Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à LCI le 26 février 2021, sur les confinements régionalisés, la perspective d'un passeport sanitaire et la politique d'embauche dans les transports en commun.

Texte intégral

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Jean-Baptiste DJEBBARI. Vous êtes ministre chargé des Transports. On va parler des transports, mais on va quand même vous transformer un peu en ministre de la Santé.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Aïe.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pas de reconfinement donc, il y a 20 départements… Aïe aïe aïe, comme vous dites, il y a 20 départements qui sont sous la pression du virus, mais on attend encore. On attend quoi ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord on concerte, c'est ce qu'on a fait à Nice, j'étais en région Sud il y a quelques jours, et ça a permis aussi de créer l'adhésion, à la fois des élus locaux et les populations. On a fait la même chose à Dunkerque, avec des niveaux, des taux d'incidence qui étaient quand même vraiment plus élevés que ceux qu'on observe actuellement en Ile-de-France, dans les Hauts-de-France, et en Moselle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le virus, il s'en moque un peu de la concertation.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui mais il a des…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il est là le virus.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui mais le virus il prend aussi ces chemins, qu'y compris la science parfois a du mal à comprendre, et je pense que la concertation c'est important pour susciter l'adhésion, parce que les décisions sont compliquées, parce que les restrictions sont importantes, qu'elles durent depuis maintenant un certain nombre de mois, de semaines, que les populations sont fatiguées, qu'il faut…

JEAN-MICHEL APHATIE
Tout le monde en a marre, on comprend.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, bien sûr, bien sûr, donc il faut susciter de l'adhésion.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais on a l'impression qu'on n'échappera pas, pas à un reconfinement, parce qu'on n'a jamais été vraiment déconfinés avec le couvre-feu, et puis beaucoup de restrictions encore, mais on n'échappera pas au tour de vis, c'est le sentiment qu'on a.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais, rappelez-vous, on nous disait déjà ça au moment des vacances de Noël. Certains…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, janvier, on nous le disait.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
… prônaient le fait de restez chez nous pour Noël, que ça allait être l'explosion dès janvier, on est maintenant quasiment à la fin du mois de février, 2 mois plus tard, et d'aucuns nous prédisaient à l'époque l'explosion inéluctable, inexorable, et le confinement strict dès le 6 ou le 4 janvier. Donc moi je reste précautionneux, nous essayons d'être clairvoyants, et je pense que la bonne méthode c'est d'ailleurs ce qui va se passer pour Paris et pour l'Ile-de-France, c'est la concertation avec les élus, et le cas échéant des décisions construites, co-construites et annoncées la semaine prochaine.

JEAN-MICHEL APHATIE
Un élément factuel quand même, Martin HIRSCH, qui est le directeur de l'APHP, dit : il y a 15 jours on avait 25 réanimations par semaine, par jour pardon, maintenant c'est 50 réas par jour. Donc on voit bien que la vague monte et qu'il faudra bien mettre une digue à un moment. Anne HIDALGO d'ailleurs, maire de Paris, propose : 3 semaines on ferme tout à Paris. Tout. Confinement très strict, et après on rouvre tout. Peut-être une bonne idée ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Elle a probablement des capacités visionnaires, en matière scientifique et épidémiologique que je n'ai pas, donc…

JEAN-MICHEL APHATIE
Anne HIDALGO a des capacités visionnaires ? Pourquoi vous dites ça ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais ce qui est étonnant c'est la certitude. C'est 3 semaines fermés, avec la certitude d'ouvrir. Je pense que l'expérience assez concrète de la propagation du virus, de ses vagues successives, des variants aujourd'hui, devrait à tout le moins nous permettre à chacun d'exercer un peu d'humilité. Je pense qu'on a besoin d'un horizon. L'horizon il nous est permis, avec la vaccination qui progresse, avec les traitements notamment l'utilisation d'anticorps monoclonaux, là qui va être déployée mi-mars, avec l'ensemble de ces mesures qui nous permettent, avec aussi le printemps, des conditions climatiques un peu plus favorables, peut-être au cours du printemps de commencer à voir un peu le bout de ce tunnel.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous n'y croyez pas au scénario d'Anne HIDALGO ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En fait, ce qui me questionne, c'est un peu la certitude de dire qu'au bout de 3 semaines, avec un confinement très strict, on arrive à avoir des résultats si tangibles, que toutes les activités peuvent être rouvertes. J'observe qu'en Allemagne, où le confinement est très strict, depuis maintenant quelques semaines, il y a aussi un impact des variants. Donc moi, voyez, je n'ai aucune compétence sur le sujet, je crois, pas plus qu'elle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il faut lui répondre, à Anne HIDALGO.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Donc, elle va discuter, on va y répondre, parce qu'elle va discuter avec le préfet de police, ce week-end, avec l'ARS…

