Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à BFMTV le 27 avril 2021, sur les dates de réouvertures des restaurants et l'évolution des règles en entreprise, notamment sur le télétravail.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être dans ce studio de RMC et BFM TV, vous êtes ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion. Un début de calendrier de réouverture qui a été donné hier un peu entre deux tables d'écoliers par Emmanuel MACRON, alors ça reste quand même ultra flou, ça s'appelle une perspective, la vérité c'est qu'on est quand même sur le début d'un petit chemin dans le brouillard la nuit, mais il y a quelques dates, début mai si, mi-mai peut-être. Est-ce que vous n'avez pas l'impression, du coup, de jouer un peu avec les nerfs, notamment des restaurateurs ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on échange beaucoup avec les restaurateurs. De façon générale, je crois que le président de la République l'a dit clairement, la réouverture elle doit se faire étape par étape, évidemment en tenant compte de la situation sanitaire, et puis, le cas échéant, en différenciant selon les territoires. Vous l'avez dit, c'est important de donner des perspectives, tout le monde l'attend, en même temps il faut qu'on soit prudent pour ne pas avoir à faire des retours en arrière. Donc moi c'est aussi l'esprit dans lequel j'ai pu échanger hier soir, avec les organisations syndicales et patronales, sur l'évolution des règles qui vont s'appliquer en entreprise, notamment sur le télétravail.

APOLLINE DE MALHERBE
On va y revenir sur le télétravail, mais quand même sur cette histoire de date, et notamment, vous le disiez, on ne veut pas de retour en arrière, c'est-à-dire vous redoutez en fait un scénario à l'italienne où ils ont ouvert, puis refermé, pour finalement rouvrir ?

ELISABETH BORNE
Absolument, enfin l'objectif c'est d'y aller progressivement, pour ne pas avoir effectivement à faire du « stop and go » comme on dit, et donc voilà, d'être assez prudent, tout en répondant à l'attente très forte, je pense qu'on a tous envie de pouvoir retourner en terrasse, on a tous envie d'avoir des règles moins strictes, mais il faut être prudent compte tenu de la situation de l'épidémie.

APOLLINE DE MALHERBE
Le président qui a évoqué aussi le couvre-feu hier, il s'en est désolé, il a dit « 19h c'est très tôt », est-ce que c'est très tôt ou est-ce que c'est trop tôt, est-ce que véritablement vous réfléchissez et ça aura un impact très direct sur ceux qui travaillent et sur les ouvertures, notamment de restaurants, est-ce qu'en effet vous évoquez l'idée de le repousser ce couvre-feu, voire même de le supprimer ?

ELISABETH BORNE
C'est évidemment une question qui se pose, au moment où on parle de réouverture des terrasses, ça serait effectivement préférable pour les restaurateurs qu'ils puissent être ouverts un peu plus tard, mais là encore les décisions ne sont pas encore prises, et ça fera partie des annonces que le président de la République fera dans quelques…

APOLLINE DE MALHERBE
Je vois bien votre sourire, vous dites ne m'en demandez pas trop parce que je veux laisser ça au président, mais enfin tout de même, on comprend, dans ce que vous dites, qu'il pourrait y avoir une concomitance entre le moment d'ouverture des terrasses et peut-être repousser le couvre-feu.

ELISABETH BORNE
Il y a une cohérence à dire que quand on ouvre les terrasses on peut rester un peu plus longtemps, mais je vous dis, les décisions ne sont pas encore prises.

APOLLINE DE MALHERBE
Que ce ne soit pas juste pour le déjeuner ou le café.

ELISABETH BORNE
Absolument.

APOLLINE DE MALHERBE
Elisabeth BORNE, sur cette question justement des réouvertures des restaurants, arrêtons-nous un instant là-dessus parce que, évidemment, tout le monde de la restauration aujourd'hui est au chômage partiel. Si vous rouvrez, mais que vous rouvrez justement uniquement pour le service de midi, par exemple, comment est-ce que vous allez continuer à accompagner ceux qui vont retourner au travail, mais pas suffisamment pour gagner de quoi payer l'intégralité de leur salaire ?

ELISABETH BORNE
Alors, ça fait partie des discussions qu'on a eues la semaine dernière, avec Bruno LE MAIRE et les organisations syndicales et patronales, pour évoquer justement la façon dont on va faire évoluer les aides, vous savez qu'il y a eu des aides massives depuis ces derniers mois, qui ont permis de protéger fortement les emplois, les salariés, on peut se dire qu'il y a eu jusqu'à 9 millions de salariés en activité partielle, on était encore à plus de 2 millions au mois de mars…

APOLLINE DE MALHERBE
Au moment où on se parle d'ailleurs, on en est à combien ?

