Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France Bleu le 4 décembre 2020, sur les solutions pour lutter contre la précarité étudiante qui augmente.

Intervenant(s) :

  • Frédérique Vidal - Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation

Prononcé le

Texte intégral

MELODIE PEPIN
Bonjour Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

MELODIE PEPIN
Merci d'être avec nous par téléphone ce matin. Partout on sonne l'alerte, les associations de distribution alimentaire, les épiceries solidaires qui se multiplient, les présidents d'université aussi : la précarité s'installe durablement chez les étudiants. Est-ce qu'on a sacrifié une génération, Madame la ministre ?

FREDERIQUE VIDAL
Ecoutez, en tout cas le gouvernement et l'ensemble des acteurs, que ce soient les universités, les CROUS, les associations étudiantes sont totalement mobilisés pour accompagner les étudiants. Oui, il y a une forme de précarité qui a été amplifiée par la diminution des jobs étudiants. C'est pourquoi le gouvernement en crée 22 000 à la fois dans les universités et dans les CROUS, de manière à pouvoir leur permettre de compléter leurs revenus et d'étudier dans des bonnes conditions.

MELODIE PEPIN
Nous avons rencontré Alexandre, Madame la ministre. Alexandre c'est un étudiant en droit à Saint-Denis. Il a un message pour vous. Il touche 500 euros de bourse par mois et il y a quelque temps il a dû se prostituer pour ne pas crever de faim comme il dit parce qu'il avait perdu justement son petit job. Voici ce qu'il a à vous dire.

ALEXANDRE, ETUDIANT
Si je peux dire une chose, ce serait bien que le gouvernement ait conscience que vivre de 500 euros, la bourse de 500 ce n'est pas assez. Vous me demandez de payer le loyer, l'électricité, faire nos courses et on doit vivre de 500 euros. C'est impossible, c'est infaisable et c'est une situation en fait que je trouve qui ne peut pas durer.

MELODIE PEPIN
Alors Frédérique VIDAL, allez-vous augmenter la bourse des étudiants ?

FREDERIQUE VIDAL
Ecoutez, dès demain c'est 150 euros d'aide exceptionnelle qui seront versés à l'ensemble des étudiants boursiers.

MELODIE PEPIN
Mais en une fois.

FREDERIQUE VIDAL
Parce que nous sommes bien conscients de ces difficultés. Et puis c'est un travail aussi pour éviter le non recours à l'ensemble des aides qui sont disponibles pour les étudiants et que parfois ils connaissent encore mal. C'est un travail de fond que nous menons avec les associations pour avoir notamment ce qu'on appelle un guichet unique. C'est le doublement des aides spécifiques et des aides d'urgence à disposition des étudiants qui se trouvent en difficulté. C'est le travail des associations étudiantes avec les épiceries solidaires partout sur de très nombreux campus. Voilà. L'objectif, c'est vraiment que nous puissions accompagner les étudiants.

MELODIE PEPIN
Pui, mais ce n'est pas ce qu'ils vous demandent. Ils vous demandent une augmentation des bourses ou l'élargissement du RSA aux 18-25 ans. C'est la demande pressante en ce moment. Est-ce que la porte est ouverte ? Est-ce que vous réfléchissez ou pas du tout ? C'est complètement fermé ?

FREDERIQUE VIDAL
En fait, ça fait deux années consécutives que nous augmentons le montant des bourses sur critères sociaux. Aujourd'hui c'est 2,2 milliards d'euros qui sont consacrés aux aides directes via les bourses sur critères sociaux aux étudiants. Donc bien sûr, nous les accompagnons et nous mettons en place de très nombreux dispositifs mais le gouvernement, les établissements, les CROUS, les associations c'est vraiment un travail conjoint pour pouvoir les accompagner.

MELODIE PEPIN
Alors a priori donc, ce n'est pas en réflexion. Avez-vous envisagé de faire un…

FREDERIQUE VIDAL
Je viens de vous le dire, nous avons augmenté deux années consécutives le montant des bourses sur critères sociaux.

MELODIE PEPIN
Oui, mais le RSA pour les 18-25 ans, ce n'est pas en discussion. Est-ce que vous envisagez de faire un geste par exemple sur les frais d'inscription universitaires, étant donné qu'ils ne mettent quasiment plus les pieds à l'université depuis mars ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors sur la question des droits d'inscription, d'abord je rappelle qu'ils sont extrêmement minimes, de l'ordre de quelques centaines d'euros alors que les coûts d'un étudiant annuels, c'est plusieurs milliers d'euros. Donc c'est en réalité le dispositif dont nous sommes très fiers en France, que les études supérieures publiques soient très majoritairement financées par l'Etat. Nous avons gelé les droits d'inscription. Les étudiants boursiers sont dispensés de ces droits d'inscription. Donc pour eux, c'est déjà totalement gratuit. Nous avons fait un travail particulier cette année sur la question alimentaire avec la mise en place de tickets de restaurant universitaire à un euro, c'est-à-dire un repas chaud, équilibré pour un euro là aussi pour l'ensemble des étudiants boursiers. Donc c'est à chaque fois un travail dans la dentelle qui se fait sur le terrain, qui se fait au plus près des étudiants et qui se fait en écoutant les mesures qu'ils nous demandent de prendre.

MELODIE PEPIN
Rapidement Madame la ministre parce que, je suis désolée, mais la liaison est très mauvaise. Est-ce que vous envisagez de rouvrir les universités un peu plus tôt ou pas avant février comme c'est prévu ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors en réalité l'objectif, c'est que les cours puissent reprendre de manière totalement normale en février, et donc bien sûr ça implique qu'on mette en place le dispositif de réouverture, et ça fait partie de ce que je suis en train de travailler avec l'ensemble des chefs d'établissements ces jours, et nous pourrons faire des annonces prochainement.

MELODIE PEPIN
Très bien c'est noté. Donc des annonces à venir concernant la réouverture des universités. Merci beaucoup Madame la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique VIDAL, avec nous ce matin sur France Bleu Paris.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 décembre 2020