Déclaration de Mme Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, sur la numérisation des services publics, à Paris le 5 mars 2021.

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Texte intégral

Bonjour à tous,


Je tenais à organiser un événement aujourd'hui ici au ministère, à l'occasion du lancement du cycle d'événements pour les 10 ans d'Etalab

Je crois que les échanges de cette table ronde ont été très riches et montrent tout l'enjeu de l'ouverture des données publiques.

La numérisation des services publics est, comme vous le savez, un engagement fort du Président de la République.

La crise sanitaire a par ailleurs accéléré fortement la transformation numérique de notre société.

Les Français utilisent aujourd'hui massivement les services publics numériques dans leur quotidien, en utilisant par exemple le site internet d'ameli.fr ou celui des impôts, et ce sont devenu des habitudes.

Nous pouvons, collectivement, être fiers du chemin parcouru depuis 2017, en matière de transformation numérique de l'administration.

Le numérique est devenu le premier canal d'accès au service public. Il s'agit donc d'un enjeu politique majeur.

Il faut donc intensifier nos efforts pour cette transformation numérique.

Je veux vous présenter aujourd'hui mon agenda pour accélérer la transformation numérique de l'Etat pour les 400 prochains jours.

Je vais tout d'abord vous détailler les ambitions du Gouvernement pour la transformation numérique de l'Etat.

Cette transformation, elle a trois principaux publics :

1. Tout d'abord, les usagers du service public, qu'ils soient citoyens ou entreprise, qui sont ceux pour qui nous construisons nos politiques publiques

2. Ensuite, les agents publics, car on a trop souvent fait du numérique pour les usagers en oubliant les agents

3. Et enfin, la société civile et les partenaires de l'Etat, que ce soit les associations, les collectivités locales, les initiatives citoyennes ou encore les entreprises, qui sont chacun dans leur domaine des acteurs de la démocratie.

En regard de ces trois publics, nous avons trois principaux enjeux :

1. Améliorer la qualité du numérique public, pour faire des services plus simples, plus rapides, plus ergonomiques, plus inclusifs

2. Renforcer l'ouverture et la transparence, qui sont essentiels à notre démocratie

3. Garantir notre souveraineté, qui on le sait est si importante en matière de numérique.

Qu'est-ce que cela veut dire pour les usagers du service public ?

Déjà, cela doit signifier des services publics qui sont accessibles partout et tout le temps, et sur tous les supports, notamment le téléphone mobile.

Ensuite, nous devons faire du bon numérique, aller plus loin que de mettre en ligne des formulaires.

Il faut que l'administration profite de la numérisation pour proposer des démarches plus simples, plus rapides, plus ergonomiques, en limitant les pièces justificatives demandées voire en étant proactifs.

Je suis extrêmement attachée au fait que les services publics en ligne soient choisis et non pas subis.

C'est pourquoi nous mettons en place des canaux d'accès alternatifs, avec le lancement d'un plan pour le téléphone ou encore le déploiement des espaces France Services.

En tant que ministre de la fonction publique, je veux que l'on donne aux agents publics de bons outils.

Vous le savez, la moitié des agents publics de l'Etat télétravaillent en ce moment, ce qui renforce la place du numérique dans l'administration.

Il faut donc impérativement que le numérique donne plus de pouvoir aux agents plutôt que plus de contraintes.

Concrètement, les agents proches du terrain et de l'usager sont ceux qui doivent prendre les décisions.

Nous devons aussi faire en sorte de remplacer au maximum les formalités a priori par des contrôles a posteriori, en instaurant la confiance par défaut.

Enfin, il y a un enjeu majeur de souveraineté.

L'actualité récente montre que les sujets de protection des données et de cybersécurité sont essentiels à la confiance dans le numérique public.

Enfin, le numérique est un changement profond de nos sociétés. Il mobilise les acteurs de la démocratie.
C'est d'abord un levier pour renforcer l'évaluation des politiques publiques. J'y étais très attachée comme députée, je le suis en tant que ministre.

Le baromètre des résultats de l'action publique que j'ai publié en janvier le montre tout particulièrement.

Cette ouverture des données publiques est essentielle à l'innovation et au débat démocratique.

Le numérique, c'est aussi faire participer les citoyens dans l'élaboration des politiques publiques.

Dans la société civile, il y a aussi les entreprises. Nous devons affirmer que le numérique public doit soutenir celles qui respectent nos valeurs.

Enfin, le numérique, c'est aussi un certain de nombre de biens communs, que l'Etat doit soutenir car par définition ils bénéficient à tous.

Je vais maintenant décliner cette vision en chantiers prioritaires pour les 400 prochains jours.
Dans le domaine du numérique, on le sait, c'est la mise en oeuvre qui compte souvent plus que l'idée.

Depuis mon arrivée dans ce ministère à l'été dernier, j'ai tout d'abord voulu accélérer trois grands chantiers de long cours qui me semblent essentiels pour réaliser notre vision du numérique public.

FranceConnect est essentiel pour simplifier la connexion au service public en ligne.

FranceConnect, ce sont plus de 20 millions d'utilisateurs aujourd'hui, contre 500 000 au début 2017.

Nous visons les 30 millions d'utilisateurs fin 2022.

