Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à France Bleu le 5 février 2021, sur le bilan de l'année 2020 sur l'apprentissage, l'emploi des jeunes et l'importance de continuer le télétravail en cette période de crise.

Texte intégral

MAGUED RABIA
Apprentissage, emploi des jeunes et télétravail, vous avez des questions à poser à la ministre du Travail, vous nous appelez maintenant. N'hésitez pas, on vous redonne le numéro de téléphone : 01 42 30 10 10. Pour les plus timides, il y a évidemment la page Facebook de France Bleu Paris. Elisabeth BORNE est notre invitée ce matin sur France Bleu.

MELODIE PEPIN
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

MELODIE PEPIN
« Le télétravail doit être impératif partout où c'est possible » a encore répété le Premier ministre hier. En octobre déjà, vous disiez : « le télétravail n'est pas une option » et pourtant il y a du relâchement. Pourquoi ne pas le rendre obligatoire dans ce cas ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, c'est bien la règle. Vous savez qu'on a un protocole sanitaire en entreprise qui définit les règles qui doivent être mises en place et la règle, elle est simple. Toutes les tâches qui peuvent être faites à distance doivent être faites en télétravail. Et donc si toute votre activité peut être faite à distance, vous devait être cinq jours sur cinq en télétravail. C'est la règle qui s'impose aux entreprises.

MELODIE PEPIN
Mais vous constatez du relâchement dans certains secteurs.

ELISABETH BORNE
Donc je vous confirme, on a vu les derniers chiffres de l'enquête qui a été réalisée pour mon ministère qui montrent qu'aujourd'hui parmi les actifs qui peuvent facilement télétravailler, on a seulement 64 % qui le font. Et parmi ceux qui peuvent télétravailler à 100 %, on était à 45 % en novembre qui télétravaillaient à 100 %, on est tombé à 30 %. Donc ça veut dire finalement qu'il y a un tiers de ces actifs qui peuvent facilement télétravailler, plus d'un tiers qui ne le font pas.

MELODIE PEPIN
Alors vous allez faire quoi ?

ELISABETH BORNE
C'est 2,5 millions, vous voyez, de salariés qui pourraient télétravailler et qui ne le font pas. Donc il faut absolument qu'on se remobilise, on ne change pas la règle mais on demande à toutes les entreprises, à tous les salariés de se remobiliser. Moi j'ai…

MELODIE PEPIN
Mais demander, est-ce que c'est suffisant ?

ELISABETH BORNE
On commence par responsabiliser les entreprises et les salariés. Moi je demande qu'il y ait une concertation au sein de chaque entreprise entre l'employeur et les salariés ou les représentants des salariés avec deux objectifs. Qu'on réduise la part de ceux qui ne télétravaillent pas du tout et puis ceux qui télétravaillent un peu - un jour, deux jours, trois jours – eh bien que tous ces salariés télétravaillent un jour de plus. Parce que je le redis, chaque jour compte. Donc vraiment, il faut qu'on se remobilise tous. Je dis ça, vous savez, je suis bien consciente qu'un certain nombre de salariés sont en télétravail maintenant depuis plusieurs mois, que c'est difficile. Mais vraiment, il faut avoir en tête que le télétravail, c'est une très bonne façon de réduire la circulation du virus. Si on veut échapper à un nouveau confinement, ça fait partie des règles qu'il faut appliquer : se remobiliser pour le télétravail.

MELODIE PEPIN
Bon. Et si mon employeur me met la pression pour venir sur site, qu'est-ce que je fais ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, soit vous discutez avec les représentants des salariés qui peuvent peut-être vous aider ; soit vous pouvez aussi contacter l'inspection du travail qui pourra vous aider.

MELODIE PEPIN
Directement.

ELISABETH BORNE
Absolument.

MELODIE PEPIN
Vous allez renforcer les contrôles ?

ELISABETH BORNE
J'ai demandé effectivement. On a une instruction qui a été adressée hier à l'inspection du travail en leur demandant de reprendre, de renforcer les visites qu'ils font en entreprise. Vous savez que depuis le déconfinement, ils ont fait soixante-cinq mille visites en entreprise. Dans le cadre de ces visites, ils conseillent l'entreprise, ils accompagnent la mise en place des règles sanitaires. Ils peuvent aussi contrôler…

MELODIE PEPIN
Sanctionner.

