Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à BFM Business le 10 novembre 2020, l'arrivée prochaine d'un vaccin contre le Covid et la situation de la SNCF et d'Air France.

Texte intégral

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il est 8h19 et c'est Jean-Baptiste DJEBBARI, ministre délégué chargé des Transports, qui est avec nous ce matin. Jean-Baptiste DJEBBARI, ça fait longtemps que je n'avais pas reçu un ministre avec le sourire ce matin comme nous tous, cette nouvelle effectivement d'un probable vaccin, PZIZER et BIONTECH, l'allemand et l'américain, 90% de succès sur le vaccin et donc peut-être sans doute dans quelques semaines des premières vaccinations agrées par les autorités de santé. Du coup, "ouf", non ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Du coup, un peu d'espoir, c'est vrai, un peu d'espoir d'ailleurs pour tout le monde, non seulement pour les secteurs les plus touchés, je pense à l'hôtellerie, au commerce et à la restauration, au secteur des transports, on en parlera peut-être. …

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va en parler bien sûr !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et puis, je pense un peu d'espoir pour chacun parce que c'est vrai que, depuis maintenant quasiment un an, nous vivons avec ces restrictions sur le plan des libertés individuelles, avec cette crise économique et sociale qui se profile et d'avoir des traitements qui s'améliorent au fil du temps et l'espoir d'un vaccin sérieux, solide, ça nécessite encore évidemment d'être tout ça confirmé et agréé par les autorités de santé mais c'est vrai que ça offre un petit ballon d'oxygène que, je crois, chacun peut aujourd'hui goûter avec un peu de plaisir !

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, du coup parce qu'après-demain, il y a quand même un nouveau point qui avait été promis par le Président sur la pandémie, l'épidémie en France. Est-ce que, du coup, on peut espérer qu'on soit un peu plus souple dans certains domaines, notamment les commerces parce qu'il y a quand même de la lumière au bout du tunnel désormais ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bon, c'est vrai qu'il y a de la lumière au bout du tunnel mais il y a aussi la situation sanitaire qui, vous l'avez suivi notamment hier au gré des informations données par le directeur général de la Santé, Jérôme SALOMON, qui continue dans les faits et en ce moment particulièrement à se dégrader avec plus de 500 morts, c'est un niveau très haut comparativement aussi à la première vague. Donc il faut rester évidemment très concentré et solidaire dans cette phase un peu compliquée mais c'est vrai que les premiers chiffres, cela a été dit, commencent à frémir notamment dans les régions qui ont pris à la fois les mesures de couvre-feu qui après se sont fait …

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Paris par exemple …

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Paris mais d'autres métropoles …

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
…où le fameux "R" est plus bas que dans d'autres régions.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Donc c'est très bien, ce qui prouve qu'effectivement, l'effort collectif paye et c'est vrai que ce serait bien de continuer à entretenir cette dynamique positive pour pouvoir avoir peut-être un Noël à peu près préservé et puis s'offrir effectivement des perspectives plus heureuses à compter des premiers mois de 2021. Je crois que chacun aspire à retrouver cette forme de normalité !

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Tout le monde ! Alors, Jean-Baptiste DJEBBARI, aux Transports, vous avez des dossiers très délicats et qui ne vont sans doute pas le devenir moins avec ces espoirs parce que, par exemple, on va prendre, on va les prendre les uns après les autres, AIR FRANCE. Est-ce qu'AIR FRANCE qui comme toutes les compagnies aériennes dans le monde est frappée à la fois par la pandémie, l'arrêt du trafic mais aussi des ajustements structurels sur le voyage d'affaires par exemple – est-ce que le voyage d'affaires reprendra une fois qu'on aura un vaccin comme avant, ce n'est pas sûr –, AIR FRANCE peut-elle échapper à une recapitalisation ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a plein de sujets dans le sujet. Il y a le sujet effectivement de la reprise du trafic, vous avez raison de dire que, aujourd'hui, il est peu probable qu'on ait 100% du voyage d'affaires qui reprenne le jour où on a un vaccin efficace parce que les gens se sont habitués à faire du télétravail, parce que les modes de consommation ont changé. Donc ça mettra peut-être un peu de temps à revenir et c'est là-dessus que nous avons conçu d'ailleurs les hypothèses financières de soutien financier au groupe AIR FRANCE-KLM. Ensuite, c'est sûr que le sujet du transport, c'est un sujet de confiance. Dès lors que vous avez un traitement sérieux, un vaccin sérieux, vous pouvez avoir des protocoles harmonisés aux frontières et donc retrouver de la fluidité, retrouver de l'offre et par ailleurs, je l'ai souvent dit, mais je pense que ça sera une réalité, il y aura peut-être une contraction de l'offre, une consolidation du secteur.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y a des compagnies aériennes qui vont disparaître ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En difficulté, en tout cas. Je lisais ce matin dans un journal du groupe que le groupe NORWEGIAN s'était vu refuser ces aides par le gouvernement de la Norvège pour des raisons économiques et je dois dire ici, et peut-être qu'il faut que les Français aient conscience de la puissance du soutien de l'État français à l'ensemble des opérateurs industriels, économiques notamment dans le transport aérien et pas qu'AIR FRANCE-KLM, l'ensemble des opérateurs. Ça permet de survivre pendant la crise et ça permet de repartir dans l'après-crise avec des chances égales et il est évident que, pour nous, le soutien à AIR FRANCE-KLM est important. Donc pour répondre à votre question, aujourd'hui, nous avons fait avec le gouvernement néerlandais des prêts à AIR FRANCE-KLM.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ça ne suffit pas, il y a 10 millions d'euros de pertes chaque jour !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Voilà, 7 milliards de prêts pour l'État français, 3 milliards pour le gouvernement néerlandais, ce qui fait qu'aujourd'hui, la part de la dette chez AIR FRANCE-KLM est très forte par rapport à ses fonds propres. Donc s'il y a recapitalisation …

