Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à France Info le 10 mai 2021, sur la politique économique du gouvernement face à l'épidémie de Covid-19 et la menace islamiste .

Texte intégral

LORRAIN SENECHAL
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
Dans 9 jours précisément, nous tenons les comptes, les commerces, les terrasses surtout des bars et restaurants vont rouvrir, les lieux de culture également, cette date d'abord elle est confirmée ?

BRUNO LE MAIRE
Oui la date est confirmée, d'ailleurs les chiffres sanitaires vont dans la bonne direction, donc ça permet effectivement de confirmer la date du 19, que nous attendons tous, je crois avec beaucoup d'impatience.

LORRAIN SENECHAL
Pour tout le territoire.

BRUNO LE MAIRE
Pour tout le territoire.

LORRAIN SENECHAL
Est-ce que ça veut dire que c'est aussi la fin programmée du « quoi qu'il en coûte », est-ce que ça veut dire qu'il va falloir retirer les perfusions qui aident l'économie française à survivre ?

BRUNO LE MAIRE
Ca veut dire qu'il faut faire évoluer comme nous le faisons depuis maintenant plus d'un an, depuis mars 2020, les dispositifs et faire évoluer à chaque fois notre stratégie de réponse à la crise. Nous avons protégé, ensuite nous avons relancé, maintenant il faut accompagner et puis peut-être investir aussi sur le long terme. Mais le maître mot aujourd'hui c'est l'accompagnement. Il y a trois dispositifs que nous allons maintenir pour l'accompagnement de tous les secteurs qui restent en difficulté, c'est le fonds de solidarité, c'est l'activité partielle, et c'est, on en parle peu, mais c'est très important pour notamment les commerçants, les restaurateurs, les bars, c'est les exonérations de charge. Donc sur le fonds de solidarité, on va le rendre ouvert à partir de début juin à tous les restaurateurs, tous les bars, tous les hôteliers, tous ce fameux secteur S1 et S1 bis qui est lié au tourisme, c'est aussi la culture, c'est aussi le sport, quel que soit leur niveau de perte de chiffre d'affaires. Donc ça 'est un point très important, avant pour avoir accès à ce fonds il fallait perdre 50% de son chiffre d'affaires. Aujourd'hui si un restaurateur ouvre, il ouvre sa terrasse, il ne va perdre peut-être que 20, 25, 30 % de son activité, il sera éligible au fonds de solidarité, donc on va l'accompagner au mois de juin, au mois de juillet, au mois d'août en pourcentage de perte de son chiffre d'affaires par rapport à 2019 et puis il y aura une clause de rendez-vous à la fin du mois d'août pour voir exactement où il en est et s'il y a besoin de soutien complémentaire ou si on peut arrêter le soutien.

SALHIA BRAKHLIA
Parce que vous devez l'entendre, plusieurs restaurateurs disent aujourd'hui que ce ne serait pas rentable pour eux de rouvrir uniquement les terrasses, vous ce matin vous leur dites si il faut impérativement rouvrir.

BRUNO LE MAIRE
Exactement vous avez parfaitement raison, c'est le point clé, incitation au travail, incitation à l'activité, on leur dit mais rouvrez, rouvrez dès le 19 mai puisque de toute façon le fonds de solidarité sur l'intégralité du mois de mai, il sera préservé. Rouvrez en juin. Poursuivez votre activité en juin parce que quel que soit votre perte de chiffre d'affaires, il y aura une indemnisation et il y aura une prise en compte.

LORRAIN SENECHAL
Ce sera au prorata donc…

BRUNO LE MAIRE
Tout le dispositif a été pensé…

LORRAIN SENECHAL
Il y aura une compensation au prorata.

