Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à France Info le 12 mai 2021, sur le déconfinement, le télétravail, les aides à l'emploi des jeunes et le port du voile sur une affiche électorale par une candidate LREM.

Texte intégral

LORRAIN SENECHAL
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
100.000, c'est le nombre de salariés qui ont déserté le secteur de la restauration depuis le début de la crise sanitaire, est-ce que ça va compliquer la réouverture des terrasses, des bars et restaurants la semaine prochaine ?

ELISABETH BORNE
Alors, c'est effectivement important que cette réouverture puisse se faire avec des salariés en nombre suffisant et pleinement opérationnels, donc c'est un sujet sur lequel on travaille avec les organisations professionnelles depuis plusieurs semaines, en fait, il y a deux choses, vous savez, il y a d'une part des centaines de milliers de salariés du secteur qui étaient en activité partielle et donc qui n'ont pas travaillé depuis maintenant des longs mois, donc on a prévu avec les organisations professionnelles des formations de réentraînement pour que ces salariés retrouvent bien tous les gestes métiers. Donc ces formations, elles ont déjà démarré depuis la semaine dernière, on mobilise 75 millions d'euros pour aider à financer ces formations, et puis, on a aussi effectivement un certain nombre de salariés qui sont passés à autre chose, et moi, j'ai demandé à Pôle emploi de se mettre en contact avec les organisations professionnelles dans chacune des régions, d'identifier les demandeurs d'emploi qui ont travaillé dans ces secteurs, et de leur proposer, là aussi, des formations de remobilisation, donc ces formations, elles débuteront d'ici début juin, on va, là aussi, mobiliser les financements qu'on a prévus pour les demandeurs d'emploi, c'est le plan d'investissement dans les compétences, qu'on va mobiliser, pour financer, là aussi, des formations, pour que des demandeurs d'emploi puissent revenir vers ces secteurs.

SALHIA BRAKHLIA
Mais les formations, ça prend du temps, alors là, ils ont besoin de maind'oeuvre tout de suite, le 19 mai.

ELISABETH BORNE
Alors pour la reprise de l'activité pour les salariés qui n'ont pas travaillé depuis des mois, c'est des formations courtes, de 3 à 5 jours, qui ont démarré dès la semaine prochaine.

SALHIA BRAKHLIA
Donc ils seront opérationnels…

ELISABETH BORNE
Ils seront opérationnels pour la réouverture des…

SALHIA BRAKHLIA
Et ça renfloue le manque des 100.000 personnes qui sont parties ailleurs ?

ELISABETH BORNE
Voilà, absolument, donc dans un premier temps, réentraînement des salariés qui étaient en activité partielle, et puis, travail avec les demandeurs d'emploi, formation des demandeurs d'emploi, pour qu'ils puissent aussi revenir vers ce secteur.

LORRAIN SENECHAL
Elisabeth BORNE, il n'y a pas que les terrasses qui rouvrent la semaine prochaine, l'ensemble des commerces également, beaucoup réclament parmi les professionnels une autorisation d'ouvrir le dimanche qui soit élargie, est-ce que ça va être le cas ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous savez, il faut trouver le bon équilibre, il faut à la fois bien accompagner la reprise de l'activité, donc permettre aux commerçants effectivement, le cas échéant, de pouvoir ouvrir le dimanche, il faut aussi protéger les droits des salariés.

LORRAIN SENECHAL
Les syndicats ont déjà fait part de leurs inquiétudes d'ailleurs, ils ne veulent pas forcément qu'on ouvre totalement les vannes du travail le dimanche.

ELISABETH BORNE
Donc c'est pour ça qu'on a mis en place une solution équilibrée, il ne va pas y avoir une décision nationale depuis Paris sur ces réouverture, ce sont des concertations qui vont avoir lieu localement, menées par les préfets, avec les élus, les organisations patronales et syndicales, pour permettre des dérogations exceptionnelles, quand la concertation débouche sur effectivement le fait que c'est nécessaire dans un certain nombre de territoires, moi, j'ai aussi demandé aux préfets de bien rappeler aux employeurs qu'il y a des règles qui s'appliquent quand on travaille le dimanche, c'est sur la base du volontariat, et puis, il faut des compensations pour les salariés en termes de rémunération et de repos.