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Le cash s'envole !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a effectivement du cash qui est consommé, ça dépendra aussi de la dynamique de reprise mais si effectivement aujourd'hui AIR FRANCE-KLM a besoin de restaurer ses fonds propres par rapport à sa dette, il est possible qu'il y ait une recapitalisation …

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'il y a une nécessité financière à ce que l'on recapitalise AIR FRANCE aujourd'hui ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas, il y a une nécessité si AIR FRANCE doit repartir dans des bonnes conditions et notamment soit en capacité de se refinancer sur les marchés, il y a une nécessité à ce qu'elle retrouve des ratios de fonds propres, dettes sur fonds propres, qui soient compatibles avec ce qui est normalement accepté par les marchés. Donc c'est aussi pour ça, non seulement le soutien financier pour la survie, l'amortissement de la crise et le redémarrage mais aussi pour restaurer l'équilibre, on va dire, un peu intrinsèque du groupe, qu'il est nécessaire, qu'il sera nécessaire de recapitaliser. Ça se fera évidemment en bonne intelligence avec nos partenaires néerlandais.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
"Bonne intelligence", vous êtes gentil, parce que ce n'est pas toujours simple le relations avec nos amis Hollandais.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est souvent assez rugueux mais vous savez ce sont par nature et par tradition des commerçants, et nous avons réussi à mettre un paquet de soutiens de 10 milliards d'euros pendant la crise, ça a été accepté et approuvé par le Parlement, donc moi je souhaite évidemment que ces relations continuent à se faire en bonne intelligence.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, le gouvernement français et le gouvernement hollandais ont chacun 14% du capital du groupe AIR FRANCE-KLM, est-ce que vous allez monter dans le capital d'AIR FRANCE ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, d'abord cette question elle aurait été baroque il y a un an, puisque la question il y a un an c'était de savoir si État allait se retirer de ces 14%, et vous savez que les Néerlandais avaient d'ailleurs, à ce moment-là, pris de façon assez non-coopérative, 14% de du groupe AIR FRANCE-KLM. Donc le sujet aujourd'hui c'est de savoir effectivement si la recapitalisation emporte une nationalisation ou en tout cas une montée de l'État au capital d'AIR FRANCE-KLM. C'est possible au regard de la situation économique du groupe, ça va se regarder encore une fois assez finement avec nos partenaires néerlandais, l'idée étant d'avoir non seulement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est possible et probable la montée du gouvernement au capital d'AIR FRANCE ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais je le dis, c'est aussi conditionné à la stratégie qu'a le groupe pour lui-même. C'est-à-dire que, on l'a dit, on va avoir une stratégie, une situation compliquée avec des entreprises dans le secteur du transport aérien en difficulté, donc il faut qu'AIR FRANCE-KLM ait une stratégie très très claire, comme…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
D'acquisitions ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'acquisitions, de consolidations, bref de redémarrage dans la crise, pour à la fois faire ses réformes internes, vous savez qu'il y a une grande restructuration du réseau domestique par exemple, et puis savoir redémarrer dans des bonnes conditions et ça effectivement ça passe par un regard lucide sur le marché.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Si vous montez dans le capital, les Hollandais aussi vont entrer avec vous en parallèle ? C'est prévu ou pas forcément ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ecoutez, c'est l'objet des discussions, de la négociation, et il est évident que monter au capital ça importe des droits, que faire des prêts ça n'importe pas de droits, donc tout ça se regarde avec deux, de façon, je l'ai dit, honnête, lucide…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais virile.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais, tirant, enfin en tout cas respectueuse de l'intérêt de chacune des parties. Et l'intérêt du gouvernement français c'est de défendre au mieux l'intérêt d'un groupe international, mais aussi évidemment l'intérêt des Français dans le groupe.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Quand on vous écoute on se dit que c'est compliqué les négociations avec les Hollandais en ce moment.