JEAN-MICHEL APHATIE
Peut-être avec le Premier ministre aussi.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Peut-être avec le Premier ministre, bien sûr, c'est de son niveau, et évidemment les décisions seront prises ensuite.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous allez lui répondre non.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et on va lui répondre ce qui scientifiquement est le plus établi et ce qui politiquement est le plus acceptable, ça s'appelle la concertation politique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et donc je n'en ai aucune idée puisque les discussions n'ont pas encore eu lieu…

JEAN-MICHEL APHATIE
Si je déduis de votre scepticisme quant à la capacité visionnaire d'Anne HIDALGO, puisque…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Sur le plan médical, bien sûr.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, bien sûr. Sur le plan politique vous pensez qu'elle est… enfin, bon, bref. J'en déduis que vous allez plutôt répondre non, mais bon.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, non. Alors, d'abord, vraiment ; ce n'est pas mon sujet, ni mon objectif, ni ma compétence, et non, j'attends que les discussions se fassent, notamment au cours du week-end, avec ceux qui sont en charge pour une décision concertée, plutôt la semaine prochaine.

JEAN-MICHEL APHATIE
Certains disent qu'Anne HIDALGO a commencé sa campagne présidentielle.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce serait un mauvais sujet politicien, si elle voulait vraiment la commencer maintenant. Mais je ne doute pas que ce ne soit pas le cas.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous pensez que ce n'est pas le cas.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça paraitrait quand même un tout petit peu manipulatoire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le président de la République a parlé, et peut-être que pas grand monde a compris ce qu'il voulait dire, ce qui est quand même un problème. Hier soir, le président de la République a évoqué un passeport sanitaire sur lequel le gouvernement sera appelé à réfléchir dans la semaine, mais qui ne serait pas lié à la vaccination. Alors là…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien je vous prends un exemple, puisque les initiatives existent dans l'aérien. Vous savez qu'il y a des Travel pass, des pass sanitaires qui commencent à être mis en œuvre au niveau international et puis au niveau français. AIR FRANCE, par exemple pour les Outre-mer, mettra en place un pass sanitaire. Ça consistera à avoir une application dans laquelle vous pouvez rentrer vos tests PCR négatifs, les attestations de non symptôme, bref tous les documents de voyage, le cas échéant, le certificat de vaccination, et ça vous permet dans ce cas-là d'accéder à l'aéroport, d'accélérer les queues, d'éviter les engorgements. L'idée est un peu la même, puisque dans cet horizon de réouverture des différentes activités, notamment celles qui ont été citées, l'idée est de pouvoir rouvrir ces activités en sécurité, et donc de pouvoir tracer, à l'aide de ces applications…

JEAN-MICHEL APHATIE
On télécharge le passeport sanitaire, mais si on n'a pas fait de test PCR, ça sert à quoi d'avoir téléchargé l'application.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais justement, ça permet de stocker par exemple vos tests PCR récents, ça permettrait de…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c'est un passeport qui ne dit pas son nom, parce que si vous n'avez pas de test PCR récent, et si la personne à l'entrée de l'avion d'AIR FRANCE, voit que vous n'avez aucun élément récent, on va vous dire : "écoutez, ne montez pas". C'est ça l'idée ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non. Le passeport vaccinal c'est de dire que, l'idée en tout cas, la sémantique du passeport vaccinal, depuis le début, c'est de dire : celui qui n'est pas vacciné, n'a pas accès aux aéroports, aux restaurants, aux musées, etc. Là l'idée est un peu différente, c'est de dire que pour rouvrir les activités en sécurité, on va demander effectivement, on va améliorer le protocole sanitaire global. On va demander effectivement aux personnes, j'imagine que c'est ça l'idée, le président l'a dit, à l'horizon de quelques mois, ce n'est pas tout de suite d'ailleurs ce sujet, puisque la campagne vaccinale elle ne fait que commencer…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, mais ce n'est pas lié au vaccin, c'est pour ça qu'on ne comprend pas.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ce n'est pas conditionné. Pour être très clair, demain quand les musées rouvriront, il n'y aura pas besoin obligatoirement d'avoir un vaccin pour aller au musée. En revanche…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et il faudrait quoi ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien, que les avions aujourd'hui, pour rentrer dans un avion et que voyagez 'en Europe, par exemple, il vous faut un test PCR négatif.

