Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, sur la stratégie industrielle de l'Union européenne, à Paris le 15 février 2021.

Intervenant(s) :

  • Bruno Le Maire - Ministre de l'économie, des finances et de la relance

Circonstance : Point presse à l'issue de la réunion de travail entre Bruno Le Maire et Thierry Breton

Prononcé le

Texte intégral

Bonjour à tous,
Bonjour monsieur le Commissaire, cher Thierry.


Nous avons eu un long échange de travail avec le commissaire européen, Thierry Breton, que je remercie pour sa disponibilité ce matin, puisque nous avions beaucoup de sujets importants à traiter tous les deux. J'en retiendrai principalement deux de ces échanges comme toujours très constructifs et utiles.

1. Le premier point a porté sur la stratégie industrielle de l'Union européenne.

Il nous paraît indispensable à Thierry Breton comme à moi-même, de renforcer la stratégie industrielle européenne avec comme objectif de maintenir les capacités industrielles de l'Europe et de les développer dans un avenir proche afin de garantir l'indépendance stratégique européenne.

Nous avons voulu tirer toutes les leçons de la crise que nous connaissons depuis plusieurs mois, qui a montré, au niveau national comme au niveau européen, des lacunes industrielles inacceptables avec des composants qui nous manquent dans certaines filières. C'est vrai dans le domaine de la santé, avec les principes actifs de médicaments qui nous font défaut. C'est vrai aussi avec des composants électroniques sur lesquels je reviendrai dans quelques instants.

Vous savez que nous avions fait avec mon homologue allemand Peter Altmaier, une proposition franco-allemande sous forme d'un manifeste pour l'industrie européenne, en février 2019. Ces propositions franco-allemandes sont plus que jamais d'actualité.

Déjà, en février 2019, nous appelions à créer de nouvelles chaînes de valeur industrielles, investir massivement dans l'innovation et les nouvelles technologies. Nous appelions également, avec Peter Altmaier, à changer les règles de la concurrence pour pouvoir davantage soutenir les filières industrielles européennes.

Je le redis, ces propositions franco-allemandes n'ont jamais été autant d'actualité.

J'aurai demain un échange avec le ministre de l'Economie allemand, Peter Altmaier, pour faire de nouvelles propositions en matière de stratégie industrielle et nous soumettrons ces propositions à la Commission européenne et à nos partenaires européens.

Le point le plus important, dans cette stratégie industrielle européenne, c'est de renforcer l'indépendance technologique européenne, et donc être capable de combler les lacunes dont je viens de parler, mais également de créer de nouvelles chaînes de valeur industrielles.

Nous le faisons au niveau national et vous savez que c'est le coeur du plan de relance voulu par le président de la République. Nous avons un plan de relance qui crée pour la première fois depuis trente ans en France de nouvelles chaînes de valeur.

Vous connaissez mes convictions sur le sujet. Elles sont fortes. Cela fait trente ans que nous vivons avec les mêmes chaînes de valeur, elles sont solides et nous pouvons être fiers. Je pense au domaine du luxe, je pense à l'agroalimentaire, je pense à l'aéronautique. Mais la crise nous a montré de manière parfois flagrante et parfois douloureuse qu'il suffisait qu'une de ces filières soit touchée par l'effondrement du trafic aérien, une autre touchée par les sanctions américaines sur la viticulture, pour que nous nous retrouvions désarmés. Il est donc indispensable de créer de nouvelles chaînes au niveau national.

C'est toute l'ambition du plan de relance français dans des domaines aussi divers que l'hydrogène, le calcul quantique ou l'intelligence artificielle et les batteries électriques.

Cela vaut aussi pour l'Europe et nous nous sommes convenu avec le commissaire européen Thierry Breton d'accélérer cette stratégie industrielle européenne pour créer de nouvelles chaînes de valeur industrielles européennes et renforcer l'indépendance européenne vis-à-vis de la Chine et vis-à-vis des Etats-Unis.

Nous voulons être un continent souverain. Nous voulons être un continent puissant industriellement. Nous voulons être un continent indépendant du point de vue technologique et c'est toute l'ambition que nous partageons avec Thierry Breton.

Les composants électroniques nous ont montré ces derniers jours tout le chemin qu'il nous restait à parcourir. Notre dépendance, et nous en avons beaucoup parlé avec Thierry Breton, en matière de composants électroniques vis-à-vis de l'Asie est excessive et inacceptable. Elle nous rend vulnérable. Elle fragilise nos chaînes de production puisqu'aujourd'hui, dans l'industrie automobile, ce sont des dizaines de milliers de voitures qui ne sont pas produites, faute de composants électroniques. Derrière, ce sont des dizaines de milliers d'heures de travail qui sont perdues pour nos salariés, nos ouvriers et notre industrie.

