Interview de Mme Roselyne Bachelot, ministre de la culture, à BFMTV le 23 avril 2021, sur la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement notamment le calendrier de réouverture des lieux culturels.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Roselyne BACHELOT, bonjour.

ROSELYNE BACHELOT
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Nous redescendons sur terre…

ROSELYNE BACHELOT
Il faut bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous étions en pleine aventure spatiale. Roselyne BACHELOT, d'ailleurs, ça vous fait rêver, Thomas PESQUET.

ROSELYNE BACHELOT
Ah, ça me fait rêver. Vous savez, Jean-Jacques BOURDIN, je suis une grande lectrice de science-fiction, j'ai l'impression de relire « Rendez-vous avec Rama », d'Arthur CLARKE, ou les grands classiques de la science-fiction. Arthur PESQUET, non, Arthur CLARKE… Thomas PESQUET est un type d'un charme, d'une gentillesse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, il vous séduit.

ROSELYNE BACHELOT
Ah oui, il est absolument extraordinaire. Ce sang-froid, cette accessibilité, c'est un type extrêmement pédagogue, c'est un bon client, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

ROSELYNE BACHELOT
Vous le connaissez, il s'est exprimé sur votre antenne. Il est formidable. Oui, je suis amoureuse de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez regarder.

ROSELYNE BACHELOT
Ah ben je suis amoureuse de Thomas PESQUET, évidemment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, vous êtes amoureuse de Thomas PESQUET. Bon. Vous semblez aller bien, dites-moi.

ROSELYNE BACHELOT
Je vais bien. Je vais bien. Vous savez, je ne vais pas, évidemment, m'attendrir sur mon cas personnel, à un moment où nous avons 100 000 personnes, plus de 100 000 personnes décédées dans notre pays, où des familles sont endeuillées, mais il y a un point sur lequel je voudrais insister, c'est ces Covid longs, c'est qu'il y a maintenant pas loin de 2 millions de Français, dont on dit qu'ils sont guéris, et qui ont leur vie terriblement impactée, qui ne retrouveront peut-être jamais une vie normale, dans leur vie personnelle, dans leur vie sentimentale, dans leur vie professionnelle, parce que cette maladie c'est une saleté, c'est une saloperie. Je veux profiter de cette opportunité que vous me donnez pour leur rappeler, on n'en parle pas suffisamment. Mais, vous savez, quand on est touché par cette maladie de façon grave, on vit des moments de solitude, évidemment, je me suis sentie seule, mais je ne me suis jamais sentie abandonnée, parce que j'ai eu autour de moi une équipe médicale absolument extraordinaire, et à chaque moment je me suis dit : ils prennent la meilleure décision pour moi. Et vraiment je leur en ai une reconnaissance infinie, profonde, donc il faut se ménager, il faut se protéger pour soi bien sûr, pour ses proches, il faut protéger sa capacité à être dans la société, et puis il faut protéger nos soignants, et ça, cet appel à la responsabilité, à la protection, je veux profiter du moment que vous me donnez pour le rappeler de façon forte. Il ne s'agit pas de culpabiliser qui que ce soit, il s'agit d'expliquer ce qu'est la maladie covidaire. C'est une maladie très grave, qui touche bien au-delà des personnes qui sont décédées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous parliez des conséquences de la maladie, vous-même, vous-même vous me disiez tout à l'heure, on ne va pas… je ne vais pas trahir de secret, vous me disiez tout à l'heure : ce n'est pas facile.

ROSELYNE BACHELOT
Ce n'est pas facile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez été, je le rappelle rapidement, on ne va pas s'éterniser, mais je rappelle rapidement : vous avez été hospitalisée le 24 mars, vous a été placée sur oxygénothérapie renforcée, renforcée, donc vous aviez un Covid dur, sévère, extrêmement sévère, vous, alors que vous aviez été vaccinée le 17 mars, et les premiers symptômes, des symptômes respiratoires, 2, 3 jours après la vaccination.

