Interview de M. Olivier Dussopt, ministre des comptes publics, à CNews le 21 janvier 2021, sur les aides aux entreprises et le déficit de l'Etat.

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ROMAIN DESARBRES
Bercy annonce la fin du "quoi qu'il en coûte" pour cette année, pas pour demain mais pour cette année, c'est-à-dire la fin des dépenses sans compter. C'est Olivier DUSSOPT, le ministre délégué aux Comptes publics qui fait cette annonce ce matin. Merci Olivier DUSSOPT d'être en direct avec nous sur Cnews.

OLIVIER DUSSOPT
Bonjour.

ROMAIN DESARBRES
Enormément de professionnels vous écoutent et attendent ce que vous allez dire. La fin du "quoi qu'il en coûte" en 2021, Monsieur le Ministre, ministre du Budget et donc délégué aux Comptes publics, qu'est-ce que ça veut dire très concrètement ?

OLIVIER DUSSOPT
Ça veut tout simplement dire que le gouvernement accompagne les entreprises autant qu'il le faut. Ce matin encore, j'ai signé le décret qui sera signé avec Bruno LE MAIRE, avec Alain GRISET, pour vraiment forcer l'aide aux entreprises fermées du fait des décisions administratives, nous pensons aux entreprises avec des charges fixes très lourdes. Nous avons annoncé ce renforcement la semaine dernière et nous le mettons en oeuvre avec un décret signé aujourd'hui même. Donc nous sommes présents à côté des entreprises, nous le resterons. Et comme l'a dit le président de la République, tant que les entreprises devront être maintenues fermées, pour des questions sanitaires, nous serons à leurs côtés. Mais nous devons aussi avoir comme perspective la sortie de la crise, tout le monde souhaite la sortie de la crise sanitaire, tout le monde souhaite la reprise de l'activité économique, et dans ce cadre-là il faut effectivement avoir en tête que les dispositifs absolument massifs, que nous avons mis en oeuvre, ont vocation à s'éteindre progressivement, puisque ces dispositifs sont massifs, plusieurs dizaines de milliards d'euros d'aides par an, et évidemment nous ne pouvons pas tenir à ce rythme-là pendant des années et des années. Il ne s'agit pas d'arrêter d'aider les entreprises, comme j'ai pu l'entendre ici ou là, il s'agit de les accompagner au maximum comme nous l'avons fait, mais avec cette perspective que la sortie de crise sanitaire s'accompagne aussi de la sortie, de l'extinction de ces dispositifs particuliers.

ROMAIN DESARBRES
Vous nous dites que ce sera la fin de "l'argent magique", quand la situation permettra la réouverture des entreprises qui sont fermées aujourd'hui.

OLIVIER DUSSOPT
C'est exactement cela. Il s'agit d'aider les entreprises qui ont besoin de l'être, puisque lorsqu'une entreprise est fermée par une décision administrative, pour protéger la santé des Français, à la suite des préconisations sanitaires, nous les aidons. Le Fonds de solidarité qui a été créé il y a presque un an maintenant, était d'abord à 1 500 € par mois, depuis les pertes d'activité de novembre il est porté à 10 000 €, désormais les entreprises ont le choix entre un plafond de 10 000 € ou avoir recours au calcul de 20% de leur chiffre d'affaires de l'année précédente. Nous renforçons encore ce dispositif avec le décret que j'ai évoqué tout à l'heure. Cela démontre que nous sommes aux côtés des entreprises en difficulté. Mais lorsqu'on a en charge la responsabilité des Comptes publics, c'est mon cas aujourd'hui, lorsqu'on doit, comme nous le faisons avec Bruno LE MAIRE, penser la soutenabilité et le développement économique, la crédibilité de notre situation financière et budgétaire sur les marchés financiers, nous devons aussi préparer l'après. C'est ce qu'avait indiqué le président de la République, faire en sorte que ces dispositifs qui sont des dispositifs exceptionnels, soient progressivement éteints au fur et à mesure de l'amélioration de la situation. Et donc nous nous projetons vers la sortie de crise, nous espérons cette sortie de crise. Bien évidemment, cela dépend avant tout de la situation sanitaire, mais il faut préparer la suite et préparer le retour à des trajectoires tout à fait soutenables et plus classiques, si je puis dire.

ROMAIN DESARBRES
Monsieur le Ministre, économiquement, votre déclaration sans temps, est-ce que politiquement elle n'est pas prématurée ?

OLIVIER DUSSOPT
Non, parce que les artisans, les chefs d'entreprise, savent très bien que si nous devons et si nous avons fait le choix de les aider comme nous les aidons, c'est pour permettre la survie des entreprises et leur permettre de faire face à cette crise et à cet arrêt d'activité. Ils savent aussi qu'à chaque fois que nous mobilisons de l'argent, comme nous le mobilisons, cela crée de la dette et que la dette se rembourse. Ils ont ce bon sens, ils ont le bon sens des ménages français, ils savent que les dettes se remboursent et que tout ça ne peut pas être absolument durable et soutenable dans le temps. Et donc nous avons tous cette responsabilité : faire en sorte de répondre présent quand c'est nécessaire, mais lorsque l'incendie est éteint, un on arrête d'arroser, tout simplement, et donc il faut penser cette extinction progressive et c'est notre responsabilité de la préparer, je le répète, sans brutalité. Il s'agit d'une extinction progressive, pour sortir de ce niveau de dépenses publiques, qui, on l'a vu en 2020, a été ré-haussé de plusieurs dizaines de milliards d'euros. Vous l'annonciez vous-même, le déficit de l'Etat en 2020 s'élève à 178 milliards d'euros, alors qu'initialement il était prévu à 93 milliards d'euros. Ça amène aussi une augmentation de l'endettement du pays et du poids de la dette publique par rapport au PIB. Il faut avoir cela en tête, le garder en tête, nous faisons en matière budgétaire des choses tout à fait inédites et avec une ampleur tout à fait exceptionnelle aussi. Il faut avoir en tête que nous avons mobilisé en 2020, pour l'activité partielle, plus de 23 milliards d'euros, que pour le fonds de solidarité ce sont plus de 12 milliards d'euros qui ont été versés sans compter, ce que nous allons verser aux entreprises au titre du mois de décembre, ce sont des niveaux d'aides qui ne sont jamais intervenus.

ROMAIN DESARBRES
Merci Monsieur le Ministre.

OLIVIER DUSSOPT
Nous le faisons, nous continuons à le faire pour les secteurs en difficulté, mais il faut préparer la suite.

ROMAIN DESARBRES
Merci beaucoup Monsieur le Ministre. Merci Olivier DUSSOPT d'avoir été en direct avec nous ce matin et d'avoir choisi Cnews pour faire ces annonces capitales évidemment.

OLIVIER DUSSOPT
Merci.

ROMAIN DESARBRES
Très bonne journée à vous. "Lorsque l'incendie est éteint, il faut arrêter de jeter de l'eau", nous a dit Olivier DUSSOPT, donc on se dirige vers la fin du "quoi qu'il en coûte", quand la situation économique le permettra.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 janvier 2021