BRUNO LE MAIRE
Ce sera au prorata de la perte du chiffre d'affaires entre juin 2021 et juin 2019, juillet 2021 juillet 2019, août 2021 août 2019, avec un maître mot, vous l'avez parfaitement compris, inciter à la reprise d'activité. Rien ne serait pire que de maintenir des dispositifs qui dans le fond seraient plus rentables si on ne reprend pas l'activité, plutôt que de reprendre l'activité. C'est la même philosophie sur la prise en charge des cotisations salariales, aujourd'hui nous prenons ces cotisations salariales en charge à hauteur de 20%, nous maintiendrons une prise en charge, le taux n'est pas encore décidé sur les mois de juin, juillet, août. Pourquoi ? Pour inciter les restaurateurs, les hôteliers, le monde de la culture, le monde sportif à embaucher, à prendre des jeunes, à faire une place à tous ceux qui sont aujourd'hui sur le marché du travail et qui cherchent une activité, maintenir la prise en charge des cotisations salariales à un taux qui reste à définir, c'est là aussi inciter au travail, inciter à la reprise d'activité et favoriser l'emploi de tous ceux qui aujourd'hui cherchent un travail.

SALHIA BRAKHLIA
Alors malgré le maintien de ces aides jusqu'au mois de juillet nombreux sont les commerçants qui demandent à pouvoir travailler aussi le dimanche, rouvrir tous les dimanches pour rattraper le retard perdu, vous leur dites quoi ?

BRUNO LE MAIRE
Que je suis favorable à ce qu'on fasse preuve de souplesse sur les ouvertures du dimanche, que nous allons regarder ça avec Elisabeth BORNE, mais c'est une demande qui me paraît parfaitement légitime. enfin moi je me mets à la place de tous ces commerçants dans l'habillement, dans la chaussure qui ont perdu énormément de chiffre d'affaires pendant ces mois de fermeture, ils veulent redémarrer, ils veulent redémarrer vite, il veulent redémarrer fort et surtout tous ceux qui veulent travailler doivent pouvoir travailler et tous ceux qui reprennent le travail doivent avoir une incitation à reprendre le travail, c'est vraiment la philosophie qui nous a guidé dans la définition de cet accompagnement avec le Premier ministre, Jean CASTEX et avec le président de la République.

LORRAIN SENECHAL
Bruno LE MAIRE, pour qu'on soit clair, les aides que vous venez de nous annoncer, cet accès au fonds de solidarité au prorata des pertes entre juin 2021 et juin 2019, c'est bien ça ?

BRUNO LE MAIRE
Tout à fait.

LORRAIN SENECHAL
Ce sont uniquement pour les restaurateurs ou est-ce que ce sont des aides qui sont ouvertes à tous les commerces voire aux musées ou au cinéma ?

BRUNO LE MAIRE
je vais être très précis, c'est ce fameux secteur S1 et S1 bis, je ne vais pas faire la liste, c'est tous les secteurs qui sont liées au tourisme pour faire de manière très générale, le secteur de la culture, le secteur du sport, ce pourrait être un cinéma, ça pourrait être un théâtre, ce pourrait être un restaurant, un bar, un hôtel, une salle de sport, donc tous ces secteurs-là seront accompagnés dans la reprise de l'activité, avec une incitation à reprendre leur activité. Il y aura également et on en a parfaitement conscience parce que nous faisons du sur-mesure, des activités qui ne vont pas pouvoir reprendre tout de suite. je pense en particulier au secteur de l'événementiel et je veux le citer parce que c'est des milliers de PME, de très petites entreprises, de gens qui font du son, de l'installation, des foires, des salons, tout ça ne va pas reprendre avant le mois de septembre, donc il faudra un dispositif spécifique en particulier pour l'événementiel, nous y travaillons, je les ai déjà reçu à la semaine dernière, je les recevrai sans doute à nouveau dans la semaine pour qu'on ait un dispositif spécifique pour ces secteurs qui de toute façon au mois d'été tournent à vide, donc ils ont besoin d'un accompagnement pour les projeter jusqu'au mois de septembre, au moment où ils vont reprendre réellement leurs activités.

SALHIA BRAKHLIA
Et quelles sont les pistes qui sont envisagées puisque vous avez déjà entamé les discussions avec eux ?