ELISABETH BORNE
On est à plus de 3 millions, du fait des fermetures, et on a en plus des salariés qui étaient en activité partielle pour garde d'enfant, voilà donc on sera certainement au-dessus de 3 millions de salariés qui sont encore aujourd'hui en activité partielle. Quand on est dans des secteurs qui sont fermés, vous savez qu'il n'y a aucun reste à charge pour l'entreprise, on prend en charge la totalité de la rémunération du salarié, donc évidemment c'est très important, quand on va sortir de ces aides d'urgence, de le faire de façon très progressive. Finalement, l'Etat prend en charge la rémunération de millions de salariés depuis des mois, ce qui a permis de protéger des emplois, on ne va pas débrancher les aides trop vite, mettre en difficulté les entreprises et risquer des licenciements, donc je peux vous assurer qu'on sera très prudent sur les modalités d'évolution de ces aides.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce qui veut dire, si on prend un cas très concret, qu'un cuisinier qui retourne en cuisine parce que son restaurant ouvre, mais que son restaurant doit fermer à 19h et que donc il ne va pas gagner, il ne va pas retrouver tout de suite son chiffre d'affaires, vous pourrez continuer, je ne sais pas, à payer 40 % du salaire ?

ELISABETH BORNE
En fait la règle elle est très claire, tant qu'il y a des restrictions sanitaires, c'est-à-dire qu'un établissement, un restaurant, est fermé totalement, comme c'est le cas aujourd'hui, ou partiellement, si on a des couvre-feux, alors on prend en charge à 100 % l'activité partielle, et tant qu'il y aura des restrictions sanitaires ça sera le cas.

APOLLINE DE MALHERBE
Tant qu'il y aura des restrictions, vous continuerez à les accompagner. Télétravail, vous le disiez, vous avez réuni les partenaires sociaux hier, est-ce qu'on reste sur 5 jours sur 5 obligatoires comme c'est le cas ?

ELISABETH BORNE
Alors, aujourd'hui, je veux le dire, c'est vraiment très important de ne pas relâcher les efforts, le télétravail, on le sait, c'est un levier important pour éviter la propagation du virus, ça permet de réduire jusqu'à 30 % les risques de contamination, donc aujourd'hui il n'y a pas de doute c'est encore 100 % de télétravail quand c'est possible. On a eu un premier échange avec les organisations syndicales et patronales hier pour évoquer la façon dont on va pouvoir sortir par étapes de ces règles, il faut évidemment là encore être très prudent. Je pense qu'on a partagé de façon unanime le fait qu'il y a une grande lassitude chez les salariés qui sont en activité partielle depuis des mois, tout le monde a envie de retrouver ses collègues, de retrouver des moments de convivialité, vous savez, certains l'ont dit hier, quand on pense qu'il y a des gens qui sont partis à la retraite, après avoir passé 30 ans ou 40 ans dans une entreprise, et qui n'ont pas eu de pot de départ, eh bien on voit que ça nous manque en fait ces moments de convivialité, en même temps chacun est conscient que le télétravail c'est important pour contenir l'épidémie et puis que le retour il sera forcément progressif.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc on fait comment, est-ce que ça veut dire que, si je comprends bien, aujourd'hui, au moment où on se parle, pas question de desserrer l'étau…

ELISABETH BORNE
De bouger, c'est vraiment 100 % quand c'est possible.

APOLLINE DE MALHERBE
En revanche, est-ce que le calendrier, alors encore une fois les étapes, c'est-à-dire 5 mai, 15 mai, 1er juin, peuvent être aussi des étapes qui, parallèlement à la réouverture d'un certain nombre de lieux, puissent être aussi des moments où vous allégez un peu la charge du télétravail, c'est-à-dire où vous dites on passe, je ne sais pas moi, de 5 jours obligatoires à 4 jours, 3 jours, 2 jours ?

ELISABETH BORNE
En fait on a eu cet échange, donc c'était un premier échange, on s'est dit qu'il fallait effectivement réfléchir à une première étape, dans lequel on ne dit pas tout le monde retourne au bureau, on ne donne pas encore la main à l'entreprise et à ses salariés pour définir les règles, mais peut-être on pourra assouplir au moment où on rouvrira les commerces, les terrasses, donc on a ces échanges, mais on n'a pas conclu hier, en tout cas ça doit être progressif, aujourd'hui c'est au maximum, ça doit être progressif…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça pourrait être plus tard que le moment de réouverture des lieux ?

