même, pour ne pas perdre une journée de salaire, notamment la journée de carence ?

ELISABETH BORNE
Je ne sais pas s'il y a des gens qui peuvent être tentés de le faire, en tout cas ce n'est pas ce qu'il faut faire, je pense que c'est important qu'on se dise qu'on est tous aussi responsables dans la période que l'on connaît, il faut appliquer les gestes barrières, quand on a des symptômes il faut rester chez soi, quand on est cas contact il faut s'isoler, mais je le redis, quand vous appliquez les gestes barrières, que vous restez à une distance suffisante des autres et que portez votre masque, dans ce cas-là vous n'est pas cas contact.

MARC FAUVELLE
Sur la question du télétravail, qu'on abordait il y a quelques instants Elisabeth BORNE, je voudrais vous faire entendre ce que disait hier le professeur Eric CAUMES, le chef du service des maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière à Paris qui était à votre place.

PROFESSEUR ERIC CAUMES
Il y a un vrai flottement sur le télétravail, moi je pense qu'on n'aurait jamais dû arrêter le télétravail, notamment inciter des gens à abandonner le télétravail, à la reprise après les vacances, en septembre, je pense que ça a été une erreur, il faut rester au télétravail le plus possible, c'est un outil de lutte contre l'épidémie.

MARC FAUVELLE
A la fin du mois de septembre, c'est une étude de la DARES qui nous l'a appris hier, seulement 12 % des salariés du privé…

ELISABETH BORNE
Elle ne dit pas ça l'étude de la DARES…

MARC FAUVELLE
Ah ben attendez, je n'ai fini.

ELISABETH BORNE
Non, je réagis.

MARC FAUVELLE
12 % des salariés du privé ont passé au moins une journée dans leur semaine en télétravail, ce n'est pas ça qu'elle dit ?

ELISABETH BORNE
Non, elle ne dit pas ça.

MARC FAUVELLE
Alors allez-y.

ELISABETH BORNE
Elle dit que 12 % des heures de travail ont été passées en télétravail, et ça veut dire que si on télétravaille 2 jours par semaine c'est 30 % des salariés qui étaient en télétravail.

MARC FAUVELLE
Et ça veut dire, si je prends le chiffre à l'envers, que 88 % des heures de travail ont été effectuées au bureau, à l'usine, en présentiel comme on dit, est-ce que ce chiffre a vocation à baisser dans les mois qui viennent ?

ELISABETH BORNE
Alors, donc les 30 % de salariés qui étaient en télétravail au mois de septembre, on a réalisé une étude mi-octobre qui montre que ce taux de télétravail avait déjà augmenté, puisqu'on avait 50 %, dans une enquête qu'on a réalisée, des salariés, dans les métropoles, qui nous disaient qu'ils avaient fait du télétravail, et vous avez compris que dans le contexte actuel il faut aller au maximum de ce que l'on peut faire sur le télétravail.

SALHIA BRAKHLIA
Pourquoi vous ne le rendez pas obligatoire ce télétravail ?

ELISABETH BORNE
Je crois que c'est à peu près ce que je suis en train de dire, quand on peut avoir…

SALHIA BRAKHLIA
Plus clairement alors.

ELISABETH BORNE
Quand on est sur un poste où on peut télétravailler, il faut télétravailler, mais tous les postes ne sont pas télétravaillables, télétravailler ça ne veut pas dire simplement consulter ses mails, ça veut dire effectivement pouvoir faire son travail à distance, et ce n'est pas tous les postes qui le permettent.
MARC FAUVELLE

C'est une incitation que vous faites, vis-à-vis des entreprises, Elisabeth BORNE…

ELISABETH BORNE
Non, non, attendez…

MARC FAUVELLE
Ou ça va être écrit noir sur blanc dans un décret ou dans une loi, le caractère obligatoire dans certains cas ?