SALHIA BRAKHLIA
Mais les commerces qui souhaitent rouvrir le dimanche et qui auront le l'autorisation des préfets peuvent espérer rouvrir combien de dimanches et à partir de quand ?

ELISABETH BORNE
Moi, j'ai demandé aux préfets de prévoir des dérogations exceptionnelles, si c'est le résultat de la concertation, jusqu'à la fin juin.

LORRAIN SENECHAL
Donc ça veut dire 8 dimanches, si je compte bien, jusqu'à la fin juin ?

ELISABETH BORNE
Ça peut être ça si les concertations débouchent sur un accord localement.

LORRAIN SENECHAL
Et au cas par cas.

ELISABETH BORNE
Et au cas par cas, absolument.

SALHIA BRAKHLIA
Un mot sur les soldes qui débutent le 23 juin, est-ce que vous allez permettre de les avancer, ces soldes, pour que les commerces puissent rattraper leur chiffre d'affaires, et en plus, liquider leurs stocks ?

ELISABETH BORNE
Alors, c'est une décision qui relève de Bruno LE MAIRE, je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de demandes des professionnels, parce que vous savez, faire des soldes, c'est aussi vendre moins cher, et je crois que les...

SALHIA BRAKHLIA
Alors, ils sont partagés, mais il y en a quand même qui demandent de pouvoir liquider leurs stocks…

ELISABETH BORNE
Voilà, ils sont partagés. Eh bien, je pense que les discussions vont pouvoir se poursuivre avec eux, et on prendra les décisions en conséquence.

LORRAIN SENECHAL
Les discothèques sont fermées depuis plus d'un an maintenant, depuis mars 2020, et elles resteront fermées au moins jusqu'au 30 juin, il n'y a pas encore de date de réouverture, ce qui étonne le député Les Républicains, Philippe GOSSELIN, c'était hier à l'Assemblée.

PHILIPPE GOSSELIN
On arrive à des choses complètement absurdes, les clubs libertins, eux, vont pouvoir rouvrir, et il est bien connu que dans ces clubs, on pratique tous les gestes barrières, bon, vous voyez bien l'incohérence, on va empêcher des jeunes d'aller éventuellement danser, et on va permettre à d'autres types d'établissements d'ouvrir et de rouvrir, voilà en absurdie où nous en sommes.

LORRAIN SENECHAL
Au-delà du petit trait d'humour, de l'anecdote, il y a quand même quelque chose effectivement d'un peu bizarre, le fait que des clubs libertins puissent rouvrir, mais pas des discothèques.

ELISABETH BORNE
Moi, ce que je peux vous dire, c'est qu'on est évidemment très attentif à tous ces secteurs qui sont très pénalisés par la crise sanitaire. On nous dit aussi qu'on va trop vite, et puis, parfois, qu'on ne va pas assez vite, donc il faut trouver le bon équilibre, en tout cas, pour ce qui relève de mon ministère, ce que je peux dire, c'est qu'on continuera à accompagner les secteurs qui sont fermés aussi longtemps que nécessaire, et puis, des discussions se mèneront au cours du mois de juin pour voir dans quelles conditions les discothèques…

LORRAIN SENECHAL
Le 15 juin, ça, c'est la clause de revoyure, mais il n'y a toujours pas de date de réouverture prévue pour les discothèques.

ELISABETH BORNE
Vous savez, je pense qu'on veut à la fois retrouver le plus vite possible une vie normale, et en même temps, ne pas risquer une reprise de l'épidémie, donc c'est un équilibre qu'il faut trouver, en tout cas, pour les secteurs qui sont fermés, il y a des aides qui sont là pour les accompagner…

SALHIA BRAKHLIA
Mais alors, justement, pourquoi ne pas conditionner l'accès aux boîtes de nuit au pass sanitaire qui va voir le jour au mois de juin justement…

LORRAIN SENECHAL
Et qui a été voté à l'arraché hier soir à l'Assemblée…

ELISABETH BORNE
Ça pourrait être une des solutions pour permettre ces réouvertures, et qui pourra être abordée dans le point qui est prévu à la mi-juin.