ELISABETH BORNE
Ça devrait être concomitant à l'ouverture des terrasses, à la réouverture des commerces, d'avoir une première étape, qui permette néanmoins de maintenir beaucoup de salariés en télétravail.

APOLLINE DE MALHERBE
Elisabeth BORNE, il y a plein de règles aujourd'hui, on n'a pas le droit de déjeuner avec ses collègues à la cantine, on est censé quand même déjeuner, grosso modo, tout seul devant son ordi, vous disiez il n'y a pas beaucoup de convivialité en effet aujourd'hui dans le monde de l'entreprise, est-ce que ça aussi c'est des choses qui, à partir de cette date-là, seront assouplies ?

ELISABETH BORNE
Alors, de toute façon…

APOLLINE DE MALHERBE
Les pots de départ en effet, est-ce qu'il pourra y avoir à nouveau quelques pots entre collègues ?

ELISABETH BORNE
Sans doute pas en première étape, mais c'est quelque chose auquel tout le monde aspire, et quand on fait revenir plus de salariés au bureau, il faudra nécessairement que ce soit en même temps qu'on assouplira les règles, précisément à la cantine, aujourd'hui vous devez manger tout seul à votre table, s'il y a plus de salariés il va bien falloir qu'ils puissent manger et donc ça sera forcément en même temps que l'assouplissement des règles sur les restaurations collectives.

APOLLINE DE MALHERBE
Et sur les pots de départ, pardon, mais c'est que finalement, maintenant que vous l'évoquez, on se dit tous que c'est des moments sympathiques, est-ce qu'on va pouvoir les retrouver ces moments-là ?

ELISABETH BORNE
Alors on espère, d'ici l'été, pouvoir retrouver ces moments de convivialité.

APOLLINE DE MALHERBE
D'ici l'été ?

ELISABETH BORNE
Non, mais moi je suis prudente, on sait que c'est à ces moments-là aussi, où on retire le masque, il faut qu'on ait pu vacciner encore plus de Français pour qu'on puisse sans risque avoir des moments où on retire le masque et on a ces moments de convivialité.

APOLLINE DE MALHERBE
On commence à évoquer l'idée d'ailleurs que le masque ne serait peut-être plus nécessaire en extérieur, pour ce qui est du masque dans les entreprises ça reste la règle ?

ELISABETH BORNE
Ça reste vraiment la règle, je pense que finalement on a pris ces habitudes, c'est depuis septembre dernier qu'on a demandé de porter le masque systématiquement quand on est dans un espace de travail fermé, à plusieurs, je pense que cette règle finalement elle n'est très contraignante, ou en tout cas qu'on s'y est tous un peu habitués, et elle permet vraiment de protéger les Français, de lutter contre la circulation du virus.

APOLLINE DE MALHERBE
il y a quand même certains salariés qui eux trouvent que le télétravail a du bon et qui aimeraient, idéalement même, rester en télétravail ensuite, est-ce que, au-delà de la question sanitaire, le télétravail est rentré dans les moeurs, est-ce que vous allez y encourager ?

ELISABETH BORNE
Enfin moi je suis convaincue que ça restera dans les moeurs, tout le monde a aussi découvert le télétravail, les entreprises se sont équipées, ont équipés leurs salariés, c'est quelque chose qui permet aussi d'éviter beaucoup de fatigue, notamment quand les salariés ont des temps de trajet importants, par exemple en Ile-de-France, donc il faudra qu'on puisse maintenir tous les avantages du télétravail sans avoir…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça peut être un progrès ?

ELISABETH BORNE
Je pense que ça peut être un progrès, mais du coup ce sont des règles qui devront se négocier, dans le dialogue, au sein des entreprises, à la main des entreprises, le moment venu, quand on aura levé les restrictions sanitaires.

