Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, à France Info le 11 mars 2021, sur la situation des expatriés français pendant l'épidémie de Covid-19.

Texte intégral

Q - La vie des expatriés français, en dehors de l'espace européen, pourrait être un peu simplifiée. Il était urgent de mettre un terme à quelque chose qui était kafkaïen pour certains ?

R - Alors, oui, effectivement, ce sont des efforts qui ont été demandés à nos compatriotes établis hors de France, des efforts auxquels nous étions également, Français de métropole ou d'Outre-mer, soumis. Ces motifs impérieux s'appliquaient à tous les Français. Mais quand on réside hors de France, cela a un impact effectivement dans la vie familiale. C'est pourquoi, au regard des données sanitaires, nous avons pu prendre ces décisions, soit d'abrogation des motifs impérieux pour ces pays, dont notamment le Royaume-Uni et Israël qui comportent deux grandes communautés françaises, respectivement 150.000 et 50.000 inscrits, sûrement le double ; et puis, par ailleurs, assouplir, pour les autres pays, ces motifs. C'est que l'on a besoin de tenir ensemble, c'est un peu la deuxième devise nationale, si je puis dire, depuis quelques semaines. Et il fallait faire face, dans un premier temps, à ces variants, notamment le variant britannique, le variant sud-africain ; et c'est pourquoi, depuis le 29 janvier, il y avait ces contraintes que l'on a pu lever.

Q - Pour être clair, Jean-Baptiste Lemoyne, je suis français, je vis à Londres, je veux venir voir ma famille ou des amis en France : je n'ai plus besoin du test PCR depuis trois jours. En revanche...

R - Je vous arrête ! Vous avez toujours besoin d'un test PCR...

Q - Oui, oui. Mais je n'ai plus besoin de motif impérieux. Je peux venir voir ma famille. En revanche, si je viens d'un autre de ces sept pays, là il faut encore des motifs impérieux ? Quand est-ce que l'on pourra juste venir voir sa famille, sans motif impérieux, quand on habite un autre de ces pays ?

R - Alors, justement, pour les Français qui habitent hors des sept pays cités, on a assoupli ces motifs impérieux pour couvrir une grande majorité des situations familiales, parce que, parfois, vous avez une personne du couple qui travaille à l'étranger, mais revient le week-end, et qui, aujourd'hui, ne pouvait pas retrouver sa famille. Eh bien, désormais, cela sera possible. Donc, c'est un assouplissement. Et puis, au fur et à mesure de l'évolution de la situation sanitaire, nous verrons si d'autres pays peuvent intégrer cette liste verte, finalement, cette liste des pays, pour lesquels il n'y a pas de motif impérieux.

R - C'est un travail de suivi très attentif. Je me rends chaque semaine, en visite virtuelle, auprès de nos communautés. Par ailleurs, chaque semaine, Jean-Yves Le Drian, au sein du Conseil de défense, relaye les préoccupations des Français établis hors de France, mais toutes ces décisions doivent être fondées sur, naturellement, des données sanitaires.

Q - Si on regarde, Jean-Baptiste Lemoyne, la liste de ces pays verts, comme vous dîtes vous-même. Il y a deux choses qui ressortent : soit ce sont des pays, Israël, la Grande-Bretagne, qui ont pratiqué une campagne de vaccination massive, soit, les autres, la fameuse stratégie zéro-Covid. Regret en France de ne pas avoir fait cela ? Cela aurait peut-être simplifié la vie de tout le monde ?

R - Les choses sont très différentes. La France, ce n'est pas une île, donc ce n'est pas l'Australie, ce n'est pas la Nouvelle-Zélande, ce n'est pas le Royaume-Uni, ce n'est pas Singapour. Effectivement, dans ces Etats qui, par définition, sont des îles, et qui sont moins peuplées, prenez le cas de la Nouvelle-Zélande, les stratégies peuvent être différentes. Mais s'agissant de la France qui en plus est un carrefour européen, qui est un noeud de communication, vous voyez bien que la stratégie ne pouvait pas être la même. Je crois pouvoir dire, d'ailleurs, que nous avons évité un nouveau confinement, là où d'autres pays d'Europe continentale ont dû reconfiner. Donc, cela change énormément, les enfants ont pu aller à l'école, nous avons beaucoup de commerces qui ont pu rester ouverts. Donc, la France, par la stratégie qu'elle a mis en place, a permis, à la fois une lutte efficace contre ce virus, et dans le même temps, le maintien de l'économie, d'une activité économique consistante.

Q - Toute dernière question, Jean-Baptiste Lemoyne, je sais que vous n'êtes pas ministre de la santé, mais quand on parle des mesures différentes prises par tel ou tel autre pays européen, on apprend aujourd'hui que le Danemark suspend le vaccin AstraZeneca, mesure de précaution après des effets secondaires. La question va se poser en France aussi, à votre avis ?

R - Vous l'avez dit, je ne suis pas ministre de la santé. Et donc, je renvoie au ministre.

Q - Merci beaucoup, Jean-Baptiste Lemoyne.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 mars 2021