SALHIA BRAKHLIA
Le 15 juin.

LORRAIN SENECHAL
Les commerces, les restaurants, les lieux culturels rouvrent donc à partir de la semaine prochaine, mais pas à plein régime, Bruno LE MAIRE, qui était à votre place avant-hier, a détaillé les aides aux entreprises qui vont évoluer, comme le fonds de solidarité, en ce qui concerne d'abord le chômage partiel, qu'est-ce qui va changer pour les salariés ces prochains mois ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous savez, avec Bruno LE MAIRE, on travaille main dans la main, puisqu'il y a les aides qui sont proposées par le ministère de l'Economie, puis, les aides du ministère du Travail, donc l'activité partielle, et on veut s'assurer que la combinaison de ces aides protège bien les entreprises et les emplois, comme on le fait depuis le début de la crise, donc sur l'activité partielle, jusqu'à fin juin, on continuera à prendre en charge à 100 % l'activité partielle pour ce qu'on appelle les secteurs protégés, c'est-à-dire ceux qui ont été le plus…

LORRAIN SENECHAL
Hôtellerie, restauration, transports…

ELISABETH BORNE
Voilà, notamment, salles de sport, lieux culturels à 100 % jusqu'à fin juin, ensuite, on aura une étape au mois de juillet où on passera à 15 % de reste à charge pour l'entreprise, puis, 25 % au mois d'août avant de revenir aux conditions de droit commun à la rentrée ; je précise que pour les secteurs qui resteraient fermés, on continuera à prendre en charge à 100 %, et aussi pour ceux qui ont du mal à redémarrer, donc qui resteraient avec une baisse de chiffre d'affaires de 80 % ou plus, ceux-là continueront à être protégés avec une prise en charge à 100 % de l'activité partielle, et puis, je rappelle…

SALHIA BRAKHLIA
Et pour les autres secteurs…

ELISABETH BORNE
Je rappelle aussi qu'il y a l'activité partielle de longue durée, là, il faut un accord au sein de l'entreprise, de la direction et les salariés…

LORRAIN SENECHAL
C'est le cas par exemple chez AIR FRANCE…

ELISABETH BORNE
Et ces accords d'activité partielle de longue durée, eh bien, ils permettent d'avoir des conditions très favorables sur l'activité partielle, un reste à charge de 15 %, la prise en charge de la rémunération à hauteur de 84 % pour les salariés…

LORRAIN SENECHAL
Du salaire net…

ELISABETH BORNE
Jusqu'à 24 mois.

SALHIA BRAKHLIA
Et pour les autres secteurs, parce que, est-ce qu'ils vont devoir mettre la main à la poche, les entreprises, parce que…

ELISABETH BORNE
Alors, dans les autres secteurs, il y a déjà un reste à charge de 15 %, on a prévu un palier à 25 % au mois de juin, avant de passer à 40 % en juillet, mais je le redis, les secteurs dont l'activité baisserait fin août ou resterait en retrait au-delà de ces échéances peuvent se tourner vers l'activité partielle de longue durée, ça marche très bien, vous savez, il y a plus de 13.500 accords…

SALHIA BRAKHLIA
Mais est-ce qu'une entreprise…

ELISABETH BORNE
Et 800.000 salariés qui sont protégés avec l'activité partielle de longue durée…

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce qu'une entreprise peut refuser de participer justement à ce chômage partiel, puisque…

LORRAIN SENECHAL
Est-ce que l'entreprise doit payer ce reste à charge ?

ELISABETH BORNE
Ah, l'entreprise, si elle veut bénéficier de l'activité partielle, et je rappelle que c'est des montants considérables qu'on mobilise depuis le début de la crise pour prendre en charge la rémunération des salariés, eh bien, elle a, selon les circonstances, selon les cas, elle peut avoir un reste à charge qui évolue dans les conditions que j'ai évoquées.