ROSELYNE BACHELOT
Exactement. Exactement. Alors maintenant, c'est au moins l'avantage Jean-Jacques BOURDIN, c'est que j'ai l'immunité acquise par le vaccin et l'immunité acquise par la maladie. Mais ça veut dire aussi : vaccinez-vous ! Et j'en appelle à la vaccination.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, c'est aussi l'un des messages, Roselyne BACHELOT. Et donc encore, encore aujourd'hui, bon vous travaillez normalement, mais ce n'est pas facile.

ROSELYNE BACHELOT
Mais ce n'est pas facile, eh oui, les séquelles sont évidemment importantes, je les surmonte, mais ce sont les gens qui ont été touchés par la maladie covidaire, et auxquels d'ailleurs j'exprime ma solidarité, savent très bien que c'est une maladie qui va durer plusieurs mois, et puis c'est une sorte de sinusoïde, vous croyez que vous en êtes sorti, pendant 3, 4 jours vous n'avez plus de signes, et puis tout d'un coup la maladie revient, et ça mettra évidemment plusieurs jours et même peut-être plusieurs mois. Et ça il faut le savoir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez eu peur de mourir ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, à un moment très précis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A un moment très précis.

ROSELYNE BACHELOT
Tout à fait, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ?

ROSELYNE BACHELOT
Qu'est-ce qui se passe ? Eh bien on se dit que c'est le moment. Vous savez, moi je suis quelqu'un qui essaie d'apprivoiser la mort au maximum. Tous les soirs je me dis que peut-être c'est le dernier soir, et qu'on se dit « c'est le moment ».

JEAN-JACQUES BOURDIN
Roselyne BACHELOT, 11 millions de Français de plus de 55 ans qui pourraient être vaccinés ne le sont pas, vaccinés. Pourquoi ? Parce que beaucoup ont peur d'AstraZeneca. Il y a une idée, et je crois que c'est le président de la République qui a eu l'idée de faire appel à des personnalités, du monde culturel au sens large du mot, la télévision, la chanson, je ne sais pas moi, des musiciens, des comédiens de cinéma ou de théâtre, où ça en est ? Vous soutenez cette idée, vous participez à la réalisation de cette idée ?

ROSELYNE BACHELOT
Moi je suis une militante de la vaccination, j'ai été vaccinée avec un vaccin Pfizer, puisque je ne relevais pas dans mon créneau d'âge d'un vaccin AstraZeneca, mais je n'aurais eu aucune réticence à me faire vacciner par un vaccin AstraZeneca. Il y a un très fort mouvement de crainte, de peur des vaccins dans notre pays, on est le pays européen qui a la plus grande réticence. C'est tout à fait dommageable que dans le pays de PASTEUR il en soit ainsi. Si un certain nombre de personnalités, le Premier ministre s'est fait vacciner en public par un vaccin AstraZeneca, si un certain nombre de personnalités veulent rejoindre ce mouvement, je ne peux que les encourager.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi pas une émission spéciale, de télévision par exemple, à 20h30 sur le service public, où l'on expliquerait ce que sont les vaccins, les différents vaccins, on les montrerait ? Parce que…

ROSELYNE BACHELOT
Mais je crois que vous avez fait ici sur cette antenne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais il faut aller plus loin…

ROSELYNE BACHELOT
… de BFM TV, de la pédagogie. Là-dessus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et alors, on mettrait 10 personnalités qui se feraient vacciner par AstraZeneca par exemple.

ROSELYNE BACHELOT
Jean-Jacques BOURDIN, je ne sais pas si vous ne vous faites pas quelques illusions sur la capacité d'influence des personnalités. Mais enfin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, d'accord. Bon, d'accord.

