Interview de M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, à BFMTV le 5 mars 2021, sur la situation épidémique et sanitaire (variants, dépistage, charge hospitalière, vaccination...), la vaccination obligatoire pour le personnel soignant et la baisse des contaminations chez les personnes âgées.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Olivier VERAN, bonjour.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre des Solidarités et de la Santé. Faisons le point sur l'épidémie de Covid-19. L'épidémie progresse mais pas de flambée épidémique. Plus 2 % de nombre de cas en une semaine. Ça stagne. La part des différents variants, vous le disiez hier, 60 % de variant anglais ; les autres variants ?

OLIVIER VERAN
6 %. On arrive à contenir le variant sud-africain et le variant brésilien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Vous prenez des décisions compte tenu de ce qui se passe au niveau national. Vous prenez des décisions, des décisions qui font réagir. Pas de confinement national, c'est ce que répète Emmanuel MACRON. C'est ce qu'il vous dit tous les mercredis matins : pas de confinement national.

OLIVIER VERAN
C'est ce que nous disons tous les mercredis matins.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelle que soit la situation sanitaire ?

OLIVIER VERAN
Pas quelle que soit la situation sanitaire. On prend toujours les décisions adaptées au bon moment pour faire face à ce que nous observons. Quand on observe qu'il y a une croissance non maîtrisée du virus avec des hôpitaux qui se remplissent, des réanimations qui débordent et qu'on sait qu'il va y avoir beaucoup de morts, alors on prend des décisions nationales pour protéger les Français. Nous l'avons fait deux fois le 17 mars et puis au mois d'octobre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'excluez pas de le faire une troisième fois si la situation s'aggrave.

OLIVIER VERAN
Nous n'excluons jamais rien. Nous faisons tout pour ne pas nous retrouver dans la situation de devoir choisir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc aujourd'hui, confinement localisé. C'est le choix fait.

OLIVIER VERAN
Partiel et localisé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je prends l'exemple du Pas-de-Calais. Confinement trois week-ends, c'est bien cela ? 8 heures-18 heures. 8 heures le samedi, 18 heures le dimanche soir, c'est bien cela ?

OLIVIER VERAN
Et couvre-feu le reste du temps. Un confinement partiel le week-end.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un confinement plus que partiel dans le Pas-de-Calais, non ?

OLIVIER VERAN
C'est ce qui ressemble au confinement que les Français connaissent sur la période de week-end avec le couvre-feu en période de semaine. Pourquoi Jean-Jacques BOURDIN ? Pour limiter les interactions sociales. Hélas, j'ai conscience que la mesure peut être dure à vivre. Elle a été extrêmement bien respectées d'ailleurs, je tiens à le souligner, à Nice le week-end dernier pour sa première application et à Dunkerque où les gens ont compris et se sont vraiment mobilisés pour éviter d'avoir une épidémie qui terrasse davantage de gens dans leur entourage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas-de-Calais donc confiné le week-end. Pas la Seine-Saint-Denis avec les mêmes chiffres. Pourquoi ?

OLIVIER VERAN
Pour plusieurs raisons. D'abord la charge sanitaire hospitalière n'est pas la même dans la région Hauts-de-France et dans la région Ile-de-France. Et ensuite, la Seine-Saint-Denis c'est toute l'Ile-de-France parce qu'il y a de telles interactions sociales entre un département francilien et un autre que mettre en place des mesures le week-end en Seine-Saint-Denis ça voudrait dire les mettre en place dans toute l'Ile-de-France. Or si cela pouvait se discuter dans le département de la Seine-Saint-Denis, dans un certain nombre de départements limitrophes ça n'était pas indispensable à ce stade. Donc le choix qui a été fait, c'est d'être encore en surveillance active, en vigilance, d'aller tester massivement, d'aller alerter massivement, d'avoir des démarches d'aller vers les populations en Seine-Saint-Denis pour les aider à accéder à la vaccination lorsqu'ils en sont éloignés et donc gagner encore du temps sur ce virus et cette épidémie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
23 départements sous surveillance, 3 départements se sont ajoutés : les Hautes-Alpes, l'Aisne et l'Aube. 23 départements sous surveillance, ça veut dire quoi ? Ça veut dire interdiction de fréquenter certains lieux de forte affluence ?

OLIVIER VERAN
Oui. Ça veut dire que les élus locaux sont aussi non seulement habilités mais encouragés à exclure des lieux de circulation tous les endroits qui sont propices à des grands rassemblements.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des rues, des jardins publics ?

OLIVIER VERAN
Oui, ça peut être ça bien sûr. Là où on voit que les gens se rassemblent, ne portent pas nécessairement de masque, sont très nombreux, concentrés, oui. Encore une fois, pas pour… Enfin, je crois que chacun a compris que l'idée n'est pas d'empêcher les gens de vivre. L'idée est de leur permettre justement de vivre le plus normalement possible, le plus vite possible et de sauver des vies.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et puis fermeture des grands centres commerciaux de plus de 10 000 mètres carrés.