LORRAIN SENECHAL
Mais elle n'est pas obligée de le payer, c'est-à-dire que pour le salarié…

ELISABETH BORNE
Si, si, non, non, l'entreprise, elle a son reste à charge, et donc, nous, nous finançons 84 % de la rémunération, il y a des entreprises dans lesquelles il y a un accord qui finance jusqu'à 100 % de la rémunération, je voudrais aussi préciser que pour les salariés qui sont au niveau SMIC et un peu au-dessus, on continue à prendre en charge à 100 % la rémunération sans reste à charge pour l'entreprise..

LORRAIN SENECHAL
Donc pour les salariés, on reste à 84 % du net au minimum…

ELISABETH BORNE
Absolument, ou plus quand les entreprises le décident.

LORRAIN SENECHAL
On continue de parler de cette reprise à partir de la semaine prochaine, cette réouverture des commerces notamment, d'abord, un coup d'oeil sur « Le fil info » à 8h40 avec Diane FERCHIT.

/// Le fil info ///

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Elisabeth BORNE, la ministre du Travail. A partir de quand le télétravail ne devra plus être la règle ?

ELISABETH BORNE
Alors aujourd'hui, il reste la règle, et c'est très important, parce que ça permet de lutter contre l'épidémie, à partir du 9 juin, on va assouplir les règles sur le télétravail, on va redonner la main aux entreprises, donc c'est entre la direction et les représentants des salariés qu'à partir du 9 juin, on fixera un nombre minimum de jours de télétravail par semaine.

SALHIA BRAKHLIA
Mais ça veut dire qu'à partir du 9 juin, une entreprise peut décider de faire revenir tous ses employés dans l'entreprise, dans les locaux ?

ELISABETH BORNE
En fait, on continue à recommander le télétravail, mais par contre, plus systématiquement, je crois qu'il y a aussi beaucoup de lassitude parmi les salariés qui sont à 100 % en télétravail depuis des mois, et donc, voilà, dans ce cadre, c'est-à-dire le télétravail, est fortement recommandé, ça reste une bonne mesure pour limiter la propagation du virus, on demande aux entreprises de trouver le bon équilibre dans le dialogue social au sein de l'entreprise.

LORRAIN SENECHAL
Et qu'est-ce qu'on fait si les clusters viennent à se multiplier par exemple à la cantine d'entreprise, puisqu'on sait que ce sont des lieux à risque ?

ELISABETH BORNE
Alors, on a aussi des règles qui sont très strictes sur les cantines d'entreprise, vous savez que, aujourd'hui, on doit manger seul à sa table, à deux mètres de ses collègues.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce que ce sera le cas à partir du 9 juin ?

ELISABETH BORNE
A partir du 9 juin, on assouplira aussi ces règles, puisque, au même moment, on aura la réouverture des salles dans les restaurants, donc on se met sur le même calendrier, sur les règles précises, on aura une concertation avec les organisations patronales et syndicales d'ici la fin du mois, pour préciser les règles qui s'appliqueront dans les restaurants…

SALHIA BRAKHLIA
Donc le protocole sanitaire va être revu à la baisse dans les entreprises ?

ELISABETH BORNE
Le protocole bougera à partir du 9 juin.

LORRAIN SENECHAL
C'est une demi-jauge dans les salles qui sera mise en place à partir du 9 juin, ça peut être la même chose en entreprise ?

ELISABETH BORNE
Ça sera le principe d'une demi-jauge, ensuite, vous savez qu'on est à des tables de 6 dans les restaurants, on avait des règles peu plus strictes dans la restauration d'entreprise, et donc on précisera tout ça en discussion avec les organisations patronales et syndicales…

LORRAIN SENECHAL
Et c'est le retour aussi des pots en entreprise pour fêter des départs à la retraite par exemple ?

ELISABETH BORNE
On veut redonner de la souplesse sur ce sujet, mais plutôt en extérieur, parce que, là encore, il faut rester très prudent, et évidemment, continuer à respecter les gestes barrières.

SALHIA BRAKHLIA
Elisabeth BORNE, vous avez instauré en novembre dernier une aide exceptionnelle de 900 euros pour les demandeurs d'emploi qui n'ont pas pu recharger leurs droits l'année dernière, combien de temps encore cette aide va être maintenue ?

