Interview de M. Cédric O, secrétaire d'Etat à la transition numérique et aux communications électroniques, à France info le 18 novembre 2020, sur la 5G, le commerce électronique et la haine en ligne.

Prononcé le

Intervenant(s) :

  • Cédric O - Secrétaire d'Etat à la transition numérique et aux communications électroniques
  • Marc Fauvelle - Journaliste

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Cette fois, c'est parti ! La 5G devient réalité aujourd'hui en France. Pour qui ? A quel prix ? Pour quoi faire précisément ? Le Monsieur Numérique du gouvernement, Cédric O, est l'invité de Franceinfo. Est-ce une révolution ou un mirage ? La nouvelle génération de réseau mobile, la 5G, qui va augmenter le débit et la vitesse de nos communications entre donc en fonction aujourd'hui en France avec l'allumage des premières antennes dans une dizaine de grandes villes. Bonjour Cédric O.

CEDRIC O
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Secrétaire d'Etat au Numérique. C'est vous qui gérez ce dossier au gouvernement. A partir d'aujourd'hui, combien de Français précisément ont accès à la 5G ?

CEDRIC O
Alors c'est difficile de dire précisément. Aujourd'hui effectivement c'est la date théorique fixée par l'ARCEP mais compte tenu des processus d'information pour chaque antenne, on s'attend plutôt à ce que la grosse vague soit à la fin novembre ou début décembre et c'est là que plusieurs centaines voire plusieurs milliers d'antennes vont s'allumer partout en France, principalement dans un premier temps dans les grandes villes.

MARC FAUVELLE
Vous l'avez, vous, la 5G sur votre portable ce matin ?

CEDRIC O
Non, pas encore.

MARC FAUVELLE
Ah ! Si même le Secrétaire d'Etat ne l'a pas…

CEDRIC O
Non, non. Mon téléphone est un téléphone qui ne fonctionne pour l'instant qu'en 4G.

MARC FAUVELLE
Alors effectivement, il faudra à la fois souscrire le bon forfait.

CEDRIC O
Tout à fait.

MARC FAUVELLE
Habiter dans l'une des dix villes concernées à partir d'aujourd'hui avec l'ouverture de ces cinq cents antennes et donc changer de téléphone, ce qui pose un problème écologique. Des millions de Français risquent de le faire pour le passer à la 5G. Le patron du groupe FREE Xavier NIEL demande que l'on interdise désormais aux opérateurs de subventionner les téléphones. Vous savez, la pratique qui dit : je vous vends un téléphone moins cher mais uniquement si vous me prenez le forfait pendant un an ou deux ans. Est-ce que vous êtes prêt à le faire au nom de l'écologie ?

CEDRIC O
Alors juste rappeler qu'aujourd'hui, les Français changent de téléphone tous les deux ans. Donc 5G ou pas 5G, il y a un renouvellement du parc qui est extrêmement rapide.

MARC FAUVELLE
Trop rapide dit Xavier NIEL.

CEDRIC O
Là où vous avez raison, c'est que 80% de l'impact environnemental du numérique, c'est les équipements électroniques et notamment les téléphones portables. Donc c'est pour ça qu'on a travaillé avec Barbara POMPILI pour favoriser le reconditionné, baisser les taxes sur le reconditionné et faire en sorte que le prix du reconditionné continue à baisser pour que les Français préfèrent un téléphone d'occasion qu'un téléphone neuf, et allonger par ailleurs la durée…

MARC FAUVELLE
Et interdire les subventions des opérateurs, c'est une piste ou pas ?

CEDRIC O
Non, on ne travaille pas sur cet élément-là parce que Xavier NIEL pense par exemple au forfait à un euro, mais le forfait à un euro ça évite souvent, pour un certain nombre de populations qui ont peu de moyens, de devoir emprunter. Et donc on préfère que les gens aient quand même accès au numérique parce que c'est quasiment quelque chose de vital aujourd'hui. Si on arrête les forfaits à un euro avec les téléphones gratuits ou… Pardon, les téléphones à un euro, on aura 30% à 40% des personnes qui aujourd'hui achètent un téléphone via ce biais qui ne pourront pas avoir un téléphone. Et donc on préfère allonger la durée de vie des téléphones, favoriser le reconditionné mais quand même laisser tout le monde avoir accès à ce qui aujourd'hui est un bien quasiment essentiel dans la vie qu'on connaît.

MARC FAUVELLE
Cédric O, l'actualité ce matin c'est aussi l'inquiétude des petits commerces et la fronde anti-AMAZON. Des élus, des associations lancent un appel au boycott de la plateforme américaine. Est-ce qu'ils ont raison de le faire ?

CEDRIC O
Je pense qu'il faut réguler AMAZON pour les problèmes qu'il pose. Les problèmes qu'il pose, c'est l'empreinte de cette entreprise, c'est le subventionnement croisé entre le Cloud et le e-commerce, c'est les relations commerciales qu'il a avec les PME.