OLIVIER VERAN
5 000 mètres carrés dans les territoires. 5 000 mètres carrés dans les Alpes-Maritimes, dans le département du Nord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans les 23 départements sous surveillance, ça va être le cas ?

OLIVIER VERAN
Dans les départements sous surveillance, il n'y a pas nécessairement de fermeture des grandes surfaces. Nous avons, vous savez, laissé la main à la concertation entre les élus, les représentants de l'Etat, ARS, préfets dans les territoires, pour leur dire : vous connaissez votre territoire, vous connaissez vos populations, voilà la situation épidémique et sanitaire ; dites-nous. A ce stade, est-ce que vous nous demandez d'intervenir nationalement ? Ou est-ce que vous êtes capable de prendre les bonnes décisions ? Est-ce que vous les connaissez ? On vous aide évidemment. Et dans ce dialogue concret sortent des mesures qui, je le pense, je l'espère vraiment de tout coeur, seront efficaces.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Campagne de dépistage massif ce week-end. C'est vrai ou pas ? Cette information a circulé dans toutes les salles de rédaction hier et notamment campagne de dépistage massif dans les 23 départements sous surveillance.

OLIVIER VERAN
Je vais vous répondre simplement. La campagne de dépistage massif en France, c'est tous les jours. C'est tous les jours. Plus de deux millions de tests par semaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il n'y aura pas d'accélération particulière ce week-end ?

OLIVIER VERAN
Vous êtes toujours prompts à nous comparer, et vous avez raison, avec nos voisins, comparer le nombre de tests par habitant réalisés en France semaine après semaine. Ces tests sont gratuits, d'accès libre dans les pharmacies, dans les laboratoires, chez les médecins, dans les barnums. Et oui, nous concentrons encore davantage nos forces dans les départements dans lesquels le virus et les variants circulent le plus. C'était le cas notamment en Moselle où ils étaient quasiment au double de la moyenne nationale en termes de dépistage et nous continuons. Et ce week-end, nous testons, nous vaccinons mais la semaine prochaine nous vaccinerons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas plus que la semaine prochaine, pas moins.

OLIVIER VERAN
Plus nous testons, mieux nous nous portons. Jean-Jacques BOURDIN, ce n'est pas comme si on était limité en nombre de tests. Nous appelons les Français qui le souhaitent à se faire tester librement. Dès qu'ils ont un doute, un soupçon, qu'ils sont cas contact évidemment, qu'ils ont des symptômes bien sûr, ils peuvent accéder aux 12 000 points de tests sur tout le territoire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous craignez une pénurie de plastique pour les tests PCR et antigéniques ?

OLIVIER VERAN
C'est du polypropylène et nous avons pris…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Fabriqué en Asie.

OLIVIER VERAN
Nous avons pris les bonnes décisions au bon moment, je le dis, parce qu'il y avait effectivement des menaces de tension mondiale sur le polypropylène. C'est indispensable pour fabriquer des petits cônes en plastique qu'on met dans les machines PCR. Des fois, vous savez, il faut être vigilant sur tout. Et donc nous avons passé des commandes massives avec Santé Publique France en Chine, 57 millions de cônes en plastique ont été commandés. Les premières livraisons arrivent dans dix jours. Nous avons mis en place une plateforme nationale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous avons huit jours de réserves.

OLIVIER VERAN
Non, non, on a plus que ça. Nous avons une plateforme nationale dans laquelle chaque centre hospitalier public ou privé ou laboratoire a pu s'inscrire pour nous dire : nous manquons de cônes. Nous avons par exemple ravitaillé les hôpitaux parisiens avec plus d'un million de cônes et donc nous allons passer ce cap et ensuite les livraisons arriveront et nous aurons de quoi faire pour six mois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que ça ira mieux dans quatre à six semaines ?

OLIVIER VERAN
J'espère. Nous avons des raisons de le penser et nous avons des raisons de l'espérer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi est-ce qu'Emmanuel MACRON le dit ?

OLIVIER VERAN
Parce qu'il a des raisons de le penser et de l'espérer, tout comme moi. Jean-Jacques BOURDIN, qu'est-ce qui se passe dans quatre à six semaines ? Dans quatre à six semaines, nous aurons vacciné une grande partie des publics les plus fragiles et vulnérables. Et qu'est-ce que nous observons ? 5 millions de personnes ont reçu au moins une injection, les personnes les plus âgées, les plus fragiles, les plus malades et nous constatons une baisse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
5 millions de personnes, une injection ?

OLIVIER VERAN
5 millions de personnes ont reçu une injection, c'est-à-dire en comptant les premières et les deuxièmes injections. Il y a eu 5 millions d'injections si vous préférez.

JEAN-JACQUES BOURDIN
3,2 millions ; 1,8 million.