ELISABETH BORNE
Alors effectivement, c'est une aide très importante, qui permet à ceux qui, avant la crise, alternaient des contrats courts ou des contrats saisonniers, qui n'ont pas pu travailler en 2020, et donc recharger leurs droits, d'avoir une assurance, d'avoir 900 euros au minimum par mois, cette aide, elle fonctionne depuis novembre, elle concerne plus de 600.000 demandeurs d'emploi, et elle va être prolongée jusqu'à la fin août, parce que je pense que c'est important de continuer à accompagner ces demandeurs d'emploi qui sont des travailleurs précaires le temps de la reprise de l'activité économique.

LORRAIN SENECHAL
Et après ?

ELISABETH BORNE
Après, vous voyez, je pense qu'on pense tous que l'activité économique va reprendre, c'est notamment des demandeurs d'emploi qui travaillent précisément dans la restauration, et là, on a des bonnes nouvelles du côté des employeurs, puisqu'ils nous disent : on veut recruter, on a besoin de trouver 100.000 salariés. Donc je pense que d'ici-là, ces demandeurs d'emploi auront pu retrouver du travail…

SALHIA BRAKHLIA
Donc et après, on leur dit : allez travailler. Justement, une réforme, la réforme sur l'assurance-chômage doit entrer en vigueur le 1er juillet, sauf que selon l'UNEDIC, plus d'un million de demandeurs d'emploi vont voir leurs indemnités diminuer de 17 % en moyenne, en plus, le nouveau mode de calcul va pénaliser par exemple les femmes parties en congé maternité ou les personnes qui ont travaillé de manière fractionnée, comment allez-vous rectifier ça ?

ELISABETH BORNE
Alors, effectivement, on a été alerté, moi, j'ai été alertée tardivement sur le fait que les personnes qui sont en congé maladie, en congé maternité ou en activité partielle, pouvaient être pénalisées par le nouveau mode de calcul, ce n'est évidemment pas ce qu'on souhaite, enfin, qui peut penser qu'on veut pénaliser les femmes en congé maternité ou ceux qui ont été obligés d'être en activité partielle, donc dès que j'ai eu connaissance de ce problème, j'ai demandé à mes services de rectifier ce problème, de trouver une solution…

SALHIA BRAKHLIA
Donc le mode de calcul va être favorable, plus favorable en tout cas ?

ELISABETH BORNE
Et donc, du coup, on va mettre en place un mode de calcul qui ne pénalise pas les gens qui sont en congé maladie, maternité ou en activité partielle, je vous annonce que le décret rectificatif va être transmis aujourd'hui aux organisations patronales et syndicales et au Conseil d'Etat. Et vous le verrez, ça protège très bien ces personnes.

LORRAIN SENECHAL
Ça veut dire qu'elles seront exclues de la réforme au même titre par exemple que pour les intermittents ?

ELISABETH BORNE
Non, ça veut dire que jusqu'à présent, il y a un mode de calcul qui retire, pour le calcul, ces périodes, ça peut, dans un certain nombre de cas, être pénalisant, donc on prendra en compte ces périodes avec un niveau de rémunération, voilà…

LORRAIN SENECHAL
Il y aura un rattrapage…

ELISABETH BORNE
Voilà, qui évitera de les pénaliser.

SALHIA BRAKHLIA
La réforme sera bien mise en oeuvre le 1er juillet, elle ne sera à aucun moment retardée ?

ELISABETH BORNE
Alors, je vous confirme que cette réforme, elle rentrera en vigueur au 1er juillet, je précise qu'elle a été adaptée pour tenir compte de la crise, je pense que c'était important, et il y a un certain nombre de dispositions…

SALHIA BRAKHLIA
Pourtant, les syndicats demandent toujours son retrait.

ELISABETH BORNE
Oui, j'entends bien, moi, je suis toujours assez surprise, voyez, de voir que les syndicats défendent un système qui enferme des centaines de milliers de travailleurs dans la précarité, et qui est injuste, donc je pense que cette réforme, elle est nécessaire, mais en même temps, c'était évidemment nécessaire aussi de tenir compte de la crise, donc il y a des dispositions importantes qui ne rentreront en vigueur que lorsque le marché du travail sera revenu à la normale, c'est-à-dire notamment que le nombre de demandeurs d'emploi aura significativement baissé, et que, par ailleurs, on aura pu constater qu'il y a une forte dynamique d'embauches.