ROSELYNE BACHELOT
Mais enfin, ceci, c'est une note de bas de page.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon, d'accord ! Bon, écoutez, bon… On va parler des vaccins, mais on va parler de la culture. La culture, je me souviens de ce que vous nous disiez, vous étiez venue ici le 11 décembre dernier, je vous cite : « Ce qui serait terrible pour la culture, c'est le stop & go, rouvrir pour refermer. On assassinerait la culture si on faisait cela ». Le 16 avril, il y a une semaine, je vous cite encore : « Concertation avec l'ensemble des secteurs, cinémas, salles de spectacles, festivals, musées et monuments, centres d'art, nous serons prêts, car la situation sanitaire permettra la reprise ». Est-ce que le monde…

ROSELYNE BACHELOT
Je ne retire rien de ces deux déclarations, Jean-Jacques BOURDIN, et merci de les avoir rappelées, parce que quand on interroge le monde de la culture, c'est la première chose qu'ils nous disent. Bien sûr ils souffrent de la fermeture des lieux culturels, mais ils savent aussi, parce qu'ils sont en responsabilité, je travaille avec eux à ces modalités de réouverture, aussi bien les professionnels, les artistes, les collectivités territoriales, les grands élus, et… d'abord il n'y a pas de grands et de petits élus, avec les élus, et la crainte c'est effectivement que l'on soit dans une situation qui est encore très fragile, le Premier ministre l'a dit hier dans sa conférence de Presse, bien sûr on voit une stabilisation, même une baisse des cas, 15 à 17 % selon les évaluations, mais on sait bien qu'on teste moins, alors qu'on voit en même temps le taux de positivité augmenter. Donc on voit bien qu'on est dans une situation intéressante, qui nous pousse à l'optimisme, mais qui est fragile. Or, un lieu de culture ça ne se rouvre pas comme on allume la lumière dans une pièce. A partir du moment où on donne le top de départ, il faut à peu près 15 jours à une salle de cinéma pour rouvrir, dans un lieu de spectacle vivant lancer les répétitions, mettre en mouvement les équipes, ça demande du temps. Donc si on était dans la situation de voir une situation, de voir la situation épidémique se détériorer, il faut donc être dans une démarche extrêmement volontaire. Nous, au ministère de la Culture, on est prêt, on a bâti les protocoles, on a bâti les procédures avec les professionnels. Si le président de la République qui va s'exprimer dans quelques jours…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans quelques jours, la semaine prochaine ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, très probablement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mercredi prochain, on parle de…

ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, je ne vais pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non non, il s'exprimera donc la semaine prochaine.

ROSELYNE BACHELOT
Il s'exprimera dans les prochains jours, et il va nous donner le top départ, à ce moment-là nous serons prêts, c'est ce qui compte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, évidemment. Donc, la semaine prochaine le président de la République va s'exprimer, vous donnera le top départ qui pourrait être, qui sera probablement, si la situation encore une fois continue à s'apaiser doucement mais sûrement, le 17 mai.

ROSELYNE BACHELOT
Alors, c'est ce qui a… la mi-mai disons, la date n'a pas été fixée aussi précisément. Ce qui est très important de dire, c'est qu'on a quitté le concept, vous savez, de la date. Si au 15 décembre on était à moins de 5 000, etc. Le ministre de la Santé Olivier VERAN l'a bien dit, on est plutôt sur une dynamique. La dynamique c'est laquelle ? C'est la dynamique de la baisse des contaminations, la dynamique du taux d'occupation des lits de réanimation, et la dynamique de la campagne vaccinale. J'allais dire, il y a un de ces facteurs qu'on maîtrise, c'est la campagne de vaccination.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas toujours, mais enfin en gros.

ROSELYNE BACHELOT
Globalement, on s'aperçoit que les étapes qui avaient été fixées par le ministre de la Santé ont été respectées. Bon. Sur le reste évidemment on est moins sûr, tout ça dépend de facteurs exogènes, tout ça dépend du respect des mesures de précaution, je déteste le terme de « mesures barrières », qui sont des mesures d'empêchement, je préfère le terme de mesures de précaution. En tout cas nous sommes prêts, si la situation épidémique le permet, à la mi-mai nous sommes en position de rouvrir les lieux de culture.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors si tout va bien, mi-mai tous les lieux de culture rouvriront en même temps.