Les dernières études montrent que 56% des Français connaissent FranceConnect et 80% trouvent que c'est facile d'utilisation.

Les Français ont confiance dans FranceConnect.

Nous voulons continuer de l'accélérer, en le déployant à Pole Emploi et la CAF, et en lançant une version qui permet de faire des démarches qui demandent un niveau de sécurité plus élevé qu'aujourd'hui.

Le second chantier dont je veux vous parler, c'est bien sûr la numérisation des démarches administratives.

Il y a le sujet des démarches les plus prioritaires, qui ont fait l'objet d'un engagement présidentiel, et que nous suivons avec attention.

A l'heure actuelle, ce sont 75% des démarches les plus fréquemment réalisées par les Français qui sont disponibles en ligne.

Nous investissons massivement, notamment dans le cadre du plan de relance, pour atteindre les 100% en 2022.

Je pense par exemple aux demandes d'urbanisme sur lesquelles travaille Mme WARGON et qui devront être disponibles en ligne d'ici la fin de l'année.

Nous avons également investi sur des outils pour numériser plus facilement les démarches et donner la main aux agents pour avancer.

L'outil démarches-simplifiées.fr, largement plébiscité par les agents publics, a fêté ses trois ans ce lundi et a déjà permis de recueillir 2,5 millions de dossiers.

Je veux aborder enfin le sujet majeur de l'équipement des agents publics.

L'année 2020 a été particulière du fait de la crise sanitaire et du recours au télétravail.

En un an, de mars 2020 à mars 2021, nous avons déployé 160 000 ordinateurs portables pour les agents de l'Etat.

Nous avons installé quatre fois plus d'ordinateurs que sur toute l'année 2019.

Le Premier ministre s'est engagé, sur ma proposition, lors du comité interministériel de la transformation publique du 5 février à ce que tous les agents dont les fonctions sont télétravaillables bénéficient d'un ordinateur portable d'ici à fin 2021.

Au-delà de ces trois chantiers de long cours que nous accélérons, je souhaite vous présenter les trois projets structurants auxquels je m'attaque.

Les 10 ans d'Etalab est le moment idéal pour présenter la stratégie sur les données.

Dans chaque ministère, une personne sera chargée de coordonner l'élaboration d'une feuille de route de deux ans sur la stratégie en matière de données.

Nous ajouterons 11 nouvelles politiques publiques au baromètre des résultats de l'action publique en avril.

Sur toute l'année 2021, se sont 60 jeux de données et codes sources que nous ouvrirons, dont notamment le code source de FranceConnect ou encore les données de la carte scolaire des collèges.

Depuis le 1er janvier, ce sont 6 millions d'euros que j'ai déjà consacrés à ce chantier. Nous publions ce jour la liste des premiers lauréats sur numerique.gouv.fr

Nous allons créer un pôle dédié à l'animation et la promotion interministérielles en matière de logiciel libre.

J'ai également souhaité préciser la doctrine de l'Etat en matière de cloud.

Il s'agit d'un enjeu essentiel de la transformation de nos administrations car nous devons utiliser les meilleures solutions disponibles.

Dans le même temps, nous devons nous assurer que les données des Français sont sécurisées et protégées.

C'est aussi un vrai enjeu industriel car il faut promouvoir l'émergence d'un vrai cloud de confiance

Enfin, il s'agit d'un enjeu d'autonomie de décision de l'Etat, qui doit pouvoir faire ses choix technologiques de manière souveraine

Je présenterai donc une nouvelle stratégie cloud pour l'Etat durant le mois de mars.

Je souhaite enfin lancer un exercice de prospective sur le futur du numérique public.

Cela passera par l'élaboration de scénarios sur ces futurs.

Nous adopterons des méthodes rigoureuses de prospective, et ferons cela de manière ouverte en associant des experts d'horizons divers.

Ma méthode est résolument partenariale.

Je suis intimement convaincu que cette transformation de l'action publique ne peut pas être conduite par l'Etat dans son coin

Il doit mobiliser tous les acteurs de l'action publique.

C'est bien sûr les collectivités locales, et j'ai eu l'occasion d'annoncer avec Jacqueline GOURAULT une enveloppe de relance spécifiquement pour ces collectivités.

C'est aussi la société civile, et j'ai lancé la semaine passée le chantier d'élaboration du plan d'action du Partenariat pour un Gouvernement ouvert.

Enfin, nous nous préparons à la présidence française de l'Union européenne en début d'année prochaine.

Je réunirai les ministres chargés des administrations publiques en février 2022 sur ces sujets.

Enfin, pour faire tout cela, il faut bien sûr des moyens.

Dans le cadre du plan de relance, ce sont 1 milliard d'euros que le Gouvernement investi sur ce sujet.

Mais vous le savez, dans le numérique, ce qui compte plus que tout, ce sont les femmes et les hommes qui assurent au quotidien la transformation

C'est la raison pour laquelle nous travaillons à une stratégie d'attractivité, de féminisation et de renforcement de la filière numérique dans l'Etat, que je présenterai en avril.

Un enjeu crucial de cette stratégie sera également la formation des agents au numérique.


Je vous remercie pour votre attention.


Source https://www.transformation.gouv.fr, le 10 mars 2021