LORRAIN SENECHAL
Alors, une autre mesure qui est assez critiquée par les syndicats a été adoptée hier soir par l'Assemblée nationale, alors un employeur peut désormais imposer à un salarié de prendre jusqu'à 8 jours de congés aux dates que l'employeur a décidées, et ce, jusqu'au 31 octobre, ça veut dire qu'un salarié peut voir ses congés d'été refusés, on pourrait lui imposer de prendre ses vacances en septembre ?

ELISABETH BORNE
Alors, de quoi on parle, au printemps 2020, on avait prévu une disposition pour permettre aux employeurs d'organiser la prise de congés jusqu'à 6 jours, par accord avec les représentants des salariés, par accord avec les représentants des salariés, donc ça veut dire que si les organisations syndicales ne sont pas d'accord, eh bien, il ne se passe rien, et donc…

SALHIA BRAKHLIA
Mais il se passe quoi dans les petites entreprises, où il n'y a pas de partenaires sociaux, il n'y a pas de syndicats ?

ELISABETH BORNE
Vous savez, il y a du dialogue social aussi direct avec les salariés, et donc là, c'est 2 jours de plus, mais ça ne se met en oeuvre que s'il y a un accord au sein de l'entreprise, et pourquoi il peut y avoir un accord, parce que je pense que les salariés, ils sont bien conscients que quand leur entreprise a été fermée pendant des mois, que, par exemple, un restaurant rouvre, ce n'est pas la meilleure idée de prendre des congés au moment où le restaurant rouvre, donc si on peut anticiper, s'organiser pour que les congés soient pris avant la reprise, avant la réouverture, je pense qu'il y a des salariés qui peuvent trouver que c'est une bonne idée, et du coup, il peut y avoir des accords au sein des entreprises.

LORRAIN SENECHAL
Il n'est pas question de prolonger ce type d'accord, c'est jusqu'au 30 octobre ?

ELISABETH BORNE
Ah, c'est vraiment des mesures qui sont liées à la crise et qui ne seront pas prolongées, après le 31 octobre, on revient au droit normal.

LORRAIN SENECHAL
Elisabeth BORNE, ministre du Travail, invitée ce matin de 08:30 France-Info, on jette un coup d'oeil sur le fil info à 8h50 avec Diane FERCHIT.

/// Le Fil info ///

SALHIA BRAKHLIA
Toujours est la ministre du Travail, Elisabeth BORNE, « 1 jeune, 1 solution », c'est la plateforme que vous avez mise en place pour les jeunes de 16 à 25 ans afin qu'ils trouvent un emploi sans avoir nécessairement besoin de beaucoup d'expérience, est-ce que vous connaissez aujourd'hui l'impact sur le chômage des jeunes ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, c'est effectivement un plan « 1 jeune, 1 solution », qu'on a mis en place dès le mois de juillet dernier, qui mobilise 9 milliards d'euros, c'est totalement inédit, pour permettre à chaque jeune de trouver un emploi, une formation ou de bénéficier d'un accompagnement. Et ce plan, il porte ses fruits, vous savez, il y a eu 1,5 million de jeunes de moins de 26 ans qui ont été embauchés en CDD de plus de 3 mois ou en CDI entre le mois d'août et la fin mars, il y a eu 500.000 contrats d'apprentissage qui ont été signés, 516.000 même, grâce aux aides qu'on a mises en place, et 300.000 jeunes qui sont rentrés dans des parcours d'accompagnement vers l'emploi, des parcours d'insertion depuis le début de l'année. Et on vient d'avoir l'évaluation des aides à l'embauche qu'on a mise en place, qui montre que ces aides, elles ont vraiment joué leur rôle, elles ont non seulement permis d'éviter que les embauches ne s'effondrent, puisqu'elles sont quasiment au même niveau qu'avant la crise, mais en plus, elles ont incité les entreprises à proposer des contrats plus longs pour les jeunes. On a entre 50 et 60.000 contrats de plus, des CDD de plus de 3 mois ou des CDI, qui ont été permis grâce à cette aide à l'embauche.

