Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à Radio Classique le 8 mars 2021, sur la vaccination contre le coronavirus et l'accord commercial entre l'Union européenne et les Etats-Unis.

Texte intégral

GUILLAUME DURAND
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Guillaume DURAND.

GUILLAUME DURAND
Je rappelle que vous travaillez donc à Bercy, auprès de Bruno LE MAIRE, que nous allons parler évidemment beaucoup de vaccination ce matin. Y aura-t-il des vaccinodromes ? Est-ce qu'il faut obliger donc les soignants à se vacciner ? Et puis, il y a beaucoup d'autres sujets qui concernent votre domaine d'intervention. Mais auparavant, nous passons par la case indispensable de Guillaume TABARD.

/// Chronique de Guillaume TABARD ///

GUILLAUME DURAND
Elle est ministre déléguée auprès du ministre de l'Economie et des finances et de la relance, chargée de l'Industrie, c'est Agnès PANNIER-RUNACHER, il est 8h18, vous êtes sur l'antenne de Radio Classique. Elle est en direct avec nous. Alors, bienvenue, pour faire la transition, un mot avant que nous parlions de la vaccination, sur l'attitude de Jean-Luc MELENCHON ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi, par rapport à ce débat, je dirais que la meilleure chose qui pourrait arriver à la France, c'est de ne pas avoir Marine LE PEN au deuxième tour, tout simplement. Et je trouve un peu mortifère cette discussion pour savoir qui serait en face de Marine LE PEN. Il faut être projet contre-projet, je crois que ce que nous avons fait au niveau du gouvernement, que ce soit en termes de bilan et ce que nous voulons en termes de projet, suffira de mon point de vue à être élus. Et je préfèrerais l'être contre un candidat plus classique…

GUILLAUME DURAND
C'est quand même bizarre que CASTANER dise que dans un cas, moi, je voterais plutôt MELENCHON que Marine LE PEN, de l'autre côté, MELENCHON répond : moi, de toute façon, je n'appellerai pas à voter pour le président de la République si jamais il se représente…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais, personne ne sous-estime les capacités rhétoriques de Jean-Luc MELENCHON, c'est probablement là qu'il excelle le plus. Moi, j'aimerais qu'il ait un programme et un projet, pour le moment, il pose plutôt des problèmes.

GUILLAUME DURAND
Alors, question concernant donc cette vaccination, c'est vrai qu'il y a eu une accélération considérable ce week-end, 500.000, je vais vous poser des questions précises, parce que les gens dans cette affaire-là, ils ont besoin de pédagogie, il faut être clair et net, première question : est-ce qu'il va y avoir ce qu'on appelle, le mot est atroce, des vaccinodromes, dans les semaines qui suivent avec des vaccins qui vont vraiment, en termes de livraison, accélérer ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, vous avez des centres de vaccination, et ça suffit pour vacciner 585.000 personnes en 3 jours, ça fonctionne très bien, et ça permet d'être partout sur le territoire, puisque l'enjeu de la vaccination, c'est aussi qu'elle soit de proximité, les pharmaciens vont également disposer de doses. Vous avez plus de 1,5 million de doses qui sont livrées chaque semaine, et nous allons passer le cap des 2 millions de doses livrées chaque semaine, d'ici deux semaines.

GUILLAUME DURAND
Madame, soyons, encore une fois, je le dirais, précis, est-ce que vous souhaitez ce matin obliger d'une certaine manière les soignants qui sont en contact avec les malades, et quand même la réanimation est au plus haut, à se vacciner ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi, je préfère qu'ils soient vaccinés parce qu'ils le souhaitent, et c'est un exercice de pédagogie et des discussions avec les soignants, c'est un grand classique, l'hésitation des soignants à se vacciner, c'est un sujet que moi j'ai rencontré lorsque je travaillais à l'Assistance Publique Hôpitaux de Paris, il y a plus de 15 ans, sur la vaccination contre la grippe, il y a plusieurs vaccins, l'ASTRAZENECA est un vaccin qui fonctionne très bien, il faut l'expliquer, il faut donner les derniers résultats, parce que ses résultats sont relativement récents, et c'est vrai qu'il y a eu des inquiétudes ou plutôt des questionnements, aujourd'hui, on a des résultats qui confortent l'idée que c'est un très bon vaccin. Tant mieux, donc…