OLIVIER VERAN
Exactement. Et qu'est-ce que nous constatons ? Nous constatons qu'il y a une diminution de la circulation du virus chez ces publics qui ont été vaccinés, c'est-à-dire chez les gens qui sont très âgés. Et nous constatons qu'il y a une diminution des hospitalisations et des cas graves. Et puis dans quatre à six semaines, il y a le printemps, Jean-Jacques BOURDIN. Et l'année dernière, nous avons vécu le printemps. En France, en Europe et dans tous les pays qui correspondent à notre zone géographique, on a vu qu'il y avait une baisse de la circulation du virus donc nous avons des raisons d'espérer. Nous ne faisons pas de prédictions mais nous donnons aussi des perspectives aux Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc dans quatre à six semaines, retour à une vie plus normale.

OLIVIER VERAN
Progressivement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que dit le porte-parole du Gouvernement.

OLIVIER VERAN
Le porte-parole du Gouvernement dit, et il a raison de le dire, un retour progressif à une vie plus normale à partir de quatre à six semaines. Entendez aussi le message qu'il y a derrière, Jean-Jacques BOURDIN. Ça veut dire que pendant quatre à six semaines, il n'y a pas de retour progressif à la vie normale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Ça veut dire dans quatre à six semaines, retour progressif à la normale. Ça veut dire ouverture.

OLIVIER VERAN
Ça veut dire des réouvertures progressives et nous y travaillons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous travaillez à des réouvertures progressives.

OLIVIER VERAN
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Réouvertures de quoi ? De quels établissements ? Réouverture des bars et restaurants ? Des salles de spectacle ? Des salles de sport ? Des stades ? Des musées ?

OLIVIER VERAN
Quand je dis que nous y travaillons, c'est que vous savez que nous disposons de protocoles sanitaires adaptés pour tous les types d'établissements qui reçoivent du public et qu'ensuite, par degré de risque décroissant de contamination, nous procéderons à des réouvertures. Je ne vais pas ici vous donner ni date ni la nature des lieux concernés parce que ce ne serait pas responsable à l'heure où la situation épidémique ne prête pas à envisager des réouvertures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si la situation épidémique continue à s'améliorer, est-ce que dans quatre à six semaines on pourra aller au cinéma, au musée ou au restaurant ?

OLIVIER VERAN
Je viens de vous dire que je ne vous donnerai pas de… Vous savez, la complexité de l'exercice, comprenez bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais pour donner une perspective. Vous savez, les Français ont besoin de perspectives, Olivier VERAN. On en a tous besoin.

OLIVIER VERAN
Je suis d'accord avec vous et tout le monde a besoin de perspectives. Nous sommes à un moment qui est un moment… Parce que le dialogue qu'on peut avoir, il peut paraître paradoxal pour les Français qui nous regardent. Je le crois. Nous leur disons actuellement la situation, elle est grave sur le plan de l'épidémie. Le virus circule beaucoup, plus de 20 000 contaminations par jour. Les hôpitaux sont chargés. Les soignants nous disent : attention, il y a beaucoup de réanimations. Donc nous disons aux Français : on est à la limite de décider le confinement partiel dans les territoires. On se réserve la possibilité de prendre des décisions plus dures si la situation devait devenir plus dure et en même temps, on leur dit : mais dans quatre à six semaines, vous savez, ça va commencer à aller mieux. Pourquoi ? Parce que nous devons tenir et pour tenir, il faut aussi avoir des perspectives. Et c'est vrai, il y aura des jours meilleurs. Nous l'avons connu l'année dernière. Et quand je dis que nous y travaillons, et que nous travaillons en bonne intelligence avec les différents secteurs économique, sportif, culturel pour anticiper que ça se passe bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'une personne va s'occuper de la réouverture ?

OLIVIER VERAN
Il n'y a pas besoin qu'une personne s'occupe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une équipe, une équipe.

OLIVIER VERAN
On est sur ce qu'on appelle les task forces en affreux anglicisme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord. Rouvrir les restaurants au déjeuner, certains députés le demandent, comme en Espagne. C'est une idée ?

OLIVIER VERAN
Alors quand on dit « comme en Espagne » Jean-Jacques BOURDIN, en réalité les bars et les restaurants ont été fermés pendant des mois dans la plupart des régions espagnoles. Ce n'est pas parce qu'une région - vous savez, là-bas c'est des décisions régionales - en l'occurrence c'est la Catalogne qui avait ouvert deux heures par jour les restaurants quand c'était fermé partout. Il y a même des régions qui étaient en confinement généralisé. Donc ça, c'est le premier point. Ensuite rouvrir des bars et des restaurants au moment où nous disons aux Français que nous devons confiner des départements entiers le week-end ne me paraît pas raisonnable ni adapté hélas. Nous rouvrirons les restaurants les midis ou les terrasses dès que nous le pourrons. Aujourd'hui, ce n'est pas la situation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les restaurants seront ouverts avant l'été ?

OLIVIER VERAN
Je le souhaite vivement. Ce serait une mauvaise nouvelle. Si nous ne pouvions pas le faire ne serait-ce que partiellement ou en extérieur ou les midis, ce serait une mauvaise nouvelle parce que ça voudrait dire que le virus nous aurait joué vraiment de mauvais tours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans quatre à six semaines, pourquoi pas ?