ELISABETH BORNE
Et quand ces règles ne sont pas appliquées, ils peuvent sanctionner. Donc l'objectif, c'est plutôt qu'on soit tous responsables parce que chacun a sa part à jouer pour éviter un nouveau confinement. Si on respecte bien tous les règles, on peut éviter ce nouveau confinement et je pense que chacun a en tête les conséquences humaines, économiques, sociales d'un confinement, donc on souhaite vraiment y échapper. Mais ça veut dire que chacun prend sa part et notamment qu'on se remobilise tous pour le télétravail. (…)

MELODIE PEPIN
Et pour ceux qui ne travaillent plus en raison de la crise sanitaire, Elisabeth BORNE, le chômage partiel, le ?quoi qu'il en coûte?, ça durera jusqu'à quand ?

ELISABETH BORNE
Ça durera aussi longtemps que nécessaire. Vous savez, on a un certain nombre de secteurs qui sont fermés par exemple administrativement. Evidemment, on va continuer aussi longtemps que nécessaire à accompagner les entreprises et les salariés avec une activité partielle. Ça veut dire que c'est l'Etat qui prend en charge 100 % de la rémunération du salarié.

MELODIE PEPIN
Au moins jusqu'à la fin de la campagne de vaccination ?

ELISABETH BORNE
Le temps qu'il faudra. Tant qu'il y a des restrictions, tant qu'on a des entreprises qui ne peuvent pas exercer leur activité, alors les salariés sont protégés par l'activité partielle. Vous savez, c'est quelque chose de fondamental. Il faut avoir en tête qu'au printemps, c'est neuf millions de salariés dont la rémunération a été prise en charge par l'Etat. Au mois de novembre avec le deuxième confinement, c'étaient trois millions de salariés. Et encore au mois de décembre, 2,4 millions. Tout ça pour dire qu'on n'hésite pas parce que protéger les emplois avec l'activité partielle, c'est un investissement. Ça permet aux entreprises de garder des salariés, de garder les compétences de leurs salariés. Et quand on sortira de la crise, on aura… Enfin, on ne veut pas refaire ce qui s'est passé en 2008-2009, vous savez, où les entreprises avaient licencié des salariés. Quand l'activité économique est repartie, c'est des salariés et des compétences que les entreprises n'avaient plus. Donc c'est aussi un investissement. Evidemment c'est une protection pour les salariés mais c'est aussi un investissement. C'est la meilleure stratégie qu'on peut avoir de protéger des emplois avec l'activité partielle.

MAGUED RABIA
08 heures 24, vous venez d'arriver tout juste sur France Bleu mais aussi France 3. Nous recevons ce matin la ministre du Travail Elisabeth BORNE et vous avez des questions à lui poser. N'hésitez pas, vous avez la parole au 01 42 30 10 10. On a parlé télétravail, parlons maintenant apprentissage.

MELODIE PEPIN
Oui puisque c'est la semaine de l'apprentissage, Elisabeth BORNE. Quel est le bilan alors de l'année 2020 ?

ELISABETH BORNE
L'année 2020, elle est exceptionnelle. On a eu quatre cent quatre-vingt-quinze mille contrats qui ont été signés en entreprise. C'est une progression formidable puisqu'on était à un peu plus de trois cent cinquante mille en 2019. Donc moi je suis vraiment très heureuse parce que ça veut dire que c'est des jeunes qui peuvent poursuivre leur formation en étant rémunérés et qui se préparent au mieux aux compétences dont les entreprises ont besoin. Donc c'est vraiment…

MELODIE PEPIN
Dans la région aussi ?

ELISABETH BORNE
Alors dans la région, il y a aussi un très beau score si je peux dire. On est à cent huit mille apprentis en 2020 alors qu'on était à soixante-quinze mille en 2019, donc c'est aussi une très belle progression de 44 %. Ça veut dire que l'apprentissage, ça marche bien aussi en Ile-de-France.

MELODIE PEPIN
Et si je veux être apprenti, alors je vise plutôt les petites, les moyennes entreprises ? Quels secteurs ?

