Interview de Mme Elisabeth Moreno, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, à France Bleu Provence le 22 janvier 2021, sur les inégalités et la lutte contre les discriminations après sa visite d'une école de la Deuxième chance à Marseille

Texte intégral

KEVIN COLLOC
Depuis hier, elle est à Marseille pour parler notamment de la lutte contre les discriminations. La Ministre déléguée à la Diversité est notre invitée.

QUENTIN PEREZ DE TUDELA
Bonjour Elisabeth MORENO.

ELISABETH MORENO
Bonjour à vous et bonjour à tous les auditeurs de France Bleu.

QUENTIN PEREZ DE TUDELA
Vous avez visité l'école de la Deuxième chance hier qui accompagne chaque année 900 élèves décrocheurs à Marseille. A Marseille est en pleine crise sanitaire, Madame MORENO, en quoi ce genre de structure est plus que jamais importante.

ELISABETH MORENO
Eh bien ce genre de structure est important parce que quand on parle d'Ecole de la Deuxième chance, on se doute que certains des élèves qui sont dans cette école ont pu avoir des difficultés au début de leur parcours. Et vous avez raison de souligner qu'en pleine crise sanitaire, on peut imaginer que d'autres personnes soient en situation difficile. Il me tenait à coeur de rencontrer cette structure justement qui tend la main aux personnes qui ont pu louper la première chance, comme on peut dire, mais qui se disent qu'ils ont encore des choses à construire, qu'ils ont encore des ambitions, qu'ils ont encore des rêves. Et cette Ecole de la Deuxième chance prouve que l'Etat est investi pour accompagner toutes les personnes de notre pays : celles qui ont un parcours classique et traditionnel ou encore celles qui n'ont pas trouvé leur chemin la première fois et qui peuvent se réinsérer par l'éducation dans le monde du travail, par la formation parce que c'est la meilleure manière finalement de remplir sa vie.

QUENTIN PEREZ DE TUDELA
Vous dites toutes les personnes en France. Là on est à Marseille, Marseille qui est particulièrement touchée par les inégalités. Comment est-ce qu'on fait pour que les jeunes des quartiers Nord, comment est-ce qu'on fait très concrètement pour que ces jeunes-là aient également eux aussi leur chance ?

ELISABETH MORENO
Eh bien je pense que vous avez compris que le président de la République s'est exprimé là-dessus dans son interview à Brut et aussi dans ses voeux de fin d'année. Le président de la République veut s'assurer que les Marseillais, comme toutes les personnes dans notre pays qui sentent qu'ils n'ont pas forcément eu la possibilité soit d'avoir une éducation à la hauteur de leurs attentes, soit d'avoir un apprentissage à la hauteur de leurs attentes, soit d'avoir un emploi et vous l'avez vu : nous avons massivement investi dans un plan qui s'appelle 1jeune1solution pour faire en sorte qu'aucun de nos jeunes qu'ils soient dans les quartiers Nord par exemple ou alors qu'ils soient dans d'autres quartiers défavorisés de notre pays, ne soit laissé sur le bord de la route. Donc ça va passer par l'éducation, ça va passer par la formation, ça va passer par l'apprentissage parce qu'en 2020 malgré cette grande crise sanitaire, nous avons réussi à faire en sorte que l'apprentissage dans notre pays soit au niveau plus de 400 000 personnes qui se sont formées par l'apprentissage, parce que l'éducation classique et traditionnelle ne correspond pas à tout le monde. Et c'est par ce genre de processus que nous espérons, en investissant 6,7 milliards d'euros, que nous espérons que cette jeunesse ne sera pas ce qu'on appelle cette jeunesse sacrifiée dont tout le monde parle.

QUENTIN PEREZ DE TUDELA
Ça va passer par la formation, ça va passer aussi par le fait de convaincre les patrons d'embaucher, de prendre en apprentissage des jeunes issus de ces quartiers Nord et parfois qui ont eux aussi des diplômes.

ELISABETH MORENO
Absolument.

QUENTIN PEREZ DE TUDELA
Et là, comment on fait ?