BRUNO LE MAIRE
Pour l'instant rien n'est encore définitivement calé, c'est très compliqué, je ne cache pas, mais je veux dire à tous les acteurs de l'événementiel qui nous écoutent, nous vous trouverons une solution. Nous faisons du sur-mesure et nous avons parfaitement conscience que pour eux il faut pouvoir enjamber ces mois d'été où de toute façon il y a très peu de foires, très peu de salons, très peu d'évènementiel.

LORRAIN SENECHAL
On va parler dans un instant aussi des difficultés d'embauche pour les restaurateurs qui ont parfois du mal à trouver des bras pour venir travailler dans leur restaurant. Juste un mot sur le chômage partiel, le dispositif de compensation, il va aussi être levé petit-à-petit.

BRUNO LE MAIRE
il sera aussi, Elisabeth BORNE y a travaillé, nous y avons travaillé ensemble, il sera aussi maintenu au mois de juin, juillet, août avec une prise en charge, là encore je ne vais pas donner les taux, qui sera dégressive pour inciter à la pleine reprise d'activité, mais nous maintiendrons une prise en charge partielle de l'activité partielle de façon à accompagner les restaurateurs et tous les secteurs S1, S1 bis dans la reprise d'activité.

LORRAIN SENECHAL
On va continuer avec vous de parler du déconfinement, Bruno LE MAIRE, de l'accompagnement, de la reprise économique juste après un coup d'oeil sur le fil info.

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LORRAIN SENECHAL
Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie, il manque 100 000 personnes dans les restaurants, les bars, c'est ce que nous disent les restaurateurs, ils n'arrivent pas à embaucher parce qu'ils ne trouvent pas les bras tout simplement, les serveurs se sont non pas évaporés, mais sont partis dans d'autres secteurs bien souvent. Comment faire pour recruter ?

BRUNO LE MAIRE
Déjà, c'est la preuve que les problèmes en sortie de crise ne sont pas exactement là où on les attendait. La réalité c'est que la croissance repart bien en France, 0,4 au 1er trimestre, donc nous avons retrouvé le chemin de la croissance, et je pense que nous aurons une croissance forte en 2021. L'emploi salarié redémarre, pour la première fois il redémarre dans l'industrie, il y a eu près de 5 000 emplois industriels qui ont été créés en France, dans un pays qui a massivement délocalisé nous sommes en train de réussir la relocalisation industrielle dans notre pays. Mais en revanche il y a deux problèmes essentiels, le premier c'est celui du recrutement, beaucoup d'entreprises, c'est vrai dans la restauration, c'est vrai dans l'industrie agroalimentaire, c'est vrai dans le bâtiment, peinent à recruter, donc nous allons faire des propositions avec Elisabeth BORNE pour qu'on puisse accélérer formations, qualifications, accès au travail dans ces métiers qui sont absolument essentiels…

LORRAIN SENECHAL
Mais là c'est tout de suite qu'ils cherchent, les restaurateurs.

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est tout de suite que nous travaillons et tout de suite que nous allons apporter des réponses, je vous rassure. Et puis il y a un deuxième problème qui devient important pour beaucoup de PME en France, notamment dans le bâtiment et les travaux publics, c'est le prix des matières premières. Parce que comme ça redémarre fort en Chine, aux Etats-Unis, et que ça commence à redémarrer fort et bien en Europe, eh bien sur des matériaux comme l'aluminium, l'acier, le bois, le zinc, vous avez aujourd'hui une flambée du cours des matières premières, voire des problèmes d'approvisionnement, parce que l'économie est en train de basculer vers des produits différents, avec des demandes de matières premières différentes. Là aussi c'est la preuve qu'il faut réussir des relocalisations industrielles, garantir notre autonomie et notre indépendance.

SALHIA BRAKHLIA
Et qu'est-ce qu'on va faire face à cela, face à cette inflation ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien tout ce que nous faisons par exemple sur les batteries électriques, vise à garantir notre indépendance sur l'ensemble des matériaux. Ce que nous faisons sur les conducteurs, sur les semi-conducteurs, vise à réduire notre dépendance vis-à-vis de Taïwan et vis-à-vis de l'Asie sur les semi-conducteurs, parce que vous voyez bien, ça redémarre…

LORRAIN SENECHAL
Mais ça, c'est une stratégie à long terme Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
L'industrie automobile peut redémarrer vite dans les mois qui viennent, mais si vous n'avez pas de semi-conducteurs, eh bien c'est les usines de Sochaux et d'ailleurs qui vont tourner moins bien et moins vite, parce que nous manquons de matières premières.