JEAN-MICHEL APHATIE
Un test PCR, d'accord, c'est ça.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Par exemple. Mais moi, encore une fois, le débat commence.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un passeport sanitaire. Sur le vaccin, sur le test, vous devez prouver que vous, par les moyens scientifiques les plus évidents, que vous n'êtes pas contaminé.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et ça permet aussi une meilleure traçabilité, quand vous avez une personne qui serait contaminée par la suite, pour remonter la chaîne de contamination, etc. C'est ça l'idée.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un passeport sanitaire ou vaccinal, mais enfin, c'est un passeport sanitaire.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais vous savez bien que dans le vocable qui a été utilisé, notamment par les opposants politiques, l'idée était de dire que seul le vaccin permettrait aux gens de sortir de chez eux, seuls le vaccin permettre aux gens de voyager, seul le vaccin permettrait aux gens d'avoir accès à tout type d'activité. Et c'est ça pour le coup, qui a été refusé d'ailleurs depuis longtemps par le président de la République et qui a été encore clarifié hier et qui devrait s'appliquer au niveau européen, parce que cela a été dit, mais la France n'est évidemment pas une île, pas plus que l'Union européenne, et il faut avoir le maximum d'outils communs et de procédures communes à l'échelle de l'Union.

JEAN-MICHEL APHATIE
Nicolas DUPONT AIGNAN disait, il était à votre place hier, il disait, lui il est hostile au confinement, et pour preuve de la bêtise selon lui des confinements que nous vivons aujourd'hui, même s'ils sont partiels, c'est : on laisse les transports publics ouverts et on se contamine dans les transports publics. Est-ce que vous avez des données là-dessus ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, on a plusieurs données. On a les données internationales, depuis d'ailleurs le début du confinement, on a beaucoup regardé ce qui s'était fait dans le sud-est asiatique, au Royaume-Uni, aux États-Unis, et on a évidemment des données, y compris des données récentes de l'institut Pasteur, qui a fait des études spatiales, et qui a conclu, mais c'est convergent avec les études internationales, qu'il n'y a pas plus de contaminations, il y a un taux plutôt très faible de contamination dans les transports, il y a des chiffres qui avaient été donnés à un moment, à peu près 1%, comparé à d'autres, par exemple les enceintes familiales, professionnelles, et c'est a priori du à trois facteurs. Le premier facteur c'est qu'on reste peu de temps dans les transports. Le deuxième c'est qu'on y porte systématiquement le masque, et le troisième c'est qu'on y parle peu ou pas, et donc a priori la conjugaison de ces trois facteurs font des transports en commun des lieux de moindre contamination.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et l'idée circule pourtant qu'on se contamine dans les transports en commun, elle circule toujours cette idée.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui. Pour l'instant les études, moi je reste encore une fois très prudent, je lis toute la littérature scientifique sur le sujet…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous vous abritez derrière les études.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je ne m'abrite pas, en l'occurrence…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un argument.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais on fait des recherches aussi. Moi j'ai demandé à diverse instituts publics de regarder les systèmes de ventilation dans les transports en commun, dans les bus, dans les trains, pour voir si les systèmes de ventilation avaient un impact, le cas échéant les améliorer, donc vous voyez, on ne s'abrite pas.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous pourriez améliorer les systèmes de ventilation dans le métro, les métros, les bus.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
On va faire des études, on va faire des études avec le CEA, pour voir comment effectivement tout ça se vaporise, et voir si on peut améliorer. On sait qu'on aura très certainement affaire à d'autres virus dans les 5, 10, 15 prochaines années, donc on doit évidemment prendre ces sujets très au sérieux maintenant, et puis prévoir l'avenir, c'est ce qu'on fait de façon responsable je crois.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je crois que vous avez des informations sur les embauches qu'opère la RATP, dans les grandes métropoles, et peut-être en région parisienne. La RATP emploie plusieurs milliers de personnes par an, et il y a un regard assez exigeant qui est porté sur ceux qui candidatent à la RATP, notamment leurs engagements politiques, voire extrémistes. Quels sont les chiffres que vous possédez Jean-Baptiste DJEBBARI ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Pas engagement politique, effectivement dans les politiques de recrutements actuelles, puisque tout le sujet de la sécurité et de l'islam politique a été remis sur le devant du débat politique récemment, et j'ai beaucoup été interrogé, donc on a fait remonter les chiffres à jour, et donc nous on a deux champs d'action dans les grandes entreprises publiques, et d'ailleurs dans les opérateurs privés qui ont mission de service public, c'est, un, veiller à la parfaite neutralité et donc là on est très vigilant, comportement d'hommes qui refuseraient par exemple de serrer la main des femmes, ce sont des très petits nombres, ils sont évidemment contrôlés et sanctionnés, le cas échéant ça peut aller jusqu'au licenciement, mais c'est très marginal. Et deuxièmement vous avez raison, là sur la radicalisation islamique, à des visées terroristes par exemple, nous screenons, nous criblons de façon systématique les 6 000 à 8 000 recrutements chaque année par exemple à la RATP. Et les chiffres remontent, qu'environ 1,5 à 2% des personnes qui candidatent, seront récusées pour radicalisation supposée.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pour leur attitude, donc vis-à-vis de la religion, c'est un chiffre qui est en augmentation, c'est un chiffre…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas, sur les années 2016 à 2020, c'est un chiffre qui est assez stable.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
1,5 à 2%, donc ça reste à peu près dans ces eaux-là. Donc ce n'est pas rien, ce sont évidemment les services de renseignements qui font des enquêtes très approfondies dans les enquêtes d'environnement, et c'est un chiffre qui reste quand même marginal par rapport à ce qui peut parfois prospérer dans le débat public.