Nous voulons accélérer la mise en place d'une filière européenne de composants électroniques. Nous voulons que soit adopté dès cette année un deuxième projet important d'intérêt européen commun sur les composants électroniques après le premier qui portait sur la nano-électronique.

Ce deuxième PIIEC doit être adopté cette année. Il doit avoir une ambition plus large que le premier. Il doit couvrir tout le champ de l'électronique, y compris la connectivité. Il doit s'appuyer sur des projets industriels qui devront être identifiés dans tous les pays européens partenaires.

S'agissant de la France, nous avons déjà, sur ces composants électroniques identifiés, 18 projets qui seraient éligibles à ce PIIEC. J'en ai inauguré un la semaine dernière dans le Maine-et-Loire, avec Lacroix Electronics. C'est un de ces 18 projets que nous avons identifiés et qui pourraient bénéficier du projet d'intérêt collectif européen.

S'agissant des pénuries actuelles, nous avons voulu dès maintenant travailler avec la filière électronique et la filière automobile pour avoir une meilleure allocation des composants qui puissent subvenir aux besoins de l'industrie automobile.

Au-delà de ce PIIEC que nous souhaitons cette année, il y a une urgence immédiate : c'est d'arriver à trouver des composants électroniques qui puissent approvisionner l'industrie automobile.

Nous avons lancé les discussions avec la filière électronique comme avec la filière de l'industrie automobile pour avoir une meilleure allocation de ces composants. J'aurais là aussi, demain, lors de mon entretien avec Peter Altmaier, l'occasion d'échanger avec notre partenaire allemand sur ce sujet.

Enfin, toujours sur les composants électroniques, bâtir une filière industrielle européenne indépendante sur la base d'un PIIEC, répondre à l'urgence immédiate pour l'industrie automobile, mais également, c'est le troisième enjeu, veiller à éviter les rachats d'entreprises stratégiques européennes par des concurrents étrangers.

Nous voulons éviter que des entreprises stratégiques européennes dans le domaine des composants électroniques ne tombent dans des mains étrangères, parce que cela n'aurait pas grand sens de vouloir à la fois bâtir une indépendance stratégique d'un côté et puis de l'autre, laisser partir des fleurons industriels des composants électroniques vers des entreprises étrangères. Nous avons évoqué ce point avec Thierry Breton. Nous serons très vigilants sur le maintien de l'indépendance de ces entreprises.

2. Le deuxième sujet que nous avons abordé longuement avec Thierry Breton, c'est un sujet qui, je sais, tient très à coeur au commissaire européen et je partage totalement cette conviction avec lui, c'est l'espace.

Si nous voulons que l'Europe soit un continent qui compte au XXIème siècle, si nous voulons qu'entre la Chine et les États-Unis, l'Europe se fasse sa place stratégique, il est essentiel que nous revenions vers des investissements plus importants dans le domaine spatial.

Vous savez que le président de la République m'a confié la responsabilité de l'espace dans le Gouvernement, c'est un choix important sur lequel nous voulons ici obtenir des résultats dans les semaines qui viennent.

Nous partageons avec le commissaire européen l'ambition d'avoir une Europe qui couvre l'intégralité des champs de l'espace.

D'abord, les lanceurs. Sur les lanceurs, nous avons lancé des travaux avec l'Allemagne et l'Italie, pour définir une feuille de route européenne sur les lanceurs. Nous souhaitons que cette feuille de route européenne sur les lanceurs puisse être présentée avec l'Allemagne et l'Italie au mois de juin prochain.

Nous voulons donc accélérer sur ce sujet, clarifier un certain nombre de choses, présenter de nouvelles ambitions. Je souhaite que cette feuille de route européenne sur les lanceurs soit disponible au mois de juin prochain.

Enfin, nous voulons que l'Union européenne couvre tous les autres sujets qui permettent de garantir la rentabilité industrielle et économique de ces projets : la localisation, l'observation et la communication.

La localisation, c'est évidemment Galileo. L'observation, c'est Copernicus dont je rappelle qu'il reste aujourd'hui l'instrument d'observation le plus performant de la planète. Enfin, la communication avec le projet que porte avec beaucoup de volonté Thierry Breton sur une constellation en orbite basse.

Nous voulons travailler avec la Commission européenne sur le modèle économique de cette constellation en orbite basse, dont nous apportons notre soutien à Thierry Breton dans ce domaine.

Voilà, je ne serais pas plus long, mais pardon d'avoir fait une présentation exhaustive, mais je pense que les échanges que nous avons eus avec Thierry Breton le justifiaient pleinement.


Source https://www.economie.gouv.fr, le 16 février 2021