LORRAIN SENECHAL
Mais ça c'est du moyen/long terme, comment on fait à court terme ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous sommes là aussi, si je peux me permettre, pour préparer le moyen et le long terme, je pense même que la responsabilité politique aujourd'hui c'est justement de projeter le pays dans le long terme, et de lui expliquer, oui c'est difficile, oui il y a une crise, mais regardez, on est en train d'en sortir, la croissance est de retour et surtout nous vous préparons sur le long terme à un pays dont l'économie va être plus forte, plus compétitive et plus verte. Donc les motifs d'espoir en sortie de crise, pour moi ils sont considérables.

LORRAIN SENECHAL
5 % de croissance cette année et vous espérez un…

BRUNO LE MAIRE
C'est mon objectif.

LORRAIN SENECHAL
… un retour au niveau économique d'avant crise en 2022, l'an prochain.

BRUNO LE MAIRE
J'ai été très transparent sur les objectifs que nous nous fixons en matière économique et c'est sur ces objectifs que je veux être jugé. 5% de croissance en 2021 et le retour à l'activité de 2019, c'est-à-dire avant crise, dans le 1er semestre de 2022. C'est ça nos objectifs avec le Premier ministre et le président de la République, ça permet de fixer un objectif économique pour l'ensemble de la Nation française.

SALHIA BRAKHLIA
Bruno LE MAIRE, un mot sur le Plan de relance européen qui a été votée en juillet dernier, il y a 10 mois, on attend toujours les 40 milliards qui doivent nous être attribués, quand est-ce qu'on va voir, quand allons-nous voir la couleur de l'argent ?

BRUNO LE MAIRE
Alors, on va avoir les premiers 5 milliards, un peu plus, entre maintenant et au plus tard le début du mois de septembre. Pour moi c'est vraiment la date limite.

SALHIA BRAKHLIA
Pourquoi ça met autant de temps ?

BRUNO LE MAIRE
Parce que les procédures sont trop longues, et il ne faut pas jeter la pierre à l'un ou à l'autre, la réalité c'est que les procédures européennes sont beaucoup trop complexes et beaucoup trop longues. Il faudra en tirer les leçons. On ne peut pas avoir un Plan de relance qui est adopté en juin ou juillet 2020, avec une vraie révolution historique qui est la levée de dettes en commun obtenue par le président de la République et la chancelière, et avoir les premiers décaissements 14 ou 15 mois plus tard. Voilà, il faut simplement faire le bilan de tout cela, je pense que l'Europe nous a bien protégés économiquement, que grâce à la politique monétaire de la Banque centrale européenne on a pu lever l'argent nécessaire pour faire face à la crise, ça c'est l'aspect très positif, mais dans le négatif il y a la lenteur, la complexité européenne, qui suscitent une irritation profonde et qui en plus ne sont pas efficaces économiquement. Il faudra y remédier.

SALHIA BRAKHLIA
Dans son interview à la Presse quotidienne régionale, Emmanuel MACRON avait dit vouloir inventer un deuxième temps de la Relance. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il va y avoir un deuxième Plan de relance ?

LORRAIN SENECHAL
Non.

SALHIA BRAKHLIA
Ah…

BRUNO LE MAIRE
Je veux être très clair là-dessus, la relance c‘est maintenant, enfin pardon, mais ça n'a pas de sens. La relance c'est…

LORRAIN SENECHAL
C'est un Plan d'investissement alors.