GUILLAUME DURAND
Mais donc ce matin, vous ne voulez pas, enfin, je ne dis pas que vous ne voulez pas me le dire, mais en fait, il n'y a pas de consigne…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, moi, je ne suis pas à l'aise avec l'idée d'obliger les soignants à se vacciner alors qu'ils sont aujourd'hui en première ligne et que ce sont ceux qui pendant 3 jours ont fait 585.000 vaccinations, ce sont ceux qui sont en première ligne aujourd'hui pour traiter le Covid, et ce sont ceux qu'on salue depuis un an pour l'extraordinaire travail qu'ils font. Et je suis convaincue qu'on va les convaincre de rejoindre ce mouvement de vaccination.

GUILLAUME DURAND
Pour accélérer cette vaccination, autre question précise, est-ce qu'on va arriver sur le marché français, un marché est un mot encore un peu… comment peut-on dire… un peu trop technique, un peu trop inhumain, mais est-ce qu'on va obtenir ou mettre en branle Spoutnik, puis, JOHNSON & JOHNSON dans les semaines qui viennent en France ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors le vaccin JOHNSON & JOHNSON devrait avoir son autorisation de mise sur le marché, pour prendre le termes précis, mais effectivement, qui autorise à utiliser ce vaccin en France et en Europe, parce qu'il donne tous les gages d'efficacité et de sécurité, a priori, ça va dans le bon sens, d'ici le 11 mars, et ensuite, nous attendons des livraisons plutôt du côté d'avril, s'agissant du vaccin Spoutnik, ils viennent enfin de déposer l'ensemble de leur dossier pour une validation de l'Agence du médicament européen, cette semaine, enfin, la semaine dernière, pour être précise. Il faut à peu près de 2 mois pour faire toute la revue du dossier, puisque ce n'est pas quelque chose que l'on fait par-dessus la jambe, encore une fois, efficacité et sécurité, le problème du vaccin russe, vous le savez, c'est qu'il y a très peu de doses en réalité, les Russes sont deux fois moins vaccinés que les Européens, parce que c'est une production complexe, et c'est là où les Russes sont en train de le travailler, donc ils ne sont pas en capacité de livrer beaucoup de doses dans l'immédiat.

GUILLAUME DURAND
Si je vous pose ces questions, c'est parce que, effectivement, la promesse qui a été faite par le président de la République, c'est-à-dire de dire qu'en gros, tous les Français qui veulent se faire vacciner devraient l'être à peu près à l'été prochain. Est-ce que ce matin, vous nous confirmez qu'étant donné le rythme qui s'accélère, cette promesse sera tenue ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, parce que nous avons une augmentation attention des livraisons…

GUILLAUME DURAND
Attention, c'est un engagement…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous avons une augmentation des livraisons du vaccin BIONTECH PFIZER, et je rappelle que BIONTECH PFIZER a eu une semaine où ils n'ont pas été au rendez-vous en nombre de doses, mais qu'ils ont largement rattrapé, qu'ils ont toujours été au rendez-vous depuis le début de la vaccination. Nous avons le vaccin MODERNA qui est en train de nous monter en capacité, nous avons le vaccin… comment… ASTRAZENECA, qui, même sur un plateau, est du côté de 4 millions de livraisons par semaine… par mois, pardon. Et donc vous voyez bien qu'on est en capacité effectivement de vacciner 30 millions de Français d'ici la fin du mois de juin. Nous avons les doses pour se faire.

GUILLAUME DURAND
Dominique MOÏSI, des Echos, ce matin, dit : au fond, cette politique vaccinale, c'est d'une certaine manière la traduction du manque de crédibilité de la politique européenne par rapport à des vaccinations qui ont été plus vite en Israël, en Angleterre, etc, etc. Est-ce qu'il a raison, est-ce qu'il a tort ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi, je dirais, je pense que c'est surtout la traduction de pas assez d'Europe, parce que ce qu'on reproche à l'Union européenne, c'est de ne pas avoir fait comme les Etats-Unis avec la BARDA, sauf qu'elle n'en avait pas les compétences, ni les moyens, et que si nous avions été plus loin dans les pouvoirs donnés à l'Union européenne, sans difficulté, nous aurions pu avoir les mêmes résultats. J'ajoute une chose, le principal de vaccins dans le monde, c'est l'Europe, je le dis pour tout le monde parce qu'on entend beaucoup parler de la Chine, des Etats-Unis…