LORRAIN SENECHAL
Et il n'est toujours pas question d'ouvrir le RSA aux moins de 25 ans ?

ELISABETH BORNE
Vous savez, moi j'entends tout à fait qu'il faut accompagner les jeunes qui ont des difficultés financières, mais je pense qu'on doit, non seulement leur donner une aide financière, qu'on doit surtout les aider pour qu'ils arrivent à trouver un emploi durable, et c'est le principe que moi, je défends, la Garantie Jeunes, c'est cette réponse, c'est-à-dire à la fois un accompagnement vers l'emploi et une allocation pour ceux qui en ont besoin…

SALHIA BRAKHLIA
Elle va être élargie cette Garantie Jeunes…

ELISABETH BORNE
A la demande du président de la République, on travaille sur un élargissement de cette Garantie Jeunes, une forme de Garantie Jeunes universelle, pour que chaque jeune qui en a besoin puisse avoir un accompagnement personnalisé vers l'emploi, et une allocation de près de 500 euros, s'il en a besoin…

SALHIA BRAKHLIA
Elargie à quel public ?

ELISABETH BORNE
L'objectif, c'est que, aucun jeune ne soit empêché de rentrer dans un parcours d'insertion, dans une formation parce qu'il aurait des difficultés financières, donc tous ceux qui en ont besoin aient droit à cet accompagnement et à une allocation s'ils en ont besoin.

LORRAIN SENECHAL
Je voudrais qu'on parle de la vaccination, Elisabeth BORNE, puisque le gouvernement a pour objectif d'avoir vacciné 20 millions de Français avec une première dose d'ici samedi soir, ça peut passer aussi par la vaccination en entreprise qui, pourtant, patine depuis le début, on en est à combien, 70.000, je crois, premières injections faites en entreprise…

ELISABETH BORNE
Alors, strictement, dans les services de médecine du travail, oui, 70, un peu plus de 70.000, mais vous savez, jusqu'à présent, la cible de la vaccination, c'était les plus de 55 ans, maintenant, c'est les plus de 50 ans, et puis, aussi, tous ceux qui ont plus de 18 ans et qui ont des maladies chroniques, donc il faut qu'on accompagne cette ouverture de la cible vaccinale, moi, j'ai annoncé la semaine dernière qu'on allait accélérer, passer à la vitesse supérieure, il y a 100.000 doses de vaccin ASTRAZENECA de plus qui vont être fléchées sur les services de médecine du travail, et puis, aussi, maintenant, les services de médecine du travail...

SALHIA BRAKHLIA
Hier, le Premier ministre, il disait qu'il y avait 2 millions de doses d'ASTRAZENECA qui dormaient dans les centres de vaccination, pourquoi ne pas en récupérer plus et les distribuer aux entreprises ?

ELISABETH BORNE
Non, mais, enfin, on a ces premières 100.000 doses, si ça marche bien, et je suis très confiante sur le fait que ça marche bien, parce que les entreprises sont très mobilisées, et les salariés très demandeurs de pouvoir être vaccinés en entreprise, on a aussi une autre chose, qui est qu'on va permettre aux entreprises d'accéder aux autres vaccins, les vaccins ASTRAZENECA (sic) et MODERNA, alors ça, suppose…

SALHIA BRAKHLIA
PFIZER et MODERNA, plutôt…

ELISABETH BORNE
Pardon. PFIZER et MODERNA. Ça suppose qu'ils s'organisent, parce que ça suppose des conditions de conservation très strictes, on va commencer avec des entreprises pilotes, près d'une trentaine d'entreprises et de services de santé au travail qui vont pouvoir démarrer, dès la mi-mai, la vaccination avec ces vaccins…

LORRAIN SENECHAL
On y est presque à la mi-mai, ça veut dire dès la semaine prochaine…

ELISABETH BORNE
Voilà, donc c'est demain. Et je peux vous assurer qu'il y a beaucoup d'entreprises volontaires qui vont pouvoir démarrer avec 30.000 doses dans un premier temps, mais moi, je suis convaincue que ça va bien marcher, et que les entreprises vont jouer pleinement leur rôle dans cette vaccination, comme elles le font chaque année pour la vaccination contre la grippe.