APOLLINE DE MALHERBE
Un mot sur la vaccination des travailleurs, Elisabeth BORNE. Quand on regarde, les travailleurs exposés, de plus de 55 ans, ont désormais le droit de se faire vacciner, il y a une liste qui est longue comme le bras, si je vous lis tout simplement le début, les conducteurs de bus, de ferries, de navettes fluviales, les livreurs, les routiers, les chauffeurs de taxi et VTC, les contrôleurs des transports publics, les professionnels des pompes funèbres, les boulangers, les pâtissiers, les ouvriers non qualifiés de l'industrie agroalimentaire, les salariés des abattoirs, les salariés des entreprises de transformation des viandes, enfin, je ne vous en ai lu qu'une petite partie. Pourquoi vous n'allez pas carrément simplifier et dire tous ceux qui ont envie de se faire vacciner y vont, parce que là franchement, chacun doit aller chercher s'il rentre dans les critères ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous savez que tous les Français de plus de 55 ans peuvent désormais se faire vacciner, mais pour ces salariés, que vous avez mentionnés, qui ont un point commun, c'est que, au plus fort de la crise, ils sont restés à leur poste de travail, ils ont du coup été, plus que les autres, exposés au virus…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est ce qu'on a appelé la deuxième ligne.

ELISABETH BORNE
C'est absolument les travailleurs de la deuxième ligne, donc cette liste elle ne sort pas d'un chapeau, ce sont les métiers sur lesquels on échange, depuis ces derniers mois, avec les organisations syndicales et patronales, pour voir comment on peut leur donner de la reconnaissance, comment on peut améliorer leur déroulement de carrière, leur vie professionnelle…

APOLLINE DE MALHERBE
Avoir l'autorisation de se faire vacciner c'est une reconnaissance ?

ELISABETH BORNE
Eh bien écoutez, c'est quand même un signe qu'on a voulu leur adresser, de reconnaissance, sur le fait qu'ils ont été au front pendant la crise, et du coup moi je pense que c'était important de leur donner cette possibilité d'avoir des créneaux réservés pour la vaccination. On était, avec Olivier VERAN, dans un centre de vaccination samedi dernier, en Essonne, et je peux vous dire qu'on a vu effectivement des postiers, des chauffeurs livreurs, femmes de ménage, qui étaient contents de pouvoir avait avoir cet accès facilité à la vaccination.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais pourquoi est-ce que vous ne levez pas tous ces critères-là pour carrément autoriser ? Quand on regarde par exemple sur le site « vite ma dose », hier soir le site montrait qu'il y avait plus de 224.000 créneaux de vaccination qui étaient ouverts, à l'instant où on se parle, et pour aujourd'hui il reste encore de nombreuses places au Stade de France, à l'instant où on se parle il y a encore des créneaux vides. Pourquoi vous n'ouvrez pas ?

ELISABETH BORNE
On est évidemment attentif à utiliser au mieux toutes les doses, donc aujourd'hui c'est tous les Français de plus de 55 ans qui peuvent se faire vacciner, notamment avec le vaccin ASTRAZENECA, dans le courant du mois de mai on permettra aux Français de plus de 50 ans de se faire vacciner, donc évidemment l'objectif c'est d'utiliser au mieux les doses, mais il reste encore des Français avec plus de risques, notamment ceux qui sont plus âgés, ou qui ont des pathologies chroniques, et je pense que c'est très important de garder cette logique de vacciner en priorité ceux qui présentent des risques d'avoir des formes graves du Covid, mais évidemment on va ouvrir progressivement, et d'ici l'été…

APOLLINE DE MALHERBE
Pour ne pas que ces créneaux restent non pris.

ELISABETH BORNE
Absolument, absolument, mais moi je peux vous dire que dans le centre de vaccination où j'étais samedi, les créneaux étaient mobilisés, les salariés, notamment ces travailleurs de la deuxième ligne, étaient présents, ils étaient contents de pouvoir avoir un accès facilité à la vaccination.

APOLLINE DE MALHERBE
Elisabeth BORNE, les chiffres du chômage du premier trimestre 2021 vont être révélés aujourd'hui, ce sera à midi, vous en avez déjà la tendance ?

ELISABETH BORNE
Oui. Vous savez, je pense que c'est important de se dire que toutes les aides massives, qu'on a mis en place depuis ces derniers mois, elles ont permis de contenir le chômage, au cours de l'année 2020, en 1 an, le chômage a progressé de 8 %, évidemment c'est beaucoup, mais il faut se souvenir que dans la crise de 2008-2009 le chômage avait bondi de 25 %, donc on voit que les aides ont bien fonctionné, et sur ce début d'année on a une stabilité du nombre de demandeurs d'emploi malgré des restrictions sanitaires qui se sont mis en place progressivement sur le premier trimestre. Donc ça montre aussi que finalement il y a beaucoup de secteurs de l'économie qui continuent à fonctionner, il y a évidemment tous les secteurs, qu'on a en tête, qui ont des restrictions fortes, mais la construction, l'industrie…

APOLLINE DE MALHERBE
Une stabilité, ça veut dire qu'il n'y a pas plus de chômeurs aujourd'hui qu'au trimestre dernier ?