ELISABETH BORNE
Les règles, elles sont inscrites dans un protocole national en entreprise, qui décline ce qu'est l'obligation d'employeur de protéger ses salariés, donc c'est un protocole qui a une force importante, on en parle régulièrement avec les partenaires sociaux, on aura l'occasion d'échanger à nouveau ce soir avec les partenaires sociaux, et je vous le dis clairement, dans le contexte actuel de l'épidémie, même si on est bien protégé en entreprise, il y a les déplacements, il y a ce qu'on fait en marge du travail, et donc il faut aller au maximum sur le télétravail, pour les postes qui le permettent.

(…) Point info.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Elisabeth BORNE, ministre du Travail. Alors, plusieurs mesures ont été mises sur la table pour aider les entreprises en difficulté, à cause du couvre-feu par exemple, mais l'une des principales difficultés, pour les entreprises de l'hôtellerie-restauration est de payer leur loyer, un professionnel sur deux n'est pas à jour de ses loyers, comment le gouvernement peut aider ces professionnels ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous avez entendu qu'on va mettre en place un dispositif, on entend ce que disent effectivement les professionnels de l'hôtellerie et de la restauration, dont beaucoup n'ont pas du tout d'activité, notamment dans l'hôtellerie, maintenant depuis plusieurs mois, donc il y a un dispositif de crédit d'impôt qui va être mis en place pour inciter les propriétaires à réduire leur loyer, ils auront un crédit d'impôt s'ils baissent leur loyer.

MARC FAUVELLE
Pour les jeunes, Elisabeth BORNE, vous avait annoncé le prolongement du dispositif emplois francs qui vise à favoriser, à aider, l'entrée de ces jeunes sur le marché du travail, est-ce que c'est finalement le retour des contrats aidés qu'Emmanuel MACRON avait supprimé en masse lorsqu'il est arrivé à l'Elysée, est-ce qu'il ne serait pas plus simple aujourd'hui de rappuyer sur ce bouton-là pour dire face à la vague terrible de chômage qui attend les plus jeunes, oui, il faut à nouveau avoir recours aux emplois aidés massivement ?

ELISABETH BORNE
Alors, je voudrais rappeler que dès le mois de juillet on a présenté un plan massif, « Un jeune, une solution », c'est 6,7 milliards d'euros, c'est le triplement des moyens qu'on consacre habituellement à l'emploi des jeunes pour qu'il n'y ait aucun jeune sans solution. Ce plan c'est à la fois des primes à l'embauche, 4000 euros quand on embauche un jeune de moins de 26 ans en CDD de plus de 3 mois, ou en CDI, c'est des primes aussi pour encourager le recours à l'apprentissage, qui est une voie qui permet d'aller vers l'emploi, ce sont effectivement des emplois aidés. Moi je ne vais pas crier victoire…

MARC FAUVELLE
Je vous pose la question parce qu'on a le sentiment que vous avez le contrat aidé un peu honteux, au gouvernement. Comme ils ont été supprimés au début du quinquennat, les remettre au bout de 3 ans…

ELISABETH BORNE
Attendez, parmi tous les dispositifs il y a aussi des emplois aidés, mais on ne veut pas refaire des contrats aidés comme ça a pu se faire par le passé, où c'était finalement un peu une voie sans issue, on vous mettait sur un emploi aidé, on ne s'occupait pas de vous et à la fin vous étiez dans la même situation qu'au départ, on a un certain nombre de contrats aidés, mais qui doivent s'accompagner d'une formation, d'un accompagnement vers l'emploi des jeunes. Et ce plan, je ne vais pas crier victoire, parce qu'on sait que les semaines qui viennent vont être compliquées, mais il a déjà… voilà, il y a des signaux positifs, sur août et septembre on a eu près de 700.000 embauches de jeunes en CDD de plus de 3 mois, ou en CDI, c'est une légère augmentation par rapport à 2019, alors que dans la conjoncture qu'on connaît, on aurait pu s'attendre à un effondrement. Moi je vais vous dire, je suis rassurée de savoir qu'il y a 700.000 jeunes qui vont traverser les semaines compliquées qui sont devant nous, avec un CDD de plus de 3 mois, ou avec un CDI. Et l'apprentissage également marche très bien, on a 314.000 contrats qui ont été signés à date depuis le début de l'année, on en a eu 350.000 sur toute l'année 2019, ça veut dire que l'objectif d'avoir autant de contrats d'apprentissage en 2020 qu'en 2019, il est à notre portée, c'est vraiment ce qu'on veut faire.