BRUNO LE MAIRE
La relance c'est au moment où on sort de la crise, et quand vous regardez ce que nous avons fait, nous avons été un des premiers pays européens à déposer notre Plan de relance, un des premiers pays européens à décaisser ce plan de relance, à l'heure où je vous parle il y a plus de 30 milliards d'euros de notre Plan de relance qui ont déjà été engagés, c'est-à-dire un tiers, c'est un vrai exploit que je tiens à saluer, qui tient au travail des communes, des élus locaux, de l'administration, mais la relance c'est maintenant. En revanche, la question…

SALHIA BRAKHLIA
Mais alors, ça veut dire quoi « un deuxième plan de la relance » ?

BRUNO LE MAIRE
… qui peut se poser, c'est de savoir s'il faut un plan d'investissement, sur le long terme, en se disant : nous allons retrouver en 2022, comme je vous le disais au 1er semestre, le niveau d'activité de 2019. Est-ce qu'on ne peut pas essayer de faire mieux ? Est-ce qu'on ne peut pas essayer d'avoir un niveau d'activité encore supérieur à celui de 2019, c'est-à-dire avoir une économie plus productive, plus compétitive, qui crée plus de croissance et surtout plus de respect de l'environnement, plus de décarbonation ? Est-ce qu'il ne faut pas remettre de l'argent, pour être très concret, sur l'hydrogène, sur l'intelligence artificielle pour gérer les flux d'électricité, sur le calcul quantique, sur tout ce qui permettra à la France de rester dans la course technologique ?

SALHIA BRAKHLIA
Mais ça c'est discuté en ce moment ? Quand est-ce que ça va être prévu ce…

BRUNO LE MAIRE
Mais pour moi ça n'a de chances d'abord que si on fait un bilan précis, approfondi, de ces politiques qui pourraient être utiles. A la demande du président de la République nous le ferons cet été, c'est la première condition. La deuxième condition c'est qu'on soit capable de faire des choix. On ne peut pas disperser l'argent partout sinon on arrose le sable. On a fait le choix de l'hydrogène ; c'est très bien ; peut-être qu'il faut aller plus loin sur les piles à combustible, sur les valves, sur un certain nombre de composants de ce choix industriel que nous avons fait, c'est la deuxième condition, sélectionner pour être efficace. Et la troisième condition c'est que ce soit décidé aussi au niveau européen. Parce que vous voyez bien que ce qui fait le succès des batteries électriques, c'est qu'il y a plusieurs pays européens qui sont dedans. Ce qui fait le succès de stratégie hydrogène c'est qu'il y a plusieurs pays européens qui sont dedans. Ce qui fait notre succès dans le spatial et dans les lanceurs, c'est qu'il y a plusieurs Etats européens.

SALHIA BRAKHLIA
Donc le plan d'investissement peut être en partie européen ?

BRUNO LE MAIRE
Mais il doit forcément entraîner d'autres pays européens, sinon soyons très clairs, pour réussir une stratégie hydrogène, une stratégie sur les lanceurs spatiaux ou sur l'intelligence artificielle, il faut qu'on rassemble nos forces, donc c'est trois conditions pour moi d'un succès d'un plan d'investissement en septembre, une analyse approfondie des besoins cet été, en deuxième lieu une sélection, pour ne pas disperser l'argent, et en troisième lieu des partenaires européens qui participent à ce plan d'investissement.

LORRAIN SENECHAL
Alors, vous saluiez il y a quelques instants les collectivités locales qui trouvent pourtant la crise très chère à leurs yeux, écoutez ce qu'en disait le président du Sénat, Gérard LARCHER qui était l'invité du 8 :30 France Info il y a quelques jours.

GERARD LARCHER
Je vais prendre l'exemple de ma propre commune. Le coût pour 20 journées, c'est 80 000 € pour la vaccination. S'il n'y avait pas les collectivités territoriales, on ne s'en sortirait pas comme aujourd'hui, je crois que nous sommes en train de nous en sortir. C'est un sujet dont on débattra au Sénat, je le dis puisque nous aurons un projet de loi de finances rectificatives, on ne pourra pas laisser à l'abandon financier les collectivités territoriales qui elles n'ont pas abandonné les citoyens.