ELISABETH MORENO
Vous savez, il ne s'agit pas de mettre dos à dos des personnes qui ont des diplômes ou des personnes qui n'ont pas de diplôme. Il y a des personnes qui sont faites, comme je vous le disais tout à l'heure, pour des études classiques et traditionnelles et qui vont jusqu'aux études supérieures et Frédérique VIDAL s'assure que ces étudiants-là puissent avoir accès même s'ils sont issus de classes défavorisées, qu'ils puissent avoir accès aux hautes études et d'ailleurs, il ne vous a pas échappé que le président de la République hier a annoncé …

QUENTIN PEREZ DE TUDELA
Avoir accès, Madame MORENO …

ELISABETH MORENO
Vous m'entendez ?

QUENTIN PEREZ DE TUDELA
Oui très bien, avoir accès aux études mais aux entreprises aussi et c'est là où, parfois, ça coince.

ELISABETH MORENO
Alors, voyez, moi je viens du monde de l'entreprise, j'ai passé les 30 dernières années de ma vie dans le monde de l'entreprise, je peux vous dire que les chefs d'entreprise aujourd'hui ont désespérément besoin des talents indépendamment d'où qu'ils viennent, à partir du moment où ils ont la motivation, à partir du moment où ils montrent la volonté de vouloir rentrer dans l'entreprise, il y a des possibilités et il y a des jobs. Les chefs d'entreprise que j'ai rencontrés récemment me disent qu'il y a certains secteurs qui sont en tension, je pense notamment au bâtiment et à Marseille, Dieu sait que ça construit, donc on a besoin de jeunes qui s'intéressent au bâtiment. Aujourd'hui, pour trouver un plombier, c'est quelque chose d'extrêmement difficile parce qu'il y a des métiers qui n'ont pas été considérés à leur juste mesure. Jusque maintenant, les jeunes voulaient faire des hautes études parce que c'était ce qui était le plus apprécié mais je peux vous dire que, que ce soit le secteur du numérique, que ce soit le secteur du bâtiment, il y a plein de secteurs aujourd'hui où …on a besoin que la jeunesse s'intéresse et dans ce cas-là, il faut leur donner le moyen de le faire correctement. J'ai visité « les Tables de Cana » hier où il y avait un restaurateur qui me disait qu'il était impressionné de voir des femmes qui ont plus de 37 ans reprendre leurs études pour faire un CAP et pour pouvoir être dans les métiers de la cuisine parce qu'ils sont aussi en tension. Donc lorsque ces restaurants rouvriront, eh bien, j'espère qu'il y aura de plus en plus de jeunes et de moins jeunes qui s'intéresseront à ces métiers, qui peuvent à la base paraître un peu compliqués et difficiles mais qui offrent énormément d'opportunités.

QUENTIN PEREZ DE TUDELA
Madame MORENO, rapidement, je vous demanderai d'être très très courte, vous êtes vous-mêmes une illustration de cette réussite sociale, de cet ascenseur social là, qu'est-ce que vous dites à ces jeunes pour montrer que, vous aussi, vous avez réussi et que, eux aussi peuvent réussir ? Très court !

ELISABETH MORENO
Vous savez, moi, je crois que j'ai le parcours de nombreux Marseillais et Marseillaises. Je ne suis pas née dans ce pays mais j'y suis arrivée jeune et j'ai eu la chance d'accéder à l'école républicaine et de pouvoir utiliser l'éducation et la formation comme des tremplins pour m'élever dans la classe sociale. Donc ce que je veux dire à toutes les personnes qui comme moi …

QUENTIN PEREZ DE TUDELA
Rapidement !

ELISABETH MORENO
…peuvent se dire parfois que telles ou telles études ne sont pas faites pour elles, tels ou tels métier ne sont pas faits pour elles, que la République travaille ardemment à offrir des opportunités et des chances à tout le monde et que lorsque ces personnes se sentent discriminées ou se sentent oubliées, eh bien, aujourd'hui nous sommes notamment en train de travailler sur une plateforme pour lutter contre les discriminations, quelles qu'elles soient, que ce soit les discriminations de genre ou les discriminations d'orientation sexuelle ou les discriminations quelles qu'elles soient, pour qu'ils se sentent considérés et qu'on les aide à trouver leur place dans cette société parce que la France est un pays accueillant et qu'il y a de la place pour tout le monde.

QUENTIN PEREZ DE TUDELA
Madame MORENO, merci d'avoir été avec nous sur France Bleu Provence, je rappelle que vous êtes ministre déléguée auprès du Premier ministre en charge notamment de la Diversité et de l'Egalité des chances.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 janvier 2021