ROSELYNE BACHELOT
Tout ça, c'est demandé par les professionnels.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En même temps ? C'est-à-dire les musées, les théâtres, les cinémas en même temps. Parce que j'ai vu quand même que les musées disent : « Mais pourquoi lier notre sort à celui des salles de cinéma ou des théâtres ? »

ROSELYNE BACHELOT
Nous évaluerons la situation de la façon la plus fine et la plus adaptée. Ce que je note en tout cas, c'est qu'il n'y a pas d'exception française sur la fermeture des musées. Les musées sont fermés en Grande-Bretagne, ils sont fermés en Irlande, ils sont fermés aux Pays-Bas, ils sont fermés en Pologne, ils sont fermés en Italie, ils sont fermés en Grèce, ils sont fermés en Suède. Je lis dans certains journaux l'exception française sur la fermeture des musées. Non ! Quant aux lieux de culture, c'est encore la presque totalité de l'Europe dans lequel les lieux de culture sont fermés. Ce n'est donc pas un caprice que cette fermeture des musées parce qu'il y a autour des musées un certain nombre de contraintes et de brassage de population. Mais il faudra étudier tout ça vraiment. On a besoin encore, Jean-Jacques BOURDIN. Ne m'enfermez pas dans une question à laquelle aujourd'hui je ne peux pas répondre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne pouvez pas répondre. Mais j'ai quand même une question parce que ce n'est pas moi, c'est le président de la République qui lorsqu'il a pris la parole la dernière fois à parler de levée de restrictions sanitaires dans les lieux de culture qui commencerait par les musées. C'est lui qui a dit cela, ce n'est pas moi.

ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, il en décidera à ce moment-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pensez que ce serait bien de commencer par les musées ?

ROSELYNE BACHELOT
Nous de toute façon, nous sommes prêts.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Commencer par les musées, ça serait mieux ? Est-ce qu'il faut tout ouvrir ?

ROSELYNE BACHELOT
Jean-Jacques BOURDIN, il ne s'agit pas de savoir ce que je souhaite. Moi je souhaite que les lieux de culture rouvrent le plus vite possible, que tous les lieux de culture rouvrent et que tous les lieux de culture rouvrent massivement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'imagine.

ROSELYNE BACHELOT
Quand j'entends, quand je vois des appels à la réouverture : « Roselyne, rouvre les musées ! » me dit-on sur les réseaux sociaux. C'est comme si je souhaitais ne pas les rouvrir. Ou « Roselyne, rouvre les théâtres ! », comme si je ne souhaitais pas les rouvrir. Bien sûr, bien sûr c'est ce que je souhaite profondément mais je suis assez responsable. Je suis assez responsable pour savoir que sur les conseils de ces ministres, parce qu'il n'y a pas que la culture qui est en jeu dans cette affaire. Il y a le ministre de l'Economie et des Finances qui décide des mesures d'accompagnement. Il y a un ministre de l'Intérieur qui regarde les troubles éventuels à l'ordre public. Il y a le ministre de la Santé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement deux choses, deux questions. Réponses courtes si c'est possible, Roselyne BACHELOT. Réouverture avec des jauges j'imagine. Jauges sanitaires.

ROSELYNE BACHELOT
De toute façon la réouverture se fera de manière progressive et, deuxièmement, avec un respect strict des mesures de précaution bien entendu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jauge à 35 % pour rouvrir, c'est ce que vous avez préparé.

ROSELYNE BACHELOT
Nous sommes sur des jauges progressives qui seront adaptées en fonction de la situation sanitaire, évidemment des mesures de protection. Le ministre en charge du Numérique est en train de préparer aussi cette…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une sorte de pass sanitaire.