OLIVIER VERAN
Nous verrons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous verrons. Olivier VERAN, quel droit de visite pour les familles dans les EHPAD ? Est-ce que les résidents des EHPAD vont pouvoir sortir ?

OLIVIER VERAN
Alors les résidents des EHPAD vont pouvoir sortir s'ils sont vaccinés avec au moins 15 jours de recul après la deuxième injection. C'est ce que nous a demandé le Conseil d'Etat et nous avions avant la décision du Conseil d'Etat saisi ce qu'on appelle le Haut Conseil de santé publique qui nous avait encouragés à le faire, donc nous rendons progressivement la liberté. Vous savez, nous avons réussi à vacciner plus de 80 % des résidents dans les EHPAD. Il nous manque encore des soignants dans les EHPAD que nous devons vacciner pour vraiment les protéger mais nous allons rendre le maximum de liberté à ces personnes âgées qui ont vraiment morflé depuis un an. Croyez-moi, ce sera même un vrai bonheur que de pouvoir les voir sortir des EHPAD et retourner à vie plus normale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc droit de visite dans les EHPAD.

OLIVIER VERAN
Le droit de visite existe aujourd'hui. Il est encadré. On ne prend pas de risque.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Assoupli et possibilité de sortir.

OLIVIER VERAN
Possibilité de sortir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Olivier VERAN, « vous avez des vaccins dans les frigos, je ne reconfinerai pas les gens. ». Ce n'est pas moi qui dis ça, c'est Emmanuel MACRON qui le dit.

OLIVIER VERAN
Vous étiez en Conseil de défense ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non.

OLIVIER VERAN
Je ne commente pas les Conseils de défense.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ç'a été rapporté par des proches de l'Elysée donc je peux les croire.

OLIVIER VERAN
Mais vous savez très bien que je ne commente pas les Conseils de défense. On peut discuter sur cette phrase si vous voulez.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, elle est très intéressante cette phrase. Alors allez-y.

OLIVIER VERAN
Dites-moi pourquoi elle est très intéressante.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, non, allez-y. Allez-y, vous êtes le ministre de la Santé.

OLIVIER VERAN
Ce qui est évident, c'est que nous partageons tous le même objectif : nous voulons vacciner le plus vite possible dans des conditions de sécurité et tout en ciblant les publics les plus fragiles. Ce que nous avons fait. Encore une fois, souvenez-vous les démarrages de janvier, on nous disait : vous êtes lents.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous disiez en janvier ? Pardon Olivier VERAN : la vaccination, c'était le 14 janvier, Jean CASTEX : « la vaccination, c'est la priorité des priorités. »

OLIVIER VERAN
Et ça l'est.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le 14 janvier !

OLIVIER VERAN
Et ça l'est.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça l'est toujours. Mais heureusement que ça l'est deux mois après.

OLIVIER VERAN
Bien sûr. Et deux mois après, nous avons vacciné plus de 80 % des résidents dans les EHPAD, deux mois après l'âge moyen du Français vaccinés c'est 72 ans. Deux mois après, nous avons proposé la vaccination à tous les soignants. Certains, beaucoup l'ont accepté, d'autres ne l'ont pas encore accepté, et donc nous vaccinons ce qu'on appelle en flux tendu. Dès que des doses arrivent, elles sont dans les centres, elles sont dans les hôpitaux. Ce que nous constatons et c'est important de le comprendre, c'est qu'il y a 400 000 doses du vaccin ASTRAZENECA livrées aux hôpitaux pour vacciner les soignants qui sont prioritaires, mais aussi les pompiers, les ambulanciers, les aides à domicile et que ces doses n'ont toujours pas trouvé preneur suffisamment vite. Nous en tirons les conséquences et nous demandons à ce que ces doses puissent être récupérées par les centres de vaccination pour les proposer à la population générale âgée de 50 ans et plus, atteinte de maladies qui les expose à des risques de forme grave.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A partir de ce week-end ?

OLIVIER VERAN
A partir d'aujourd'hui et ce week-end.

Jean-Jacques BOURDIN
Les doses vont être récupérées pour être inoculées à des personnes qui en ont besoin.

OLIVIER VERAN
Oui. Et les soignants aussi en ont besoin donc dans le même on travaille…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ils ne veulent pas. Je vais y revenir.

OLIVIER VERAN
Mais ce n'est pas qu'ils ne veulent pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Beaucoup ne veulent pas, pardon. Beaucoup ne veulent pas en disant : ASTRAZENECA c'est dangereux, on n'est pas sûr de ce vaccin.