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est toujours compliqué avec les États vous savez, mais ce n'est pas grave, c'est la géopolitique, c'est normal, et on est dans des moments où on voit bien que l'Europe a une, d'ailleurs y compris au regard de l'élection américaine, sans être trop long, on voit bien qu'on est dans un moment où on a un intérêt objectif à ce que l'Europe soit forte, donc on a un intérêt à avoir un groupe AIR FRANCE-KLM fort et on a un intérêt national effectivement à protéger nos actifs stratégiques.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Avant de parler de la SNCF, les tests antigéniques dans les aéroports, ça beaucoup tardé, ça devait être il y a 15 jours, ça va arriver quand finalement ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça a été lancé il y a 15 jours à Nice pour les départs, et je remercie Christian ESTROSI pour le travail qu'il a fait. Ça a été lancé la semaine dernière à Orly, notamment pour protéger les Outre-mer avec des tests PCR et antigéniques à l'aéroport d'Orly, et c'est lancé cette semaine à Roissy avec l'objectif à terme demandé par le président de la République, de couvrir l'ensemble des arrivées. Vous savez qu'on pratique déjà des tests à Roissy, mais là ce sont des tests rapides, en 15 minutes vous avez le résultat, et ça permet de mieux, de beaucoup mieux couvrir notamment les pays dans lesquels le virus circule encore beaucoup.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'on peut envisager que grâce à ces tests antigéniques, vous parliez de l'Outre-mer, on pourra assurer par exemple à Noël, des déplacements intra-régions et notamment vers l'Outre-mer ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bon, des déplacements vers l'Outre-mer et il y en a encore quelques-uns, c'est peut-être d'ailleurs le trafic qui a le moins souffert pendant la crise. Et donc l'idée c'est ça, c'est quand même de permettre ces déplacements en sécurité, aujourd'hui pour les motifs…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il faut des raisons valables, est-ce que des raisons de vacances ça sera valable à Noël ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Tout ça dépendra sincèrement de la situation sanitaire, de son évolution. On aura un point jeudi qu'il va être important pour les raisons que vous avez rappelées au départ. Mais je crois qu'il faut vraiment, même avec les petites bonnes nouvelles que nous avons eues hier et aujourd'hui, il faut vraiment prendre les choses avec beaucoup de sérieux, ne pas relâcher les efforts parce qu'évidemment plus l'épidémie décroît en France et sur nos territoires Outre-mer, plus on en sortira rapidement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Un mot la SNCF qui va réduire de 70% le nombre de TGV en circulation, et qui s'attend à une année 2021 très difficile. Là encore l'État sera là, mais enfin bon c'est un peu facile pour la SNCF, parce que l'état financier de l'État j'ai envie de dire est illimité, est-ce que c'est bien raisonnable ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bon, l'État a été là depuis 2017, 35 milliards de dette reprise, et c'était nécessaire, un soutien encore dans le plan de relance de 5 milliards d'euros, 3 milliards par an pour régénérer le réseau, tous ces…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les chiffres là, font tourner la tête.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais ces investissements, il faut comprendre qu'ils sont nécessaires, parce qu'une politique de sous-investissement a été conduite pendant 20, 25 ans, on a un réseau qui est dégradé, il faut le remettre à niveau, parce que nous croyons dans le ferroviaire, donc c'est nécessaire. Le sujet c'est effectivement de savoir comment vont se comporter un peu les voyageurs, là aussi, on a vu qu'on a eu un été assez dynamique, le TGV aujourd'hui on a demandé à la SNCF de réduire l'offre, parce que faire circuler les trains à vide, d'abord ce n'est pas possible parce qu'on aussi et des malades à la SNCF et qu'il est normal d'adapter un peu l'offre à la demande. On a aujourd'hui 10% des passagers, pour 30% des trains, donc je crois qu'on a là surabondance de l'offre par rapport à la demande qui est satisfaisante, lais c'est vrai qu'il faudra être très vigilant sur le coût de la reprise, je l'ai dit à plusieurs reprises, évidemment l'État sera aux côté de la SNCF qui par ailleurs aussi mène ses transformations internes, et c'est heureux.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bon. Merci Jean-Baptiste DJEBBARI. Ça va quand même mieux qu'hier depuis cette nouvelle.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais moins bien que demain paraît-il.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Moins bien que demain. Ministre délégué chargé des Transports, merci d'avoir été notre invité dans "Good Morning business".


source : Service d'information du Gouvernement, le 16 novembre 2020