ROSELYNE BACHELOT
De pass sanitaire. Ce ne sera certainement pas dès le départ de la procédure de réouverture mais vraiment on travaille d'arrache-pied.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On se dirige vers un pass sanitaire pour entrer dans les cinémas, les théâtres, les musées.

ROSELYNE BACHELOT
C'est un outil. Il s'agit d'abord de le préparer techniquement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, j'imagine.

ROSELYNE BACHELOT
Parce qu'il y a quand même des difficultés. Et ensuite de voir son acceptabilité par la population parce que ça pose des problèmes éthiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable ?

ROSELYNE BACHELOT
Moi, ministre de la Culture, conditionner l'ouverture d'un lieu de culture, l'entrée dans un lieu de culture à un passeport sanitaire, j'avoue que j'ai beaucoup de mal.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez beaucoup de mal ? Mais on va vous l'imposer.

ROSELYNE BACHELOT
Je sais que vous êtes un peu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je suis assez partisan parce que je pense qu'il faut qu'on ouvre. A un moment donné, il va bien falloir qu'on avance et j'écoute les professionnels. Par exemple, les restaurateurs sont favorables.

ROSELYNE BACHELOT
Jean-Jacques BOURDIN, on est dans une tragédie. Donc il y a les principes et je ne suis pas une dogmatique. Si c'était la condition pour faire fonctionner les lieux de culture, parce qu'il n'y a rien pour moi de plus important que les lieux de culture soient ouverts, que cette trépidation de vie, de communication qu'est un lieu de culture, si c'était la condition pour surmonter cette maladie de le faire, de le demander, je crois que je transigerais avec mes principes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et réouverture selon les régions ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors la territorialisation est un bon concept.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, et j'en parle d'ailleurs avec les élus. Je leur ai d'ailleurs demandé « qu'est-ce que c'est pour vous la territorialisation ? » Parce qu'on est dans un pays qui a aussi une soif d'égalité qui l'emporte souvent sur toute autre considération. C'est-à-dire qu'on aura des systèmes différenciés, on l'a vu dans la première sortie du déconfinement le 11 mai dernier, où il y avait un certain nombre de dispositifs qui avaient été mis à la main des préfets. Tout de suite, si on autorisait quelque chose là, on se demandait pourquoi ce n'était pas autorisé à tel ou tel endroit. Donc il faut vraiment que cette territorialisation, elle parte du terrain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les concerts tests, il va y en avoir ? Parce que vous en aviez parlé.

ROSELYNE BACHELOT
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Où est-ce qu'on en est ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors les concerts tests sont assez compliqués parce que ce ne sont pas des concerts qu'on mène comme ça. Ce sont des concerts expérimentaux qui demandent un partenaire scientifique et un partenaire culturel. Ce sont des entreprises qui sont extrêmement coûteuses. Par exemple le concert qui est en préparation à l'Accor Arena, la ville de Paris nous a donné - c'est piloté par le ministre de la Santé, pas par moi parce que c'est une expérience scientifique - nous a donné gratuitement Accor Arena, ce qui est une très belle subvention. Le coût du concert test, Jean-Jacques BOURDIN : 900 000 euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
900 000 euros.

ROSELYNE BACHELOT
Je mets ce chiffre parce que nous recevons des centaines de demandes de concerts tests. C'est une opération extrêmement coûteuse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il aura lieu ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ?

ROSELYNE BACHELOT
On est en train de dégager les financements. Ça pourrait être avant la fin du mois d'avril.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant la fin du mois d'avril ? Mais nous sommes le 23.

ROSELYNE BACHELOT
Oui. Enfin dans les 15 jours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans les 15 jours, nous aurons un concert test. Avec ? Avec ? Rappelez pour le grand public : concert test avec qui ?

ROSELYNE BACHELOT
Attendez. Moi c'est le concert test qui m'intéresse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
INDOCHINE ?

ROSELYNE BACHELOT
Oui, je ne sais plus mais il n'y a pas qu'eux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y a pas qu'eux. Bon, d'accord.