LORRAIN SENECHAL
Est-ce que vous êtes en train de laisser à l'abandon financier les collectivités, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Si je peux me permettre, Gérard LARCHER, le président du Sénat, fait de la politique, c'est son droit. Je partage son constat sur le rôle des collectivités locales, elles ont joué un rôle essentiel dans cette crise, je le vois dans la commune d'Evreux, dans les communes de ma circonscription, en revanche dire qu'on a laissé à l'abandon les collectivités locales, c'est tout simplement inexact.

SALHIA BRAKHLIA
Elles disent qu'elles ont trop dépensé, que ça fait un trou dans leurs comptes.

BRUNO LE MAIRE
Mais nous ne les avons pas laissées à l'abandon, nous les avons soutenues en compensant leurs pertes financières, je pourrais vous faire la liste de collectivités locales, nous avons pris en charge leurs pertes financières, les communes touristiques ont perdu par exemple l'argent des parkings, ça représente beaucoup d'argent, on a fait une compensation financière…

LORRAIN SENECHAL
Mais il dit que le compte n'y est pas, Gérard LARCHER.

BRUNO LE MAIRE
… Et sur le sanitaire nous avons apporté 215 millions d'euros aux communes, sur les masques, pour prendre en partie les centres de vaccination, les coûts des centres de vaccination. Est-ce qu'il faut faire plus, est-ce qu'il y a des trous dans la raquette, est-ce qu'il manque quelque chose ici ou là ? Peut-être, mais dans le débat public il ne faut pas vouloir forcer le trait à l'excès, parce que sinon c'est tout le débat public qui est abîmé. Dire qu'on a laissé à l'abandon les collectivités locales, c'est tout simplement inexact.

SALHIA BRAKHLIA
Parce que le gouvernement prévoit 50 000 € pour 6 mois, c'est ce qui est prévu pour aider les collectivités territoriales, et si on prend l'exemple de Colmar, 100 000 € par mois c'est ce qui a coûté à la ville pour assurer le fonctionnement d'un centre de vaccination. Vous voyez bien que les proportions ne sont pas les bonnes.

BRUNO LE MAIRE
Mais nous sommes prêts… Mais bien sûr, mais nous sommes tout à fait prêts à regarder si les compensations à chaque fois ont été suffisantes, je pense qu'elles l'ont été sur les pertes de recettes fiscales, sur les pertes de recettes liées au manque d'activité touristique, nous l'avons fait aussi pour les accompagner sur les questions sanitaires, contrairement à ce que dit le président du Sénat. S'il y a ici ou là des besoins supplémentaires parce que le soutien n'aurait pas été suffisant, je crois que nous avons toujours répondu présents. Toujours, toujours, toujours.

SALHIA BRAKHLIA
Que dites-vous au tiers des communes qui a prévu d'augmenter les impôts ?

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est leur choix, mais je pense vraiment que c'est un mauvais choix, et c'est un mauvais choix pour leurs habitants, pour leurs citoyens, d'abord parce que nous compensons, et en plus parce que chacun sait que la pression fiscale en France est la plus importante des pays développés, c'est une impasse l'augmentation des impôts pour le pays.

LORRAIN SENECHAL
La disparition de la taxe d'habitation, elle est compensée encore aujourd'hui par l'Etat.

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr. Mais c'est comme…

LORRAIN SENECHAL
Donc il n'y a pas de raison d'augmenter les impôts locaux.

BRUNO LE MAIRE
Mais regardez, nous avons fait des choix et vraiment j'en appelle à la responsabilité de chacun, nous avons baissé de 10 milliards d'euros les impôts de production au 1er janvier. Nous créons des emplois industriels, nous sommes en train de réussir des relocalisations industrielles, par exemple sur les véhicules électriques avec Stellantis et avec RENAULT. Il faut savoir ce qu'on veut. Est-ce que l'on veut oui ou non que la France reste une grande Nation industrielle ? Ma réponse est oui et je suis persuadé que c'est possible. Ça veut dire baisser les impôts de production et compenser à l'euro près, ce que nous faisons, la perte de recettes fiscales pour les collectivités locales, mais si les collectivités locales, alors que nous leur compensons cette perte de recettes, raugmentent les impôts de l'autre côté, je pense que c'est un mauvais calcul.