OLIVIER VERAN
Je ne peux pas vous laisser dire que les soignants disent que le ASTRAZENECA est dangereux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais j'ai entendu tellement de témoignages, Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Jean-Jacques BOURDIN, les soignants comme d'autres Français, comme d'autres catégories de Français ont pu hésiter pour accéder avant d'accepter de se faire vacciner. Ils ont pu hésiter et c'est leur droit. Aujourd'hui je les encourage, je leur écris une lettre ce matin pour les enjoindre à se faire vacciner et à se protéger pour eux et pour leurs malades parce que c'est fondamental. Et je suis convaincu que le taux de couverture vaccinale des soignants va augmenter dans notre pays ; j'en suis - regardez-moi – convaincu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais moi je vous regarde, mais je vous regarde. Pourquoi est-ce que la vaccination des soignants n'est pas obligatoire ? Pourquoi elle n'est pas rendue obligatoire ? Pourquoi ?

OLIVIER VERAN
D'abord il y a des vaccinations, c'est vrai, qui sont obligatoires pour les soignants. L'hépatite B, la polio… Quand je suis arrivé à l'hôpital étudiant en médecine, j'ai dû présenter un certificat de vaccination pour montrer que j'étais vacciné. Donc ça, ça existe dans le droit. Il faut un décret et on peut le faire. Souvenez-vous, vous m'aviez d'ailleurs posé la question je crois sur la vaccination grippale. Je vous avais dit sur la grippe c'est compliqué, parce que le bénéfice individuel direct n'est pas complètement démontré et le taux de protection du vaccin antigrippal ne nous permet pas d'être totalement sereins pour rendre obligatoire la vaccination. Dans le cadre du Covid, les choses, je le crois fondamentalement, sont différentes. 1/ Le vaccin est extrêmement efficace. 2/ Nous avons de plus en plus d'arguments qui nous laissent à penser que le vaccin protège de la contamination. Et troisièmement, nous constatons que le Covid est devenu la principale infection nosocomiale ; c'est-à-dire c'est une maladie qu'on attrape désormais à l'hôpital ou en EHPAD.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un soignant contamine un patient. Un patient qui vient pour une autre infection…

OLIVIER VERAN
Malgré lui. Mais de fait, en ne se faisant pas vacciné, il augmente les risques de contaminer les patients.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce admissible ? Je vous pose simplement la question.

OLIVIER VERAN
Je ne vous dis pas que c'est admissible. Je vous dis que c'est forcément regrettable. Chaque contamination de chaque Français de toute façon peut être en soi évitée. Bien. Maintenant les soignants ils travaillent depuis un an en secteur hospitalier, en EHPAD, en ville. Ils ont sauvé toutes les vies, donc je ne vais certainement pas leur jeter l'opprobre. Par contre je leur écris aujourd'hui pour ce travail de conviction. Je suis convaincu que le taux de couverture a augmenté. Si nous constations que malgré cela, malgré cela et malgré tout le travail que font les soignants vis-à-vis de leurs collègues eux-mêmes ça ne suffisait pas, alors je saisirais le Conseil national consultatif d'éthique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour rendre la vaccination obligatoire.

OLIVIER VERAN
Pour leur poser la question de savoir s'il est éthique de refuser de se faire vacciner quand on est soignant pouvant nous conduire à prendre des décisions supplémentaires. Nous verrons, nous n'en sommes pas encore là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelle décision ? La vaccination obligatoire ?

OLIVIER VERAN
Ça peut aller jusqu'à la vaccination obligatoire. Nous verrons, encore une fois. Ne préemptons pas le débat. Vous savez, on me disait que les résidents en EHPAD seraient 50 ou 60 % à accepter de se faire vacciner. Nous en sommes bientôt à 85 %. Ça monte et ça montera aussi chez les soignants, j'en suis convaincu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les enseignants ? Et les enseignants ? Prioritaires ?

OLIVIER VERAN
Les enseignants âgés de 50 ans et plus atteints de maladies chroniques qui les expose à des risques de forme grave sont, comme tous les autres Français qui sont dans cette situation, prioritaires pour la vaccination.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a un temps, il avait été envisagé de rendre la vaccination prioritaire chez les enseignants.

OLIVIER VERAN
Nous fonctionnons, encore une fois, par risque de gravité. Nous protégeons celles et ceux qui vont à l'hôpital, celles et ceux qui vont en réanimation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne changerez pas cet ordre.

OLIVIER VERAN
Nous faisons… Honnêtement, c'est du bon sens que de vacciner en priorité ceux qui sont les plus fragiles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Regardons la vaccination. En deux mois et neuf jours, deux mois et neuf jours de vaccinations. 3 millions 200 000 vaccinés, deux doses, un million 800 000 vaccinés, une dose. Combien de doses de vaccin avons-nous reçues en France en deux mois et neuf jours ?