JEAN-MICHEL APHATIE
Transports toujours, la Presse a fait état d'une information, elle est un peu technique mais elle a son importance, le limogeage de Thierry DALLARD, qui préside la société Grand Paris Express, qui aménage les transports en commun, c'est un très gros chantier engagé depuis des années, pour plusieurs dizaines de milliards d'euros, donc c'est quand même extrêmement important, Thierry DALLARD qui présidait cette société, serait limogé au profit d'une autre personnalité. Jean-François MONTEIL. Est-ce que vous authentifiez ce limogeage de Thierry DALLARD ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord, je connais très bien Thierry DALLARD, qui fait un travail très professionnel, notamment sur la Société du Grand Paris. Je ne confirme pas cette information. Le Conseil de surveillance aura à se prononcer dans quelques jours sur ce sujet.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c'est la presse qui en fait état depuis le début de la semaine.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, je connais, j'ai lu évidemment, j'ai lu sur ce sujet, et donc je renvoie ça à la décision souveraine du Conseil de surveillance.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ne confirmez pas, il faut attendre. On parle un peu de politique ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument.

JEAN-MICHEL APHATIE
Gérald DARMANIN, ministre de l'Intérieur, a dit avant-hier : "Je souhaite que les électeurs du Rassemblement national votent pour nous". Alors, les électeurs ils sont libres, ils font ce qu'ils veulent, mais pourquoi les électeurs du Rassemblement national voteraient pour vous ? Parce qu'ils font du chemin vers vous ou parce que vous faites du chemin vers eux ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi je souhaite que les électeurs qui veulent voter pour nous, parce qu'ils s'y retrouvent sur le projet de société, sur les valeurs, sur notre action, notre bilan, votent pour nous…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, ça c'est sûr, oui. Cette phrase du ministre de l'Intérieur, vous l'interprétez comment ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais Gérald DARMANIN, effectivement, a dans son champ ministériel la sécurité sur laquelle le Rassemblement national c'est, voilà, en a fait un totem…

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que vous faites des pas vers le Rassemblement national ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais moi je ne fais aucun pas vers le Rassemblement national, je considère que Marine LE PEN a le projet d'affaiblissement de la France le plus abouti, et je pense qu'elle a encore montré dans ce débat avec Gérald DARMANIN, les limites de sa compétence sur l'ensemble de ces sujets, donc je ne fais absolument aucun pas…