ELISABETH BORNE
C'est plutôt les TPE-PME, les moins de deux cent cinquante salariés qui représentent les trois quarts de l'apprentissage et elles ont tenu leur place dans l'apprentissage, notamment grâce aux primes. Parce que, vous savez, il y a beaucoup de TPE qui auraient pu hésiter à embaucher un apprenti. On sait qu'il y a beaucoup d'incertitudes pour une petite entreprise. On a mis en place dans le cadre du plan 1jeune1solution une prime de cinq mille à huit mille euros pour les entreprises qui embauchent un apprenti. Ça veut dire que ça ne coûte quasiment rien à l'entreprise, donc ça leur a permis de continuer à embaucher des apprentis. On en a dans tous les secteurs, les secteurs traditionnels : bâtiment et travaux publics, industrie, artisanat. Mais ce qui s'est beaucoup développé cette année, c'est le commerce et les services qui ont augmenté de plus de 50 %.

MELODIE PEPIN
Alors justement, vous parliez des aides à l'embauche des jeunes qui sont pour beaucoup dans ce succès. Est-ce que vous allez prolonger ces aides ?

ELISABETH BORNE
On va prolonger ces aides jusqu'à fin mars pour qu'on continue à être tous mobilisés, pour trouver des solutions pour les jeunes.

MELODIE PEPIN
Fin mars ?

ELISABETH BORNE
Jusqu'à fin mars. Ensuite on aura des discussions avec les organisations patronales et syndicales, avec tous ceux qui développent l'apprentissage, mais là c'est au moins jusqu'à fin mars. Donc moi je dis aux entreprises : continuez à vous mobiliser, recrutez des apprentis, recrutez des jeunes. C'est vraiment important qu'on se mobilise tous pour la jeunesse.

MELODIE PEPIN
Sept cent cinquante mille jeunes, Elisabeth BORNE, sont arrivés sur le marché du travail en septembre. C'est ça ? Dans un contexte évidemment difficile. On parlait du dispositif 1jeune1solution et vous nous annoncez aussi une nouvelle aide ce matin pour les jeunes diplômés.

ELISABETH BORNE
Alors moi, je voudrais effectivement dire à tous les jeunes diplômés qui sont en recherche d'emploi, qui étaient boursiers au titre de l'année universitaire 2019-2020 qu'ils ont droit à une aide de quatre mois. Ils toucheront 70 % du montant de leur bourse et cent euros s'ils n'habitent plus chez leurs parents. Et donc il faut qu'ils prennent contact avec Pôle Emploi pour avoir cette aide pendant quatre mois.

MELODIE PEPIN
C'est pour tous les étudiants boursiers ?

ELISABETH BORNE
Tous les jeunes diplômés qui étaient boursiers dans l'année universitaire 2019-2020.

MELODIE PEPIN
Ça concerne combien de personnes ?

ELISABETH BORNE
C'est plusieurs dizaines de milliers d'étudiants, enfin d'ex-étudiants boursiers qui pourront bénéficier de cette aide.

MELODIE PEPIN
Et au maximum, ça fait combien ?

ELISABETH BORNE
Ça fait cinq cents euros par mois sur le taux maximal de la bourse.

MELODIE PEPIN
E pour les autres jeunes non boursiers, on fait quoi ?

ELISABETH BORNE
Alors on a beaucoup de solutions vraiment dans le cadre du plan 1jeune1solution. On a les primes à l'embauche dont on a parlé. On a aussi des formations. On a renforcé les formations. Il y a quatre cent mille formations en 2021 vers des métiers qui recrutent. Je rappelle qu'on a revalorisé la rémunération de ceux qui sont des stagiaires de la formation professionnelle. Là aussi c'est cinq cents euros par mois. Et puis on veut s'occuper de tous les jeunes, apporter des réponses à tous les jeunes. Il y a notamment beaucoup de soutien, d'accompagnement pour aller vers l'emploi. C'est par exemple la Garantie jeunes. On va doubler le nombre de jeunes en Garantie jeune. Vous savez la Garantie jeune, je ne sais pas si vos auditeurs savent ce que c'est.

MELODIE PEPIN
Expliquez, oui.