MARC FAUVELLE
2019 qui avait été une très bonne année pour l'apprentissage…

ELISABETH BORNE
Qui avait été une très bonne année.

MARC FAUVELLE
Qui avait enfin décollé en France. Il y en aura davantage cette année que l'an dernier, malgré la crise, autant ?

ELISABETH BORNE
En tout cas l'objectif c'est qu'on en ait autant, et je pense que c'est important, parce que quand on recrute un apprenti, on prépare l'avenir, on est en train de préparer les compétences dont on aura besoin dans 2 ans ou dans 3 ans, et il faut apporter une réponse à tous les jeunes. C'est aussi pour ça que moi j'ai annoncé la prolongation du dispositif des emplois francs, qui est même boosté, on passe la prime, sur la première année, de 5000 à 7000 euros, parce que moi je ne peux pas accepter qu'on n'ait pas de travail parce qu'on n'a pas la bonne adresse ou parce qu'on n'a pas les bons codes, donc c'est effectivement plus important, et puis c'est aussi un accompagnement pour les jeunes, pour leur donner les codes, qu'ils n'ont pas nécessairement, pour les accompagner en entreprise, pour, voilà, les aider à apprendre les règles qui s'appliquent en entreprise.

SALHIA BRAKHLIA
Alors, Elisabeth BORNE, il y a les jeunes qui arrivent sur le marché, et puis il y a ceux qui perdent leur emploi, ou qui risquent de le perdre. Alors, vous lancez un nouveau dispositif de formation pour permettre une reconversion professionnelle aux salariés dont les emplois sont menacés. En quoi ça consiste ?

ELISABETH BORNE
Alors, la priorité c'est de préserver au maximum les emplois et les compétences, d'éviter que les entreprises licencient, c'est tout le sens de l'activité partielle, de l'activité partielle de longue durée, mais c'est vrai aussi qu'il y a des secteurs dont l'activité va baisser durablement, alors qu'on en a d'autres qui sont en croissance. Donc, ça veut dire que dans le même bassin d'emploi, vous pouvez avoir des entreprises qui doivent se séparer des salariés, et d'autres qui recrutent, avec ce dispositif qu'on appelle « transition collective », eh bien on va, l'Etat va prendre en charge la rémunération et la formation du salarié qui veut bien changer de métier…

SALHIA BRAKHLIA
Totalement, ou à quelle hauteur ?

ELISABETH BORNE
Alors, à 100 % pour les petites entreprises, de moins de 300 salariés, et avec une participation des entreprises pour les plus grosses, je pense que c'est important de permettre à chacun de rebondir. Dans la mesure du possible on préserve les emplois, mais quand l'activité est durablement plus faible, on permet d'aller vers un autre métier, c'est le sens du dispositif. Je pense que c'est important, ce dispositif on l'a élaboré avec les partenaires sociaux, donc ça montre aussi que le dialogue social c'est important, ça permet, en se mettant tous autour de la table, d'apporter des bonnes réponses face à la crise que l'on traverse.

MARC FAUVELLE
Pour la deuxième fois, Elisabeth BORNE, le gouvernement a décidé de décaler l'application de la réforme de l'assurance chômage, elle devait entrer en vigueur cette année, puis au 1er janvier prochain, puis finalement, on l'a appris hier, en avril dernier. Vous êtes vraiment sûre qu'elle entrera un jour en application, cette réforme qui est dénoncée par l'ensemble des syndicats aujourd'hui ?