JEAN-MICHEL APHATIE
Elle est molle, Marine LE PEN ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi je trouve qu'elle a un projet faible pour la France. C'est ça qui m'inquiète.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, vous la trouvez molle. C'est ça ma question. Est-ce que vous l'avez trouvée molle, au débat là ? Comment vous l'avez trouvé ? Vous l'avez trouvée dure ou vous l'avez trouvée molle ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je l'ai trouvée mauvaise.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, mais ce qualificatif-là, il vous a ennuyé ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, moi, ça m'indiffère. Vous comprenez bien…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça ne vous indiffère pas.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, ça m'indiffère parce que le sujet…

JEAN-MICHEL APHATIE
Publiquement, ça vous indiffère, c'est ça que vous voulez dire.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais ce n'est pas le caractère de Marine LE PEN, moi je, elle est ce qu'elle est, c'est son caractère qui m'intéresse. Ce qui m'intéresse c'est son projet, et son projet, quand je le décortique, quand je l'écoute, quand je l'interprète, je vois bien d'abord que son projet est assez diffus, il est assez flou, et là-dessus Gérald DARMANIN a raison, et je vois bien que dans le temps long, son projet est un projet d'affaiblissement de la France.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais que Gérald DARMANIN, l'ai qualifiée comme ça, ça vous a gêné, vous vous êtes dit "ah lala, ça n'est pas bien ça" ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous n'arriverez pas à me faire dire ce que…

JEAN-MICHEL APHATIE
Je n'arriverai pas. Je tente une autre question ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Allez-y.

JEAN-MICHEL APHATIE
Votre ministre de tutelle s'appelle Barbara POMPILI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument.

JEAN-MICHEL APHATIE
Elle a qualifié deux de ses collègues du gouvernement, notamment le ministre de l'Agriculture Julien DENORMANDIE, d'utiliser des arguments préhistoriques, c'est une bande de copains le gouvernement.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ecoutez, moi je pense que… Moi je suis élu du Limousin, un territoire où l'agriculture est particulièrement importante, un territoire d'excellence notamment sur la filière bovine. Moi je pense qu'on peut être écolo et manger de la viande.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah ben…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais c'est vrai, c'est la qualité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes un homme de consensus, vous, mais ça n'a pas l'air d'exister le consensus dans notre équipe.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je vais vous dire, dire, moi je suis un homme qui a vécu en zone urbaine, qui connaît bien la ruralité, qui voit que tout ça est beaucoup plus compliqué que les discussions de salons, et donc que tous les anathèmes des uns des autres, bon ça aussi ça m'indiffère un petit peu. Moi…

JEAN-MICHEL APHATIE
"Préhistorique", c'est un peu dur quand même, non ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
On peut être écolo et aimer se déplacer, être écolo et manger de la viande, c'est mieux si c'est plutôt moins et plutôt de la meilleure viande. Vous voyez, c'est…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes élu du Limousin ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument, la Haute Vienne. Je sais que vous avez des attaches là-bas.

JEAN-MICHEL APHATIE
Haute-Vienne… Non.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Un peu plus bas.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, plus bas, beaucoup plus bas. Vous êtes favorable à la proportionnelle Jean-Baptiste DJEBBARI, pour la direction des députés ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord on avait un engagement de campagne. Moi j'ai fait campagne sur le sujet de l'introduction d'une dose de proportionnelle, de la réduction du nombre de parlementaires, donc j'assume ces engagements que j'ai pris en rejoignant Emmanuel MACRON. Engagements de campagne…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je pense qu'effectivement ça améliore la représentativité, parce qu'on a un sujet, on a un sujet effectivement du poids notamment du Rassemblement national très fort dans les sondages, dans l'élection présidentielle et très faible au Parlement. Après, ce que j'observe aussi, ça revient un peu à la question préalable sur Marine LE PEN, c'est que Marine LE PEN, en tout cas le Rassemblement national ne gagne pas les élections législatives, elle ne gagne pas parce qu'elle ne convainc pas. Donc moi j'observe, je pense que la dose permet peut-être effectivement de…

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc il faut le faire.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
De renforcer la démocratie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il faut le faire.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est un engagement présidentiel.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je ne vais pas changer d'avis, après m'être engagé là-dessus en 2017.

JEAN-MICHEL APHATIE
Eh bien non, ce n'est pas bien de changer d'avis.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est la constance…

JEAN-MICHEL APHATIE
Merci Jean-Baptiste DJEBBARI d'avoir accepté l'invitation de LCI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er mars 2021