OLIVIER VERAN
Nous en sommes à un peu plus de 7 millions de doses reçues à date. Mais attention Jean-Jacques BOURDIN, parce que je voyais un tableau qui circulait la semaine dernière pour montrer comme la France ne savait pas vacciner, en disant : regardez, on a fait 4 millions de vaccinations sur 7. 1/ Le tableau était faux, c'était 6 parce qu'il y avait eu des retards dans les livraisons de la part des labos. Ensuite, nous recevons des vaccins deux à trois jours par semaine. Si vous regardez le jour où on a reçu 800 000 vaccins, vous allez nous dire : regardez, vous avez 800 000 vaccins que vous n'avez pas injectés. Oui, ils viennent d'être reçus, Jean-Jacques BOURDIN. Quand vous avez un centre de vaccination qui planifie tout sur une semaine et que vous avez des livraisons qui arrivent le vendredi par exemple, il est tout à fait normal que le centre de vaccination garde suffisamment de vaccins pour pouvoir vacciner jusqu'au mercredi. Vous êtes d'accord avec moi. Nous sommes à plus de 85 % des doses de PFIZER qui sont injectées chez les patients. C'est pareil chez l'ASTRAZENECA, ça monte. Ça montera beaucoup à la fin du week-end.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous sommes à combien ?

OLIVIER VERAN
Nous sommes entre 25 et 30 % parce que nous avons reçu des grosses livraisons. 800 000 vaccins ASTRAZENECA qui ont été reçus hier sur 2 millions de doses qui ont été reçues depuis le début. Pardonnez-nous de devoir attendre quelques jours pour pouvoir l'injecter. Ce qui est indispensable, c'est la transparence. Nous avons quelque chose en France qui est que nous avons rendu accessible en open data le nombre de doses reçues par chaque centre, le nombre de rendez-vous pris par chaque centre, le nombre d'injections réalisées par chaque centre pour les 1 269 centres de notre territoire national. Donc chaque Français peut aller voir sur Internet combien son centre a pris de rendez-vous par rapport au nombre de doses qu'il a reçues. Je n'ai aucun stock à Paris, je n'ai rien au Ministère. Tout est dans les centres, tout est dans les hôpitaux, tout est dans les pharmacies et croyez-moi, la mobilisation de tout le monde… Parce que quand on dit : vous n'allez pas assez vite, pardon, vous avez derrière des milliers de personnes qui vont être encore au charbon ce week-end dans tous les centres pour pouvoir vacciner les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un médecin généraliste qui commande des vaccins attend 8 jours avant de recevoir les doses, avant d'aller les chercher chez le pharmacien.

OLIVIER VERAN
Attendez Jean-Jacques BOURDIN, mais c'est emblématique. Nous disons aux médecins : nous voulons que dès que vous avez reçu les doses, vous vacciniez. Donc on vous demande de nous dire aujourd'hui combien de patients vous allez vacciner la semaine prochaine et nous, on va vous donner autant de doses qu'on pourra pour que vous puissiez le faire. Donc ce qu'on leur dit, c'est vous nous dites la semaine prochaine, je veux vacciner 30 patients ; vous recevez les doses le vendredi et moi je leur dis : vous avez jusqu'au lundi pour aller chercher les vaccins en pharmacie et faire vos injections. Sinon ces doses, elles seront plus utiles en pharmacie ou chez d'autres confrères qui sont prêts à vacciner. Donc encore une fois, les choses sont… Plus vous anticipez, plus vous avez évidemment un délai entre le moment où vous commandez et le moment où vous injectez. Si nous n'anticipions pas, là on aurait des doses qui arriveraient et qui ne seraient pas utilisées. Quand les doses arrivent, elles sont utilisées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tous les Français adultes seront vaccinés avant la fin de l'été, vous le confirmez ?

OLIVIER VERAN
Je l'espère. Nous avons les doses, nous avons les commandes pour pouvoir le faire. Ensuite, il faut que les laboratoires respectent leurs engagements, ce qui n'est pas toujours le cas, ce qui est même parfois loin d'être le cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous comprenez l'Italie ?

OLIVIER VERAN
Mais bien sûr que je comprends l'Italie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vis-à-vis d'ASTRAZENECA ?

OLIVIER VERAN
Oui, je comprends.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous comprenez ? La France pourrait faire la même chose ?

OLIVIER VERAN
Nous pourrions faire la même chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'avez fait ?

OLIVIER VERAN
Nous verrons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'avez fait ou pas ?

OLIVIER VERAN
Nous verrons Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quoi ? Nous verrons quoi ?

OLIVIER VERAN
Nous verrons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous verrons quoi ? Pour les auditeurs et téléspectateurs, je vais rappeler ce qu'a fait l'Italie. L'Italie a bloqué des doses de vaccin qui devaient aller en Australie d'ASTRAZENECA parce qu'ASTRAZENECA ne respectait pas ses contrats commerciaux. Est-ce que la France peut faire la même chose ?

OLIVIER VERAN
La France croit à une démarche européenne depuis le premier jour. Nous discutons de près avec les Italiens mais aussi avec l'ensemble de nos homologues européens pour avoir en la matière une démarche européenne. Ce n'est pas à moi d'en parler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La France peut faire la même chose ?

OLIVIER VERAN
Croyez-moi, plus j'ai de doses et plus je suis heureux comme Ministre de la Santé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la France fera, peut faire la même chose.