SALHIA BRAKHLIA
Elisabeth BORNE, est-ce que c'est discriminatoire selon vous d'écarter une candidate aux départementales parce qu'elle porte un voile sur l'affiche de campagne ?

ELISABETH BORNE
Vous savez, moi, à titre personnel, je pense qu'il faut appliquer la loi et rien que la loi et toute la loi. Mais ça fait maintenant un bon moment qu'En Marche a annoncé qu'ils ne souhaitaient pas avoir des candidats qui affichent des signes religieux parmi les candidats de La République En Marche, moi, c'est une décision que je respecte.

LORRAIN SENECHAL
Et il y a un débat en tout cas au sein de la majorité, un débat même houleux sur cette question…

SALHIA BRAKHLIA
La loi, rien que la loi, ça veut dire que c'est légal de porter son voile sur une affiche électorale…

ELISABETH BORNE
Moi, je vous dis, c'est ma position personnelle, en même temps, ce n'est pas une surprise, En Marche a pris position il y a un certain temps maintenant, pour dire que les candidats ne devaient pas avoir des signes religieux…

LORRAIN SENECHAL
Et vous dites qu'il faut respecter la loi, la loi, elle nous dit que c'est autorisé de porter un voile…

SALHIA BRAKHLIA
Donc si vous aviez été à la place de Stanislas GUERINI, vous auriez maintenu votre soutien à cette candidate ?

ELISABETH BORNE
Je vous dis ma position personnelle, ensuite, les règles, elles sont claires…

SALHIA BRAKHLIA
Allez-y…

ELISABETH BORNE
Eh bien, ma position personnelle, c'est la loi, rien que la loi et toute la loi, mais je le respecte la décision d'E Marche, qui n'est pas une surprise, puisque ça avait déjà été annoncé au moment des municipales, donc moi, je respecte cette position.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce que vous avez l'impression qu'En Marche court derrière le Rassemblement national en faisant ça ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, En Marche est très attaché au respect des valeurs de la République. C'est des sujets qui ont fait l'objet de débats…

SALHIA BRAKHLIA
Elle enfreint les valeurs de la république en faisant ça ?

ELISABETH BORNE
Non, je vous dis, c'est des sujets qui ont l'objet de débats, c'est des équilibres qui ne sont pas simples, j'ai exprimé ma position personnelle, ce n'est pas la position qui a été retenue dans le bureau exécutif d'En Marche, dont acte, et donc maintenant, prenons la position qui a été adoptée par le mouvement.

LORRAIN SENECHAL
C'est le rassemblement national qui est en tête selon le sondage France Info en région PACA, le scrutin, c'est dans un mois, et ce matin justement, le chef de file de la droite, le président actuel de la région, Renaud MUSELIER, annonce un accord avec la République En Marche dans la région, vous n'avez pas peur que les électeurs soient un peu déboussolés ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi, ce que je pense, c'est qu'il ne faut pas banaliser le Front national, même s'il se donne maintenant des airs de respectabilité, ça reste un parti qui dresse les gens les uns contre les autres, qui est toujours dans les solutions de facilité, on a l'impression que tout est simple quand on entend madame LE PEN, qui ne propose rien, par exemple, sur l'accompagnement des jeunes ou sur l'accompagnement des entreprises dans la crise…

SALHIA BRAKHLIA
Si, elle propose un chèque formation pour les jeunes…

ELISABETH BORNE
Oui, alors, c'est intéressant…

SALHIA BRAKHLIA
Elle l'a annoncé le 1er mai…

ELISABETH BORNE
Voyez, c'est intéressant, parce que c'est, si vous avez de l'argent, si vous avez de l'argent, alors, on double la mise. Et si vous n'avez pas d'argent, eh bien, vous n'avez rien. Voilà les propositions de madame LE PEN pour les jeunes.

LORRAIN SENECHAL
Elisabeth BORNE, ministre du Travail, invitée ce matin du 08:30 France Info. Merci beaucoup, bonne journée à vous.

ELISABETH BORNE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 mai 2021