ELISA BETH BORNE
C'est un accompagnement des jeunes, d'un jeune, avec par exemple on lui apprend à faire un entretien d'embauche. Il y a des moments collectifs avec d'autres jeunes pour partager les difficultés, voir comment les jeunes… Pour les jeunes qui sont éloignés de l'emploi, il y a de l'immersion en entreprise et pendant toute cette période où vous êtes accompagné, vous avez cinq cents euros par mois. Donc ça permet, voilà, d'être débarrassé si je peux dire des soucis financiers et de se consacrer pleinement à la préparation de son entrée dans le travail.

MELODIE PEPIN
Cinq cents euros, c'est un maximum. C'est un plafond.

ELISABETH BORNE
Dans la Garantie jeunes, c'est cinq cents. Quatre cent quatre-vingt-dix-sept euros par mois très précisément.

MELODIE PEPIN
Pour tout le monde ?

ELISABETH BORNE
Pour tous les jeunes qui sont en Garantie jeunes. Ça va être deux cent mille jeunes cette année mais on a systématisé aussi ce principe. Vous savez, moi j'entends beaucoup de gens qui nous disent : le RSA jeunes. On a systématisé ce principe.

MELODIE PEPIN
Oui, justement.

ELISABETH BORNE
Tous les jeunes qui sont accompagnés par une mission locale, par Pôle emploi ou pour les jeunes diplômés par l'APEC, l'Association pour l'emploi des cadres, ont droit donc à cet accompagnement et à une rémunération jusqu'à cinq cents euros par mois s'ils en ont besoin. On a un million de solutions de ce type pour les jeunes en 2021.

MELODIE PEPIN
Et comment on fait pour s'y retrouver dans tous ces dispositifs et toutes ces aides ? C'est un petit peu compliqué quand même.

ELISABETH BORNE
D'abord il y a un site 1jeune1solution.gouv.fr. Et puis les jeunes, il faut qu'ils n'hésitent pas à passer la porte de leur mission locale. Justement sur la plateforme 1jeune1solution, vous pouvez trouver la mission locale qui est la plus proche de chez vous. Chez Pôle emploi, là aussi on vous orientera vers le bon dispositif. Je suis consciente que c'est compliqué mais ça doit être évidemment transparent pour le jeune. C'est le conseiller de la mission locale, le conseiller de Pôle Emploi qui peut lui trouver le meilleur accompagnement vers l'emploi.

MELODIE PEPIN
Je suis allée faire un tour en sur le site 1jeune1solution justement. Je me suis dit : allez, je fais comme si j'ai vingt ans, j'ai le bac, je n'ai pas d'emploi, qu'est-ce que je cherche, ou est-ce que je vais. J'avoue qu'au début, j'ai eu un peu de mal à trouver la bonne case et où est-ce qu'il fallait que je clique.

ELISABETH BORNE
Alors il y a beaucoup de solutions. Moi je vous dis par exemple, je vous ai parlé des accompagnements qu'on peut vous proposer avec une rémunération. Il y a aussi le service civique. Vous savez, c'est là encore s'engager sur une mission d'intérêt général. C'est le service civique, c'est aussi une autre formule, donc vous pouvez rentrer en formation. Je pense que vous pouvez regarder sur ce site 1jeune1solution mais il ne faut pas hésiter à contacter la mission locale dont vous trouverez l'adresse sur le site en question, et là on vous expliquera tous ces dispositifs et vous pourrez choisir la meilleure solution pour vous.

MELODIE PEPIN
Merci beaucoup Elisabeth BORNE. Un mot pour conclure. Est-ce que vous, vous allez télétravailler ?
ELISABETH BORNE
Moi, j'ai un peu de mal. Vous voyez là, par exemple, je suis avec vous mais…

MAGUED RABIA
C'est compliqué.

ELISABETH BORNE
Voilà. Non, non, mais je pense qu'honnêtement je suis consciente que c'est difficile, mais je crois qu'il faut vraiment qu'on donne tous ce coup de collier sur le télétravail. Si ça peut nous éviter un confinement, je pense que ça vaut la peine.

MELODIE PEPIN
Merci beaucoup en tout cas d'avoir répondu à notre invitation ce matin. Et on retient donc cette annonce, cette nouvelle aide à destination des jeunes diplômés anciens boursiers 2019-2020 : jusqu'à 500 euros par mois. Merci à vous.

ELISABETH BORNE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 février 2021