OLIVIER VERAN
La France est habilitée à discuter avec ses partenaires européens en vue de faire en sorte que les laboratoires respectent leurs engagements et leurs contrats. Ça me paraît être au-delà encore du bon sens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce qui n'est pas toujours le cas. On est bien d'accord. Est-ce que le taux de mortalité dans les EHPAD a baissé depuis le début de la vaccination ?

OLIVIER VERAN
Il semble que le taux de mortalité en général chez les Français âgés de 80 ans et plus baisse, en tout cas le taux d'infections et le taux de réanimations. Attention, il y a un décalage entre l'infection et le décès des patients. Ça peut prendre plusieurs semaines d'écart. Donc sur la mortalité, il est difficile encore de le mesurer. En revanche sur les contaminations, c'est net si vous avez vu la courbe de l'incidence sur les personnes âgées. Sur l'âge moyen des patients en réanimation qui diminue. Sur l'âge moyen des patients admis aux urgences qui diminue. Donc tout laisse à penser que la mortalité va pouvoir diminuer aussi chez les personnes âgées, ce qu'on constate dans les autres pays qui, comme nous, ont vacciné des millions de personnes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour l'instant, on n'a pas de confirmation de la baisse.

OLIVIER VERAN
Sur la mortalité, c'est un indicateur –pardon pour le mot – tardif de l'impact sur la vaccination.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Spoutnik V bientôt acheté par l'Union européenne et par la France ?

OLIVIER VERAN
Spoutnik V enfin déposé devant l'Agence européenne du médicament pour faire ce qu'on appelle un rolling review, c'est-à-dire une analyse scientifique de toutes les données des études cliniques menées en Russie en vue de savoir si le vaccin est digne de bénéficier d'une autorisation de mise sur le marché en Europe. On rentre enfin dans la phase de la transparence, la phase scientifique d'analyse européenne de ce vaccin. C'est forcément une bonne nouvelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mercredi matin, le président de la région Sud-Provence-Alpes-Côte d'Azur était avec moi. Il demandait à ce que l'on réserve le futur vaccin JOHNSON & JOHNSON aux 18-24 ans. Une bonne idée ?

OLIVIER VERAN
Il a beaucoup d'idées le président de la région PACA.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne vous aimez pas, je sais.

OLIVIER VERAN
Ce n'est pas qu'on ne s'aime pas, pas du tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais si, mais si !

OLIVIER VERAN
C'est que je constate qu'en faisant la liste des idées et parfois des injonctions, la liste peut être longue. Encore une fois, la bonne idée, Jean-Jacques BOURDIN, il y en a une en fait. C'est l'idée que nous avons en France qui est l'idée européenne. C'est l'idée que nous proposent tous les scientifiques : c'est de vacciner celles et ceux qui vont en réanimation et qui meurent du virus aujourd'hui. La bonne idée, c'est de sauver des vies en priorité. La bonne idée, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait plus des familles endeuillées par milliers tous les mois dans notre pays. Ça, c'est la bonne idée et c'est, je vais vous dire, vraiment la priorité des priorités, celle que nous suivons avec rigueur depuis le début.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand est-ce que les pharmaciens, les sages-femmes pourront vacciner ?

OLIVIER VERAN
Les pharmaciens et les sages-femmes peuvent vacciner depuis aujourd'hui. J'ai signé le décret.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aujourd'hui, ça y est ?

OLIVIER VERAN
Le décret a été publié.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc aujourd'hui si je suis dans le cadre imposé, je peux aller chez mon pharmacien et me faire vacciner. Avec quel vaccin ?

OLIVIER VERAN
Avec le vaccin ASTRAZENECA qui est disponible. Alors ils peuvent participer en centre de vaccination…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va falloir faire la promotion de ce vaccin ASTRAZENECA parce que…

OLIVIER VERAN
Je l'ai essayé. Je l'ai reçu le vaccin ASTRAZENECA.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous l'avez reçu !

OLIVIER VERAN
Vous croyez que si je considérais que le vaccin était dangereux ou inefficace je me serais fait vacciner ? Je me suis fait vacciner en toute confiance. Le vaccin ASTRAZENECA, vous savez, il a pâti c'est vrai d'une mauvaise réputation au départ, parce qu'il y a eu des cafouillages dans les études cliniques, parce qu'on disait qu'il était moins efficace que les vaccins ARN Messager, etc. etc. A l'arrivée, qu'est-ce qu'on constate ? En vie réelle, c'est mieux qu'une étude clinique, sur des dizaines de milliers d'habitants par exemple en Ecosse, on constate qu'il est efficace à plus de 90 % pour limiter les risques de formes graves, qu'il est efficace à tous âges de la vie. Les réserves sont levées, et donc nous pouvons faire profiter de l'ASTRAZENECA les Français qui souhaitent se faire vacciner.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Passeport sanitaire ou certificat. Passeport sanitaire, bon, c'est un nom générique, projet de passeport présenté le 17 mars par la Commission européenne qui avance, il semble qu'on n'avance pas très vite en France, réunion à l'Elysée je crois avec le président de la République, c'était mercredi dernier, en fin d'après midi, c'est bien ça ?