ELISABETH BORNE
Alors, ce que j'évoquais ça montre que le dialogue social ça marche, mais il faut aussi faire preuve de…

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas un report que demandent les syndicats, c'est l'annulation de la réforme.

SALHIA BRAKHLIA
C'est l'abandon total.

ELISABETH BORNE
Il faut aussi faire preuve de pragmatisme, vous aurez compris que le gouvernement considère que c'est une bonne réforme. Cette réforme, elle vise à quoi ? Elle vise à inciter les entreprises à avoir des emplois de meilleure qualité, on sait que la France est championne d'Europe des contrats courts, et on voit à quel point ça fragilise les salariés, c'est le cas dans la période actuelle.

MARC FAUVELLE
Une réforme, je me permets de vous interrompre Elisabeth BORNE, qui d'après les calculs de l'UNEDIC, qui n'est donc pas un syndicat, va faire perdre ses droits à 1 million de chômeurs, c'est-ce que l'UNEDIC disait en 2019 quand la réforme a été présentée. Vous nous dites encore que c'est une bonne réforme ?

ELISABETH BORNE
Je dis qu'encourager….

MARC FAUVELLE
Un million de chômeurs qui perdent leurs droits aujourd'hui en France.

ELISABETH BORNE
Je dis qu'encourager les entreprises à avoir des emplois de meilleure qualité et s'assurer que quand on reprend une activité, on est mieux rémunéré que quand on est demandeur d'emploi, ces principes-là ils sont bons. Evidemment, il faut tenir compte du contexte, et c'est pour ça qu'on a annoncé ce report de 3 mois supplémentaires, pour avoir le temps de discuter…

SALHIA BRAKHLIA
Il y a des choses qui vont bouger ?

ELISABETH BORNE
Pour avoir le temps de discuter des paramètres, avec les partenaires sociaux. Je peux vous assurer que le gouvernement est attentif aux difficultés que certains demandeurs d'emploi peuvent rencontrer aujourd'hui, c'est le cas des gens qui enchaînaient notamment des CDD courts, donc on a le temps de discuter avec les partenaires sociaux pour faire une bonne réforme.

MARC FAUVELLE
Donc la réforme elle est à nouveau sur la table, notamment le fait qu'il faudrait désormais travailler pendant 6 mois pour ouvrir les droits au chômage, ça c'est quelque chose que vous pourriez renégocier avec les partenaires sociaux ?

ELISABETH BORNE
Si on a une discussion avec les partenaires sociaux c'est parce qu'on est prêt à bouger sur certains paramètres, et donc les discussions qu'on va avoir dans les prochains…

SALHIA BRAKHLIA
Celui-là en fait partie, celui que Marc vient de citer ?

ELISABETH BORNE
Ça fait partie des paramètres qui sont sur la table.

MARC FAUVELLE
Donc, pardon d'insister, la réforme qui sera peut-être en application l'an prochain à partir d'avril…

ELISABETH BORNE
Ne sera pas la même…

MARC FAUVELLE
Ne sera pas la même que la première.

ELISABETH BORNE
Voilà, c'est ça le dialogue social…

MARC FAUVELLE
C'est comme le confinement, ça ne sera pas le même qu'au mois de mars, ça s'appelle le dialogue social.

ELISABETH BORNE
C'est ça le dialogue social, si on dialogue c'est parce qu'on ne va pas faire la même chose que si on n'avait pas dialogué.

MARC FAUVELLE
Mais avouez qu'il a fallu la crise et le Covid pour que ça change.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je note simplement qu'on sait écouter les partenaires sociaux, que ce dialogue il est important, et qu'on va essayer de construire ensemble la meilleure réforme.

(…) Point info.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Elisabeth BORNE, la ministre du Travail. Alors, on parlait à l'instant du report de la réforme de l'assurance chômage, on en est où de la réforme des retraites ? Elle est abandonnée !