ELISABETH BORNE
Sur le premier trimestre 2021 on a une légère baisse du nombre de demandeurs d'emploi, et donc on a globalement, on va dire, une stabilité sur ce premier trimestre.

APOLLINE DE MALHERBE
Sur cette question justement, comment est-ce que vous voyez l'après, parce que la réalité, vous le disiez, on a réussi à stabiliser l'emploi, mais à quel prix, c'est-à-dire que c'est le fameux quoi qu'il en coûte, mais ça veut dire qu'aujourd'hui l'emploi il est sous perfusion. Alors, vous disiez on ne va pas supprimer les perfusions d'un coup, on va le faire progressivement, mais il y a quand même un des indicateurs qui peut peut-être l'être, c'est que vous aviez encouragé le secteur du tourisme à embaucher, même si, en réalité, il n'y avait pas de travail, vous disiez embauchez déjà pour l'été prochain, notamment les saisonniers, quitte à les mettre directement au chômage, c'était une sorte de tour de passe-passe, est-ce qu'ils ont été au rendez-vous, est-ce que les entreprises du tourisme aujourd'hui, vous pouvez dire oui ils ont embauché, ou est-ce qu'au contraire ça monte qu'ils sont encore frileux ?

ELISABETH BORNE
Ce qu'on leur a dit c'est de continuer à embaucher les saisonniers auxquels ils font appel chaque année…

APOLLINE DE MALHERBE
Comme si de rien n'était ?

ELISABETH BORNE
Parce qu'il y a une incertitude sur la date d'ouverture, que c'est très important pour les entreprises qu'elles puissent s'assurer que les saisonniers dont elles ont besoin seront là quand la saison démarrera, et pour évidemment les saisonniers c'est aussi très important d'être rassuré sur le fait qu'on a bien son contrat de travail, qu'on a tous les ans à la même époque, donc là, sur le mois d'avril, c'est le début de la saison, donc il n'y a pas encore beaucoup de saisonniers à embaucher, ensuite, au mois de mai, en général il y a plus de saisonniers, donc ça va monter en puissance. Et, moi je vous dis, l'idée c'est de donner des perspectives, de donner aussi un message de confiance sur le fait qu'on a tous envie de bien profiter des prochaines vacances, du coup on veut que les professionnels se préparent dans les meilleures conditions et que les salariés puissent aussi se préparer dans les meilleures conditions.

APOLLINE DE MALHERBE
On peut y croire, on peut se dire là, au moment où on se parle, le 27 avril, que, en effet, cet été, les restaurants, les hôtels, le monde du tourisme, tournera à plein ?

ELISABETH BORNE
C'est bien l'objectif de la campagne de vaccination qui se déroule, qui s'accélère chaque jour, et qui doit nous permettre de retourner à une vie la plus normale possible cet été.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, le monde du tourisme joue le jeu ?

ELISABETH BORNE
Le monde du tourisme joue le jeu, le monde de la montagne avait joué le jeu cet hiver, vous savez on avait eu 30.000 saisonniers dans les stations de montagne qui avaient été embauchés, une partie importante a été placée en activité partielle, malheureusement ça n'a pas pu ouvrir, mais là, sur les saisons d'été…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'est pas très bon signe la comparaison que vous faites, pardon Elisabeth BORNE, mais enfin, ça veut dire que, en effet, vous nous aviez allez-y, embauchez, on verra bien, on l'a bien vu, à la montagne rien n'a rouvert, et là vous nous dites allez-y, embauchez pour cet été, on verra bien, on espère qu'on ne subira pas le même sort !

ELISABETH BORNE
Je pense que la grande différence, vous savez, c'est qu'il y a déjà 14 millions de Français qui ont eu une première dose, qu'on en aura 20 millions à la mi-mai, 30 millions à la mi-juin, évidemment la vaccination c'est la voie pour pouvoir retrouver une vie normale.