LORRAIN SENECHAL
Bruno LE MAIRE, vous restez avec nous, on jette juste un coup d'oeil sur le fil Info à 08h50 avec Mélanie DELAUNAY.

///

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec le ministre de l'Economie, Bruno LE MAIRE. Deux tribunes de militaires en moins d'un mois dans Valeurs actuelles qu'ils décrivent donc un état de délitement, en délitement et qui menacent d'intervenir en cas d'insurrection civile. Ils ont raison de s'exprimer ces militaires toujours actifs ?

BRUNO LE MAIRE
Non je pense qu'ils n'ont pas raison de s'exprimer et que d'ailleurs ils dénoncent la perte de sens civique, l'affaiblissement des institutions, mais ils y participent puisqu'ils publient des tribunes, ce qui ne me semble pas la vocation première des armées. Par ailleurs toutes ces tribunes, c'est des coups d'épée dans l'eau, ils enfoncent un certain nombre de portes ouvertes, oui il y a un islam politique en France, ça fait des années que nous le dénonçons. Oui cet islam politique peut gangrener et affaiblir la société française, nous le savons, nous le combattons avec le président de la République.

SALHIA BRAKHLIA
Mais eux ils dénoncent le laisser-faire des autorités dont vous faites partie.

BRUNO LE MAIRE
il n'y a aucun laisser faire, il y a une prise de conscience de beaucoup de responsables politiques depuis des années, d'autres responsables politiques qui ne veulent pas voir la réalité en face, mais nous le disons, nous le combattons et nous le condamnons. Il y a un islam politique qui effectivement fragilise et détruit notre société française. Il y a un besoin de rappeler notre histoire, notre mémoire, la langue française mais c'est ce que nous défendons avec le président de la République là aussi depuis près de 4 ans. donc pour moi c'est un coup d'épée dans l'eau, ça n'apporte absolument aucune solution, c'est contraire à ce qu'on attend des militaires et je vais vous dire ce qui me choque le plus parce que comme tout cela n'apporte aucune solution et dans le fond ne fait reprendre sur beaucoup de thèmes que la rhétorique de l'extrême droite, ce qui me blesse le plus très profondément, c'est que ça abîme une partie de nos armées et pour quelqu'un qui a comme moi un attachement si profond aux armées françaises, qui considère qu'elles ont fait la grandeur de notre pays, que le sang a été versé pour protéger notre territoire, nos valeurs, ce à quoi nous croyons depuis des siècles, qui aujourd'hui voient nos jeunes de 20, 22 ans sur le terrain, je les ai encore vus à Gao en Côte d'Ivoire sur le terrain dans cette base militaire qui se trouve en Côte d'Ivoire et qui est la base arrière des opérations militaires au Mali, ils risquent leur vie, eux, ils se taisent. Eux, ils ne disent rien. Eux, ils ont les armes à la main, ils sont sur le terrain et ils vont combattre les islamistes. C'est cette armée-là que j'aime, c'est cette armée-là que je respecte, c'est cette armée-là qui a fait la grandeur de notre histoire et certainement pas ces quelques poignées de militaires qui ont bon sous le couvert de l'anonymat de reprendre la rhétorique de l'extrême droite.

LORRAIN SENECHAL
Vous dites qu'elles reprennent la rhétorique de l'extrême droite, ils ont d'ailleurs le soutien de Marine LE PEN, en tout cas elle soutenait la première tribune.

BRUNO LE MAIRE
C'est sans surprise.

LORRAIN SENECHAL
Celle des généraux à la retraite.

BRUNO LE MAIRE
Mais elle va soutenir la seconde, je vous rassure.

LORRAIN SENECHAL
Vous y voyez la main de Marine LE PEN.

BRUNO LE MAIRE
et sans doute la 3e et sans doute la 4e et sans doute la 5e, mais tout cela n'est pas conforme à l'idée que je me fais des armées françaises, tout cela n'est pas conforme à l'idée que je me fais de l'esprit public et je voudrais avoir un mot de soutien, d'amitié pour tous ces militaires qui doivent lire avec consternation ces tribunes et qui se disent mais franchement c'est pas le sujet. Nous, nous sommes la colonne vertébrale de ceux qui protège la France et nous entendons bien le rester.