ELISABETH BORNE
Dans l'agenda social qu'on avait défini en juillet avec les partenaires sociaux on était convenu de reprendre les discussions au mois de décembre, vous aurez compris que là aussi c'est une réforme à laquelle le gouvernement est attaché, vous savez, d'avoir un système de retraite plus juste, je pense que c'est…

SALHIA BRAKHLIA
Mais, concrètement, vous n'allez pas la faire pendant ce quinquennat ?

ELISABETH BORNE
Je répète, je crois qu'il faut effectivement tenir compte à la fois de la conjoncture, évidemment on souhaite, et on espère tous, qu'on va pouvoir, enfin que cette épidémie va reculer et qu'on va pouvoir effectivement travailler plus sereinement sur ces sujets, mais je le redis, c'est une réforme qui vise à mettre en place un système plus juste, et peut-être souligner que les salariés de la deuxième ligne, dont on parle beaucoup, ce sont les plus pénalisés par le système actuel. Donc, là encore, c'est une bonne réforme, mais il faut trouver le chemin pour reprendre, le moment venu, les discussions avec les partenaires sociaux.

MARC FAUVELLE
Vous arriverez à garder toutes ces casseroles sur le feu jusqu'à la fin du quinquennat, la crise économique gigantesque qui est devant nous, l'assurance chômage, l'envolée du chômage, et la réforme des retraites dans un coin quelque part ?

ELISABETH BORNE
Vous savez, l'assurance chômage, qu'il faille l'adapter pour tenir compte du contexte, je pense que c'est important, vous aurez compris que notre priorité c'est les réponses à la crise, c'était le premier thème dont on a parlé avec les partenaires sociaux. Moi je suis mobilisée tous les jours, mes équipes, mon ministère, pour défendre au maximum les emplois, le plan de relance doit permettre aussi de créer des emplois, la priorité du gouvernement c'est évidemment l'emploi.

MARC FAUVELLE
Et est-ce qu'une réforme aussi importante que celle des retraites peut se faire dans les derniers mois, ou la dernière année d'un quinquennat ?

ELISABETH BORNE
Moi je vous dis, on a un agenda social chargé, pour autant on ne renonce pas à mener des réformes, qui permettent de transformer notre pays, d'avoir un système de protection sociale plus juste, maintenant on a un agenda immédiat qui est la réponse à la crise, protéger les entreprises, protéger les Français.

SALHIA BRAKHLIA
Elisabeth BORNE, vous parliez à l'instant des salariés de la deuxième ligne, les caissières, les caissiers, les éboueurs, les aides à domicile, le président lui-même était pour une revalorisation de leurs salaires lors de la première vague de l'épidémie. La dernière fois que vous êtes venue ici, Elisabeth BORNE, c'était le 4 septembre, il y a pratiquement 2 mois, et vous nous avez dit ça sur le sujet.

ELISABETH BORNE
Il faut bien comprendre que le plan de relance il a une place très importante dans cette rentrée, mais qu'il ne traite pas tous les sujets, on a un agenda social, dans lequel précisément il y a cette question des salariés de la deuxième ligne, donc il y aura des discussions avec les partenaires sociaux sur ce sujet.

SALHIA BRAKHLIA
Deux mois plus tard, on en est où aujourd'hui ?

ELISABETH BORNE
Alors, je vous confirme que ce sujet est à l'agenda social, on a décidé hier, on l'a annoncé aux partenaires sociaux, de nommer deux personnalités, qui pourront les rencontrer dès la semaine prochaine, d'abord pour cerner de quoi on parle, qui sont les salariés de la deuxième ligne, et comment, ensuite, on pourra identifier les branches professionnelles, dans lesquelles un travail devra être fait au bénéfice de ces travailleurs de la deuxième ligne. Donc c'est un chantier…

SALHIA BRAKHLIA
Donc tout ça va prendre encore du temps, alors qu'on en parle depuis le mois de mars.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on a beaucoup de sujets, on est vraiment mobilisé pour sauver les emplois, mais effectivement on n'oublie pas ces travailleurs de la deuxième ligne, et donc le travail va démarrer dès la semaine prochaine, avec les deux personnalités qui vont être nommées cette semaine.