MARC FAUVELLE
Le fait qu'il paye peu d'impôts en France.

CEDRIC O
C'est éventuellement les impôts mais je vous rappelle que la France est le seul pays européen à avoir mis en place une taxe sur les services numériques. Mais ce que je veux rappeler, c'est que personne n'oblige les Français à aller commander en ligne. D'ailleurs quand ils le font, ils dépensent trois fois plus chez des e-commerçants français que chez AMAZON. Donc je pense qu'il ne faut pas attaquer le e-commerce, il faut aider les petits commerces à se digitaliser. Il faut faire en sorte que les e-commerçants français soient encore meilleurs qu'AMAZON. Mais attaquer AMAZON parce qu'il propose un meilleur service, je pense que c'est un mauvais combat.

MARC FAUVELLE
Donc pas de boycott. Est-ce qu'aider les petits commerces, c'est aussi les autoriser à rouvrir dès le 27 novembre, c'est-à-dire vendredi de la semaine prochaine, pour ne pas laisser AMAZON et les autres géants du numérique profiter seuls des promotions du Black Friday ?

CEDRIC O
Je vois où vous voulez en venir mais ça, on verra ce qu'annoncera le président de la République dans les jours qui viennent.

MARC FAUVELLE
Est-ce que c'est une possibilité ou est-ce que c'est non, pas avant le 1er décembre ?

CEDRIC O
Alors moi, je ne veux pas me positionner sur ce débat qui est à la fois économique, bien sûr, mais aussi sanitaire. Il y a un Conseil de défense ce matin, des discussions doivent avoir lieu donc je pense qu'on saura en temps voulu.

MARC FAUVELLE
On connaît désormais, Cédric O, toutes les mesures de la loi sur le séparatisme, qui d'ailleurs a changé de nom. Elle sera présentée dans quelques jours, le 9 décembre, au Conseil des ministres. Il y a plusieurs mesures qui vous concernent directement et qui visent à combattre la haine en ligne. Il y a notamment la création d'un délit de mise en danger de la vie d'autrui par diffusion d'informations privées, familiales ou professionnelles. Est-ce qu'on peut dire que c'est clairement l'assassinat de Samuel PATY qui a dicté cette loi ?

CEDRIC O
Alors effectivement aujourd'hui, il y a déjà un délit si vous diffusez des informations privées. Mais on comprend très bien que ce n'est pas la même chose si un hacker vient récupérer une base de données et publier la base de données sur Internet ou si je viens récupérer votre nom, votre numéro de téléphone et je le jette en pâture sur les réseaux sociaux pour dire : écoutez, tel monsieur a critiqué telle ou telle religion, s'est mal comporté, il habite à tel endroit et ses enfants vont à telle école. Et donc on veut combattre cette diffusion d'informations personnelles qui peuvent être extrêmement dangereuses, où il y a des vendettas, des fatwas parfois qui sont lancées sur tel ou tel. Et c'est pour cela que le Premier ministre a annoncé il y a quelques semaines qu'on inclurait dans la loi séparatisme ces dispositions.

MARC FAUVELLE
Ça veut dire que le père de la collégienne qui avait donné le nom dans une vidéo de Samuel PATY aurait été poursuivi si cette loi avait déjà existé ?

CEDRIC O
Bien sûr. Ça couvrirait ce genre de cas de figure.

MARC FAUVELLE
Ce sera aux réseaux sociaux d'enlever directement ce genre de message ou il faudra d'abord les signaler ? Qui va faire le ménage ?

CEDRIC O
Alors on fonctionne toujours sur la base d'un signalement, mais ce qu'on veut injecter par ailleurs un peu plus tard dans la loi séparatisme en lien avec l'Europe qui va présenter un texte début décembre, ce sont des obligations de modération des réseaux sociaux. Des obligations d'efficacité de la modération, des obligations de nombre de modérateurs en langue française sous la supervision d'un régulateur français.

MARC FAUVELLE
La dernière fois que la majorité a tenté de s'attaquer à cette question et a exigé des plateformes qu'elles retirent certains messages, ça s'est mal terminé. Quasiment tout le texte - c'était la loi Avia à l'époque - a été retoquée par le Conseil constitutionnel. Est-ce que cette fois-ci vous êtes sûrs de vous ?

CEDRIC O
Oui, on est sûr de nous. D'abord parce que l'Europe a présenté un texte qu'on déclinera dans la loi française, donc il y aura vraiment un texte au niveau européen. Et le deuxième élément, c'est que c'est toujours compliqué de trouver le chemin de crête entre liberté d'expression et régulation de la haine en ligne. On pense que la, à travers ces obligations de moyens, ces obligations de moyens renforcées et la supervision du régulateur français, on a une solution qui doit nous permettre de passer ce sujet législatif.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Cédric O, Secrétaire d'Etat au Numérique, invité de Franceinfo.

CEDRIC O
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 novembre 2020