SALHIA BRAKHLIA
Bruno LE MAIRE, Les Républicains sont en train de devenir un parti satellite du RN, c'est ce qu'a dit le porte-parole du gouvernement Gabriel ATTAL hier, est-ce que vous êtes du même avis vous qui étiez membre des Républicains ?

BRUNO LE MAIRE
Je crois surtout qu'il y a une clarification qui s'est faite au fil des années mais qui n'est que le produit de cette décision qui a été prise en mai 2017 de ne pas choisir entre Marine LE PEN et Emmanuel MACRON. Quand on met un trait d'équivalence entre Emmanuel MACRON et le Front national, c'est ça le péché originel des Républicains, dont ils ne se remettront jamais, je le dis là aussi depuis des années.

SALHIA BRAKHLIA
Il y a deux droites irréconciliables aujourd'hui.

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr mais ils ne se remettront jamais de ce péché originel d'avoir mis un signe égal entre le Front national et Emmanuel MACRON. Et tout ce qui se produit depuis n'est que la lente clarification de ce péché originel. Il y a ceux qui disent, oui dans le fond le Front national, ce n'est pas si grave que ça, il y a qu'une différence de gouvernance entre nous mais il n'y a pas de différence de fond.

SALHIA BRAKHLIA
C'est Eric CIOTTI qui a dit ça, député des Alpes maritimes.

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est lui et puis c'est d'autres, certains qui s'allient avec monsieur DUPONT-AIGNAN qui devait être Premier ministre de Marine LE PEN, certains qui reprennent les discours et la rhétorique de Madame LE PEN.

LORRAIN SENECHAL
Ça c'est en Bourgogne Franche Comté.

BRUNO LE MAIRE
Toute cette partie-là c'est ceux qui dans le fond n'ont pas voulu choisir entre Marine LE PEN et Emmanuel MACRON. Et puis il y ait une autre partie, les Christian ESTROSI, les Renaud MUSELIER et tant d'autres. Je vois beaucoup de maires…

SALHIA BRAKHLIA
Renaud MUSELIER est toujours membre du parti, Christian ESTROSI l'a quitté, Hubert FALCO aussi, maire de Toulon l'a quitté, est-ce que vous dites…

BRUNO LE MAIRE
Oui mais Valérie PECRESSE l'a quitté aussi, Xavier BERTRAND l'a quitté aussi, donc vous avez toute une partie des républicains qui dans le fond eux continuent à faire la différence entre un parti de gouvernement et le Front national. Le Front national et cette tribune des militaires, leur appel reste le Front national, c'est-à-dire fondamentalement pour moi, le parti de la capitulation et contrairement à ce qu'il dit un parti qui n'aime pas la France.

LORRAIN SENECHAL
Vous dites sa tribune des militaires, c'est celle du Front National.

BRUNO LE MAIRE
mais je reconnais dans cette tribune la rhétorique du Front Nationale, cette rhétorique complotiste, cette rhétorique qui dit qu'il y a la guerre civile, que nous sommes au bord la guerre civile, ça n'est pas la réalité de la France aujourd'hui, qu'il y ait des difficultés oui, qu'il faille les affronter oui, que l'islam politique soit un péril pour notre pays oui, qu'il faille sans cesse rappeler la mémoire de notre nation, notre histoire, notre langue qui nous rassemble certainement, mais ce que je vois aussi dans mon pays c'est une énergie absolument formidable, la volonté de s'en sortir, une capacité à se redresser, une capacité d'innovation et de solidarité tout à fait exceptionnelle. Moi je crois dans la France et c'est ce qui me sépare fondamentalement du Front national. Le Front national ne croit pas dans les capacités de la France, moi je crois fondamentalement que nous allons sortir plus forts de cette crise, je l'espère plus solidaires et avec un modèle économique qui sera en tout cas plus efficace, plus juste et plus vert.

LORRAIN SENECHAL
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie, bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 mai 2021