GUILLAUME DURAND
Pas nous, nous ne sommes pas une puissance de vaccins, parce qu'on a échoué avec PASTEUR, on a échoué avec SANOFI, c'est quand même le problème…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, mais néanmoins, nous allons fabriquer quatre des six premiers vaccins qui arriveront sur le marché, aujourd'hui, nous sommes en capacité de participer à la chaîne de production du vaccin MODERNA, du vaccin BIONTECH, du vaccin CUREVAC. Nous serons même le principal site d'enflaconnage et de formulation du vaccin CUREVAC. Et le vaccin SANOFI est également un vaccin qui est toujours dans la course. Donc c'est important aussi de redonner des perspectives et des chiffres, l'Union européenne est effectivement derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni en termes de vaccination, et Israël, qui est un petit pays, c'est plus facile de vacciner 10 millions de personnes que d'en vacciner 450 millions, et c'est le quatrième, ce n'est pas le dernier.

GUILLAUME DURAND
Donc vous nous redites ce matin qu'à l'été, tous les Français qui veulent se faire vacciner seront vaccinés, c'est en tout cas les projections que vous faites, et vous en êtes certaine ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait, nous avons aujourd'hui la capacité de vacciner rapidement…

GUILLAUME DURAND
L'été c'est grand, c'est-à-dire, c'est quoi l'été, c'est le 15 août, 30 août, est-ce qu'on peut avoir une date ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, vous avez ce qu'a dit le Premier ministre, 10 millions mi-avril, 20 millions mi-mai, 30 millions fin juin, deux tiers des adultes, et ensuite, d'ici la fin de l'été, et l'été, c'est une saison, donc c'est fin août/début septembre, donc disons début septembre…

GUILLAUME DURAND
Et l'automne commence le 23 septembre…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, donc vous avez la réponse.

GUILLAUME DURAND
A 8h26, d'autres questions qui sont aussi importantes ce matin. L'Europe a signé un accord avec Joe BIDEN concernant justement la fin justement des taxations sur le vin et sur AIRBUS, c'est quand même très important pour une grande partie de l'activité dans le sud-ouest de la France, en Bourgogne, etc, il faut s'en réjouir ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, tout à fait, il faut s'en réjouir, parce que c'est d'abord le signe qu'on est capable de trouver des accords sur des sujets commerciaux avec les Etats-Unis, là où la discussion était bloquée l'année dernière, c'est également une discussion qui montre que la taxation des plateformes numériques n'est plus un sujet tabou aux Etats-Unis, et que les Etats-Unis eux-mêmes s'interrogent sur la taxation des plateformes numériques, comme, je dirais, rééquilibrage logique de la taxation des entreprises, donc tout cela va vraiment dans le bon sens….

GUILLAUME DURAND
C'était les taxations très importantes de 25%…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Sur les viticulteurs en particulier et sur l'aéronautique, à un moment où on n'avait vraiment pas besoin de ça sur l'aéronautique.

GUILLAUME DURAND
Merci Agnès PANNIER-RUNACHER d'être venue ce matin donc sur l'antenne de Radio Classique. Je rappelle aussi qu'un projet de loi a été déposé sur les quotas et la présence des femmes dans les conseils d'administration et dans les postes de direction des entreprises, qui est important en cette journée internationale donc des femmes, du 8 mars…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Très important, et je veux saluer La Tribune qui a publié une quarantaine de dirigeants d'entreprises indiquant que, eux, ils s'engageaient à atteindre 30% de femmes dans leurs instances dirigeantes et dans leurs cadres. Parce que ça montre que c'est possible, y compris dans des entreprises qui sont informatique ou d'ingénierie, comme CAPGEMINI.

GUILLAUME DURAND
Nous avons d'ailleurs une étude de l'OCDE – merci, bonne journée à vous, qui montre, et qui est citée par The Economist ce matin, que donc la France est au cinquième rang de l'OCDE, derrière la Suède, l'Islande, la Finlande et la Norvège, alors que l'Allemagne est au 29ème rang, et les Etats-Unis donc au 18ème.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 mars 2021