OLIVIER VERAN
En fait il y a deux sujets.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, alors allez-y.

OLIVIER VERAN
Il y a le sujet européen qui est la circulation d'un Etat à l'autre en fonction de son statut vaccinal, qui s'apparente plus à une notion de passeport. Et la question de l'accessibilité des lieux qui sont aujourd'hui fermés, lieux culturels, sportifs et autres, lorsqu'ils seront rouverts, pour des publics, en fonction de données sanitaires ou vaccinales ou autres ? Ce sont deux sujets. Je vais vous dire ma conviction profonde. En France, je peux me tromper, et dans ce cas là vous me direz dans deux mois que j'avais tort. Je considère qu'en France on est un pays égalitaire, égalitariste, ce n'est pas un pays dans lequel on va dire : si tu es vacciné, tu peux rentrer là, si tu ne l'es pas, tu ne peux pas rentrer là. Je ne le crois pas. En revanche, qu'on ait une réflexion sur des indicateurs sanitaires collectifs qui nous permettent d'envisager la réouverture de certains établissements, vous parliez des restaurants, des cinémas, etc., ça oui, et en revanche qu'on puisse avoir un certificat de vaccination pour pouvoir voyager au sein de l'Union européenne, si c'est une décision européenne pourquoi pas. Ce que je veux vous dire, c'est que nous travaillons à toutes ces, questions, parce qu'il y a des enjeux éthiques, il y a des enjeux juridiques, des enjeux sanitaires, il y a des enjeux numériques qui sont importants…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr…

OLIVIER VERAN
Donc tout cela s'anticipe Jean-Jacques BOURDIN, donc croyez-moi nous sommes dans l'anticipation et nous y travaillons, ce n'est pas un sujet pour aujourd'hui, ce n'est pas un sujet pour dans un mois, ça peut être un sujet pourquoi pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant l'été ?

OLIVIER VERAN
Pourquoi pas pour avant l'été, mais je le dis, je ne crois pas que le scénario le plus probable soit un scénario en fonction duquel selon qu'on soit vacciné ou non, on puisse rentrer dans tel ou tel lieu, pas en France, je ne le crois pas. Peut-être que je me trompe, je ne peux pas préempter le débat, ce débat est légitime, nous solliciterons des experts pour nous accompagner.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et puis j'ai une dernière question, qui n'a rien à voir avec le Covid…

OLIVIER VERAN
Ah…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que des repas végétariens dans les cantines sont bons pour la santé des enfants ?

OLIVIER VERAN
Si c'est un repas sans viande ou sans poisson par semaine, dans une cantine, si c'est fait avec une vocation non idéologique mais que c'est fait par exemple pour avoir un équilibre alimentaire pour les gamins, je vous le dis, comme moi comme père de famille il m'arrive de faire, j'avais dit que j'avais fait des pâtes ricotta épinards à mes enfants dimanche soir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Polémique inutile.

OLIVIER VERAN
Ce n'est pas la même chose que ce qui était proposé par le maire de Lyon, à la réflexion, parce que lui avait dit : on va retirer toute la viande des cantines pour des raisons sanitaires. Non, attendez, s'il retire la viande c'est pour d'autres raisons que des raisons sanitaires, et c'est un autre sujet. L'alimentation doit être équilibrée et si je puis me permettre, foutons la paix à nos gamins avec les questions d'ordre politique et idéologique, faisons en sorte qu'ils mangent bien, travaillons, et c'est ce que je fais comme ministre des Solidarités, pour diffuser la cantine à moins de 1 € dans les communes rurales, travaillons pour que le petit-déjeuner gratuit à l'école, dans les écoles pour les gamins, soit généralisé dans tous les quartiers pauvres, ça ce sont des priorités pour moi, nous y travaillons avec Julien DENORMANDIE, avec Jean-Michel BLANQUER, nous prenons notre bâton de pèlerin pour aller convaincre les élus, ce sont des belles mesures sociales et qui sont des belles mesures aussi nutritionnelles pour les enfants…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça sera généralisé d'ailleurs ces petits-déjeuners gratuits ?

OLIVIER VERAN
... Développons les circuits courts, développons le bio. Mais je le souhaite ! Aujourd'hui nous le payons, nous le payons aux collectivités, et nous constatons qu'il y a des collectivités qui s'engagent sur cette voie et d'autres notamment des très grandes, notamment des très grandes qui se disent pourtant très sociales et écolos…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Où ?

OLIVIER VERAN
On n'est pas très loin d'une de ces communes, où ça pourrait véritablement être développé plus fort.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Paris.

OLIVIER VERAN
Un gamin qui arrive après avoir pris un petit-déjeuner à l'école, par an en moyenne il va gagner un mois d'apprentissage des maths et des lettres. C'est terrible de voir des gamins qui ont faim arriver à l'école. L'éducation c'est aussi ça et nous devons travailler, à Paris mais aussi ailleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Olivier VERAN d'être venu nous voir ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 mars 2021