ROSELYNE BACHELOT
Vous me demandiez le casting ! Ça y est, il m'a coincée Jean-Jacques BOURDIN ! Ce n'est pas vrai, non !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais non, Roselyne BACHELOT. Les parcs d'attractions, les spectacles vivants dans les rues, les festivals cet été, les salons du livre, toutes les manifestations culturelles…

ROSELYNE BACHELOT
Là c'est très intéressant parce que vous mettez dans le même paquet des choses très différentes. Les festivals, j'étais encore hier soir à travailler avec Yann GALUT, le maire de Bourges, avec le Printemps de Bourges et avec Cécile HELLE, la maire d'Avignon, le mythique Festival In et Off d'Avignon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils auront lieu ?

ROSELYNE BACHELOT
Dans la situation où nous sommes, oui ils auront lieu bien sûr. En été, moi je suis persuadée qu'ils auront lieu et nous travaillons pour qu'ils aient lieu. Alors bien sûr ce qui n'est pas encore complètement calé, ce sont les mesures d'accompagnement qui vont. Un : les mesures d'accompagnement de protection dont j'ai parlé puis l'accompagnement financier dont ils auront besoin. Parce que s'il y a des jauges réduites, s'il y a des contraintes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez les aider.

ROSELYNE BACHELOT
Bien sûr on va les aider et c'est de cela dont on a discuté avec les élus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr. Et puis dernière question, parce que je n'oublie pas celles et ceux qui occupent par exemple aujourd'hui des théâtres, des lieux de culture et qui sont des techniciens, qui sont des comédiens, des comédiennes, des techniciennes et qui s'inquiètent. Alors est-ce que la fameuse année blanche sera prolongée au-delà du 31 août ?

ROSELYNE BACHELOT
Alors nous ne sommes pas dans la situation où nous étions l'an dernier. D'ores et déjà nous savons une chose, parce que nous avons confié une mission à un spécialiste de ces questions de l'intermittence, 120 000 intermittent, monsieur GAURON, qui nous a déjà indiqué que 75 % des intermittents auraient reconstitué leurs droits au 31 août 2021. Donc nous ne sommes pas du tout dans la situation de l'an dernier. Et il a dégagé trois scénarios possibles : au sortir du 31 août, des mesures d'accompagnement, ou alors la reconduction pure et simple de l'année blanche qui redonnerait une année de droits ou prolonger jusqu'à la fin de l'année 2021, et des mesures d'accompagnement. Parce qu'on voit bien que la situation est très différente. Dans les 25 % d'intermittents qui n'auront pas reconstitué leurs droits, il y a principalement le monde de la musique : les chanteurs, les musiciens et il faut vraiment des mesures spécifiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, vous prendrez des mesures spécifiques.

ROSELYNE BACHELOT
De toute façon il y aura des mesures spécifiques, mais là nous lançons après avoir déterminé ces scénarios, nous lançons des concertations avec les professionnels concertés. Moi ce que je veux dire au monde des intermittents que j'écoute, on ne vous laissera pas tomber.

JEAN-JACQUES BOURDIN
S'il le faut, on prolongera après le 31 août.

ROSELYNE BACHELOT
Votre protection elle sera assurée. Il n'y a aucun risque. Certains pensent que par exemple la réforme des retraites viendra impacter l'intermittence. Non, ça n'a rien à voir. L'intermittence c'est un joyau que je veux protéger.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, s'il le faut, prolongation après de 31.

ROSELYNE BACHELOT
Bien sûr, s'il le faut, on est dans l'analyse de la situation, on prendra la meilleure décision possible, pour les protéger.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Merci Roselyne BACHELOT d'être venue nous voir ce matin.

ROSELYNE BACHELOT
Merci Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous allons repartir dans les étoiles. Merci.

ROSELYNE BACHELOT
Vous m'emmenez à avec vous alors.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut demander à Thomas PESQUET.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 avril 2021