MARC FAUVELLE
Vous souhaitez que ça passe par des revalorisations de salaires ?

ELISABETH BORNE
Vous savez, c'est des sujets qu'il faut regarder globalement dans chaque… c'est beaucoup de situations différentes…

MARC FAUVELLE
Et c'est beaucoup de personnes qui travaillent dans le privé, dans lequel les mesures sont plus difficiles, sans doute, à mettre en place que…

ELISABETH BORNE
Je vous confirme que le gouvernement ne décide pas seul sur ces sujets, il faut d'abord se mettre d'accord sur les salariés dont on parle, c'est quoi les salariés de la deuxième ligne, ensuite c'est forcément des négociations qui doivent se mener dans les branches, qui peuvent concerner, par exemple des parcours de carrière, je pense qu'on sait, par exemple, que sur les aides à domicile, d'abord il y a une revalorisation qui est prévue dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, et puis c'est très important d'avoir des parcours de carrière, parce que ça fait partie des métiers sur lesquels vous pouvez avoir une certaine usure professionnelle, donc c'est important de pouvoir avoir une évolution professionnelle.

MARC FAUVELLE
Un mot, Elisabeth BORNE, sur les appels au boycott des produits français lancé par le président turc Recep Tayyip ERDOGAN et relayé par plusieurs pays du monde musulman, est-ce que ça vous inquiète, aujourd'hui, est-ce que ça vous inquiète plus particulièrement pour la reprise économique ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est un autre sujet que la reprise économique, ça montre qu'on a, enfin que certains font semblant de ne pas comprendre qu'en France on veut lutter contre l'islamisme radical, qu'on veut défendre la liberté d'expression, qu'on veut le faire avec les musulmans, et pas contre les musulmans, donc voilà, ces amalgames ils sont effectivement très regrettables, ou déplorables, et effectivement, on ne va pas échanger nos valeurs contre… enfin pour obtenir un renoncement à ces appels au boycott. Je pense que les populations, ce qui est important, c'est que les populations de ces pays entendent qu'on veut lutter contre l'islamisme radical, mais qu'on le fait avec les musulmans et pas contre eux.

MARC FAUVELLE
Et est-ce que lutter pour la liberté d'expression ça passe par continuer à montrer les caricatures de Mahomet devant les élèves, ce qu'avait fait Samuel PATY, ce qui lui a sans doute coûté la vie ? Le président du Conseil français du culte musulman, invité ce matin de France Info, dit qu'il ne souhaite plus qu'on les montre.

ELISABETH BORNE
J'ai entendu ça. Je pense que c'est vrai que la liberté d'expression, en France, c'est quelque chose auquel… enfin, c'est au coeur de nos valeurs, et donc je pense que c'est important qu'on se dise qu'on ne renonce pas, qu'on ne rogne pas, ce qu'on considère comme faisant partie de la liberté d'expression, voilà, il faut… enfin ce n'est pas non plus que les caricatures…

SALHIA BRAKHLIA
Les caricatures il faut les remontrer ou pas ?

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas que les caricatures, il faut porter globalement la liberté d'expression dans notre pays, c'est au coeur des valeurs de la République, je pense que c'est important…

MARC FAUVELLE
Y compris à l'école ?

ELISABETH BORNE
Apprendre la liberté d'expression, à l'école, c'est absolument fondamental.

MARC FAUVELLE
Et donc on les montre à l'école ou pas ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est les professeurs, ce n'est pas moi qui vais dire aux professeurs ce qu'ils ont à faire. Je pense que, en tout cas, porter la liberté d'expression au coeur de l'école, former les citoyens de demain, ça me paraît évidemment essentiel.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Elisabeth BORNE, ministre du Travail, ce sera l'un des thèmes des « Informés » dans 5 minutes sur France Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 octobre 2020