APOLLINE DE MALHERBE
Espérons donc. Elisabeth BORNE, la réforme de l'assurance chômage, vous l'avez voulue absolument malgré tout, malgré le fait qu'en réalité elle n'est plus tellement adaptée à la situation, preuve en est, vous avez vous-même été obligée, au moment où vous l'appliquiez, d'y mettre une sorte de garde-fou, les paramètres qui étaient les plus durs pour les chômeurs en fin de droits, vous les avez levés. Est-ce que vous ne vous êtes pas un peu acharnée à vouloir absolument faire passer cette loi, qui n'a plus vraiment lieu d'être, parce que le monde du travail a changé en ce moment ?

ELISABETH BORNE
Non, enfin moi je… enfin, ceux qui nous disent pourquoi vous faites la réforme de l'assurance chômage, je leur demande de regarder. Le système actuel il pose de nombreux problèmes, il a des effets pervers, par exemple le fait qu'il encourage certaines entreprises à recourir de manière excessive à des contrats courts plutôt que d'embaucher en CDI, ce qui est évidemment plus protecteur pour les salariés. Vous savez, en 10 ans, on a eu une augmentation de 250 % des CDD de moins d'un mois, donc je pense qu'une réforme est nécessaire. Evidemment on a adapté la réforme pour tenir compte du contexte de la crise, la réforme qui va rentrer en vigueur au 1er juillet 2021 ce n'est pas celle qui était prévue en novembre 2019, et en particulier cette réforme elle rentrera en vigueur de façon progressive, avec un certain nombre de paramètres qui ne rentreront en vigueur que quand on aura retrouvé une situation normale sur le marché du travail, qu'on aura eu…

APOLLINE DE MALHERBE
En fait vous préparez la suite quoi !

ELISABETH BORNE
Qu'on aura eu une baisse du nombre de demandeurs d'emploi et qu'on constatera qu'il y a beaucoup d'embauches, donc c'est une réforme qui rentre en vigueur progressivement. Mais moi je vous le redis, le système actuel a beaucoup d'effets pervers, donc il est nécessaire de le changer.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous dites quand on aura enfin baissé le nombre de demandeurs d'emploi, vous y croyez vraiment pour les mois qui viennent à ça ?

ELISABETH BORNE
Mais bien sûr, mais enfin, vous savez, je pense qu'on a pu voir l'été dernier que notre économie, quand on a levé les contraintes sanitaires, elle est repartie, très fortement, c'était même une des économies qui…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais il y a aussi un grand nombre de faillites d'entreprises, on le voit bien.

ELISABETH BORNE
Moi je vous assure qu'on fait tout pour protéger les entreprises, on l'a fait avec l'activité partielle ces derniers mois…

APOLLINE DE MALHERBE
Je ne remets pas en cause votre bonne volonté, quand vous dites on fait tout, mais la réalité c'est quand même que les faillites d'entreprises, à nouveau, sont là.

ELISABETH BORNE
Alors, il y a eu beaucoup de protections, et on a eu moins de faillites en 2020 qu'on en avait eues en 2019…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais qu'en effet, comme vous dites, il y avait toutes ces perfusions.

ELISABETH BORNE
Voilà, il y a eu effectivement des aides massives, on a aussi des dispositifs pour accompagner les entreprises qui vont avoir durablement une activité plus réduite que ce qu'elles avaient précédemment, c'est l'activité partielle de longue durée, dans lequel on peut prendre en charge une partie de la rémunération des salariés jusqu'à 2 ans, quand l'activité ne retrouve pas immédiatement son niveau d'avant crise, et puis on a aussi des dispositifs, moi je pense à « Transitions collectives », pour accompagner, donc qui est un dispositif qu'on a mis au point avec les organisations syndicales et patronales pour permettre à des salariés, qui sont dans des secteurs où les emplois sont menacés, de rebondir vers d'autres secteurs, donc l'Etat prend en charge la rémunération et la formation des salariés pour aller vers des secteurs qui recrutent. Par exemple, on a lancé ce dispositif avec la société DERICHEBOURG, donc ce sont des agents qui sont dans le nettoyage, qui vont se former pendant 14 mois pour être recrutés comme aides-soignants chez la société de KORIAN, le groupe KORIAN, qui a des maisons de retraite.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous faites le passage de… en quelque sorte.

ELISABETH BORNE
On accompagne les salariés, quand ils sont dans des secteurs dont les emplois sont menacés, pour aller vers des secteurs qui recrutent.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci beaucoup Elisabeth BORNE d'être venue répondre à mes questions, vous êtes ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion, merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 avril 2021